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Les chevaux maintenant et le vieux singe immonde Étaient les seuls amis qu’il connût dans le monde.
Il n'en avait, hélas! pourtant pas moins d'orgueil. Et quand il s’éloignait de son ignoble seuil, Souvent, l'ange, prenant une démarche grave, Venait à sa rencontre, et, d’une voix suave,
Mais d’un ton qui devait lui causer de l'effroi, Lui disait à l'oreille:
— Eh bien! es-tu le roi? »
Alors une rougeur couvrait ses traits livides: Il relevait son front sillonné par les rides, Et répondait toujours avec rage et hauteur:
— (Oui, oui, je suis le roi! Tu n’es qu’un imposteur ! »
Trois ans allaient finir bientôt. Une ambassade Vint s'arrêter, un soir, devant la colonnade De l'antique palais des rois siciliens.
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Urbain, voulant encor resserrer des liens
Qu'il avait respectés depuis son premier âge,
Avait prié Valmond d'envoyer un message
Au roi Robert, leur frère. Il les priait tous deux D'oublier, pour un jour, leurs soucis trop nombreux, Et de venir passer dans la ville éternelle
Le jeudi saint. C'était cette heureuse nouvelle
Que les ambassadeurs du monarque allemand Venaient au roi Robert porter en ce moment.
L'ange reçut alors avec magnificence
Ces nobles envoyés d’une grande puissance.
Il les fêta, leur fit les présents les plus beaux:
De riches bracelets, de Superbes anneaux,
Des manteaux de velours bordés de peaux d’hermine, Et des habits brodés, d'une étoffe très fine.
Il partit avec eux, et ses légers vaisseaux,
Toutes voiles au vent, sillonnèrent les ee :iX.
Or, sur le sol romain, de bou -gade en bourgade, Fièrement chevaucha la noble cavalcade,
Avec éperons d’or et vigoureux cours'ers, Grands panaches de plume et brillants étriers.
Assis comiquement sur une vieille rosse,
Dont le poil rude et long défiait toute brosse, Qui tour à tour amblait, galoppait, trottinait,
A la suite des grands le roi Robert venait.
Ses légers oripeaux voltigeaient à la brise;
Le singe, à ses côtés, grimaçait à sa guise;
Et des troupes d’enfants ricaneurs et bavards, Pour le voir chevaucher venaient de toutes parts.
Le Seirt-bère, accourant sous les vastes portiques, Dignement accueillit ses hôtes magnifiques.
Sur la place Saint-Pierre, avec émotion,
A la terre il donna sa bénédiction;
Et des musiciens la troupe réunie
Fit rouler dans les airs des vagues d'harmonie.
Or, pendant qu'avec l'ange il converse gaîment, Robert le vieux bouffon s’avance hardiment, Range la multitude, et dit d’une voix haute:
— «Je suis le roi Robert; chasse bien loin cet hôte,
«C'est un vil scélérat qui se déguise en roi.
«Le seul roi de Sicile, ô Saint-Père, c’est moi.
«Si je suis malheureux, ma profonde misère
«Ne doit pas t'empêcher de reconnaître un frère. »
Surpris de ce discours, le vénérable Urbain Interroge, des yeux, le visage serein De l’ange qui sourit et ne veut rien lui dire. Mais l'empereur Valmond, en éclatant de rire, Lui demande:
— «Æst-ce donc la coutume, chez vous, «De garder pour bouffons, mon frère, de vrais fous?»
Et le pauvre Robert, honteux, la tête basse, S'en alla se cacher parmi la populace.
L'on chôma cependant, avec solennité,
La sublime semaine en l’illustre cité;
Et le samedi saint une vive lumière
Descendit jusqu’au fond ‘2 la pauvre chaumière, La présence de l'ange, avant que le soleil
Eût nimbé les côteaux de son éclat verineil,
Donnait aux flots de l'air une suave teinte,
Et les chrétiens, remplis de ferveur et de crainte, Croyaient que le Sauveur, sorti de son tombeau, Vers le ciel, triomphant, s'élevait de nouveau.
Le malheureux bouffon sur sa couche de cendre
Vit, dans le même temps, quelques rayons descendre, Et remplir son taudis d’une étrange splendeur.
