‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 75 sur 93 · A SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

A SES DISCIPLES

Vous auez toiisiours S à mettre A la fin de chesque (sic) plurier.

Sinon qu'il y ait une lettre Crestee au bout du singulier :

Et quant E y ha son entier.

Bonté vous guide à ses bontez:

Si vous suyuez autre sentier, Voz bonnes notes mal notez.

( Recueil des œuures de feu Bonaventure des Periers, Lyon, Jean de Tournes, i544) in-S.", page 182.)

« pas été constant à distinguer ces lettres consonnes « des mêmes lettres voyelles , et que Gilles Beys , li- « biaire à Paris , est proprement le premier qui , ayant u connu l'utilité de ces consonnes Ramistes, les em- « ploya dans l'édition du Commentaire de Claude Miii gnault sur lesépîtres d'Horace j qu'il fit imprimer en <6 i584, chez Denys Duval. ?>

V. Le t euphonique que nous plaçons dans les interrogations entre le \erbe , lorsqu'il est terminé par une voyelle, et les pronoms personnels il , elle^ on , étoit inconnu. On disait et on écrivoit ; ayme il pour aime-t-il^ ha il^ ha elle pour a-t-il^ a-t-elle ^ ayme on pour aime- 1- on ^ fera il ^ fera elle ^ suffira il^ etc. Dans tous ces cas, et dans tous les cas semblables, on ne se servoit pas non plus du trait d'union qu'on n'a imaginé que postérieurement i ay ie ^ ha ce esté ^ ha lon^ dit on^ donnent elles ^ trouueront ils ^ etc.

VL Quelques adverbes composés conservoient distincts dans l'écriture les éléments dont ils sont formés , et que nous confondons aujourd'hui. Ainsi, on écrivoit à fin pour afin , en fin pour enfin , ce pendant pour cependant ^ au parafant pour auparavant ^ d^orenaçant pour dorénavant ^ par tout pour partout^ puis que pour puisque^ sinon pour sinon; et il en étoit d'autres, au contraire, où on confondoit ce que nous distinguons maintenant : alencontre pour « V encontre ^ apart pour Il part^ aparsoj pour à part soi *. La particule amplia-

* On trouve aussi dans Louise Labé , à par, à par soy^ a par elle.

tive très etoit toujours unie à Tadjectif auquel elle se rapportoit, de manière à ne faire avec lui qu'un mot: trèsgracieux ^ treshelle^ treshon^ tresmauvais ^ etc. Mesme s'unissoit aussi à moy^ /o/, soj ^ luj : mof mesme ^ tojmesme , sojmesme , lujmesme.

Vil. L'emploi des lettres initiales majuscules etoit beaucoup plus fre'quent que de nos jours 5 il n'y a presque aucun passage de Louise Labé ofi il ne se trouve plusieurs de ces lettres que nous n'y mettrions pas actuellement. Il n'existait aucune règle précise sur ce point , si ce n'est à l'égard des noms propres , des noms abstraits personnifiés, et des mots commençant une pbrase ou un vers, dont l'initiale étoit toujours une majuscule. Le même signe se voit quelquefois aux principaux mots d'une période, à ceux sur lesquels l'auteur veut fixer l'attention du lecteur, à ceux qui sont pris dans un sens absolu, aux adjectifs qui indiquent le pays ou la nation ^ mais le plus souvent il est placé sans autre motif que le caprice de l'écrivain ou de l'imprimeur.

