‹ Évangeline et autres poèmes de Longfellow [microforme]Chapitre 6 sur 28 · ÉVANGÉLINE FE · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLINE FE

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Les paysans alors revenaient de l'ouvrage.

Le soleil émaillait la pente du côteau,

| Et ses derniers rayons, Comme des filets d’eau,

Jusques au fond du val glissaient de roche en roche. De sa voix argentine, au même instant, la cloche Annonçait l’Angélus et le retour du soir.

Molles vagues d'encens montant d'un encensoir, Aussitôt, la fumée en colonnes bleuâtres,

Bien au-dessus des toits, montait de tous ces âtres Où l'on goûtait la paix, le plus divin des biens.

Ainsi vivaient alors ces laboure‘1rs chrétiens.

Ils servaient le Seigneur, et leur vie était sa:nte. Ignorant les tyrans, ils ignoraient la crainte.

Des fausses libertés les enivrants banquets

Ne les séduisaient point. Ni verroux, ni loquets Ne fermaient, dans ? nuit, leur modeste demeure, Et la porte s ouvi comme l'âme, à toute heure. Là le riche était pauvre en son honnèteté,

Et le pauvre ignorait ce qu'est la pauvreté.

Sur le bord du Bassin qui baignaït ie village,

Au milieu de son champ, Demeurait un fermier, un Et le plus riche alors de ce

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Quand elle s’en allait, en corsage de laine,

Porter aux moissonneurs, dans les champs plantureux, Le midi, des flacons de cidre généreux.

Mais, les jours de dimanche, elle était bien plus belle. Quand la cloche faisait, du haut de sa tourelle, Pleuvoir les sons bénis dans l'air frais et vibrant, Comme de l’aspersoir du pieux célébrant

Tombe, après l’oraison, l’eau sainte en gouttes drues, On la voyait venir par les ombreuses rues,

Simple en sa jupe bleue, et tenant à la main

Un chapelet de verre ou le missel romain.

Sous son bonnet léger, bonnet de Normandie, Luisaient des boucles d'or, qu'aux bords de l'Acadie Une aïeule de France autrefois apporta,

Que la mère, en mourant, à sa fille quitta

Comme un gage sacré, comme un noble héritage.

On voyait cependant briller bien davantage Sa grâce et sa candeur que rien ne surpassait, Quand, venant de confesse, émue, elle passait Adorant dans son cœur Dieu qui l'avait bénie. On aurait dit alors qu’une molle harmonie, Comme les blés au vent, sur ses pas ondoyait.

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Vaste était la maison. De loin on la voyait Sur le flanc d’un côteau, dont les gras pâturages Hardiment descendaient jusque sur les rivages. Le chemin pour s'y rendre était bordé d'ormeaux ; | Un sycomore ombreux voilait, de ses rameaux, Les bancs auprès du seuil et la haute toiture. | Le portique était fier de sa rude sculpture. | Dans la large Prairie un sentier se perdait, | Qui trouait le verger. Une vigne pendait, Guirlande glorieuse, au tronc du Sycomore, Et protégeait l'essaim d'une ruche sonore.

Dans le bourdonnement, sous l'arbre qui tremblait, En son rustique abri, la ruche ressemblait Aux niches de la Vierge, aux troncs des faméliques Que met la charité sur les routes publiques.

Plus bas, sur le côteau qui regardait la mer, C'étaient le Puits moussu, le seau cerclé de fer,

Et l'auge où s’abreuvaient chevaux, bœufs et génisses. Puis, du côté du nord, plusieurs longues bâtisses: Des granges, des hangards, en la froide saison, Contre les Ouragans protégeaient la maison.

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C'est là qu'on remisait les voitures diverses,

Les harnais, les outils, la charrue et les herses.

Là qu'on voyait aussi le bercail des moutons,

Et le sérail de plume où régnaient les dindons,

Où le coq orgueilleux chantait d’une voix fière, Comme au jour où sa voix troubla l’âme de Pierre.

Et tout cela semblait un village, de loin.

Les granges, en été, se remplissaient de foin.

Leurs toits proéminents étaient couverts de chaume, Et le trèfle fané remplissait de son baume

Le fenil où montait un solide escalier.

