‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 31 sur 93 · Mettre ponts sur les mers {comme Claude Empereur · texte numérisé non relu

Mettre ponts sur les mers {comme Claude Empereur

même page. — Je crois que notre aimable savante se trompe ici,

et qu'elle confond Claude avec Caligula. L'histoire ne parle d'aucun pont mis sur la mer par Claude, tandis qu'elle nous apprend que Caligula en éleva un de 36oo pas, pour aller de Bayes à Pouzzoles. Ce pont étoit formé d'un double rang de vaisseaux attachés avec des ancres, et recouvert d'une chaussée qui imitoit la voie Appienne. Voy. les détails que donne à ce sujet Suétone (in Caligul. c. 19 et Sa).

S/f. — En receuant une pomme comme Cydipee ^ pacte Sq. — Il falloit écrire Cydippe. Aconce (ou Acontius), jeune homme de l'île de Cée, d'une rare beauté, mais peu favorisé de la fortune, étant allé à Délos pour sacrifier à Diane, vit, dans le temple de la déesse, une jeune personne d'une beauté ravissante, nommée Cydippe. Mais jugeant que sa fortune et sa naissance mettroient un obstacle à son bonheur, il grava sur une pomme ces mots: Aconce, je jure par Diane de n'être jamais qu'à vous. Cydippe, aux pieds de laquelle il avoit fait rouler la boule, la ramassa, lut cet écrit sans y penser, et s'engagea de même : car une loi obligeoit d'exéCuter tout ce qu'on promettoit dans le temple de Diane. Cependant Cydippe étoit proiuise en mariage à un autre ; mais , toutes les fois qu'on vouloit la marier, elle étoit attaquée d'une fièvre violente, en sorte que ses parens furent obligés de la donner à Aconce. (M. Noël , Dict. de la Fable.) La x.^ épître du liv. i d'Aristenète roule sur cette histoire, et la xx.^héroïde d'Ovide est censée écrite par Aconce à Cydippe.

85. — En Usant un liure , comme la Dame Francisque de Rimini , même page. — Voy. le Dante (la Divina Coramedia, ch. V).

86. — Comme' le ieune Gnidien^ qui ayma l'euure fait par Praxitelle , même page. — L'histoire de ce jeune Cnidien (et non pas Qnidien) , et du moyen dont il se servit pour assouvir la passion que lui inspira la statue de Vénus faite par Praxitèle, est racontée avec beaucoup de détails dans le traité des Amours de Lucien. Voy. la traduction de ses œuvres , par Belin de Ballu '•^ 12

LjS NOTES.

(tome irr, pages 558 et siiiv.). Voy. aussi les autres auteurs cite's par Larcher ( Me'moire sur Ve'nus, page 116).

87. — Tel Jeu estait celui de JYarcisse , page 69. — Voy. Ovide ( Metam. m, 4^7 ^t seq.)

88. — Qu^ils se prennent à leurs Filozofes, qui ont estimé Folie estre priuacion de sagesse , et sagesse estre sans passion , page 60, — Cette de'finition appartient aux stoïciens, et Érasme le dit formellement dans le passage suivant de l'Encomiuni Moriœ, que Louise Labé paroît avoir copié : « Etenim cum stoïcis defi- « uitoribus nihil aliud sit sapientia, quam duci ratione: contra « stultitia, affectaum arbitrio moveri, ne plane tristis ac tetrica « esset hominum vita. » (Page 22. )

89. — Ayant discouru mile bons heurs ^ qui passeront bien loin des cotes j même page. — Expression proverbiale que je n'ai vue nulle autre part.

90. — Escrire sur le bout de la table auec du ■vin^ entrelasscr son nom et celui de s' amie , V'^s^ ^**

Blanditiasque levés tenui perscribere vîno , Ut domiiiam in mensa se légat illa tuam.

(OviD. de Arte am, i, 5ji — 3.)

91. — Tousiours refusent ce qu'elles -voicdroient bien que Ion leur otast par force ^ P^g^ 64.

Faemina saepe negat id quod liabere cupit.

(Ant. de Arena.)

Presque tous les poètes, comme à l'envi, se sont exerce's sur cette pense'e, et l'ont prt'sentëe sous diverses faces.

g2. — Qui excusera Hercule deuidant les pelotons d^ Omphale ^ page QÇ», — Hercule voyageant s'arrêta chez Omphale, reine de Lydie, et fut si épris de sa beauté, qu'il oublia sa valeur et ses exploits pour se livrer aux plaisirs de l'amour. « Tandis qu'Om- « phale, couverte de la peau du lion de Némée, tenoit la massue, « comme si elle étoit Hercule, celui-ci, habillé en femme, « vêtu d'une robe de pourpre, travailloità des ouvrages de laine,

a et souffroit qu'Omphale lui donnât quelquefois de petits souf« « flets avec sa pantoufïle.» (Lucien, De quelle manière on doit écrire l'histoire.) On trouve Hercule ainsi représenté sur d'anciens monuments (Dictionnaire de la Fable). 11 est aisé de percer le sens de cette allégorie, par laquelle les anciens exprimoient le pouvoir et la tyrannie de l'amour. Balthazar Gracien, auteur d'un livre intitulé, Il discreto, traduit en françois parle P. de Courbcville, jésuite, sous le titre de L'homme universel, Paris, 1723, in-8."*, a, sur ce trait de la vie d'Hercule, une pensée bien espagnole : « Combien ont fini , dit - il , par « d'indignes actions qui ont flétri leur mémoire? Hercule s'avise « à la fin de filer comme une femme, et il devient ainsi lui- M même la Parque de son immortalité. »

93. — Le sage Roi Hebrieu auec cette grande muUitude de femmes, P^ige C6.

