Car peu de frères sont de telle sorte, page
Fratrum quoque gratia rara est.
( OviD. IMetam. i , i45.)
Cependant, suivant un poète moderne ( LegouvÉ, Étéocle et Polynice),
Un frère est un ami donné par la nature.
3g. — - Comme lonathas sauna la -vie de David , même page. — Il est un peu choquant de voir citer des noms de l'histoire sainte dans un sujet mythologique; mais ce qui peut servir à excuser Louise Lahé, c'est que des écrivains justement célèbres ont poussé beaucoup plus loin cette faute de goût, puisqu'ils ont mis eu action, dans les mêmes poèmes, des dieux de la fable et des personnages de la Bible. Ce mélange monstrueux est l'objet des reproches que la critique adresse en particulier au poème De Partu Virginis de Sannazar, et à la Lusiade du Camoëns. « On se rebute, dit L. Racine en parlant du premier de « ces ouvrages (préface du poème de la Religion), d'entendre « les merveilles saintes dans la bouche de Protée, le catalogue « des Néréides qui environnent J. C, lorsqu'il marche sur les « eaux; et l'on méprise les hommages que lui rend Neptune, « lorsqu'à son aspect il baisse son trident. » On éprouve le même sentiment en lisant la Lusiade, lorsqu'on y voit «Vénus, « secondée des conseils du Père éternel et aidée des flèches « de Cupidon, rendre les Néréides amoureuses des Portugais; « lorsque ceux-ci, après la conquête, travaillent à la propaga- « tion de la foi, la même déesse se charger du succès de l'en- « treprise, et ailleurs Bacchus voulant leur faire accroire qu'ils
« abordent dans une île amie et chrétienne, y dresser un autel « pour les mieux tromper, leur présenter des images du S. Es- « prit, de la Vierge et des Apôtres, et, prosterné lui-même, M brûler dévotement de l'encens en l'honneur du vrai Dieu. »
4o. — Dire Vhistoire de Pythias et Damoriy page 34- — L'histoire de Pylhias {al. Phintias) et de Damon se trouve partout, notamment dans le recueil de Valère-Maxime (1. iv, c. 7).
4i. — De celui qui quitta son espouse a son ami la première nuit y et s' et7 fuit vagabond par le monde, même page. — J'ignore où Louise Labé avoitlu cette histoire : du moins je ne me souyiens pas de l'avoir vue dans aucun écrivain antérieur. Le joli roman d'Eliezer et Nephtaly, ouvrage posthume de Florian, et que cet aimable auteur intitule, Poème traduit de l'hébreu, roule sur un trait semblable de dévouement et de générosité. Éliezer vcnoit d'épouser Rachel, dont il étoit vivement épris, lorsqu'il découvrit par hasard qu'elle étoit aimée de son frère Nephtaly, Il laissa sur le bord des eaux ses vêtements souillés de limon, pour que l'on ne doutât point de sa mort, et pour que la loi prescrivît à Nephtaly de devenir l'époux de sa veuve, et il s'éloigna et disparut pendant neuf ans.
42. — raliegueray le dire d'un grand Roy , même page. ^ Ce grand roi est Darius, roi de Perse. Le mot que Louise Labé rapporte de ce prince, est tiré des Apophthegmes de Plutarque. Voy. ses Œuvres morales, traduites en frauçois, par l'abbc Ricard (tome II, pag. 36i).
43. — T^n Scythe demandant en mariage une fille ^,,,. dit qu'il n*a\>oit autre bien que deus amtV, même page. — Ce Scythe se nommoit Arsacomas, et ce fut àLeucanor, roi du Bosphore, dont il demandoit la (ille, qu'il fit cette belle réponse. Voy. le Toxaris lie Lucien (page 167 du tome m de la traduction des (Euvres de Lucien, par Belin de Ballu).
