‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 70 sur 92 · POUR LE TEMPS DE L'AVENT · texte numérisé non relu

POUR LE TEMPS DE L'AVENT

impies, il la combattra au moins en la condamnant, en la frappant d'analhème, en la rendant moins excusable et plus criminelle devant Dieu.

VI. Sommes-nous chrétiens, c'est-à-dire, sommes-nous de ces âmes dociles , de ces âmes heureusement disposées à recevoir les imi)ressions de la grâce de Jésus-Christ et à profiter de ses exemples? la vue de ce Dieu-Homme doit faire immanquablement mourir dans nos cœurs toute convoitise , et nous détacher de tout ce qui s'appelle biens temporels. Carie moyen alors de le voir pauvre, et de vouloir vivre dans l'opulence; de le voir abaissé, et de vouloir vivre dans l'élévation; de le voir souffrant et mortiGé, et de vouloir jouir de toutes les commodités et vivre dans les délices? Voilà ce qui a formé dans le christianisme tant de pauvres volontaires et tant de pénitents. Voilà ce qui a rempli , dans les premiers siècles de l'Eglise , les déserts de solitaires. Voilà ce qui remplit encore de nos jours les monastères de religieux, et ce qui leur fait quitter tout avec joie , mépriser tout , renoncer pour jamais à tout. Âlais sommes-nous de ce monde réprouvé , de ce monde avare et intéressé, de ce monde ambitieux et vain , de ce monde sensuel et voluptueux, de ce monde insensible à tous les enseignements que vient nous donner cet Enfant-Dieu? quels arrêts de condamnation ne va-t-il pas porter contre nous? quels foudres ne fera-t-il pas gronder sur nos tètes? de quels malheurs ne nous menacera-t-il pas, et quel témoignage ne rendra-t-il pas devant son Père pour notre conviction et pour notre perle éternelle?

Vil. Il n'y a point de cœur si endurci qui ne doive être ému de tout cela, et c'est ce qui a touché un grand nombre de mondains. Mais quoi qu'il en soit des autres , faisons-y toute la réflexion que demande l'importance de la chose. N'attirons pas sur nous un jugement aussi formidable que celui des humiliations et des souffrances d'un Dieu incarné. Que le fruit de cet Avent soit de nous mettre en état de le faire naître en nous d'une naissance toute spirituelle et toute sainte. Or, nous nous mettrons dans cette heureuse disposition en nous conformant à lui d'esprit, de cœur et de conduite. Voilà quel doit être le principal sujet de nos entretiens intérieurs , de nos méditations , de nos oraisons , de nos résolutions. Ajoutons au triomphe de Jésus-Christ, vainqueur de tous les ennemis de la gloire de Dieu, la victoire qu'il remportera sur nou^-mèmes, et que nous lui céderons. Par là , nous pourrons entrer au rang des justes et des prédestinés ; par là nous mériterons de célébrer avec eux les grandeurs de Dieu , et de le glorifier éternellement dans le ciel, après l'avoir glorifié sur la terre.

g 3. Comment Jésus-Christ vient allumer dans le cœur des hommes un zèle ardent pour la gloire de Dieu.

I. Enfin Jésus-Christ vient allumer dans le cœur des hommes un saint zèle pour la gloire de Dieu : comment cela? premièrement, par la haute estime qu'il nous donne de cette gloire de Dieu; et secondement , par l'intérêt propre et essentiel qu'il nous fait trouver dans cette gloire de Dieu.

II. Car, quand nous nous appliquons à considérer le mystère de

l'incarnation divine , et que voyant Jésus-Christ dans l'état où la foi nous 1(3 propose , nous venons à faire ces réflexions : que c'est pour réparer la gloire de Dieu , qu'un Dieu est descendu du trône de sa majesté, et qu'il n'a pas cru que ce fût une condition trop onéreuse, de s'avilir de la sorte et de s'anéantir; qu'il n'a point connu de moyen plus propre que celui-là, ni d'autre prix qui pût égaler le bien qu'il avait à rétablir; que malgré tout ce qu'il lui en devait coûter, il a mieux aimé s'assujettir aux dernières extrémités de la misère humaine , que de ne pas rendre à son Père toute la gloire qui lui avait été ravie, et de lui en laisser perdre le moindre degré : pour peu que nous raisonnions et que nous comprenions ces principes, voici les conséquences qui se présentent d'ellesmêmes et que nous sommes obligés de tirer. Que la gloire de Dieu est donc un bien au-dessus de tous les biens , puisqu'il n'y a point, hors Dieu, d'autre bien à quoi le Fils de Dieu n'ait renoncé pour le rétablissement de celte gloire. Qu'il n'y a donc rien que nous ne devions sacrifier à la gloire de Dieu , puisque le Fils de Dieu s'y est sacrifie lui-même. Que de procurer de la gloire à Dieu, c'est donc ce qu'il y a de plus grand et de plus digne d'un homme raisonnable, à plus forte raison d'un homme chrétien , puisque c'a été une œuvre digne même d'un Homme-Dieu. Au conlî'aire , que de blesser la gloire de Dieu, c'est donc le souverain mal, parce que c'est l'offense de Dieu, et une telle offense, qu'elle n'a pu être expiée que par les mérites d'un Dieu, c'est-à-dire, en particulier, que par toutes les douleurs et tous les mépris qu'il a eu à souffrir, et à quoi il s'est exposé. Par conséquent, que rien ne nous doit donc être plus précieux , plus sacré, plus cher que la gloire de Dieu , et que nous ne pouvons mieux employer notre zèle qu'à la répandre, autant qu'il dépend de nous , et à l'amplifier.

III. Une autre considération nous y doit encore exciter très-fortement : c'est notre intérêt, et de tous nos intérêts le plus important , qui s'y trouve lié , et qui est notre salut. Car la gloire de Dieu et notre salut sont ici comme inséparables. Et en effet, cette gloire de Dieu dans l'incarnation du Verbe divin , consiste à sauver les hommes et à opérer l'ouvrage de notre rédemption : tellement que dans ce mystère , Dieu glorifié et l'homme sauvé, c'est proprement une même chose. Combien donc devons-nous prendre part à une gloire où nous sommes si intéressés? A parler en général , plus nous contribuons volontairement et par zèle à la gloire de Dieu , plus nous nous avançons auprès de Dieu, et plus nous méritous ses récompenses.

IV. Mais par où pouvons-nous glorifier Dieu? par les moyens que le Sauveur des hommes est venu le glorifier. Jésus-Christ "fait connaître la gloire de Dieu, en faisant connaître ses infinies perfections : adorons ces perfections divines, reconnaissons-les dans la sainte humanité du Fils de Dieu , et rendons-lui chaque jour de C( t Avent, et même, s'il se peut, à toutes les heures, de fré(ii)eiit'^ et de pieux hommages. Jésus-Christ vient rétablir la gloire de Dieu en renversant l'empire du démon : chassons nous-mêmes de notre cœur ce damnable ennemi, dont nous n'avons que trop écouté en tant de rencontres les suggestions ; et pour nous dégager eulicre-

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