Puis, une voix du ciel vint lui parler au cœur.
Il entendit frémir, dans l’air limpide et calme,
Les replis d’un linceul, les feuilles d’une palme,
Et, iombant à genoux, navré par les douleurs,
Le front contre le sol, il versa d’amers pleurs.
Et l'heure du retour sonna. Les deux grands princes Durent enfin songer à revoir leurs provinces.
Ils partirent. Valmond, aux bords Danubiens
Fut avec allégresse accueilli par les siens;
Et l'ange dirigea ses pompeux équipages Jusques à Salerno qui dort sur les rivages:
Et ses vaisseaux, de là, fendant le flot amer, Voguèrent vers Palerme, au large sur la mer.
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Quand il fut sur son trône, en sa superbe ville, Sur son trône entouré de la foule servile, Il entendit sonner, au clocher du couvent, La prière du soir. Et les ailes du vent Et les anges de Dieu portaient, avec mystère, Au ciel, l'hommage pur que lui rendait la terre. Il invita la cour à sortir un moment, Puis manda le bouffon, qui vint docilement.
Or, quand ils furent sev!s dans la salle du trône, Il lui glissa ce mot, comme on fait d’une aumône : — (Es-tu le roi? »
Robert, courbant la tête alors, Et poussant un soupir, l’âme en proie aux remords, Répondit humblement aux paroles de l'ange:
— «Je suis pécheur, hélas! et Dieu juste se venge. «Mon orgueil a tourné contre moi le Seigneur. «L'aspect de mon péché me remplit Ge frayeur; {J'entrerai dans un cloître et ferai pénitence ;
CEt, jusqu’à ce que j'aie expié mon offense,
«Je monterai pieds nus, devant le monde entier, (Du cie! qui me punit le douloureux sentier. »
182 LE ROI ROBERT DE SICILE nn ————
Or, pendant qu'il parlait, plus suave que l’ambre, Un céleste parfum remplit toute la chambre,
Et d'un éclat nouveau l'ange saint resplendit. Par la fente ouverte, alors on entendit,
Malgré tout le fracas et les cris de la place,
Le chant alternatif, plein de force et de grâce, Des bons religieux du vieux cloître voisin,
Qui disaient ce verset 4u cantique divin:
—«Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles. »
«Son +- - ‘enversé les puissants de leur siège, Et r': u’au ciel les humbles qu'il protège.»
Et, plus haut que ce chant, on ouit une voix Douce comme le chœur des oiseaux sous les bois, Le murmure joyeux d’une vive fontaine,
Ou le pieux appel d'une cloche lointaine:
— «Robert, je suis un ange et vous êtes le roi. »
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En entendant ces mots, Robert, saisi d'effroi, Lève timidement son humide paupière,
Mais il ne voit personne, et l'ange de lumière Vers le divin séjour a repris Son essor.
Comme jadis il porte un manteau de drap d'or; Comme jadis il ceint la couronne royale;
Et quand les courtisans entrèrent dans la salle, Bien grand, le voyant seul, fut leur étonnement. À genoux, tout en pleurs, il priait humblement.
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Histoire d’un Ange
Le vent d'hiver Souffla:t. Sur les campagnes nues
La neige avait semé ues flocons argentés,
Et l'étoile égayait de ses molles clartés
Le firmament d'azur où flottaient quelques nues.
La ville, d'où montait un bruit continuel,
Allumait, tour à tour, ses brillants réverbères :
Et la nuit commençait, la nuit des Srands mystères, La nuit sublime de Noël!
Dans les beffrois altiers et les humbles tourelles Les cloches balançaier , des accords merveilleux.
Oh! comme en cette nuit leurs accents sont joyeux! Comme leurs grandes voix en cette nuit sont belles! Bien des pauvres humains, lassés de leur labeur Et courbés sous le poids d’une nouvelle année, Pensent voir refleurir leur jeunesse fanée
Et songent alors au bonheur!
Cette nuit voit l'amour remplacer la vengeance, Le pardon relever le coupable soumis; Elle voit l'union des plus fiers ennemis; Elle voit, sous le chaume où régnait l’indigence, Les âmes espérer un meilleur lendemain; Elle voit le sourire où coulaient bien des larmes, La sainte charité dissiper les alarmes
Qui tourmentent le cœur humain.
