‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 15 sur 93 · VII · texte numérisé non relu

VII

(Jn voit mourir toute chose animée 5 Lors que du corps l'ame sutile part :

le suis le corps, toy la meilleure part : Ou es tu donq, o ame bien aymee ?

Ne me laissez par si long tems pamee , Pour me sauuer après viendrois trop tard. Las , ne mets point ton corps en ce hazart Rens lui sa part et moitié estimée.

Mais fais , Ami , que ne soit dangereuse

Cette rencontre et reuuë amoureuse , L'acompagnant 5 non de seuerlté,

Non de rigueur : mais de grâce amiable. Qui doucement me rende ta beauté j ladis cruelle, à présent fauorable»

lE vis, ie meurs : ie me brûle et me noyé. Tay chaut estreme en endurant froidure : La vie m'est et trop molle et trop dure. Tay grans ennuis entremeslez de ioye :

Tout à un coup ie ris et ie larmoyé.

Et en plaisir maint grief tourment i'endure ; Mon bien s'en va, et à iamais il dure : Tout en un coup ie seiche et ie verdoyé.

Ainsi Amour inconstamment me meine :

Et quand ie pense auoir plus de douleur. Sans y penser ie me treuue hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye estre certeine, Et estre au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.

1 OVT aussi tôt que ie commence à prendre Dens le mol lit le repos désire, Mon triste esprit hors de moy retiré S'en va vers toy incontinent se rendre.

Lors m'est auis que dedens mon sein tendre le tiens le Lien, ou i*ay tant aspiré. Et pour lequel i'ay si haut souspiré.

Que de sanglots ay souuent cuidé fendre.

0 dous sommeil, o nuit à moy heureuse! Plaisant repos, plein de tranquilite.

Continuez toutes les nuiz mon songe :

Et si iamais ma poure aine amoureuse

Ne doit auoir de bien en vérité,

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.

VjvAND i'aperçoy ton Llond chef couronné D'un laurier verd, faire un Lut si bien pleindre, Que tu pourrois h te suiure contreindre Arbres et rocs : quand ie te vois orné^

Et de vertus dix mile enuironné.

Au chef d'honneur plus haut que nul ateîndre Et des plus hauts les louenges esteindre : Lors dit mon cœur en soy passionné :

Tant de vertu qui te font estre ajmé.

Qui de chacun te font estre estimé.

Ne te pourroient aussi bien faire aymer?

Et aioutant à ta vertu louable

Ce nom encor de m'estre pitoyable.

De mon amour doucement t'enflamer?

\) dous regars, o yeus pleins de beauté, Petits iardins, pleins de fleurs amoureuses Ou sont d'Amour les flesches dangereuses, Tant à vous voir mon œil s'est arresté!

0 cœur félon, o rude cruauté ,t Tant tu me tiens de façons rigoureuses, Tant i'ay coulé de larmes langoureuses, Sentant l'ardeur de mon cœur tourmenté!

Donques, mes yeus, tant de plaisir auez, Tant de bons tours par ses yeus receuez : Mais toy, mon cœur, plus les vois s'y complaire ,

Plus tu languiz , plus en as de souci ,

Or deuinez si ie suis aise aussi.

Sentant mon œil estre à mon ceeur contraire.

XjVT, compagnon de ma calamité.

De mes soupirs témoin irréprochable , Dé mes ennuis controlleur véritable.

Tu as souuent auec moy lamenté:

Et tant le pleur piteus t*a molesté.

Que commençant quelque son délectable, Tu le rendois tout soudein lamentable, Feingnant le ton que plein auoit chanté.

Et si te veus efforcer au contraire.

Tu te destens et si me contreins taire : Mais me voyant tendrement soupirer.

Donnant faueur à ma tant triste pleinte : En mes ennuis me plaire suis contreinte. Et d*un dous mal douce fin espérer.

(Jh si i*estois en ce beau sein rauie De celui là pour lequel vois mourant

Si auec lui viure le demeurant De mes cours iours ne m'empesclioit enuicj

Si m'acollant me disoit , chère Amie , Contentons nous l'un Tautre , s'asseurant Que ia tempeste, Euripe, ne Courant Ne nous pourra desioindre en notre vie :

Si de mes bras le tenant acollë, Comme du Lierre est l'arbre encercelëj La mort reuoit, de mon aise euuieuse:

Lors que souef plus il me baiseroit, Et mon esprit sur ses leures fuiroit, Bien ie mourrois, plus que viuante, heureuse.

1 ANT que mes yeus pourront larmes espandre . A l'heur passé auec toy regretter :

Et qu'aus sanglots et soupirs résister Pourra ma voix , et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignart Lut, pour tes grâces chanter: Tant que l'esprit se voudra contenter De ne vouloir rien fors que toy comprendre :

le ne souhaitte encore point mourir.