C'est Salomon , ce sage fortuné.

Roi philosophe, et Platon couronné,

Çui connut tout du cèdre jusqu'à l'herbe.

Vit-on jamais un luxe plus superbe!

11 faisait nai' re au gré de ses désirs

L'argent et l'or , et surtout les plaisirs.

Mille beautés servaient à son usage.—

Mille! —On le dit: c'est beaucoup pour un sage.

Qu'on m'en donne une, et c'est assez pour moi

Qui n'ai l'honneur d'être sage ni roi.

(Voltaire, le Mondain, satire. >

^^.-— j4.nnih al s^ abâtardissant autour d^me Dame . même page. -— Ce trait n'est, je crois, connu que par une phrase de Pline l'ancien qui, faisant une description géographique de l'Italie dans le livre ru de son Histoire naturelle, ajoute à la mention de la ville de Salapia, dans la Pouille Daunienne, que cette ville est célèbre par une aventure amoureuse d'Annibal: «Oppidum, « Salapia Annibalis meretricio amore inclytum. >>

95. — Le plus grand enchantement ^ tjui soit pour estre aymé . c^est aymer. Ayez tant de sujumigacions ^ tant de characteres,

iSo NOTES.

adiuraclons , poudres, et pierres, que -voudrez : mais si savez bien 'VOUS ayder, montrant et déclarant -votre amour : il n'y aura besoin de ces estranges receptes, Donq pour se faire aymer^ il faut estre aymable , page 6^. — Louise Labé n'a fait que copier cet apophlbegme d'Hécaton dans Sénèque (Epist. ix) : « Ego tibi « nîonstrabo amatorium sine medicameuto , sine herba, sine « ullius venefîcae carminé : si vis amari, ama. » Oyide avoit dit auparavant (de Arte am. , ii, 108):

XJt ameris > amabilis esto.

Enfin, on lit dans Martial (vi, ai) :

Hoc non fit verbis : 3Iarcc, ut ameris, ama.

Pibrac a puisé aux mêmes sources la pensée de ce quatrain:

Je t'apprendray , si tu veux, en peu d'heure > Le beau secret du breuvage amoureux :

Aymé les tiens , tu seras aj'mé d'eux ; •Il n'y a point de recepte meilleure.

96. — Zethe et Amphion ne se pouuoient accorder, pourcc que la -vacacion de Vun ne plaisait à Vautre , même page. — Zetbe et Ampbion, fils jumeaux de Jupiter et d'Antiope. La vacacion du premier étoit le soin des troupeaux, et celle du second la musique. Ce fut au son de la lyre de celui-ci que s'élevèrent d'eux-mêmes les murs de ïbèbes. Voy. les dictionnaires de mythologie. Horace se sert aussi de l'exemple de ces deux frères, et Louise Labé connoissoit sans doute le passage suivant de ce poète (Epist. r, 18, 4o"44) *

Nec, cum veuari volet ille , poemata panges. Gratia sic ftatrum geminorum Ampliionis atque Zethi dissiluit, donec suspecta severo Conticuit lyra ; fraternis ccssisse putatur Moribus Amphion c

97. — Si la femme que -vous aymez est avare , il faut se transmuer en or, et tomber ainsi en son sein, même page. — Allusion à la métamorphose eu pluie d'or, dont Jupiter fit usage pour

NOTES. i8i

pénétrer dans la tour d'airain, où ctoit renrerméc Danaé par ordre d'Acrisius son père, roi d'Argos.

98. — Tous les seruiteurs et amis d* Atalanta estoient chasseur.!-^ pour ce qu'elle y prenait plaisir, page 68. — Atalante, fille de Schént'e, roi de Scyros, étoit passionnée pour la chasse. Elle promit sa main à celui de ses amants qui la vaincroit à îa course. Hippomènc en vint à bout par un stratagème. Il laissa tomber trois pommes d'or, cueillies au jardin des Hespérides, et dont Vénus lui avoit fait présent. Atalante se baissa pour les ramasser, et Hippomèue toucha le but avant elle.

99» — 'Les tristes se fâchent cVouir chanter, même page.

Oderunt hilarem tristes tristemque jocosi.

(Horace, Epist. i, iS, 89.)

100. —Le Gerion a trois corps, page 69. — Géryon fut un géani à trois corps, qui avoit pour garder ses troupeaux un chien à deux têtes, et un dragon à sept. Hercule le tua avec ses défenseurs, et emmena ses bœufs. Voy. l'explication de cette allégorie dans le Dictionnaire de la Fable de M. Noël.

