‹ Évangeline et autres poèmes de Longfellow [microforme]Chapitre 4 sur 28 · PAPE REA THONER TS · texte numérisé non relu

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souvent; s’il eut fait d'Évangéline une Camille vibrante et tragirue, brandissant un poignard, exhalant ses imprécations, il aurait pu secouer plus violemment l'imagination, mais il eut été à l'encontre de 1: vérité historique, il eut fait une héroïne quelco.:que pouvant appartenir à Rome, à la Grèce ou à la Judée, mais non aux simples et paisibles paysans qui venaient d’être chassés de l’Acadie.

Il ne faut pas oublier que les Acadiens vivaient depuis ‘nm demi-siècle sous le régime ang:ais; que, traités généralement avec une certaine douceur ou laic:és à eux-mêmes, exemptés par leur serment de fidélité du service militaire, ils avaient per’ : l’ardeur guerrière qui les animait autrefois. La sérénité de leur vie n’était troublée que par trois seules préoccupations qui s'avivaient ou se calmaient au gré des événements: conserver les terres qui leur donnaient l'abondance, la patrie aimée, la seule qu'ils connussent ; pratiquer librement leur religion; ne pas avoir à combattre contre la France. En premier lieu, primant tout, venait le motif religieux, auquel, le cas échéant, ils étaient prêts à sacrifier les deux autres. Si

grand que fût l'attachement à le:rs biens, ils les eussent abandonnés plutôt que de prendre les armes contre les Français, jugeant en leurs âmes primitives et simples que c'eut été là un acte criminel, contre nature, tenant du fratricide. Qu'on ajoute le respect tout religieux qu'ils portaient au serment de fidélité qu’ils avaient prêté, et l’on a tous les mobiles qui les faisaient agir. Et cette facon d'agir, toujours la même, ils la maintinrent avec une fermeté que ne purent jamais ébranler les menaces, les subtilités, ni les promesses non étayées de l'écrit ou des sanctions les plus formelles de l'autorité.

En même temps, sachant que la conservation de ces avantages deviendrait impossible, sans une soumission empressée dans toutes les questions d'ordre secondaire, et particulièrement sans une loyauté scrupuleuse à leur serment de fidélité, ils allèrent jusqu’à former des comités pour dénoncer ceux d’entre eux qui violeraient ce serment. Bref, ils étaient prêts à toutes les soumissions pourvu qu’on respectât les choses qu'ils considéraient essentielles. C’est encore dans cet esprit qu'ils livrèrent leurs armes dès que l’ordre

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leur en fut donné; qu’ils se rendirent à Halifax à la première sommation de Lawrence alors que l'incarcération, ils n’en pouvaient douter, devait être le résultat de la réponse qu'ils avaient mission de porter. C’est encore dans ce même esprit qu’ils se livrèrent à Winslow, Murray, Handfield et Monkton, et cela, lorsqu'ils avaient devant eux tout un déploiement militaire qui faisait présager de sinistres desseins. Leur faute n’a pas été de manquer de soumission, mais bien d’en trop avoir.

Dispersés sur des plages éloignées les unes des autres, désarmés, réduits à la plus abjecte misère, pleurant leurs fils traînés ils ne savaient où, que pouvaient-ils, sinon gémir et implorer la pitié? Quelle que soit la superbe d’un homme, quelles que soient sa volonté et sa force de résistance, il arrive toujours un temps où son impuis- Sance et la persistance du malheur le courbent humble et soumis. Réduits à cet état, obligés de pourvoir aux besoins pressants de leurs familles, les Acadiens n'avaient d’autres armes que leur douceur, leur soumission, la droiture de leurs actes. Ce sont ces vertus, partout manifestes,

qui ont laissé autour d’eux dans la mémoire du peuple américain, cette sympathie dont Longfellow a réveillé le souvenir attendri.

La vie des Acadiens, isolés du reste du monde, formant un peuple distinct où tous se connaissaient, où tous étaient unis par des liens divers et des souvenirs communs, avait été une idylle de paix, de bonheur et de douce simplicité, et il convenait de leur conserver dans l'adversité les traits qui les avaient distingués dans le bonheur. Il convenait que l’héroïne choisie pour fixer dans les esprits les péripéties douloureuses de ce « grand dérangement », restât la douce et pieuse fille qu'était l’Acadienne; que ses souffrances fussent supportées avec cette muette résignation particulière aux âmes simples et droites.

Longfellow a été le fidèle interprète de la vie et des sentiments des Acadiens, et c’est ce qui donne à son poème un charme indéfinissable, le charme des amours sincères et vraies, qui s’appuient sur ce que notre nature complexe a de meilleur. Quel que soit le mérite de ses autres œuvres, c'est par celle-ci surtout qu'il a conquis l'admiration du monde. Et le grand poète amé-

ricain s’est montré reconnaissant et fier de l'œuvre superbe du poète canadien.

Puisque ce poème est fait des souffrances de nos pères; puisqu'il est en quelque sorte comme notre chair; puisqu'il est le plus populaire et le mieux connu chez nos voisins, ne convenait-il pas qu’il fût traduit et popularisé chez nous? M. Le- May, en s’acquittant de cette tâche avec l’habileté supérieure qu’on lui connaît, a fait là une œuvre utile et patriotique.

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+ Paris, le 2 juillet 1902.

C'est l'antique forêt! Noyés dans la pénombre, Vieux et moussus, drayés dans leur feuillage sombre, Les pins au long murmu:- et les cyprès aitiers,

Qui bercent aujourd’hui, sur des fauves sentiers, à Les nids harmonieux, sont semblables aux bardes Qui venaient, chevelus, chanter dans les mansardes, Aux dr'iides sacrés dont la lugubre voix

S'élevait, prophétique, au fond &. 5 vastes bois. Sauvage et tourmenté, l'océan vert, tout proche,

Se lamente sans cesse en ses antres de roche,

Et la forêt répond, par de profonds sangiots,

Au long gémissement qui monte de ses flots.

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C'est l'antique forêt, et c’est l’efflorescencel.…

Mais tous ces cœurs naïfs, et charmants di innocence, Que l’on voyait bondir comme bondit le daim,

Quand le cri du chasseur à retenti soudain,

Que sont-ils devenus? Et les modestes chaumes?

Et les vergers en fleurs d’où montaient tant de baumes ? Et les jours qui coulaient, comme au bois les ruisseaux Dans la clairière bleue ou sous les noirs arceaux, Ensoleillés souvent par une paix profonde, Assombris quelquefois par la crainte du monde,

Que sont-ils devenus?... Quel calme dans les champs! Plus de gais laboureurs. La haine des méchants Jadis les a chassés, comme, au bord d’une grève, Quand octobre est venu, l'ouragan qui s'élève Chasse et disperse au loin, sur l'onde ou les sillons, Des feuilles et des fleurs les légers tourbillons. Grand-Pré n'existe plus; nul n’en a souvenance ; Mais il vit dans l’histoire, il vit dans la romance.

O vous tous qui croyez à cette affection

Qui s’enflamme et grandit avec l'affiction ;

O vous tous qui croyez au bon cœur de la femme À la force, au courage, à la foi de son âme,

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A Écoutez un récit que disent, tour à tour, ence, ; Et l'océan plaintif, et les bois d’alentour. M C'est un poème doux que le cœur psalmodie, M C'est l'idyle d'amour de la belle Acadie!

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eaux

nps!

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