VIII. Les seuls accents employés dans les trois anciennes éditions de Louise Labé, sont l'accent aigu et l'accent grave : du moins l'accent circonflexe ne s'y montre-t-il que sur l'exclamation d, signe du vocatif. Mais l'usage de ces accents n'est pas toujours le même que celui qu'ils ont aujourd'hui. L'accent aigu remplace souvent l'accent circonflexe, comme dans ces mots : hâté ^ ôtê ^ r eue tu , vêtement ^ il se çe't ; il a aussi un emploi particulier dans les interrogations ; il y est placé sur la dernière syllabe du verbe, lorsque ce verbe

est suivi du pronom personnel le : assemblerây îe ^ ây ie^ crois le ^ çéus ie. L'accent grave figure sur les pre'terits en u: laj-pu^ lay sh^ laj çh. Beaucoup de mots sur lesquels nous mettons aujourd'hui des accents, n'en ont aucun •, tels sont les mots en ée : par exemple , ajmee ^ entrée ^formée ^ fumée ^ ramee ^ Enee ^ Orphée^ Promethce , trofee , Thesee ; les mots en ère , Homère , manière,, chère ^ mère ^ père ^ frère ^ première ^ seuere ; les adverbes et prépositions près ^ auprès^ après ^ exprès^ tres^ ou (adverbe de lieu), etc.*, tels sont aussi les mots suivants: aliéné^ désir ^ désirer^ déclarer ou declairer ^ défendre^ caméléon^ égaler^ débat ^ edenté ^ Diomede^ libéral , misérable , présent^ priuilege , seiour^ véhément^ etc., etc., etc. Souvent 1'^ placée après un a ou un e tient lieu d'accent : creste (crête), desplaisir, empescher ^ escJiaper ^ eschaufer ^ escrire , espandre, espee^ espinette^ espouser , estre, estant,^ esté ^ lestoy ou i estais^ estrange^ esueiller ^ flesche^fresche (fraîche), gresle y Jionneste^ laschcr ^ lescher ^ mastin ^ mesler , mesme, mespriser, yoa^^e (pâte), resiouir ^ respondre ^ teste (tête) j trespas ^ etc. *. Mais es et as pour «, e ou

* LV suppléoit également l'accent circonflexe que nous plaçons sur la dernière syllabe des verbes à la troisième personne singulière de l'imparfait du subjonctif: Qu'il aymast , qu'il dust , qu'il fust , qu'il sust^ qu'il vinst , qu'il ^>oulust , qu'il ust (eût), etc. La même lettre figuroit encore dans coustumcj acoustumer, coste, costeau^ costé ^ hoste , hostesse , adiouster^ cleu.viesme, ti'oisiesme , etc., oster^ hientost , plustost , etc. On trouve pourtant dans Louise Labé cote, coté, hôtesse, diziéme , oter, bientôt , plus tot^

25o INTRODUCTION AU GLOSSAIRE.

é ne sont pas constamment mis en usage par Louise Labë^ elle écrivoit presque toujours comme nous (et c'ëtoit alors, je crois, une nouveauté') : dédaigner^ détresse^ émoy ^ témoignage^ témoin^ etc., au lieu de desdaigner^ destresse ^ esmoy ^ tesmoignage^ tesmoin ou tesmoing^ qui, de même que les mots cite's plus haut et tous les autres mots semblables , n'ont cessé tout-à-fait de s'écrire de la sorte que dans le XVIII.® siècle.

IX. La ponctuation n'avoit pas atteint non plus le degré de perfection qu'elle a maintenant, quoiqu'il y reste encore beaucoup d'arbitraire; un de ses signes principaux éloit même absolument inconnu : je veux parler du point-virgule , qui n'a été inventé que longtemps après, et qui sert à marquer une pause plus forte que la virgule, mais moins forte que le point. La virgule, et plus souvent encore les deux points, en tenoient lieu.

Telles sont les observations qui m'ont paru nécessaires pour compléter le Glossaire de Louise Labé. Les exemples que j'y citerai , achèveront de faire connoître l'orthographe qu'elle a suivie , en même temps que les règles de syntaxe auxquelles elle s'est soumise, et le sens des mots dont elle s'est servie, dans tous les cas où cette orthographe, ces règles et ces mots n'ont pas été conservés par l'usage , roi ou tyran des langues.

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