A MADAMOISELLE
CLEMENCE DE BOVRGES,
LIONNOIZE.
JCjSTAnt le tems venu, Madamoiselle , que les seueres loix des hommes n'empeschent plus les femmes de s'apli quer aus sciences et disciplines : il me semble que celles qui ont la commodité, doiuent employer cette honneste liberté que notre sexe ha autrefois tant désirée 5 à icelles aprendre : et montrer aus hommes le tort qu'ils nous faisoient en nous priuant du bien et de l'honneur qui nous en pouuoit venir: Et si quelcune paruient en tel degré, que de pouuoir mettre ses concepcions par escrit, le faire songneusement et non dédaigner la gloire, et s'en parer plustot que de chaines, anneaus, et somptueus habits : lesquels ne pouuons vrayement estimer nôtres, que par usage. Mais l'honneur que la science nous procurera , sera entièrement notre : et ne nous pourra estre oté, ne par finesse de larron, ne force d'ennemis, ne longueur du tems. Si i'eusse esté tant fauorisee des Cieus, que d'auoir l'esprit grand assez pour comprendre ce dont il ha îi enuie, ie seruirois en cet endroit plus d'exemple que d'amonicion. Mais ayant passé partie de ma ieunesse à l'exercice de la Musique, et ce qui m'a resté de tems l'ayant trouué court pour la rudesse de mon entendement , et ne pou^uant