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CONCLUSION

Il ne me reste, pour en fniir, qu'à invo(juer un dernier lëmoiguage dont personne ne récusera l'autorité. Ecoutez donc, s'il eut encore vécu, ce qu'eût dit à ses amis et à ses ennemis le poète dont l'ombre attristée passe et repasse dans ce débat.

A rmiuKSE. a antonia. a ol\.mpi-.

Ohî, femmes, quoi qu'on puisse dire, Vous avez te faial pouvoir De nous jeter par un sourire Dans P ivresse ou te désespoir.

Oui, deux mots, te sitence même.

In regard distrait ou moqueur, Peuvent donner à qui vous aime In coup de poignard dans le aeur.

Oui, votre orgueil doit être immense, Car, grâce à notre lâcheté, Rien n'égale votre puissance, Sinon votre fragilité.

Mais toute puissance, sur terre Meurt quand Cabus en est trop grand .

Et qui sait souffrir et se taire S''éloi(jne de vous en pleurant.

Quel que soit le mal qu'il endure, Son triste rôle est le plus beau :

J'aime encor mieux notre torttire Que votre métier de bourreau.

Mon frère, c'est assez- Auprès d'une infidèle Quand mon illusion n'^aurait duré qu'un jour, N'outrage pas ce jour lorsque tu parles dhlle; Si tu veux être aimé, respecte mon amour. Si l'effort est trop grand pour la faiblesse humaine De pardonner les maux qui nous viennent d' autrui. Epargne-toi du moins le tourment de la haine ; A défaut du pardon, laisse venir l'oubli. Les morts dorment en paix dans le sein de la terre : Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints. Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière; Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.

Pourquoi, dans le récit d^une vive souffrance,

Ne veux-tu voir qu'un rêve et qu'un amour trompé ?

Est-ce donc sans motif quagit la Providence,

Et crois-tu donc distrait te Dieu qui m'a frappé?

Le coup dont tu me plains m'a préserve peut-être.

Frère; car c\st par là que mon cœur s'est ouvert.

V homme est un apprenti, la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.

C\st une dure loi, inais une loi suprême.

Vieille comme le monde et la fatalité,

Qu'il nous faut du mallieur recevoir le baptême,

Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.

Les moissons, pour mûrir, ont besoin de rosée;

Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin des pleurs ;

La joie a pour symbole une plante brisée,

Humide encor de pluie, et couverte de fleurs.

De quoi te plains-tu donc ? L'immortelle espérance

Fut retrempée en moi sous la main du malheur ;

Pourquoi veux-tu ha'ir ma jeune expérience.

Et délester un mal qui m'a rendu meilleur?

0 mon frère! plains-la, cette belle infidèle

Qui fit couler jadis les larmes de mes yeux;

Plains-la ! c'est une femme, et Dieu m'a fait près d\He

Deviner, en souffrant, le secret des heureux.

Sa tâche fut pénible; elle ni'aimail peut-être;

Mais le destin voulait quelle brisât mon cœur ;

Elle savait la vie, et me l'a fait connaître !

Une autre a recueilli le fruit de ma douleur.

Plains-la, son triste amour a passé comme un songe ;

Elle a vu ma blessure et n'a pu la fermer.

Dans ses larmes^ crois-moi, tout n'était pas mensonge

Quand tout faurait été, plains-la, je sais aimer !

Mon frère, la haine est impie.

Et c^st un frisson plein d'horreur Quand cette vipère assoupie Se déroule dans notre cœur.

Ecoute-moi donc, ô déesse, Et sois témoin de mon serment.

Par les yeux bleus de ma maîtresse Et par l'azur du firmament.

Par cette étincelle brillante Qui de Vénus porte le nom.

Et comme une perle tremblante Scintille au loin sur l'horizon; Par la grandeur de la nature Et la bonté du Créateur ; Par la clarté tremblante et pure l)e l'astre cher au voyageur ; Par les herbes de la prairie.

Par les forêts, par les prés verts. Par la puissance de la vie.

Par la sève de l'univers,

Je te bannis de ma mémoire,

Reste d'un amour insensé,

Mystérieuse et sombre histoire,

Qui dormiras dans le passé !

Et toi, qui jadis d'une amie

Portas la forme et le doux nom,

L'instant suprême oit je t'oublie

Doit être celui du pardon.

Pardonnons-nous ; — je romps le charme

Qui nous unissait devant Dieu ;

Avec une dernière larme,

Reçois un éternel adieu!

Alfred de Musset {^).

U) Poésies nouvelles, 1836 à 183-2, nouvelle édition -. Paris, Charpentier, 1859, pages 162, -1, 73,74.

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