VI11 PUE FACE
américain, et du combat qu'ils se sont livre est résulté une sorte d'éclectisme religieux et moral, curieux monument édifié sur les solides assises du devoir, et dont l'architecture, dans les parties hautes, est l'expression grandiose de tout ce qu'il y a d'imagination, de sentiment, d'art en un mot dans le catholicisme. Dans cette humanisation nouvelle des principes religieux, la pensée est sévère et l'image élégante, la forme catholique et le fond protestant : c'est un monde nouveau dont la langue est latine et dont l'âme est saxonne.
Est-ce à dire que le gracieux poëme dont nous venons d'extraire la substance intime soit conçu dans ces données dogmatiques? A Dieu ne plaise. Où le critique est lourd, le poëte est ailé. Comme Paul et Virginie, son modèle en grâce touchante et en simplicité, Evangeline est une idylle chrétienne toute pleine de bons parfums de pudeur et d'honnêteté. La morale y est tout intérieure et s'y vet de poésie ; la philosophie, impalpable et réelle, y est répandue comme la lumière dans un paysage ; la religion y prend les dehors familiers de la conscience et des sentiments naturels. C'est une œuvre purement littéraire, simple et splendide, uniforme et d'aspects infinis, comme ces diamants d'une belle eau qui renvoient la lumière sous quelque face qu'on les considère et dont tout l'éclat semble se concentrer, comme en un unique foyer, sur le point qu'on regarde. Le charme