Mais quand mes yeus ie sentiray tarir, Ma voix, cassée, et ma main impuissante.

Et mon esprit en ce mortel seiour

Ne pouuant plus montrer signe d'amante :

Priray la Mort noircir mon plus cler iour.

Jl OVR le retour du Soleil honorer.

Le Zephir, l'air serein lui apareille : Et du sommeil l'eau et la terre esueille^ Qui les gardoit l'une de murmurer.

En dous coulant, l'autre de se parer De mainte fleur de couleur nompareille, la les oiseaus es arbres font merueille. Et aus passans font l'ennui modérer ;

Les Nynfes ia en mile ieus s'esbatent

Au cler de Lune , et dansans l'herbe abatent

Veus tu Zephir de ton heur me donner.

Et que par toy toute me renouuelle?

Fay mon Soleil deuers moy retourner.

Et tu verras s'il ne me rend plus belle.

Apres qu'un tems la gresle et le tonneiTe Ont le haut mont de Caucase batu,

gS SONNETS.

Le beau iour vient, de lueur reuëtu.

Quand Phehus lia son cerne fait en terre,

Et rOcean il regaigne à grand erre :

Sa seur se montre auec son chef pointu. Quand quelque tems le Partlie lia conibatu. Il prent la fuite et son arc il desserre.

Vn tems t'ay vii et consolé pleintif.

Et défiant de mon feu peu hatif :

Mais maintenant que tu m'as embrasée 5

Et suis au point auquel tu me voulois , Tu as ta flame en quelque eau arrosée. Et es plus froit qu'estre ie ne soulois.

1e fuis la vile, et temples, et tous lieus, Esquels prenant plaisir à t'ouir pleindre, Tu peus, et non sans force, me contreindre De te donner ce qu'estimois le mieus.

Masques, tournois, ieus me sont ennuieus. Et rien sans toy de beau ne me puis peindre Tant que tachant à ce désir esteindre, Et un nouuel obget faire à mes yeus,

Et des pensers amoureus me distraire, Des bois espais sui le plus solitaire : Mais i'aperçoy, ayant erré maint tour,

Que si ie veus de toy estre deliure.

Il me conuient hors de moymesme viure.

Ou fais encor que loin sois en seiour.

XYIII.

JJATSE m'encor, reLaise moy et baise .* Donae m'en un de tes plus sauoureus.

Donne m'en un de tes plus amoureus :

le t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu? ça que ce mal i'apaise. En t'en donnant dix autres doucereus.

Ainsi meslans nos baisers tant lieureus Jouissons nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suiura.

Chacun en soy et son ami viura.

Permets m' Amour penser quelque folie :

Tousiours suis mal, viuant discrettement. Et ne me puis donner contentement.

Si hors de moy ne fay quelque saillie.

UiANE estant en l'espesseur d'un bois 5 Apres auoir mainte beste assenée.

Prenoit le frais, de Nynfes couronnée; Tallois resuant comme fay maintefois ,

Sans y penser: quand i*ouy une vois.

Qui m*apela, disant, Nynfe estonnee, Que ne t'es tu vers Diane tournée?

Et me voyant sans arc et sans carquois,

Qu*as tu trouué, o compagne, en ta voye , Qui de ton arc et flesches ait fait proye ? le m'animay, respons ie, à un passant,

Et lui getay en vain toutes mes flesches Et Tare après : mais lui les ramassant Et les tirant me fit cent et cent bresclies.

Jl REDIT me fut, que deuoit fermement Vn iour aymer celui dont la figure Me fut descrite : et sans autre peinture Le reconnu quand vy premièrement:

Puis le voyant aymer fatalement.

Pitié ie pris de sa triste auenture :

Et tellement ie forçay ma nature, Qu'autant que lui aymay ardentement.

Qui n'ust pensé qu'en faueur deuoit croitre Ce que le Ciel et destins firent naitre? Mais quand ie voy si nubileus aprets,

Vents si cruels et tant horrible orage : le croy qu*estoient les infernaus arrêts , Qui de si loin m'ourdissoient ce naufrage.

i^VELLE grandeur rend l'homme vénérable ? Quelle grosseur? quel poil? quelle couleur? Qui est des yeus le plus emmieleur?

Qui fait plus tôt une playe incurable?

Quel chant est plus à Thomme conuenable ? Qui plus pénètre en chantant sa douleur? Qui un dous lut fait encore meilleur?

Quel naturel est le plus amiable?

le ne voudrois le dire assurément, Ayant Amour forcé mon ingénient :

Mais ie say bien et de tant ie m'assure,

Que tout le beau que Ion pourroit choisir, Et que tout l'art qui ayde la Nature, Ne me sauroient acroitre mon désir.

1j VISANT Soleil , que tu es bien heureus, De voir tousiours de t'Amie la face :

Univers îtij

loo SONNETS.

Et toy, sa seur, qu'Endimion embrasse.

