BOILEAU
Tremper, tempe'rer, modérer, du latin temperare. On trouve souvent dans Montaigne attrempance pour modération , tempérance j continence. Attremper {^adtemperare^ avoit le même sens que tremper. « Abelard se joiioit de son esprit comme il « vouloit, et pour attremper ses plus sérieuses estudes faisoit « des vers d'amour en rime françoise, que l'on mettoit en mu- « sique , et se chantoient par uns et autres. » (Pasquier, Recherch. de la France, liv. \"ii, chap. 3). On disoit aussi Jetremper : « Acliile ... revenant du combat ancore tout couuert « de sueur, d'armes et de poussière, prenoit sa lyre pour ra- « molir et deiramper les fureurs et colères de son ame. » (Plaidoyez de M.* Claude Expilly, Lyon, Laurant Durand, i636, in-4.**, page 80.)
Trevver, trouver. Ce mot e'toit encore en usage du temps de Molière, puisqu'on lit dans le Misanthrope, représenté pour la première fois en 1666 (act. i, se. 1):
Non, l'amour que je sens pour cette jeune veuve,
Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treme.
La Fontaine en a fait pareillement usage (liv. iv, fabl. 4):
Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers , et l'aller parcourant. Dans les citrouilles je la treut'e.
Il s'en est encore servi ailleurs (liv. il, fabl. 20; liv. lir, fubl. '-; et liv. V, fabl. 2). On voit dans les Observ. de Mi'nage sur la langue franc, (chap. CLXXI ) , que c'étoit, de son lemjs, une question sujette à controverse, de savoir s'il falloit dire trcin'er
5i8 GLOSSAIRE
ou trouver: il pensoit qu'en vei's ou pouvoit se servir da premier de ces mots. Suivant Poiiisinet de Sivry, traduction de Pline l'ancien (note \/\ du chap. i , et note i du chap. 3 du liv. xix), le vieux verbe gaulois truver, treuver, seroit la racine du mot truffe: conjecture que cet auteur appuie sur ce qu'en ancienne langue Thracienne, la dénomination de la truffe exprimoit aussi une trouvaille, un fruit fortuit et de rencontre.
TrioNFE, triomphe. Trionfer, triompher. Arcs trionfans, arcs de triomphe. Voy. Introduction, page 244.
Trop. Trop plus , beaucoup plus. Trop et trop , beaucoup trop.
Tbovsse, carquois. Ce mot ne s'emploie guères plus aujourd'hui que pour signifier l'espèce d'e'tui où les barbiers mettent leurs rasoirs, leurs peignes et leurs ciseaux. Cependant D. Le Brun lui a conservé son ancienne acception dans ce dixain sur Catulle et Martial :
Le dieu Momus eut toujours deux carquois De traits naïfs à pointe vive et douce ; Le premier seul arme ce dieu narquois.
Plus brillantes dans la dernière trousse. Tant sont aigus, las ! qu'un rien les émousse. A deux mortels son secret il apprit ; Par ses mots fins Martial nous surprit ; Mais la finesse a sa monotonie :
De l'épigramme il n'avoit que l'esprit; Catulle seul en avoit le génie
Trousse vient de l'allemand tross, Voy. Destrovsser.
VacACION, occupation, emploi.
Vacant, qui dévague, qui erre, qui marche au hasard.
Val, s.f. , vallée, vallon. Des vaux ^ des vallées, des vallons. Cherchant les profondes ^'flMJ:, page i35. Ce mot est masculin dans Ronsard (liv. i des Amours, sonnet CLXXVll) :
Au fond d'un i^a/
« T^al,.. n'eût-il pas dû garder sa place dans de beaux vers, « comme i^aZ/on/ »>(Marmo]\tel, Éle'ments de litt. , art. C/!yag-e.) Le mot ual entre comme élément dans plusieurs noms de lieux: la p^albonne j la f^altcline , Laval ^ etc. Nous avons conservé le pluriel ^>aux dans cette locution: Aller par monts et par Xfaux. Uaval des bateliers et des ingénieurs, opposé d'amen?, vient d'à et de r)al ^ du côté de la Tjallée , en descendant ; d'où les verhes avaler; dévaler, descendre; ravaler, rabaisser. On dit aussi contre val , en bas, par opposition à contre mont , en haut. Quant à Vaval des banquiers, il n'a de commun que le son et l'orthographe avec celui dont nous venons de parler: c'est un abrégé des mots à 'valoir, bon pour.
Vefve, veuve.
Venir, devenir. Se faire 'venir belle , page 76, se faire devenir belle. La licence des fols est 'venue si grande que, etc., page 27, la licence des fous est devenue si grande que, etc.
Verdissant, qui verdit, partie, présent du verbe 'verdir.
VerflORISSANT, composé des mots 'vetxl ei florissant. Florissant est le part, présent duverbe^or/r, qui n'est plus en usage au présent de l'infinitif, et qui n'a conservé que quelques-uns de ses temps, dont encore on ne se sert qu'au figuré : car, au propre, on dit fleurir, « Esgayé de belles et 'verflorissantes prairies. » (Cl. BiNET, Vie de Ronsard, i586.) Voy. DoysONDOïANT.
