‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 84 sur 92 · S MÉDITATION POUR LA VEILLE DE LA RETRAITE · texte numérisé non relu

S MÉDITATION POUR LA VEILLE DE LA RETRAITE

de Dieu dans le désert : voilà le modèle que je dois me proposer dans ma retraite , si je veux que ce soit pour moi une retraite salutaire, une retraite dont le succès réponde au besoin que j'en ai, et à ce que Dieu attend de moi. La faire par coutume, la faire parce que c'est dans mon état un devoir commun dont je ne puis me dispenser, c'est ce qui m'est arrivé plus d'une fois , et de là vient que j'en ai si peu profité. Il faut que j'y entre par le même esprit , et dans le même esprit que Jésus-Glirist y entra.

Deuxième point. Dieu, qui veut me sanctifier, m'appelle à la solitude intérieure encore plus qu'à la solitude extérieure. Car l'extérieure , sans l'intérieure , est de nul effet. Ainsi je dois, pendant ces saints jours , me séparer absolument, d'esprit et de cœur, de tout ce qui pourrait me distraire et me détourner de Dieu. Je dois me comporter comme s'il n'y avait dans le monde que Dieu et moi ; en sorte que je m'occupe uniquement de lui, et que je puisse m'écrier avec l'épouse des Cantiques : Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui (Gant. 2). Loin de moi toute autre pensée, quelque bonne qu'elle fût d'ailleurs; et quelque apparence de bien que je crusse y apercevoir, ce bien qui me partagerait , cesserait pour moi d'être bien.

Dieu veut être seul avec moi, parce qu'il veut me parler au cœur ; et par conséquent il faut que mon cœur Poil vide du monde. Non pas seulement de ce grand monde qui est hors de moi, et avec lequel je n'avais presque nul rapport ; car à peine le connais-je, depuis que je l'ai quitté, et à peine me connaît- il : mais de ce petit monde qui m'environne; et qui se trouve môme dans la religion; de ce petit monde qui est en moi , et qui fait partie de moi-môme ; de ce petit monde qui sont mes passions, mes inquiétudes, mes curiosités, mes attaches. Tant que mon cœur sera plein de ce petit monde , ni Dieu ne me parlera point, ni je ne serai point dans la disposition de l'écouter.

Malheur à moi , si je portais ce petit monde jusque dans le sanctuaire de la solitude, c'est-à-dire, si j'entrais dans la retraite avec un esprit dissipé , ou un cœur immortilié! Or, il ne faut pour cela qu'un vain désir, qu'un chagrin, qu'une aversion, qu'une jalousie secrète, qu'une amitié trop humaine. Malheur à moi, si par là je me rendais incapable des communications et des entretiens que je dois avoir avec mon divin Epoux 1 car dès-là, quelque édifiante que parût ma retraite , je n'y trouverais pas Dieu , parce que Dieu ne m'y trouverait pas dans ce parfait recueillement où doit être une âme qui veut converser avec lui. Puisqu'il se dispose à me parler et à me parler au cœur, je dois de ma part me mettre en état de luipouvoir dire, comme David : J'écouterai , mais avec réflexion et avec respect, ce que le Seigneur me dira (Psal. 34), ce qu'il m'inspirera , ce qu'il me reprochera; ou comme Samuel : Parlez, Seigneur, parce que mon âme est attentive à vous écouter {i. Reg. 3). Je dois, à l'exemple de Marie , sa sainte mère, recueillir et conserver dans mon cœur toutes les paroles par où il me fera entendre intérieurement ses volontés.

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