‹ Eux et elles; histoire d'un scandaleChapitre 10 sur 12 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

11 ne nie reste, pour en iluir, qu^à invoquer un dernier témoignage dont personne ne récusera l'autorité. Ecoutez donc, s'il eût encore vécu, ce qu'eût dit ù ses amis et à ses ennemis le poète dont l'ombre attristée passe et repasse dans ce débat.

A THÉRÈSE» A ANTONIA. A OLYMPET.

Oui, femmes, quoi qu'on puisse dire, Vous avez le fatal pouvoir De nous jeter par un sourire Dans l'ivresse ou le désespoir.

Oui, deux mots, le silence même, Vn regard distrait ou moqueur, Peuvent donner à qui vous aime Un coup de poignard dans le cœur.

Oui, votre orgueil doit être immense.

Car, grâce à notre lâckefé.

Rien n'égale votre puissance.

Sinon votre fragilité.

Mais toute puissance sur teire, Meurt quand l'abus en est trop grand; Et qui sait souffrir et se taire S'éloigne de vous en pleurant.

Quel que soit le mal qu'il endure.

Son triste rôle est le plus beau :

J'aime encor mieux notre torture Que votre métier de bourreau.

Mon frère, c'est assez. Auprès d^une infidèle Quand mon illusion n'aurait duré qu'Un jour, N'outrage pas ce jour lorsque tu parles d'elle ; Si lu veux être aimé, respecte mon amour.

Si Ceffort est trop grand pour la faiblesse humaine De pardonner les maux qui nous viennent d"* autrui. Epargne-toi du moins te tourment de ta haine; A défaut du pardon, laisse venir l^oubli.

Les morts dorment en paix dans le sein de la terre : Ainsi doivent doimir nos sentiments étfiints. Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière; Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.

Pourquoi, dans le récit d'une vive souffrance. Ne vcux-tu voir qu'un rêve et qu'un amour trompé ? Est-ce donc sans motif qn^agit ta Providence, Et crois-tu donc distrait le Dieu qui m*a frappé ? Le coup dont tu me plains m'a préservé peut-être. Frère; car c'est par là que mon cœur s'est ouvert. L'homme est un apprenti, ta douleur est son maître, .Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. C'est une dure toi, mais une loi suprême, Vieille comme le monde et la fatalité.

Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême, Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté. Les moissons, pour mûrir, ont besoin de rosée; Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin des pleurs; La joie a pour symbole une plante brisée.

Humide encor de pluie, et couverte de fleurs. De quoi te plains-tu donc? L'immortelle espérance Fut retrempée en moi sous la main du malheur; Pourquoi veux-tu hcâr ma jeune expérience.

Et détester un mal qui m'a rendu meilleur ? mon frère ! plains-la, cette belle infidèle Qui fit couler jadis les larmes de mes yeux; Plains-la ! c'est une femme, et Dieu m'a fait près d'elle Deviner, en souffrant, le secret des heureux. Sa tâche fut pénible; elle m^aimail peut-être! Mais le destin voulait qu'yens brisât mon cœur;

Elle savait la vie, et me l'a fait connaître! Une autre a recueilli le fruit de ma douleur. Plains-la, son triste amour a passé comme un songea- Elle a vu ma blessure et n'a pu la fermer.

Dans ses larmes, crois-^oi, tout n était pas mensonge! Quand tout t'aurait été, plains- la, je sais aimer!

Mon frère, la haine est impie.

Et c'est un frisson plein d'horreur ■ Quand cette vipère assoupie Se déroute dans notre coeur.

Ecoute-moi donc, ô déesse, Et sois témoin de mon serment.

Par les yeux bleus de ma maîtresse Et par l'azur, du firmament ; Par cette étincelle brillante Qui de Vénus porte le nom.

Et comme une perle tremblante Scintille au loin sur l'horizon; Par la grandeur de la nature Et la bonté du Créateur; Par la clarté tremblante et pure De Castre cher au voyageur; Par tes herbes de la prairie.

Par les forets, par tes prés verts.

Par la puissance de la vie.

Par la sève de l'univers,

Je te bannis de ma mémoire.

Reste d'un amour insensé.

Mystérieuse et sombre histoire.

Qui dormiras dans le passé !

Et toi, qui jadis tCune amie

Portas la forme et le doux nom,

Vinslanl suprême où je l'oublie

Doit être celui du pardon.

Pardonnons-nous; — je romps le charme

Qui nous unissait devant Dieu;

Avec une ilei'nière larme,

Reçois un étenitel adieu,

Alfhed de Musset {\).

(t) Pocêies muceîle», 1836 à 185Ï, nouvelle édilion; Paris, CbaiTH'ulur, 1839, piiges 16Î, 71, 7S, 7*.

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