‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 24 sur 93 · DOVBLE RONDE AV, A ELLE · texte numérisé non relu

DOVBLE RONDE AV, A ELLE

JliSTANT naurë d'un dard secrettement, Par Cupidon, et blessé à outrance, le n'osois pas declairer mon tourment Saisi de peur, délaissé d'espérance.

Mais celui seul, qui m'auoit fait l'ofense. M'a asseuré, disant, que sans ofense le pouuois bien mon ardeur déceler.

Ce que i'ay fait sans plus le receler. Estant nauré.

A une donq pourement assuré, Creingnant bien fort d'elle estre refusé, Ay declairé du tout ma doleance :

Et sur mon mal hardiment excusé

Lui supliant me donner allégeance.

Ou autrement ie perdrois pacience Estant naurë.

Au mien propos ha si bien respondu Celle que i'ay plus chère, que mon ame. Et mon vouloir sagement entendu, Que ie consens qu'il me soit donné hlame Si ie Toublie : car elle m'a rendu Le sens, l'esprit, l'honneur, le cœur et l'ame Estant nauré»

ODE EN FAVEVR DE D. LOVÏZE LABÉ, A SON BON SIGNEVR.

J\lvsES, filles de lupiter.

Il nous faut ores aquiter

Vers ce docte et gentil Fumée,

Qui contre le tems inhumain

Tient vos meilleurs trets en sa main.

Pour paranner sa renommée.

le lui dois, il me doit aussi:

Et si i'ay ores du souci

Pour faire mon payment plus dine. '

le le voy ores deuant moy

En un aussi plaisant émoy

Pour faire son Ode Latine.

Mais par ou commencerons nous?

122 ESCRIZ

Dîtes le, Muses : car sans vous le ne fuis l'ignorante tourbe.

Et sans vous ie ne peu chanter Chose, qui puisse contenter Le père de la lyre courbe.

Quand celui qui iadis naquit Dans la tour d'erein, que conquit lupiter d'une caute ruse, Vt trenchë le chef qui muoit En rocher celui qu'il voyoit, Le chef hideus de la Méduse :

Adonques par l'air s'en allant, Monte sur un cheual volant.

Il portoit cette horrible teste :

Et ia desia voisin des Gieus Il faisoit voir en mile lieus La grandeur de cette conqueste.

Tandis du chef ainsi trenché Estant freschement arraché, Distiloit du sang goûte à goûte :

Qui soudein qu'en terre il estoit, Des fleurs vermeilles enfantoit, Qui changeoient la campagne toute.

Non en serpent, non en ruisseau.

Non en loup, et non en oiseau.

En pucelle, wSatire ou Cyne :

Mais bien en pierre : faisant voir Par un admirable pouuoir

DE DIVERS POETES. i25

La vertu de leur origine.

Et c'est aussi pourquoy ie crois, Que fendant l'air en mile endrois Sur mile estrangeres campagnes, A la fin en France il vola, Ou du chef liideus s'escoula Quelque sang entre ces montagnes :

Mesmement auprès de ce pont Oppose viz à viz du mont.

Du mont orguilleus de Foruiere ; En cet endroit ou ie te vois Egaier meinte et meintefois Entre l'une et l'autre rivière.

Car deslors que fatalement l'en aprochaj premièrement,, le vis des la première aproche le ne say quelle belle fleur:

Qui soudein m'esclauant le cœur Le fit changer en une roche.

le viz encor tout à l'entour

Mile petis frères d'Amour,

Qui menoient mile douces guerres :

Et mile creintifs amoureus

Qui tous comme moj langoureus

Auoient leurs cœurs changez en pierres.

Depuis estant ainsi rocher, le viz près de moy aprocher

124 ESCRIZ

Vne Méduse plus acorte Que celle dont s*arme Pallas, Qui changea iadis cet Atlas Qui le Ciel sur l'eschine porte.

Car elle ayant moins de beautez, De ces clieueus enserpentez Faisoit ces changemens estranges : Mais cetteci, d'un seul regard De son oeil doucement hagard Fait mile plus heureus eschanges.