44' — ^^ sauua Ariadne la r>ie à Thesee, même page. — Ariane (c'est ainsi que nous avons francisé ce nom), fille de Minos, roi de Crète, charmé de la bonne mine de Thésée, venu pour.
i63 NOTES.
combattre le Minotaure, lui donna un peloton de fil, à la faveur duquel il sortit du labyrinthe. (Dictionnaire de la Fable, art. Ariane).
45. — Hypermnestre à Lyncee , page 34» — Hypermuestre , une des cinquante Danaïdes , fut la seule qui eut horreur d'exécuter l'ordre de son père. Celui-ci leur avoit fait jurer d'égorger leurs maris la première nuit de leurs noces. Au lieu de tenir son serment, Hypermnestre procura à Lyncée son époux les moyens de s'évader. (Dictionnaire delà Fable, art. Hypermnestre).
46. — Se couchent en chapon le morceau au bec , page 35. — - C'est-à-dire, se couchent ayant encore le morceau à la bouche, après avoir soupe d'aussi bonne heure que les chapons prennent leur repas du soir. On retrouve cette expression proverbiale dans Rabelais (Pantagruel, 1. 11, c. 9): « Ce que feut faict, et « mangea tresbien à ce soir, et s'en alla coucher en chappon « et dormir iusques au lendemain heure du disner, en sorte « qu'il, ne feit que trois pas et un sault du lict à table; » et dans le Lii.*^ des Arrêts d'Amour, ajouté aux précédents par Gilles d'Aurigni , dit le Pamphile : «Sur ce que ledict demandeur disoit, « que combien que de toute disposition de droit commun d'a- « mour maritale, lesdictz maryz soient en bonne possession de « iouyr plainement et paisiblement de leurs femmes, et qu'ilz « en doiuent auoir l'entretien et dénis, tant après souper que « deuant , et se puissent tenir sur leurs gardes pour le péril « éminent de leurs dictes femmes. Et se aller coucher et depar- « tir d'une compaignie à telle heure que bon leur semble, voire « en chappon si mestier est : à faire fermer leur porte quand la « fantasie et umbraige les prend. »
47. — On ne veut iamais 'venir a ennui et lasseté , qui prouient de 'Voir tousiours une mesme chose , P«*gG ^7. — C'est la pensée de ce vers devenu proverbe :
L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
(La Motte )
48. — S'il est caché, il l'est en sorte, que Ion le cinde plus beau et délicat , page 38.
Si gua lafx:nt, meliora putat
(OviD. Metam. I, 5oa.)
49. — TJ amoureuse curiosité des hommes fait rechercher la beauté iusques au bout des pie z, page 39.
Pes erat exiguus, pedis est aptIssimM forma.
(OviD. Am. m, 3j 7.)
Bien est-il vrai que je vois à Rosire
Un pied mignon, et pied mignon veut dire;
Il est joli.
(PlCARDET, de Dijon.)
50. — Les fleurs que tu Jlz, 6 Tupiter , nailre es mois de Van les plus chaus , sont entre les hommes faites hybernalles , même page. — Déjà du temps de Domitien, on avoit trouvé le secret de faire fleurir à Rome les roses pendant l'hiver; et Martial donne aux roses obtenues par ce moyen l'épithète dont se sert
"Louise Labé ; il les appelle aussi hybernalles : Hybemas rasas (Vf, 80).
5i. — Leur départir plus de chaleur que le pais ne le requer" roit y même page. — Louise Labé veut parler des serres chaudes dont l'invention est fort ancienne. Voy. Martial (viir, 68).
52. — Pauanes, passemeses, gaillardes, même page. — Ces différents mots seront expliqués dans le Glossaire. Il existe un ouvrage fort rare, que je n'ai pu me procurer, intitulé : Recueil de chansons, bransles, gaillardes, voltes, courantes, pauancs, romanesques et autres espèces de poésie, propre pour la récréation des cœurs melandlloliques, par les bien disants Poètes de notre temps, Paris, Montreuil, 1679, 2 vol. in-12.