Là se trouvait aussi l’amoureux colombier,

Avec ses nids moëlleux, ses tendres créatures,

Ses roucoulements longs, ses folles aventures:

Et mainte girouette, au moindre essor des vents, Criait du haut des toits le changement du temps.

En paix avec le ciel, en paix avec le monde, C'est ainsi que vivait, dans sa terre féconde, Le fermier de Grand-Pré. Sa joie et son appui, Toujours Évangéline était auprès de lui,

Et sagement toujours gouvernait le ménage.

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A l'église, Souvent, les gars du voisinage Tenaient ouvert leur livre, ou priaient à genoux, En reposant sur elle un œil un peu jaloux, Comine si, dans un nimbe, elle eut été la sainte Qu'ils venaient invoquer en la Pieuse enceinte.

Heureux qui par hasard touchait sa blanche main, Voyait sourire un peu ses lèvres de carmin!

Ceux qui frappaient, le Soir, à sa porte, dans l'ombre, En entendant ses pas dans le corridor sombre Résonner tout à Coup, se demandaient en sain Lequel battait plus fort, du lourd marteau d’airain Ou de leur cœur, parfois, hélas! un Eu volage.

Et gaîment on fêtait Je Patron du village.

Les jeunes et les vieux descendaient au vallon,

Pour y danser sur l'herbe, au son du violon.

Bien des 8arçons alors, débordants de tendresse, Tour à tour lui disaient des mots si pleins d'ivresse, Qu'ils semblaient un écho de l’agreste concert,

Mais pour Gabriel seul son cœur s'était ouvert, Gabriel Lajeunesse, un Sarçon de Basile.

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Or, ce Basile était un forgeron habile,

Un homme aimé de tous, et des plus importants. Le peuple n’a-t-il pas proclamé de tout temps, L'état de forgeron un état honorable ?

Une estime vorofonde, une amitié durable

Liaient donc l’ouvrier et le fermier. Ainsi

Leurs deux enfants aimés étaient liés aussi.

Et le Père Félix, en son hameau champêtre, Depuis longtemps déjà maître d'école et prêtre, Leur avait, dans son livre, en même temps, montré A lire une prière, à dire un chant sacré.

Ils paraissaient deux fleurs d’un même souffle issues.

Les cantiques chantés et les leçons bien sues,

Ils couraient tout joyeux à la forge, pour voir Basile, les bras nus et le visage noir,

Un tablier de cuir autour de la ceinture,

Prendre comme un jouet, d'une main forte et sûre, Le sabot d’un cheval, puis y clouer le fer.

Et pendant ce temps-là, dans un vrai feu d'enfer, Près de lui rougissait un grand cercle de roue,

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Ils cherchaient, dans les nids, cette pierre si rare Que l’hirondelle trouve au bord du flot mouvant, Et qu'elle apporte alors à son nid, sous l’auvent, Pour redonner la vue à sa chère couvée.

La chance souriait à qui l’avait trouvée, Cette pierre 6 "nnante.

Ainsi, loin des ennuis, Comme un songe doré leurs jours s'étaient enfuis. Ils n'étaient plus enfants à l’époque où se passe Le récit douloureux qu'il faut que je vous fasse. Gabriel revêtait la fraîcheur des matins, Et son front réjoui rêvait d'heureux destins. Dans ses chastes espoirs, ses douces clartés d'âme, Évangéline aimait et se révélait femme.

On l'avait à bon droit surnommée, au hameau, Le soleil de la Sainte-Eulalie. Au rameau Ce soleil fait inûiir les fruits en abondance, Disaient les paysans; elle, par sa prudence, Elle saura remplir le foyer de l'époux De gaieté, de vertus. et d'enfants blonds et doux.

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Déjà l'on arrivait à ce temps de l’année

Où plus rien ne fleurit sur Ja Plaine fanée,

Où le soleil tardif est Pâle et sans Chaleur,

Où la nuit froide au Pauvre apporte Ja douleur. En bandes réunis, les Oiseaux de Passage

Le chasseur indien, qui connaît les Présages, Annonçait de grands froids, Parce que nulle part Sans un pelage épais se Montreit le renard.

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