Celui qui voit son front si beau^ Voit un Ciel, ainçois un tableau De cristal, de glace, ou de verre:

Et qui voit son sourcil bénin, Voit le petit arc hebenin.

Dont Amour ses traits nous desserre.

Celui qui voit son teint vermeil.

Voit les roses qu'à son rëueiL Phebus épanit et colore :

Et qui voit ses cheueus encor.

Voit dens Pactole le trésor Dequoy ses sablons il redore.

Celui qui voit ses yeus iumeaus.

Voit au ciel deus heureus flambeaus, Qui rendent la nuit plus serene :

Et celui qui peut quelquefois Escouter sa diuine voix Entend celle d'un€ Sirène.

DE DIVERS POETES. i25

Celui qui fleure en la baisant Son vent si clous et si plaisant ^ Fleure l'odeur de la Sabee :

Et qui voit ses dens en riant Voit des terres de l'Orient Meinte perlette desrobee.

Celui qui contemple son sein Large, poli, profond et plein, De l'Amour contemple la gloire, Et voit son teton rondelet, Voit deus petis gazons de lait, Ou bien deus boulettes d'iuoire.

Celui qui voit sa belle main, •Se peut asseurer tout soudein D'auoir vu celle de l'Aurore; Et qui voit ses piez si petis, S'asseure que cens de Thetis Heureus il ha pu voir encore.

Quant à ce que l'acoutrement Cache, ce semble, expressément Pour mirer sur ce beau chef d'euure.

Nul que l'Ami ne le voit point :

Mais le grasselet embonpoint Du visage le nous descœuure.

Et voilà comment ie fuz pris Aus rets de l'enfant de Cypris, Esprouuant sa douce pointure ; Et comme une Méduse fit,

126 ESCRIZ

Par un dommagealile proufit, Changer mon cœur en pierre dure.

Mais c'est au vray la raritë De sa grâce et de sa beauté, Qui rauit ainsi les p'^rsonnes :

Et qui leur ote cautement La franchise et le sentiment, Ainsi que faisoient les Gorgonnes.

Le Tems cette grand' fauls tenant

Se vét de couleur azurée,

Pour nous montrer qu'en moissonnant

Les choses de plus de durée,

Il se gouuerne par les Cieus :

Et porte ainsi la barbe grise.

Pour faire voir qu'Hommes et Dieus

Ont de lui leur naissance prise.

Il assemble meinte couleur

Sur son azur, pource qu'il treine

Le plaisir après la douleur

Et le repos après la peine :

Montrant qu'il nous faut endurer

Le mal, pensant qu'il doit fin prendre,

Comme l'Amant doit espérer.

Et merci de sa Dame atendrci

Il porte sur son vêtement, Vu milier d'esles empennées, Pour montrer comme vitement Il s'en vole auec nos années :

Et s'acompagne en tous ses faits De cette gcnte Damoiselle, Confessant que tous ses efets N'ont grâce ne vertu sans elle.

Elle s*apelle Ocasion

Qui chauue par derrière porte.

Sous une docte allusion.

Ses longs clieueus en cette sorte :

A fin d'enseigner à tous cens

Qui la rencontrent d'auenture,.

De ne se montrer paresseus

A la prendre à la clieuelure,

Car'^s'elle se tourne et s'en fuit.

En vain après on se trauaille :

Sans espoir de fruit on la suit.

Le tems ce dous loisir nous baille De pouuoir gayement ici Dire et ouir maintes sornettes, Et adoucir notre souci, En contant de nos amourettes.

Le Tems encore quelquefois Admirant ta grâce éternelle Chantera d'une belle voix D'Auanson ta gloire éternelle :

Mais or' l'ocasion n'entend Que plus long tems ie l'entretienne, Creingnant perdre l'heur qui m'atend Ou qu'autre masque ne suruienne.

28 ESCRIZ

MADRIGALE.

Arse cosI per voi. Donna, il mio core

Il primo di ch'intento vi mirai,

Clie certo mi pensai

Che no potesse in me crescere pin ardore :

Ma in voi belta crescendo d*hor' in liora,

Cresc* in me il fuoco ancora,

Il quai no potra mai crescer* si poco,

Cil* altro no saro piu che flamme e fuoco.

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