‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 61 sur 92 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Malice du péché. Les Juifs renoncent Jésus-Christ, et lui préfèrciil Barabbas, malgré toutes lesinslancos et toutes les remontrances de Pilate.

Ainsi par le péché sacrifions-nous à nos passions tous les intérêts do Dieu. Car qu'est-ce que le péché?

une préférence refusée à Dieu et donnée à la créature. On dit comme les les Juifs : Otez-moi ce Dieu, dont la loi m'importune , et laissez-moi mon plaisir, dont j'ai fait ma divinité.

Et il ne faut point répondre qu'on n'y procède pas communément avec tant de délibération , et qu'on ne fait point ces réQexions. Car 1o combien de pécheurs les font en effet,

et pèchent d'une volonté délibérée T 2' Si d'autres pèchent avec moins d'at4«Btion , peuvent-ils tirer avantage de leur inadvertance et de leur légèreté dans un sujet qui demandait toute leur vigilance et toute leur précaution ?

De tout ceci , concluons que l'énormité du péché est aussi grande par proportion, que Dieu est grand et au-dessus de tout être créé. Pour la comprendre tout entière , il faudrait être en état de comprendre ce que c'est que Dieu.

SECONDE PARTIE

Peine du péché. En conséquence du crime des Juifs, lorsqu'ils renoncèrent Jésus-Christ et qu'ils lui préférèrent Barabbas, le sang ae cet Homme-Dieu est retombé sur eux et sur toute leur postérité.

De là tous les maux dont cette malheureuse nation a été affligée, el l'est encore : \o ruine temporelle :

2» aveuglement spirituel; 3* réprobation éternelle.

Voilà , dans une comparaison qui n'est que trop juste, à quelles vengeances de la part du ciel et à quels châtiments le péché nous expose.

Pour nous en préserver, que nous rosie-l-il? contrition, réformation do vie , satisfaction.

Re.tpondens autem prascs, ail illis : Quem vuUis vohis de diwhtis dimillif At ilU dixerunt : Barahbam. Dicil illis Pilalus : Qiiid ifplur ftieiam de Jesu , qui dicitur Chrislus? Dicunt omnes : Cruci/lgalur... Sanguis ejus supernos et super fiiios noslros.

Pilate leur dit : Qui voulez-vous qu'on vous remette des deux? liarabbas, Barabbas, dirent-ils. Pilate leur repartit : Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Christ? Tous lui répondirent : Qu'il soit crucifié... Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. (S. Matth., ch. 27.)

S'il y a une image naturelle du péché, et du pécheur qui le commet, n'est-ce pas celle-ci, Chrétiens, où nous voyons tout un peuple animé de la plus aveugle passion , donner, sur le Fils même de Dieu, la préférence à un insigne voleur, et consentira porter toute la malédiction que doit attirer sur leur tête le sang de ce Dieu-Homme si injustement répandu, et sa mort poursuivie avec tant de violence? Combien d'autres réflexions me fournirait l'inconstance de cette nation, qui, depuis peu de jours, avait reçu le Sauveur du monde avec tant d'applaudissements et de cris de joie , et l'avait comblé de bénédictions; l'obstination invincible et l'animosité des Pharisiens, qui, non contents de tout ce qu'ils avaient déjà entrepris contre Jésus-Christ, veulent achever de le perdre, et forment le détestable dessein de le faire crucifier; la faiblesse de Pilate , qui n'a pas la force d'employer son autorité à défendre ce prétendu criminel, dont il connaît toute l'innocence, et qui, pour le tirer de leurs mains, use d'artifice, et lui fait l'aff^ront de le mettre en parallèle avec Barabbas : que ne pourrais-je pas, dis-je, vous représenter sur tout cela , et quels sujets de morale n'aurais-je pas à traiter? mais je m'en tiens à la pensée de saint Chrysostome; et dans une juste application de la conduite des Juifs à la nôtre, quand nous nous élevons contre Dieu par de grièves transgressions de sa loi, il me suffit aujourd'hui de vous apprendre à craindre le péché, cà le haïr et à le fuir, à le regarder comme le plus mortel ennemi de vos âmes, et à vous en préserver comme du plus grand de tous les maux. Nous avons deux choses à considérer dans le péché : premièrement, la malice du péché, et secondement, la peine du péché. Or, l'une et l'autre ne se trouvent ici que trop bien exprimées, et ce sera le partage de cet entretien. Les Juifs, en renonçant Jésus-Christ, lui préfèrent Barabbas : voilà la malice du pécHé. Et par une si indigne préférence, ils se rendent devant Dieu responsables du sang de Jésus-Christ : voilà la peine du péché. Je dis la malice du péché, dont nous devenons nous-mêmes coupables, en sacrifiant à nos passions tous les intérêts de Dieu. Je dis la peine du péché, dont nous nous chargeons nous-mêmes, et à quoi nous nous exposons, en suscitant contre nous le sang de Jésus- Christ et toute la justice de Dieu. C'est tout le sujet de votre attention.

Page 1