III
pas, et où un homme vaut une foule, que je remercie cordialemerU de raœueiî fait à un livre de bonne foi.
Je reme^vie en même temps la critique, qui, dans la personne de ses plus dignes représentants, s* est associée à mon jugement, ou même l'a devancé.
Je suis fier, pour le bien, de V énergie de leur blâme et de V unanimité de leur protestation.
La critique française fait quelquefois son devoir.
Mon livre n'a donc d'autre mérite que celui que lui prêtera l'indulgence du lecteur ; mais s'il a quelque autorité, c'est à mes confrères qu'il la doit.
Je ne me flatte pas, n'ayant cherché à plaire à personne, d'avoir plu à tout le monde. Je ne me dissimule pas d'ailleurs les imperfections de mon oeuvre. Mais ce que quelques personnes lui pardonneront bien moins que ses défauts, c'est sa franchise.
Il y a d'abord les lecteurs frivoles, ces oisifs blasés
^ IV <s$
pour qui la littérature n'a de Vattrait que lorsqu'elle s'abaisse, et veut bien contribuer à leur divertissement.
Il y a les lecteurs envieux ou malins, avides de scandale ou de médisance, qui se dédommagent dans le pamphlet de la contrainte de leur hypocrisie ou de leur admiration, qui jubilent aux querelles, s'épanouissent aux indiscrétions; lecteurs peu commodes, en vérité, qui veulent avoir tous les matins une biographie à dévorer, qui regardent le critique de Vceil dont, aux environs des bals publics, on regarde le municipal, et qui, passionnés pour le pugilat littéraire, grognent quand la police du lundi vient mettre le holà parmi les dixièmes Muses qui se prennent aux cheveux.
■Il y a les partisans de Vindépendance absolue de la pensée, qui passent leur vie à crier : Ne touchez pas à la reine! Ces braves lecteurs, en général abonnés du Siècle, ne s'aperçoivent pas qu'à force de monter la garde
devant leur idole, ils dégoûtent de V adorer ; que leur indulgence sans restriction pour les écarts de l'esprit n'est qu'une intolérance déguisée, et qu'ils font tant de cas de la liberté, enfin, qu'ils semblent vouloir la garder pour eux seuls.
Il y a enfin les admirateurs quand même, les amis maladroits, les séides moins le dévouement; gens de beaucoup de foi, mais de peu de goût, qui aiment surtout le génie dans ses écarts et la liberté dans ses excès ; qui crient à la calomnie quand passe la justice, et à la justice quand passe la calomnie; qui sur le nez de la gloire ont, de tout temps, malgré la fable, écrasé avec un pavé la mouche de la critique.
Tous ces lecteurs, qui composent la majorité du public, trouvent très-naturel que Céleste Mogador et Lola Montés publient leurs confidences et mettent leur vie par écrit. Tous ces lecteurs se pâment d'aise à la seule annonce des Mémoires de Rigolboche , une des célébrités du pied-levé, avec une vue photographiée de Tauteur, sous seize aspects différents.