PREMIÈRE PARTIE
Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la justice de Dieu.
Après le péché de l'homme , il fallait que la justice de Dieu fût satisfaite.
Nul autre qu'un Dieu ne pouvait satisfaire à un Dieu. Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est donc venu , et s'est offert comme victime. Ce n'est pas pour ses péchés , mais pour les nôtres <}u'il a satisfait. Car il s'en était chargé , et voilà pourquoi la justice divine le regarde au Calvaire comme un objet digne de ses vengeances.
C'est donc cette redoutable justice, qui préside au dernier supplice de ce Fils de Dieu couvert des péchés de tous les hommes. C'est elle qui veut qu'on le dépouille encore une fois de ses habits , qu'on l'étende sur la croix , qu'il obéisse à d'infâmes bourreaux, qu'il soit placé au milieu de deux voleurs , qu'on le comble de nouveaux opprobres , que dans sa soif on ne lui donne à boire que du vinaigre et du ûel , enfin qu'il meure comme abandonné môme de son Père.
De là , apprenons combien il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant el de sa justice. Car, s'il n'a pas épargné son propre Fils, que fcra-t-il de nous et contre nous?
Nous devons ici reconnaître toute la
LTSE.
puissance de cette suprême justice , toute sa sainteté , toute sa sévérité , toute sa droiture et son inflexible équité.
Quelles vérités I et de quelle frayeur doivent-elles saisir un pécheur qui vit dans l'impénitence ! Mais surtout de quelle frayeur sera-t-il saisi à la mort , en considérant même le crucifix qu'on lui présentera pour sa consolation!
SECONDE PARTIE
Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la miséricorde do Dieu. Il est vrai qu'il devait souffrir et qu'il devait mourir, mais comment le devait-il ? dans cette supposition toute gratuite de sa part, savoir, qu'il voulût sauver le monde :
car il pouvait ne le pas vouloir et nous abandonner. C'est donc par un effet de sa miséricorde qu'il a pris sur lui nos dettes, et qu'il s'est engagé à les acquitter en souffrant et en mourant. Solide théologie de l'apôtre saint Paul.
De là ne nous étonnons point des témoignages particuliers, ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il fait paraître sur la croix.
Il prie , et c'est une prière de miséricorde; il promet, et c'est une promesse de miséricorde; il donne, et c'est un don de miséricorde; il témoigne sa soif, et cette soif qu'il souffre , quelque pressante qu'elle puisse être, n'est que l'image d'une soif mille fois encore plus ardente qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde.
Ainsi , nous devons regarder la croix comme le siège de la grâce et le trône de la miséricorde divine.
Ayons-y souvent recours. Solide tk^votion dans le christianisme , que la dévotion au cruciOx. Vu sera notre ressource à la mort, où sera notrs consolation? dans le crucifix.
Postqu/im venerunt m locixm qui vocatur Calvariœ, ibi ernciflTcrunt eum.
Quaud ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire , on y crucifia Jésus.
(S. LuQ, ch. 23.)
QUEL souvenir, Chrétiens auditeurs, nous rappellent ces paroles de mon texte I et si les historiens sacrés n'avaient pris soin de perpétuer dans le monde la mémoire d'un tel événement ; si la religion que nous professons ne nous l'enseignait d'une manière à ne permettre pas le moindre doute , qui jamais eût pu se persuader que le Messie, le Saint des saints, dût mourir sur le Calvaire, c'est-à-dire, dans un lieu destiné au supplice des criminels, et qu'un Homme-Dieu dût terminer sa vie mortelle par le tourment et l'opprobre de la croix? Voilà toutefois ce que l'Evangile nous représente; et sans m'arrôter à de stériles lamentations, si j'ose d'abord pénétrer dans ce profond mystère, il me semble que c'est là que se fait cette merveilleuse alliance dont avait parlé le prophète royal , quand il disait que la justice et la miséricorde s'étaient réunies, et que par un heureux accord, elles se trouvaient l'une et l'autre pleinement satisfaites : Justitia et pax osculatx sunt (Ps. 84). Du moment que l'homme , en violant le commandement de Dieu, s'était rendu pécheur, il y avait entre celte justice et cette miséricorde divine une espèce de combat. L'une était armée contre nous, et se disposait, par notre perte éternelle, à venger les intérêts du Seigneur, et à réparer sa gloire; mais l'autre, sans oublier ni la gloire, ni les intérêts du Dieu tout-puissant, sensible néanmoins à notre malheur, retenait le glaive suspendu sur nos têtes , et arrêtait le coup dont nous étions menacés. Le moyen de les concilier? ô secret inconnu à toute la prudence humaine 1 ô abîme de la sagesse et des conseils du Très-Haut 1 le voici, mes Frères , ce grand moyen , ce moyen prévu de toute éternité et accompli dans la plénitude des siècles : c'est que Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme , vrai Dieu et vrai homme lui-même , verse son sang, donne sa vie ; qu'il meure , et que par sa mort il soit tout ensemble sacrifié , et à la justice du Dieu des vengeances , et à la miséricorde du Dieu de la paix. En deux mots, Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la justice de Dieu ; ce sera la première partie; comme victime de la miséricorde de Dieu , ce sera la seconde. Je ne puis mieux finir le cours de ces exhortations que j'avais à vous faire pendant ce saint temps. Puissiez-vous encore remporter de celle-ci tout le fruit que je m'en promets, avec le secours de la grâce , pour votre instruction et votre édification.