Vers, prép, , envers.
Il nous faut ores atfuîter
Vers ce docte et gentil Fumée , page lar,
c'est - à - dire , il faut maintenant nous acquitter envers ce docte, etc.
VespREE, s,f,, soir, soirée, du latin -vespera.
VesQVI (ie)> j^ vécus, prêt, défini du verbe 'vivre. On trouve aussi dans les auteurs du temps, ie 'vescu, Mascaron, Fléchier, Bossuet ont dit: Je 'vécjiiis , je survétjuis. Vaugclas admettoit
l'un et l'autre. L'Acade'mie s'est décidée en faveur de je vécus je survécus , et sa décision a été sanclionnée par l'usage.
Vev (i'ay, ayaint), j'ai, ayant vu. Le plus souvent, Louise Labé écrit vu,
Vevil, vouloir, volonté, vœu.
ViD (tl), troisième personne du prétérit déjini du verbe voir, il vit. Quand J^lysse vid la fumée de son Itaque , page 62.
Le mieus sentant que iamais ^id Aurore.
C Sonnet VI. )
La première personne du même temps étoit ie vy.
Le reconnu quand l'j premièrement,
( Sonnet xx) ,
c'est-à-dire, je le reconnus quand je le vis pour la première fois. On a écrit long-temps, il vid, et à la troisième personne du présent de l'indicatif, il void. Les premières éditions de La Fontaine offrent de nombreux exemples de l'un et de l'autre. Le d étoit là, en quelque sorte, un signe étymologique, voir dérivant du latin videre , video , vidi.
Vieil, vieux. Au vieil Saturne, page 9, au vieux Saturne. Depuis on a dit vieux devant une consonne, et vieil devant une voyelle; mais cette règle ne subsiste plus; nous ne disons plus que vieux y excepté dans celte locution : Dépouiller le vieil homme , le vieil Adam. P^ieil est plus analogue au féminin vieille; mais il est un peu dur, surtout devant une consonne. Il existe à Lyon une rue qui a conservé son ancien nom de rue du vieil renversé. On appeloit encore, du temps de La Fontaine, le fameux Prince des Assassins, le Vieil de la Montagne :
Vers le levant le Vieil de la AIoTitagne Se rendit craint par un moyen nouveau.
( Féronde ou le Purgatoire, conte.)
Voy. Ménage (Observ. sur la langue franc., chap. xx).
YoGYE.JEsireà la vogue dupeuple, page 53, être en vogue, être aimé, estimé par le peuple, être en grande estime auprès de lui.
DE LOUISE LABÉ. 3-2i
Voire, même, du latiu verum.
Vois (ie), je vais, du verbe aller. le voy, je vois, du verbe
'Voir. Les tem.ps irréguliers du verbe aller , je vais ou je 'vas ^
^'a, dérivent du latin vado , 'vade. On a dit autrefois 'voise pour
aille.
Ne voise au bal qui n'aymera la danse.
( PiBRAC , Quatrains.)
VOLTER, terme d'e'qui talion, tourner, faire tourner, du latin
'volutare.
Piquer, i^olter le cheual glorieus.
(Élégie III.)
VOVSISSEINT (qu'ils) , qu'ils x>oulsissent , qu'ils voulussent, troisième pers. plur. de V imparfait du subj. du verbe 'vouloir.
VeAYEMENT, vraiment.
Vs (r) ou Vu, tu us ou uz , il ut, prétérit de'fini. Que Vusse^ que tu ussesj qu^il ut ou ust , imparfait du subjonctif, f^, participe passé. Fayù, tu as ù, il ha ii , prétérit indéfini. Ainsi se conjuguait le verbe as'oir. Voy. Ha,
Vveille (QVE ie), que je veuille, première pers. du présent du subj, du verbe 'vouloir.
VvLCAN, Vulcain. « Pour J^ulcan et Kulcain, on dit l'un et
« l'autre. La question de savoir lequel des deux est le meilleur,
« a esté agitée dans l'Académie, sans y avoir esté décidée. L*o-
« pinion de M. Chapelain estoit qu'il faloit dire V^ulcan en
« vers, et J^ulcain en prose. Cette opinion fut réfutée par M. de
«< Racan, qui dit plaisamment que, selon cette distinction, il
« faudroit l'appeller Racan en vers, et Racain en prose. Mais
« pour en parler sérieusement, je suis assez de l'avis de M. Cha-
« pelain. Je dirois Vulcan envers, et dans des discours relevez;
« mais dans le discours familier, je dirois Kulcain. M. d'Ablan-
« court dans les premières éditions de son Lucien avoit dit
« Vulcan; mais dans la dernière il a dit Vulcain. » (MÉNAGE,
Observ. sur la langue franc. , chap. Clv.) La Fontaine a dit aussi
Vulcan .""^
* ai