53. — Dequoy allège un iwyageur son trauail , que lui cause le long chemin , qu'en chantant quelque chanson d' amour , page /\0,
Gantantes licet usquc (minus via laedet) camus.
(VlRGIL. EclOg. IX, 64.)
5^,-^ Ainsi passait son chemin Apulée , quelque Filozofe qu'il
170 INOTES.
Just, page 4o' — Apulée, philosophe platonicien, ne' à Ma- (laure en Afrique, et qui florissoit sous les Antonins, a composé en latin l'Ane d'or, espèce de roman plein d'aventures amoureuses, et des poésies erotiques qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Il fut accusé de sortilège pour avoir inspiré une vive passion à une femme nommée Pudentilla, plus âgée que lui, et qu'il épousa. Voyi ses Œuvres, et particulièrement son Apologie.
55. — N'est ce pas Amour l lequel semble estre le su g et , duquel tous Poètes -veulent parler , même page. « Qui estera aux « Muses les imaginations amoureuses, leur desrobbera le plus bel « entretien qu'elles ayent et la plus noble matière de leur ou- « uragc : et qui fera perdre à l'Amour la communication et serti uice de la poésie, l'afToiblira de ses meilleures armes.» (Moiv- TAiGNE, Essais, III, 5.)«L'Amour est celui de tous les Dieux qui « sait le mieux le chemin du Parnasse. » (Raciive, Lettre V £^ M. Vitart. )
De cette passion la sensible peinture
Est pour aller au cœur la route la plus sure.
(BoiLEAU, Art poét., ch. m.)
56. — Celui qui ha à le nom de Sage , ha descrit ses plus hautes concepcions en forïiie d'amourettes^ P^ge I\\, — Socrate fut déclaré par l'oracle le plus sage des hommes. Il a, en effet, descrit ses plus hautes concepcions sous la forme qu'indique Louise Labé (Voy. Platon et Xénophon), et il se donnoit lui-même la qualification de sage (savant, expert, conuoisseur) en matière d'amour, Sophos ta erotica.
5y, — Qu'a iamais mieus chanté f^ir^le , que les amours de la Dame de Carthage ! même page. — Il paroît que Louise Labé préféroit à tous les autres ouvrages de Virgile le livre IV de son Enéide, où il chante les amours de Didon et d'Énée. Ce livre est, en effet, sinon le plus beau titre de son auteur à l'admiration de la postérité, du moins une partie très remarquable d'un poème qu'on place avec raison à côté des plus hauts chefs-d'œuvre de l'esprit humain, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère.
58. — // retournera plus d'une S emiramis f d'une Biblis , d'une Myrrha, d'une Canace , d'une Phedra, page 42. — Se'miramis conçut un amour criminel pour son fils Ninias; liiblis, pour son frère Caunus; Myrrha, pour Cynire son père; Canacé, pour son frère Macarc'e; et Phèdre, pour Hippolyte, le fils de Thésée son mari. L'histoire ancienne et la mythologie sont pleines de ces passions incestueuses. Louise Labé en a cité les exemples les plus célèbres.
69. — lupiter composera tous ces trois iours en un, cotmne il fit les trois nuits, qu'il fut auec Alcmene , page 44« — Jupiter, amoureux d'Alcmène, profita, pour la tromper, de l'absence d'Amphitryon, roi de Thèbes, son mari, parti pour une expédition militaire. Il prit les traits et la figure de ce dernier, et, à l'aide de cette métamorphose, il obtint les faveurs de la reine, qu'il rendit mère d'Hercule. On ajoute que ce dieu rendit la nuit plus longue que les autres, et que, pour ne rien changer à l'ordre de la nature, il raccourcit le jour qui suivit, enmémoire de quoi Alcmène porta depuis un ornement de tête composé de trois lunes (Dictionnaire de la Fable). On peut remarquer eu passant que, si cette fable avoit été inventée par les modernes, ce n'est pas sur la tête d' Alcmène qu'ils auroient placé l'ornement dont il s'agit.