L'automne, en s’en allant, laissait, sur nos rivages, Un parfum tout étrange. Accord délicieux,
Le riche et l’indigent élevaient vers les cieux
Un cœur plein d'espérance, un esprit sans nuages. La paix et l’allégresse habitaient les palais; L'amour et l'abondance étaient dans les chaumines;
HISTOIRE D'UN ANGE ns a A
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Et rien n'était plus gai que les voix argentines
Des enfants réjouis et frais.
Pourtant le deuil planait sur l’une des demeures
Où règnent d'ordinaire et la joie et les ris,
Et l'on entendait là, sous de riches lambris,
Le désespoir sonner de lamentables heures.
Une petite voix faiblement murmurait,
Au milieu du Silence, une plainte légère,
Et d'instant en instant les Sanglots d’une mère Disaient qu’un jeune enfant mourait.
Tendus jalousement, de beaux rideaux de soie
Enveloppaient son lit de leurs moëlleux contours ;
Les pieds, sans bruit, foulaient des tapis de velours.
Les jouets curieux dont il faisait sa joie
N'avaient rien Maintenant qui Put l'émerveiller:
Et les jolis cheveux dont ses épaules rondes,
Avec grâce tantôt Portaient les boucles blondes, Flottaient épars sur l’oreiller.
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Les ressources et l'art d’une ville savante
nes : Pour sauver un enfant se virent épuiser;
Ils n’empêchèrent pas un fil de se briser,
Un mot sombre et fatal de semer l'épouvante:
Une mère invoqua son saint amour en vain;
Il ne sut pas, non plus, -etenir auprès d'elle
Cet être tant chéri qui déployait son aile Pour voler au séjour divin.
Elle était à genoux au chevet de la couche, S’efforçant, pour tromper son douloureux transport, De rire au bien-aimé que lui prenait la mort. Elle baisait son front et sa petite bouche; Elle lui fredonnait un suave refrain; Lui disait que bientôt il irait aux vallées Prendre des papillons, ces douces fleurs ailées Qui naissent dans le ciel serein.
Il sourit tout à coup en rejetant son lange;
Et l’on vit de son front s’effacer la pâleur.
Sur sa lèvre entr’ouverte ainsi qu’une humble fleur Un soupir expira. Quelque chnse d’étrange Paraissait imprimer à ses traits radieux
Une vive surprise unie à l’allégresse;
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HISTOIRE D'UN ANGE 191 nn
Et ses grands yeux d’azur semblaient fixés sans cesse Sur un objet mystérieux.
Venu, sur un rayon, des voûtes immortelles, Un ange, enveloppé d'un nuage éclatant, S’avançait vers l'alcôve où reposait l'enfant. Il avait, en entrant, replié ses deux ailes, Scruté de son œil doux ce sommeil Sans réveil, Et parlé sans nul doute un céleste langage:
Et toute la maison avait, à Son passage, Resplendi comme en plein soleil,
Pendant qu'avec bonté ce messager céleste
S'inclinait sur le nid, tout petit, tout Soyeux,
D'où ne s'élevait plus nul ramage joyeux,
Et que sur sa poitrine, avec un tendre geste,
Il appuvait le front de son nouvel ami,
Un froid mortel Saisit la mère infortunée :
Celui qu’elle aimait tant l'avait abandonnée, S'était à jamais endormi!
Cependant, déployant ses ailes de lumière,
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Vers les parvis sacrés l'ange prit son essor. Il allait au-delà de tous ces astres d'or Qui sont dans l'infini comme un flot de poussière. Or, pendant qu'il portait l'objet de son amour, En triomphe, bien loin d’une ingrate patrie, Il mit sur sa poitrine une rose cueillie
Naguère au terrestre séjour.
Et le petit enfant lui demande une chose:
Que sa mère avec lui n:onte aussi dans les cieux. 11 fixe, tour à tour, un regard anxieux Sur l'ange qui l'emporte et sur la fraîche rose Qui repose toujours près de son cœur aimant.
