‹ Evangéline et autres poèmes de LongfellowChapitre 6 sur 10 · HISTOIRE D'UN ANGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UN ANGE

Histoire

d'un Ange

Le vent d'hiver soufflait. Sur les campagnes nues La neige avait semé des flocons argentés, Et l'étoile égayait de ses molles clartés Le firmament d'azur où flottaient quelques nues. La ville, d'où montait un bruit continuel, Allumait, tour à tour, ses brillants réverbères; Et la nuit commençait, la nuit des grands mystères, La nuit sublime de Noël!

Dans les beffrois altiers et les humbles tourelles Les cloches balançaient des accords merveilleux.

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Oh! comme en cette nuit leurs accents sont joyeux! Comme leurs grandes voix en cette nuit sont belles ! Bien des pauvres humains, lassés de leur labeur Et courbés sous le poids d'une nouvelle année, Pensent voir refleurir leur jeunesse fanée Et songent alors au bonheur!

Cette nuit voit Tamour remplacer la vengeance,

Le pardon relever le coupable soumis;

Elle voit l'union des plus fiers ennemis;

Elle voit, sous le chaume où régnait l'indigence,

Les âmes espérer un meilleur lendemain ;

Elle voit le sourire où coulaient bien des larmes,

La sainte charité dissiper les alarmes

Qui tourmentent le cœur humain.

L'automne, en s'en allant, laissait, sur nos rivages. Un parfum tout étrange. Accord délicieux. Le riche et l'indigent élevaient vers les cieux * Un cœur plein d'espérance, un esprit sans nuages. La paix et l'allégresse habitaient les palais; L'amour et l'abondance étaient dans les chaumines;

HISTOIRE d'un ange

Et rien n'était plus gai que les voix argentines Des enfants réjouis et frais.

Pourtant le deuil planait sur Tune des demeures Où régnent d'ordinaire et la joie et les ris, Et l'on entendait là, sous de riches lambris, Le désespoir sonner de lamentables heures. Une petite voix faiblement murmurait, Au milieu du silence, une plainte légère. Et d'instant en instant les sanglots d'une mère Disaient qu'un jeune enfant mourait.

Tendus jalousement, de beaux rideaux de soie Enveloppaient son lit de leurs moelleux contours; Les pieds, sans bruit, foulaient des tapis de velours. Les jouets curieux dont il faisait sa joie N'avaient rien maintenant qui put l'émerveiller; Et les jolis cheveux dont ses épaules rondes. Avec grâce tantôt portaient les boucles blondes, Flottaient épars sur l'oreiller.

Les ressources et l'art d'une ville savante Pour sauver un enfant se virent épuiser;

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Ils n'empêchèrent pas un fil de se briser, Un mot sombre et fatal de semer l'épouvante: Une mère invoqua son saint amour en vain; Il ne sut pas, non plus, retenir auprès d'elle Cet être tant chéri qui déployait son aile Pour voler au séjour divin.

Elle était à genoux au chevet de la couche, S'eflforçant, pour tromper son douloureux transport, De rire au bien-aimé que lui prenait la mort. Elle baisait son front et sa petite bouche ; Elle lui fredonnait un suave refrain; Lui disait que bientôt il irait aux vallées Prendre des papillons, ces douces fleurs ailées Qui naissent dans le ciel serein.

Il sourit tout à coup en rejetant son lange;

Et Ton vit de son front s'effacer la pâleur.

Sur sa lèvre entr'ouverte ainsi qu'une humble fleur

Un soupir expira. Quelque chose d'étrange

Paraissait imprimer à ses traits radieux

Une vive surprise unie à l'allégresse;

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Et ses grands yeux d'azur semblaient fixés sans cesse Sur un objet mystérieux.

Venu, sur un rayon, des voûtes immortelles. Un ange, enveloppé d'un nuage éclatant, S'avançait vers l'alcôve où reposait l'enfant. Il avait, en entrant, replié ses deux ailes. Scruté de son œil doux ce sommeil sans réveil. Et parlé sans nul doute un céleste langage ; Et toute la maison avait, à son passage,

Resplendi comme en plein soleil.

Pendant qu'avec bonté ce messager céleste S'inclinait sur le nid, tout petit, tout soyeux. D'où ne s'élevait plus nul ramage joyeux. Et que sur sa poitrine, avec un tendre geste. Il appuyait le front de son nouvel ami, Un froid mortel saisit la mère infortunée; Celui qu'elle aimait tant l'avait abandonnée, S'était à jamais endormi!

Cependant, déployant ses ailes de lumière,

Vers les parvis sacrés l'ange prit son essor. Il allait au-delà de tous ces astres d'or Qui sont dans l'infini comme un flot de poussière. Or, pendant qu'il portait l'objet de son amour, En triomphe, bien loin d'une ingrate patrie. Il mit sur sa poitrine une rose cueillie Naguère au terrestre séjour.

