IV PREFACE
mer a la lenteur el la majesté des choses puissantes. Les sentiments, eux aussi, sous la même uniformité de surface, ont le même lointain de fond et la même ampleur paisible. C'est dans ce système cl avec ces matériaux «ridées que sont conçues et exécutées les grandes œuvres. Le poëme d' Evangeline, si simple et si court qn 'il soit, est une de ces œuvres, car il a été donné à son auteur de le grandir de tonte la hauteur de son âme d'artiste et d'homme de bien, c'est-à-dire de poète.
Longfellow a bien, en effet, le sens de l'art. Il sait saisir la pensée dans une image, l'y cristalliser, comme une source claire fait un coin de ciel bleu, et, par celte réflexion lumineuse, la faire vivre d'une vie doublement vraie, doublement profonde. Il a l'instinct de ce procédé d'antithèses qui, en poésie, donne le relief et l'intérêt aux choses, absolument comme la lumière dans la nature et la couleur dans un tableau découvrent et inventent, pour ainsi dire, un beau site ou un beau visage. Il a le secret de cette sympathie mystérieuse qui existe entre une joie ou une souffrance de l'âme et tel aspect sombre ou éclatant du ciel, et c'est ainsi qu'il arrive à poétiser l'homme et la nature en le^ idéalisant l'un par l'autre. Mais, avec ses qualités générales qui sont comme le fonds commun à tous les poètes, il a des tendances, des préférences, une manière en un mot qui, si elles donnent à son génie l'originalité, l'enferment