‹ Évangeline et autres poèmes de Longfellow [microforme]Chapitre 23 sur 28 · PS NE · texte numérisé non relu

PS NE

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Compte encor sur le ciel. Et malgré sa faiblesse Et tout ce qu'a d'amer une déception, Elle fait ses adieux à l’humble mission.

Des guides s’en allaient vers 1a Nouvelle-France,

Aux grands lacs. Espérant la fin de sa souffrance,

Elle partit. Bien loin, dans l'immense désert,

Après avoir, hélas! plus d’une fois souffert

D'une cruelle faim et d’une soif acerbe,

Après avoir couché sous l'étoile et sur l'herbe,

Elle atteignit des bois qui s’adossent au Nord,

Et de la Saginaw put explorer le bord,

Un soir, elle aperçut ,au fond d’ une ravine,

La tente du chasseur. Elle était en ruine!

Sur les ailes du temps s’envolaient les saisons. La pauvre Évangéline, aux lointains horizons, Ne voyait pas encor le bonheur apparaître.

Un profond désespoir consumait tout son être.

Sous des cieux, tour à tour ou torrides ou froids, Elle traîna sa peine ainsi, dans cent endroits. Tantôt on la voyait, aux missions moraves,

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Priant Dieu de brise: ses :rrestres entraves,

Sur un champ de t i:, aux malheureux blessés Tantôt elle portait 2° sec urs empressés.

Elle entrait aujourd! "1 : :s une grande ville

Et demain se cachaï. ia: in. u tranquille; Comme un pâle fan ‘1e où, |: voyait venir,

Et souvent de sa fu:.e on n'a'-ait souvenir.

Quand elle commença sa course longue et vaine, Elle était jeune et belle, et son âme était pleine De suaves espoirs, de tendres passions;

Sa course s’achevait dans les déceptions!

Elle avait bien vieilli: sa joue était fanée; Sa beauté s’en allait. Chaque nouvelle année Dérobait quelque charme à son regard serein,

Et creusait sur son front les rides du chagrin.

On découvrait déjà, sur sa tête flétrie,

Quelques cheveux d'argent, aube d’une autre vie, Aurore dont l'éclat mystérieux et doux,

Nous dit qu’un nouveau jour va se lever pour nous, Comme au premier rayon dont le ciel s’illumine, Sous le voile des nuits, ie matin se devine.

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En ces lieux ravissante où, de ses flots nacrés, La Delaware arrose et féconde les prés

Il s'élève une ville harn onieuse et fière.

Elle mire ses toits dans la grande rivière,

Et garde avec amour, en son bois enchanteur, L'illustre nom de Penn, son pieux fondateur.

Là souffle un doux vent; là, de la beauté suprème La pêche veloutée est vraiment un emblème;

Là, glorieux échos, chaque rue a sa voix

Qui répète les noms des arbres d'autrefois, Comme pour apaiser les dryades discrètes,

Dont le colon troubla les antiques retraites.

Après avoir bercé, sur d'orageuses mers,

Ses amours sans espoirs et ses chagrins amers,

La vierge de Grand-Pré, la suave bannie, Avait aimé bientôt cette rive bénie

Qui lui rappelait tant le village perdu.

Le repos succédait à son labeur ardu,

Ici dormait heureux LeBlanc, le vieux notaire. De ses cent petits-fils, quand il quitta la terre, Un seul était venu s'asseoir à son chevet.

Oui, c'était bien ici qu’enfin elle trouvait

Le plus de souvenirs de sa terre natale.

Elle aimait des Quakers l'existence frugale,

Et l'usage charmant qu'ils ont de tutoyer.

Elle voyait alors doucement châtoyer,

Dans le passé lointain, l’Acadie où naguères

Les habitants heureux s'aimaient comme des frères. Maintenant que l'espoir est mort, et le cœur, las, Par un divin instinct ses pensers et ses pas

Se tournent vers la ville où l’âme se recueille, Comme vers le soleil se tourne l’humble feuille, Quand un rayon du ciel, un souffle matinal, Dissipent le brouillard où se noyait le val,

Le voyageur qui touche au sommet des montagnes

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Voit surgir, à ses pieds, dans les vertes campagnes, De longs ruisseaux d'argent tout frangés de rameaux, Des champs et des moissons, des bois et des hameaux. Ainsi, quand le chezrin s’endormit dans son âme, Elle vit que l’amour, de sa féconde flamme, Divinisait encor le ciel et les humains.

Elle se sentit forte, et les âpres chemins

Qu'elle avait parcourus avec tant de constance,

Lui paraissaient très beaux maintenant, à distance.

Cependant Gabriel n’était pas oublié.

Par les premiers serments son cœur était lié, Son tendre cœur de vierge. En sa longue agonie, Elle voyait toujours, charmante et rajeunie, Comme au suprême soir du dernier rendez-vous, L'image du beau gars choisi pour son époux.

Le silence, l’absence, et 1e temps qui s'envole Mettaient au souvenir une vive auréole.

Pour elle Gabriel n'avait jamais vieilli.

Non, jamais sous les ans il n'avait défailli Mais il était resté dans la vigueur de l’âge Au matin radieux, là-bas, dans le village.