Et le petit enfant lui demande une chose : Que sa mère avec lui monte aussi dans les cieux. Il fixe, tour à tour, un regard anxieux Sur l'ange qui l'emporte et sur la fraîche rose Qui repose toujours près de son cœur aimant. Et, l'ange, souriant de son inquiétude, Le presse sur son cœur avec sollicitude, Et lui fait ce récit charmant:

Apprends, ô mon ami, que le ciel à la terre

Par de touchants rapports a voulu se lier;

Qu'il voit ce qui s'y passe et ne peut l'oublier.

Les longs tourments de l'homme et sa joie éphémère

Au ciel trouvent toujours un écho solennel.

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Sur la terre l'amour bien vite, hélas! s'épuise; Dans le ciel, au contraire, il croît, se divinise! Dans le ciel il est étemel!

Au fond d'un quartier pauvre, en cette grande ville Dont, au-dessous de nous, tu vois luire les toits, Et dans un gîte obscur se trouvait, autrefois. Un orphelin. Toujours souffreteux et débile, Il n'avait pas connu, celui-là, la pitié; Jamais dans le chemin d'une existence aride, Jamais la charité n'avait servi de guide Hélas! à son timide pié!

Tous les abattements et toutes les misères Qui ne viennent à vous que sur l'aile des ans. Et dont l'enfance ignore, au moins, les traits cuisants. Broyaient son jeune cœur dans leurs cruelles serres ! Au matin de la vie, il en voyait le soir. Pour nourrice il avait l'indigence au sein maigre ; Pour unique héritage il cueillait un mot aigre Quand il passait sur le trottoir.

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Trop faible pour prier, n'ayant nul camarade Qui voulut près de lui demeurer un moment, Il voyait tous ses jours s'écouler tristement. Bien souvent il mettait son pauvre front malade. Comme un roseau brisé, dans ses petites mains; Appelant le sommeil qui le fuyait sans cesse. Il laissait, bien souvent, sa tête avec tristesse Tomber sur ses grossiers coussins.

Et parfois son esprit s'égarait dans les rêves. Il entendait chanter les oiseaux des forêts ; Il suivait les semeurs courbés sur leurs guérets ; Il foulait sous ses pieds le sable d'or des grèves; Il voyait des enfants courir sur le gazon. Égrener, dans les airs, les sons de leurs voix gaies, Et traîner derrière eux l'aubépine des haies En retournant à la maison.

Dans ce coin désolé, dans cette rue obscure Où vivait, délaissé, le petit orphelin, A peine se glissait le rayon du matin. Quand l'air chaud de Tété ranimait la nature.

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Cet air, que vous aimez, qui n'a rien d'accablant Dans les riants bosquets qui vous prêtent leur ombre. Suffoquait le petit sous son toit bas et sombre. Ou sur le pavé tout brûlant.

Par un jour des plus beaux que le ciel vous envoie. Tout chantait dans les airs, la ville était tout bruit. Il sortit de nouveau de son triste réduit Et, d'un pas chancelant, suivit la grande voie. Il était fatigué, quand il vit un jardin Fermé de tous côtés par un long mur de pierre : Au milieu s'élevait une maison princière Dont l'aspect l'arrêta soudain.

Là se berçaient au vent des arbres gigantesques ; Les rameaux verts formaient plus d'un antre vermeil Où jouaient tour à tour et l'ombre et le soleil. Des guirlandes de fleurs tombaient en arabesques Et caressaient le front d'un enfant gracieux. Des fontaines, des puits, en ruisselantes gerbes, Lançaient de fraîches eaux qui tombaient sur les herbes Avec des bruits harmonieux.

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L'orphelin avança sa figure amaigrie A travers les barreaux de la porte de fer. Il contempla longtemps cette ondulante mer De verdure et de fleurs, de bois et de prairie Qui s 'offrait tout à coup à ses regards surpris. Dans ses heures de paix, dans ses rêves de rose, Jamais il n'avait vu si ravissante chose Sourire à ses jeunes esprits.

Vous étiez à jouer alors dans les allées; Votre petite main jetait des fleurs en l'air, Et puis de votre bouche un rire frais et clair S'échappait tout à coup, quand ces fleurs envolées Retombaient en flocons sur vos jolis cheveux. Là de cette maison se trouvait l'espérance. L'on éloignait de vous avec soin la souffrance. Et l'on veillait sur tous vos jeux.

Du seuil de la maison, cependant, la servante. Lasse d'apercevoir ce front pâle et vilain. Alla tout droit trouver le petit orphelin, Et, lui jetant un sou d'une main méprisante,

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