HISTOIRE D*UN ANGE
Lui dit avec rigueur de bientôt s'en aller. Or, quand il entendit cette parole dure, De ses grands yeux rê\reurs sur sa maigre figure Des pleurs se mirent à couler.
Mais votre cœur d'enfant, si naïf et si tendre. Fut touché de ces pleurs qu'im enfant comme vous Répandait, sans pourtant ressentir de courroux. Et, laissant là vos jeux, vous avez été prendre La plus brillante fleur de ce brillant séjour. Et vous êtes, bien vite, avec un gai visage. Venu la lui donner, à travers le grillage. En lui disant un doux bonjour.
L'aspect de cette fleur, son merveilleux arôme, Le charme de ce mot sensible et généreux. Pour l'esprit désolé du petit malheureux Furent, en ce moment, comme un céleste baume. Lui, que tous accueillaient avec des mots d'aigreur. Il ressentit alors une joie inouïe :
Il garda, dans sa main, la rose épanouie. Et le tendre mot, dans son cœur.
HISTOIRE d'un ange
Puis il s'en retourna, palpitant d'espérance, Dans son pauvre réduit. Pauvre! oh! non! désormais Il est tout inondé de douceur et de paix! Car les rêves sacrés de l'innocente enfance. L'amour et le repos, le bonheur et l'espoir, Sur la couche paisible où le petit sommeille, Voltigent par essaims, à la lueur vermeille Des étoiles d'un calme soir!
L'aurore n'avait point du chevet solitaire Chassé la vision; et le pauvre petit, Plus faible que la veille, avait gardé le lit. Avait-il entendu les riches de la terre Lui parler,dans un rêve, avec calme et bonté, Que tout fut, ce jour-là, d'une douceur extrême? Oh! c'était cette fleur dont le charme suprême Éloignait toute anxiété!
Il souriait toujours en regardant la rose.
Et bien qu'il vît tom^ber, dans sa débile main.
Une par une, hélas! les feuilles de carmin...
— ((Faut-il donc voir périr une aussi belle chose!...
HISTOIRE d'un ange
«Ma fleur, tu renaîtras, dit-il, dans ses transports. »
Le lendemain matin, lorsque, dans la mansarde, L'aube laissa glisser sa lumière blafarde, La rose et l'enfant étaient morts.
Apprends, mon bien-aimé, que notre Maître auguste Ne dédaigne jamais les bonnes actions; Que l'amour pur qui naît dans les afflictions. Sous le ciel orageux de votre monde injuste, En Dieu se fortifie et devient éternel; Et que les purs esprits créés dans la lumière Conservent à jamais, dans son ardeur première L'amour né comme eux dans le ciel.
Ainsi l'ange parlait à l'enfant de la terre, Puis il penchait son front sur le fardeau charmant Qu'il pressait dans ses bras avec ravissement. Et l'enfant, étonné de ce nouveau mystère, Interrogeait des yeux le brillant ciel d'azur Qui devant lui s'ouvrait avec tant de délice. Et la magique fleur dont l'éclatant calice Lui versait un parfum si pur.
HISTOIRE d'un ange
Et l'ange, souriant, reprit bientôt encore: — Le Seigneur m'a permis de vous aller chercher, De crainte que le mal ne finit par toucher. De son souffle mortel, vos jours à leur aurore. Et vous faire à jamais connaître la douleur. Car j'étais l'orphelin auquel, dans sa misère, Vous daignâtes offrir cette rose si chère, Avec un mot plein de douceur.
Et, dans cette cité dont avait parlé l'ange. Au fond du cimetière, un superbe tombeau Avait été construit du marbre le plus beau. Il se voila de fleurs d'une richesse étrange. Sitôt que du printemps le vent tiède souffla. Et, près de ce sépulcre émaillé de verdure, Était une autre tombe, humble, petite, obscure... Nul ne savait qui dormait là!