60. — JY'atendez point, lupiter...., page 45. — Le plaidoyer de Mercure qui commence ici, est plus long que celui d'Apollon; il est peut-être aussi plus piquant; l'un et l'autre sont une parodie ingénieuse des usages du barreau. Louise Labé a fondu dans le discours de Mercure la quintessence de l'Éloge de la Folie d'Érasme, que bien certainement, comme nous l'avons dit plus haut, elle avoit dans sa librairie; mais elle a sagement exclu tout ce qui sentoit trop la satire, les observations caustiques sur les mœurs du temps, sur les moines, le clergé et la cour de Rome. Elle a ajouté beaucoup de choses tirées de son propre fond, et assaisonné le tout d'érudition, de grâce et de naïveté.
61, — .^/ tant aymé la mère, que n'ay iamais espargné mes
allées et venues, page 45. — On sait que Mercure étoit le messager des dieux, et que c'est à lui qu'ils confwieut leurs messages d'amour. C'est même de sou nom que quelques savaus dérivent le mot graveleux par lequel nous désignons cette classe d'hommes que les auciens appeloient Lenones. L'amitié de Vénus et de Mercure étoit célèbre dans l'antiquité. On les représentoit ensemble, et on leur bâtissoit des temples communs. Voy. Larcher, Me'm. sur Vénus, p. 29S-9.
6l.'^jiyans tous suiui jimour fors Pallas ^ pa^e 4^. — Voy. le Xix.^ Dialogue des dieux de Lucien.
63. — Apolon, qui ha si long tems ou y les causeurs h Romme ^ page 47. — Une statue d'ivoire d'Apollon décoroit à Rome le Forum d'Auguste, où l'on rendoit quelquefois la justice. Louise Labé fait allusion à cette circonstance, de même que Juvénal lorsqu'il donne à Apollon l'épithète de jurisconsulte ;
...Deijide forum jiu'isque peritus Apollo.
CSat. I , 128.)
vers que Dusaulx a plutôt paraphrasé que traduit , en le rendant de cette manière : «Le forum où l'on voit la statue d'Apol- « Ion, si connue des plaideurs.»
64. — ^'^ s^ataqua il pas à H'Iars , qui regardait f^ulcan forgeant des armes, et tout soudein le blessa, page 48. — Louise Labé a puisé ce fait dans une des plus jolies odes d'Anacréon , la 45'^ j qui a aussi fourni à J. B. Rousseau le sujet de sa cantate des Forges de Lemnos.
65. — Il s^en est mis en son plein deuoir, même page. — Ou lit dans l'édition de i556, in-16 : // ne s'en est mis , etc. C'est une leçon contraire au sens évident de la phrase.
66. — jiussi est Folie ieune et file de Jeunesse , même page. — Avant Louise Labé, Érasme, dans son Encomium Moriae, supposoit que la Folie étoit la fille de la Jeunesse {yeotetes). Il lui donnoit pour père Plutus, le dieu des richesses. Suivant lui, elle ne deyoit pas le jour au mariage de ses parents, mais
elle étoit l'enfant du plaisir; elle étoit venue au monde dans les Iles Fortunées, où elle avoit sucé le lait de Méthé (l'Ivresse), fille de Bacchus, et celui d'Apœdia (l'Ignorance), fille de Pau: ftctions alle'goriques dont le sens s'explique de lui-même.
67. — Toymesme ^ lupiter , les apelles pasteurs de Peuples ^ page 5i. — C'est le nom que Jupiter donne aux rois dans Homère.
O vous , pasteurs d'humains , et non pas de bx-ebis.
Rois
(La Fontaine, i. x,f. 11.)
(î%. — Aristole ne mourut il de dueil, comme un fol, ne pouvant entendre la cause du Jlus et rejlus de VEuripe , page Si. — Ce fait est rapporté par Strabon (Géographie , 1. ix) ; mais d'autres auteurs donnent à la mort d'Aristote une cause moins extraordinaire : ils le font mourir d'une colique.