Et, l'ange, souriant de son inquiétude, Le presse sur son Cœur avec sollicitude,
Et lui fait ce récit charmant:
Apprends, Ô mon ami, que le ciel à la terre
Par de touchants rapports a voulu se lier;
Qu'il voit ce qui s’y passe et ne peut l'oublier.
Les longs tourments de l'homme et sa joie éphémère Au ciel trouvent toujours un écho snlennel.
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HISTOIRE D'UN ANGE 193 AT TN NE A ae ee
Sur la terre l'amour bien vite, hélas! s’épuise : Dans le ciel, au contraire, il creît, se divinise‘ Dans le ciel il est éternel!
Au fond d'un quartier pauvre, en cette grande ville Dont, au-dessous de nous, tu vois luire les toits, Et dans un gîte obscur se trouvait, autrefois, Un orphelin. Toujours souffreteux et débile, Il n'avait Pas connu, celui-là, la pitié; Jamais dans le chemin d'une existence aride, Jamais la charité n'avait servi de guide
Hélas! à srn timide pié!
Tous les abattements et toutes ics misères Qui n3 viennent à vous que sur l’aiie des ans, Et dont l'enfance ignore, au moins, les traits cuisants, Broyaient son jeune cœur dans leurs cruelles serres | Au matin ‘a vie,ilen voyait le soir.
Pour nouri:.e il avait l'indigence au sein maigre; Pour unique héritage il cueillait un mot aigre
Quand il passait sur le trottoir,
Trop faible pour prier, n'ayant nul camarade Qui voulut près de lui demeurer un moment.
Il voyait tous ses jours s'écouler tristement.
Bien souvent il mettait son pauvre front malade, Comme un roseau brisé, dans ses vetites mains; Appelant le sommei! qui le fuyait sans cesse,
I Il laissait, bien souvent, sa tête avec tristesse Tomber sur ses grossiers coussins.
Et parfois son esprit s’égarait dans les rêves.
Il entendait chanter les oiseaux des forêts;
4 Il suivait les semeurs courbés sur ieurs guérets;
| Il foulait sous ses pieds le sable l'or des grèves;
Il voyait des enfants courir sur le gazon,
Égrener, dans les irs, les sons de leurs voix gaies, Et traîner derrière eux l’aubépine des haies
4 En retournant à la maison.
Dans ce coin désolé, dans cette rue obscure Où vivait, délaissé, le petit orphelin,
À peine se glissait le rayon du matin.
Quand l’air chaud de ‘’‘té ranimaïit la nature,
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Cet air, que Vous aimez, qui n’a rien d’accablant Dans les riants bosquets qui vous prêtent leur ombre, Suffoquait le petit sous son toit bas et sombre,
Ou sur le pavé tout brûlant.
Par un jour des Pius beaux que le ciel Vous envoie, Tout chantait dans les airs, la ville était tout bruit, Il sortit de nouveau de son triste réduit Et, d’un Pas chancelant, suivit la grande voie. Il était fatigué, quand il vit un jardin Fermé de tous côtés par un long mur de Pierre : Au milieu s'élevait une maison princière
Dont l'aspect l’arrêta soudain.
Là se berçaient au vent des arbres gigantesques :
Les rameaux verts formaient plus d’un antre vermeil
Où jouaient tour à tour et l'ombre et le soleil.
Des guirlandes de fleurs tombaient en arabesques
Et caressaient le front d'un enfant gracieux.
Des fontaines, des Puits, en ruisselantes gerbes,
Lançaient de fraîches Eaux qui tombaient sur les herbes Âvec des bruits harmonieux.
L'orphelin avança sa figure amaigrie
A travers les barreaux de la porte de fer.
Il contempla longtemps cette ondulante mer
De verdure et de fleurs, de bois et de prairie
Qui s'offrait tout à coup à ses regards surpris.
Dans ses heures de paix, dans ses rêves de rose,
Jamais il n'avait vu si ravissante chose Sourire à ses jeunes esprits.
Vous étiez à jouer alors dans les allées; Votre petite main jetait des fleurs en l'air, Et puis de votre bouche un rire frais et clair S'échappait tout à coup, quand ces fleurs envolées Retombaient en flocons sur vos jolis cheveux. Là de cette maison se trouvait l'espérance.