Tant te repais de miel am.oureus.

Mars voit Venus : Mercure auentureus De Ciel en Ciel, de lieu en lieu se glasse : Et lupiter remarque en mainte place Ses premiers ans plus gays et clialeureus.

Voilà du Ciel la puissante harmonie.

Qui les esprits diuins ensemble lie :

Mais s'ils auoient ce qu'ils ayment lointein.

Leur harmonie et ordre irreuocable

Se tourneroit en erreur variable ,

Et comme moy trauailleroieut en vain.

XXÏIÏ.

IjAs! que me sert, que si parfaitement Louas iadis et ma tresse dorée, Et de mes yeus la beauté comparée A deus Soleils, dont Amour finement

Tira les trets causes de ton tourment?

Ou estes vous, pleurs de peu de durée? Et mort par qui deuoit estre honorée Ta ferme amour et itéré serment?

Donques c'estoit le but de ta malice De m'asseruir sous ombre de seruice?

Pardonne moy, Amy, à cette fois.

Estant outrée et de clespit et dMre:

Mais ie m'assure, quelque part que tu sois.

Qu'autant que nioy tu soufres de martire.

XXIIIÏ.

aSe reprenez, Dames, si i'ay aymé:

Si i'ay senti mile torches ardentes, Mile trauaus, mile douleurs mordantes:

Si eu. pleurant i'ay mon tems consume,

Las que mon nom n'en soit par vous blâmé». Si i'ai failli, les peines sont présentes, N'aigrissez point leurs pointes -violentes:. Mais estimez qu'Amour, à point nommé.

Sans votre ardeur d'un Vulcan excuser.

Sans la beauté d'Adonis acuser^.

Pourra, s'il veut, plus, vous rendre amoureuses;

En ayant moins que moi d'ocasion,

Et plus d'estrange et forte passion.

Et gardez vous d'estre plus malheureuses^

FIN DES EVVRES DE LOVÏZE LABE LIONNOIZE.

AVS POETES DE LOVIZE LABÉ.

Vovs qui le los de Lonïze escrivez, Et qui auez, par gaye fantasie Cette beauté, votre suget, choisie, Voyez quel bien pour vous, vous poursuiuez.

Elle des dons des Muses cultivez, S*est pour soymesnie et pour autrui saisie : Tant qu'en louant sa dine Poésie, Mieus que par vous par elle vous viuez.

Laure ut besoin de faneur empruntée, Pour de renom ses grâces animer:

Louïze autant en beauté réputée,

Trop plus se fait par sa plume estimer. Et de soymesme elle se faisant croire, A ses loueurs est cause de leur gloire.

ESCRIZ

A LA LOVENGE

DE LOVIZE LABÉ

tlONNOIZE.

EIS nAAS AOISHS AABAIAS.

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MsiÀixi» ITacpiT)? xal E'prârov wv l's Aa^âiî)

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E''x€i <ï>àcav' sprâjiEVOV :

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io4 ESCRIZ

DE ALOYS^ LABiEiE OSCULIS.

lAM non canoras Pegasidas tuis Assuesce votis ; nil tibi Cynthius Fontlsue Dircaei recessus Profuerint, vel inanis Euan.

Sed tu Labaeœ basia candidse Imbuta poscas nectare, quae rosas^

Spirant amaracosque molles, Et violas, Arabumque succos.

Non illa summis dispereunt labris, Sed quh reclusis obicibus patet Inerme pectus, suaueolentis Oris aculeolo calescit.

Illo medullae protinus œstuant.

Et dissolutis spiritus omnibus Nodis in ore suauiantis Lenius emoritur Labaeae.

Hoc plenus œstro (dicere seu lubet Sectis puellas unguibus acriter Depr «liantes, aut inustam Dente notam labiis querenteis :

Cœliue motus et redeuntia Anni vicissim tempora : nec suo

DE DIVERS POETES. io5

Fulgore lucentem Dianani, Sideribusue polos micanteis,

Dignuiîi Labaeae basiolls melos Quod voce mistis cum fidibus canat)

Dices coronatus quod aureis Cecropias Latiasque pungat.

EN GRACE DV DIALOGVE d'AMOVR ET DE FOLIE, EVYRE DE D. LOVÏZE LABÉ LIONNOIZE.

Amovr est donq pure incliiiacion Du Ciel en nous, mais non nécessitante: Ou bien vertu, qui nos coeurs impuissante A résister contre son accion?

C'est donq de l'ame une alteracion De vain désir légèrement naissante, A tout obiet de l'espoir périssante.

Comme muable à toute passion?

la ne soit crii , que la douce folie

D'un libre Amant d'ardeur libre amollie

Perde son miel en si amer Absynte,

Puis que Ion voit un esprit si gentil Se recouurer de ce Chaos sutil, Ou de Raison la Loy se laberynte.

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