69. — Crate , jetant son trésor en la mer, même page. — J'avois pensé d'abord que Crate étoit une faute d'impression, et qu'il falloit lire Polycrate. On se rappelle, en effet, que ce tyran de Samos, inquiet d'un bonheur trop constant, jeta dans la mer un anneau du plus grand prix, qui fut retrouué dans le corps d'un poisson destiné à sa table : mais je me trompois, et au moment où je oroyois prendre en défaut l'érudition de Louise Labé, j'ai trouvé dans Diogène Laërce (1. Vf, Vie de Cratès), qu'au rapport de Dioclès , Diogène le cynique persuada à Cratès , son disciple, de jeter dans la mer tout l'argent qu'il pouvoit avoir. Louise Labé ne cite d'ailleurs, en cet endroit, que des philosophes, Aristote, Empédocle, Diogène, Aristippe; et Polycrate, qui n'étoit que prince, flgureroit mal au milieu d'eux, yo. — Empédocle qui se fust fait immortel sans ses sabots d'erain, même page. — Empédocle, philosophe, poète et historien, pour cacher sa mort et se faire croire un dieu, se précipita, dit-on, dans le volcan du mont Etna; mais le volcan rejeta une des sandales d'airain qu'il avoit coutume de porter ; ce qui décela sa fraude, et prouva qu'il étoit un simple mortel. Voy. Diogène Laërce, liv. vu, vie d'Empédocle, où sont cités
des auteurs qui ont conlreilit ce récit, et assigné à la mort de ce philosophe des causes diverses, mais toutes plus vraisemblables.
yi. — Diogene aiiec son tonneau: et Aristippe qui se pensait grand Filozofe, se sachant bien ouy d\in grand Signeur, page Sa. — Diogène et son tonneau sont connus de tout le monde. Quant à Aristippe, on sait aussi que ce philosophe mercenaire, habile à s'accommoder aux temps, aux lieux et aux personnes, souffrit de la part de Denys le tyran , dont il étoit le flatteur, des avanies qui lui attirèrent les railleries de Diogène ( Voy. Diogène Laërce , 1. II). Horace a loué le caractère souple et facile d' Aristippe, qui le rendoit heureux dans tous les états et dans toutes les positions de la vie :
Omnis Aristippum decuit color et status et res.
( Epist. I, T7, 22.)
y2. — Ceus qui font des maisons au Ciel, même page. — Les astrologues qui prétendent connoître l'avenir d'après la position des astres. On appelle maisons les douze signes du zodiaque que le soleil parcourt successivement chaque année.
yS. — Ces getteurs de points , faiseurs de characteres , même page. — Les devins, les magiciens, qui se livrent à des calculs divinatoires, ou qtii tracent des caractères magiques.
<j^, — Combien dureraient peu aucuns mariages , si la sottise des hommes ou des femmes laissait 'voir les 'vices qui y sont , page 53. — Cette phrase est l'abrégé d'un passage beaucoup plus étendu de l'Éloge de la Folie d'Erasme : « Grands Dieux! com- « bien arriveroit-il de séparations, et bien pis encore, si l'union « de l'homme et de la femme n'étoit soutenue, n'étoit fomentée « par la flatterie, parles divertissements, par la complaisance, « par les détours, par la dissimulation, tous gens de mon es- « corte et de ma suite? Ah! qu'il se feroit peu de mariages, si « l'amant avoit la prudence de bien s'informer du jeu que sa « petite maîtresse, qui paroît si délicate, si honteuse, si neuve, « a joué longtemps avant les noces ! Pour les mariages déjà
« conlractcs, ce seroit bien un autre train. Que de séparations, « si la négligence ou la bêtise des maris ne les avcugloit sur la « vie secrète de leurs épouses! On traite cela de folie, et on a « raison ; mais c'est pourtant cette même folie qui fait que la « femme plaît au mari, et que le mari plaît à la femme, que « la maison est tranquille, et que les alliances se maintiennent. « On fait les cornes à un mari, on le nomme cocu, commode, « et je ne sais quel sobriquet on ne lui donne pas hors de chez « lui; pendant que le bonhomme console sa chère moitié, et « boit, par ses tendres baisers, les larmes hypocrites de l'adul- « tère. Cela ne vaut-il pas beaucoup mieux, que de se consumer « en chagrin, que de faire du vacarme et du tintamarre, en s'a- « bandonnant à la jalousie?» (Trad. de QuERLOiv.)