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En son exil amer, sous le ciel étranger,

La douce Évangéline aimait à partager L'angoisse du chagrin, les pleurs de l’indigen-e. Elle savait pour tous avoir de l’indulgence, Pour tous elle priait. Sa grande charité,

Gardant toujours son charme et son intensité, Ressemblait à ces fleurs dont les brillants calices Sans rien perdre jamais, pourtant, de leurs délices Répandent dans les airs leurs suaves odeurs.

Son âme s’enflammait de divines ardeurs;

Elle ne gardait plus qu’une seule espérance, Suivre Jésus partout avec persévérance,

Et, comme un holocauste, à Dieu s'offrir aussi.

Et l'on vit bien longtemps la sœur de la Merci

Se glisser, chaque jour, dans les coins de la ville Où, comme un noir essaim, grouille un peuple servile; Où, pour cacher ses pleurs, sa faim, sa nudité, L'indigence s'enfonce avec timidité;

Où la femme malade est sans pain, et travaille

Pour nourrir ses enfants qui gisent sur la paille; Bien longtemps on la vit, dans ces coins isolés, Porter un peu de paix aux foyers désolés.

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Lorsque la foule était de partout disparue,

Que tout dormait, le guet qui longeait chaque rue Criant, dans la rafale ou dans l'obscurité,

Que tout était tranquille au sein de la cité,

Le guet voyait souvent, dans une humble mansarde, La pensive lueur de sa lampe blafarde.

Avant qu’à son sommeil l’heureux fût arraché, L'Allemand matinal qui portait au marché

Et des fleurs et des fruits dans sa lourde charrette, Souvent la rencontrait qui gagnait sa retraite, Sans effroi, toute pâle, en priant, en pleurant, Après avoir veillé près du lit d'un mourant.

Sur la cité de Penn une peste maligne,

Hélas! vint fondre un jour. Plus d’un funeste signe Fut remarqué €’abord par tous les villageois.

De sauvages pigeons étaient sortis des bois,

Où seuls les glands amers formaient leur nourriture, Quand d’une longue faim ils sentaient la torture. Leur vol plus d'une fois avait terni le jour,

Et les fauves avaient, comme eux, fui leur séjour.

Pcrfois, lorsqu'est venu le beau mois de septembre,

Sur les champs tout fleuris et tout parfumés d’ambre L'océan pousse un flot qui monte, monte encor, Jusqu’à ce que le pré soit lui-même un lac d'or,

De même, franchissant sa borne accoutumée, L'océan de la mort sur la plaine embaumée

Où fleurissait la vie, où rayonnaïit l’azur,

Avec un long sanglot jeta son flot impur.

Le riche, par ses biens, la beauté, par ses charmes, L'enfant, par ses soupirs, la mère, par ses larme ;, Ne purent désarmer le terrible oppresseur,

Et le frère mourait dans les bras de sa sœur, L'enfant en s’endormant sur le sein de la mère,

L'épouse, à son réveil d’une ivresse éphémère! L'indigent, délaissé, dans ce moment fatal, Sans amis, sans parents, frappait à l'hôpital, La demeure de ceux qui n’ont point de demeure, C'est là qu'il attendait, hélas! sa dernière heure.

En dehors de la ville, au coin d’un large pré, En ce temps l'hôpital s'élevait, retiré; Aujourd’hui cependant la ville l’environne, Et ses murs lézardés, le toit qui le couronne,

nbre Semblent être un écho qui répète aux heureux Ces mots que Jésus dit chez Simon le lépreux : «Des pauvres sont toujours au milieu de vous autres. »

Nuit et jour, à l’hospice, avec de saints apôtres, On voyait accourir la sœur de charité.

Et quand elle parlait, en son austérité, s, Des biens que Dieu réserve à ceux qui, dans le monde, , Ont porté le fardeau d’une douleur profonde, Les mourants souriaient et retrouvaient l'espoir. Sur le front de la vierge, alors, ils croyaient voir Une vive auréole, une lueur divine, Comme au front des élus un artiste en dessine, l Ou comme, dans la nuit, au-dessus des cités On en voit resplendir. Dans leurs félicités, Cela leur paraissait la radieuse flamme Des lampes de ce ciel où monteraitsjeur âme.

À l’aube, un samedi que tout semblait plus beau, Par la ville déserte elle vint de nouveau

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Vers le sombre hôpital encombré de malades.

Au Souffle qui passait sous les vertes arcades,

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Le jardin mollement balançait mille fleurs.

Elle choisit alors celles dont les couleurs Pouvaient rendre, peut-être, un sourire à la bouche Des patients cloués sur leur funèbre couche;

Elle fit un bouquet, puis ensuite monta.

La brise, au même instant, sur son aile apporta,

De l’église du Christ, un joyeux chant de cloches; Et, flottant sur les prés, plus humbles et plus proches, Les psaumes suédois du chœur de Wicaco

S'unirent à l’airain, comme un céleste écho.

Aussi doux que le bruit d’une aile qui se ferme,

Le calme descendait. Le deuil avait un terme;

La vierge pressentit que sa peine achevait.

Elle entre doucement. Sur le fiévreux chevet Elle porte un regard qu’un espoir doux anime. A l'ange de la mort disputant sa victime,

Des sœurs pleines de zèle et fuyant le vain bruit, Prodiguent mille soins et veillent jour et nuit. Sur le front tout brûlant, sur la lèvre qui sèche Elles viennent répandre une goutte d’eau fraîche.

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