101. — Ignorance, nonchaillance^ espérance et cécité, qui sont toutes damoiselles de Folie , page 70. — Érasme, Encom. Moriae (pages 9 et 10), ne donne pas tout-à-fait le même cortège à la Folie: il suppose qu'elle est toujours accompagnée de l'Amourpropre (^Philautia) , de la Flatterie (Colacia), de l'Oubli {Lethe), de la Paresse {Misoponia), de la Volupté (Isldone) , de l'Irréflexion {Anoia), de la Débauche {Truphe) , de Comus, et du Sommeil. Il ajoute que, secondée et servie fidèlement par ces esclaves, elle règne sur l'univers, et que les monarques euxmêmes sont soumis à ses lois.

102. — Génie, page 71. — Le dieu Genius, qui pr''sidoit à la nature et donnoit le mouvement et la vie à tous les êtres. Il étoit surtout regardé comme l'auteur des sensations agréables et voluptueuses : de là cette expression qu'on trouve dans Perse (Sat. V, i55)^ Genio indulge, pour signifier, divertissez-vous^

i82 NOTES.

donnez-vous du bon temps. Chaque homme avoit son Génie. Les villes et les empires avoient aussi le leur.

io3. — leitfiesse j page 71. — Nous avons vu qu'Érasme et Louise Labé en fout la mère de la Folie. Cette déesse étoit adorée par les anciens sous les noms de Juventa, de Juventus et d'Hébé.

ioZ|. — Ce gentil Gardien des iardins , même page. — Priape , fils de Bacchus et de Vénus. Il étoit l'emblème de la fécondité, et sa statue, véritable épouvantail, étoit placée dans les jardins pour les défendre contre les voleurs et les oiseaux. On ne voit pas ce qui a pu lui valoir, de la part de Louise Labé ou de Mercure i^u'elle fait parler, l'épithète de gentil^ à moins qu'on ne dise que Mercure, en habile orateur, devoit flatter les juges devant qui il plaidoit, et au nombre desquels étoit Priape : excuse qui, je crois, n'auroit pas satisfait Ménage ; car dans ses observations sur l'Aminte (act. IV, se. 2, v. 62), il blâme le Tasse, seulement pour avoir nommé Priape : «Par non dovesse « il poeta, dit-il, metter in bocca d'un uomo, che parlava a « vergine cosi onesta, cosl schiva, cosl ritrosa, come era Sil- « yia, una cosi oscena, cosi brutta, cosi sfacciata parola, come « è quella di Priapo. Ne puô essere scusato con dire, che ne i « tempi antichi non era disonesta, e significava sol ameute il dio « de' giardini; dovendo il poeta giudizioso aver riguardo ezian- « dio a' tempi suoi. » Il est vrai que Louise Labé a évité de désigner par son propre nom le dieu dont il s'agit ; mais n'at-elle pas détruit l'effet de cette sage réserve par la qualification de gentil qu'elle lui a donnée? L'innocence, ou plutôt la simplicité du temps où elle écrivoit, est la meilleure excuse qu'on puisse invoquer en sa faveur.

lo5. — Pour apointer le diferent, ria prononcer un arrest interlocutoire^ même page. — Louise Labé a sans doute consulté quelque avocat de son temps sur ces termes de pratique qui sont ici fort heureusement appliqués. ^î" arrest ^ placé à la suite ^ est aussi dans la forme usitée au barreau.

JNOTES. i83

lo6.—-'IVoiis auons remis votre afaire d'ici à trois fois y sept fois, neuf siècles, page 72. — A dix- huit mille neuf cents ans. Les nombres impairs étoient dans l'antiquité des nombres mystérieux. J'ignore s'il y a quelque autre finesse cachée dans cette multiplication de siècles par trois, sept et neuf.

107. — Les Elégies de Louise Labé n'ont d'autre défaut que d'être trop courtes et trop peu nombreuses; elles ont tout ce qui donne du prix et du cliarme à ce genre, dans lequel peu de nos auteurs ont réussi; elles sont tendies, touchantes, passionnées. Le cœur seul y parle, suivant le précepte de Boileau. Nulle afTectation, nulle recherche dans le style; mais une exquise naïveté de sentiment et de langage, qui n'exclut point l'énergie. Louise Labé y gémit sur les chaînes qu'elle porte; elle déplore l'absence de son amant ; elle exhale de douces plaintes ; elle peint l'excès de ses tourments et de ses peines. La troisième de ces pièces, adressée aux dames lyonnoises, et où leur belle compatriote se justifie en rejetant sur l'Amour tous les reproches qu'on pourroit lui faire, me paroît remporter la palme sur les deux autres. Les rapprochements que j'indiquerai, et que j'aurois pu multiplier bien davantage, seront destinés à montrer que la nouvelle Sappho n'avoit pas lu en vain les meilleurs auteurs qui existoient avant elle , et que son âme étoit , pour me servir des expressions de Pétrone, « ingenti flumine litte-»

rarum inundata, »

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