75. — Dequoy uiuroient tant d* Auocats , Procureurs, Greffiers, Sergens, luges, page 54. — Owen a dit après Louise Lahé (1. i, ép. i5) :
Ulceiibus, Galène, vales tantummodo nostris : Stultitla nostra j Justiniane , sapis.
Ta sagesse , ô Barthole , est l'humaine folie ; Galien, ta santé, c'est notre maladie.
( De Kérivalant.) *"
Voy.pag. 46et47 durecueil piquant et varié, imprimé à Lyon en i8i9eti82i, in- 18, sous ce titre: Épigrammes choisies d'Owen, traduites en françois par M. de Rérivalant , publiées par M. de Labouïsse. Boileau a dit aussi :
Des sottises d'autrui nous ^ii'ons au palais.
(Epit. II.)
76. — Qui verra un homme enfariné auec une bosse derrière entrer en salle , ayant une contenance de fol , même page. — Ce portrait rappelle celui de Triboulet, fol de Louis xrr , et ensuite de François I.^*", par Jean Marot, père de Clément, dans sa description du voyage de Venise de Louis xii, en iSog :
Triboulet fut un fol , de la teste escorné ,
Aussi saigc à trente ans , que le iour qu'il fat né :
lyS NOTES.
Petit front et gros yeulx , nez gi-ant , taillé a vote (voûte) , Estomac plat et long, haut dos à porter hôte, Chascun contrefaisoit , chanta, dança , prescha , Et de tout si plaisant, qu'onc homme ne fascha.
7y. — Comme le saut des bergers^ qu' ils font pour V amour de leurs amies , page 55. — L'édition de i556; in-8.°; porte amis: c'est peut-être la véritable leçon.
y8. — Telles sont les Tragédies que les garçons des vilages premièrement inuenterent , même page. — Voy. Horace (de Arte poet. V. 275-7); et Boileau (Art poétique, ch. m),
7g. — Comme disait quelcun , leurs piez et mains parlans ^ P^S^ 56. — Ce quelcun est bien certainement un ancien. « On feroit, « dit Bayle (art. Pilade, Rem. E ), un gros recueil, si l'on en- « treprenoit de rassembler tous les passages où les anciens ont « heureusement exprimé le langage manuel des pantomimes ; « contentons-nous de mettre ici ce latin de Cassiodore : His « sunt additœ orchestarum loquacissimce manus, linguosi digiti, « silentium cîatnosum, expositio tacita, etc.» Il paroit que la pantomime fut portée dans l'antiquité au plus haut degré de perfection. La danse en étoit un accessoire, comme aujourd'hui; mais lachironomie, ou l'art des gestes, qui peut seule exprimer tous les mouvements de l'àme, en étoit la partie principale.
80. — jy estait ce pas un plaisant combat d'ydntoine auec Cleopatra . a qui dépendrait le plus en un festin! même page. — L'anecdote à laquelle il est fait allusion en cet endroit est lapportée par Pline l'ancien (Hist. nat. , ix, 58).
gi. — César se fachoit qu'il nauait encore commencé à troubler le monde en Vaage, qu' Alexandre le grand en auoit vaincu une grande partie j même page. — Voy. Suétone (in Jul. Cœs.
S2. Combien Luculle et autres ^ ont ils laissé d'imitateurs ^
paoe 57. — Le mot laissé a été omis dans l'édition ôe 1762.