L'on éloignait de vous avec soin la souffrance, Et l’on veillait sur tous vos jeux.
Du seuil de la maison, cependant, la servante, Lasse d’apercevoir ce front pâle et vilain, Alla tout droit trouver le petit orphelin,
Et, lui jetant un sou d’une main méprisante,
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Lui dit avec rigueur de bientôt s'en aller.
Or, quand il entendit cette parole dure,
De ses grands yeux rêveurs sur sa maigre figure Des pleurs se mirent à couler.
Mais votre cœur d'enfant, si naïf et si tendre, Fut touché de ces pleurs qu'un enfant romme vous Répandait, sans Pourtant ressentir de courroux. Et, laissant là vos jeux, vous avez été prendre La plus brillante fleur de ce brillant séjour, Et vous êtes, bien vite, avec un gai visage, Venu la lui donner, à travers le grillage, En lui disant un doux bonjour.
L'aspect de cette fleur, son merveilleux arôme, Le charme de ce mot senSible et généreux, Pour l'esprit désolé du petit malheureux Furent, en ce moment, comme un céleste baume. Lui, que tous accueillaient avec des mots d’aigreur, Il ressentit alors une joie inouïe:
Il garda, dans sa main, la rose épanouie, Et le tendre mot, dans son cœur.
Puis il s'en retcurna, palpitant d'espérance, Dans son pauvre réduit. Pauvre! oh! non! désormais Il est tout inondé de douceur et de paix!
Car les rêves sacrés de l’innocente enfance, L'amour et le repos, le bonheur et l'espoir, Sur la couche paisible où le petit sommeille, Voltigent par essaims, à la lueur vermeille Des étoiles d’un calme soir!
L'aurore n'avait point du chevet solitaire
Chassé la vision; et le pauvre petit,
Plus faible que :a veille, avait gardé le lit.
Avait-il entendu les riches de la terre
Lui parler,dans un rêve, avec calme et bonté,
Que tout fut, ce jour-là, d'une douceur extrême?
Oh! c'était cette fleur dont le charme suprême Éloignait 1 ‘ute anxiété!
Il souriait toujours en regardant la rose,
Et bien qu'il vit tomber, dans sa débile main,
Une par une, hélas! les feuilles de carmin…
— (Faut-il donc voir périr une aussi belle chose!…
ms ——— mm oo
«Ma fleur, tu renaîtras, dit-il, dans ses transports. »
Le lendemain matin, lorsque, dans la man. rde, L'aube laissa glisser sa lumière blafarde, La rose et l'enfant étaient morts.
Apprends, mon bien-aimé, que notre Maître aus
Ne dédaigne jamais les bonnes actions ;
Que l'amour pur qui naît dans les affictions,
Sous le ciel orageux de votre monde injuste,
En Dieu se fortifie et devient éternel;
Et que les purs esprits créés dans la lumière
Conservent à jamais, dans son ardeur première L'amour né comme eux dans le cie
Ainsi l’ange parlait à l'enfant de la terre, Puis il penchait son front sur le fardeau charmant Qu'il pressait dans ses bras avec ravissement. Et l'enfant, étonné de ce nouveau mystère, Interrogeait des yeux le brillant ciel d'azur Qui devant lui s’ouvrait avec tant de délice, Et la magique fleur dont l'éclatant calice Lui versait un parfum si pur.
Et l'ange, souriant, reprit bientôt encore:
— Le Seigneur m'a permis de vous aller chercher, De crainte que le mal ne finit par toucher, De son souffle mortel, vos jours à leur aurore, Et vous faire à jamais connaître la douleur.
Car j'étais l'orphelin auquel, dans sa misère, Vous daignâtes offrir cette rose si chère, Avec un mot plein de douceur.
Et, dans cette cité dont avait parlé l'ange,
Au fond du cimetière, un superbe tombeau Avait été construit du marbre le plus beau.
Ïl se voila de fleurs d’une richesse étrange,
Sitôt que du printemps le vent tiède souffla.
Et, près de ce sépulcre émaillé de verdure, Était ne autre tombe, humble, petite, obscure. Nul ne savait qui dormait là!
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