‹ Évangéline (volume 2)Chapitre 11 sur 18 · RECHERCHE DU BONHEUR · texte numérisé non relu

RECHERCHE DU BONHEUR

ar une journée du mois de mai, un bateau lourdement chargé, monté par des bateliers acadiens, après avoir dépassé les rives de rOhioJJLÊL-Bjelle=Rw?.ièreT.-- .desce-n4a-it4e- Jargfijgt rgrl JJl-M-i s °. i s s i p i G^4n i t une troupe d'exilés qui, après avoir été dispersés le long des côtes, s'étaient réunis par la communauté de foi et de malheur, et voyageaient maintenant de compagnie. Ils allaient à la recherche de leurs parents et de leurs amis, qu'une vague espérance leur faisait supposer être parmi les humbles cultivateurs répandus sur les côtes de la Louisiane ou dans les prairies fertiles des belles Opelousas,

Avec eux se trouvaient Evangéline et son guide, le père FèTîcien. Ils avançaient ainsi au milieu des sables mouvants, à travers dêlTsolitudes qu'assom-

brissaient de noires forêts; puis, la nuit, la troupe ~ ■ 67

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campait auprès à£& feux ajhimés sur le bord du fleuve tumultueux.

Le spectacle qui s'offrait à leurs yeux était réellement ravissant; tantôt emportés par le courant, ils côtoyaient des îles verdoyantes où les cotonniers balançaient comme des panaches leurs cimes légères; tantôt ils traversaient de larges lagunes où, sur le sable argenté du rivage, étaient couchées de grandes troupes de pélicans au plumage blanc comme la neige. Plus loin, s'élevaient, au milieu de magnifiques jardins, les maisons des planteurs avec leurs colombiers, et les cases des nègres ombragées par des arbres de Chine.

Ils approchaient de la région où règne un été perpétuel ; là où le fleuve, s'infléchissant vers l'est, traverse la Côte-d'Or, parmi les bosquets de citronniers et d'orangers. Les voyageurs, changeant euxmèmes de direction, entrèrent dans la rivière de Plaquemine, et s'égarèrent presque aussitôt dans un labyrinthe de marécages et d'eaux dormantes s'étendant dans toutes les directions. Au-dessus de louis tûtes, les branches des cyprès formaient une arche sombre, où les mousses traînantes étaient suspendues comme les bannières qui ornent la voûte des an ei en nés cathédrales. Le silence de mort, qui réguail

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dans ces lieux, n'était interrompu que par les hérons qui, au coucher du soleil, regagnaient leurs perchoirs à la cime des cèdres, ou par le hibou qui saluait la tune de son rire diabolique, Une douce lumière rayonnait sur la surface des eaux et sur le feuillage des cyprès et des cèdres, filtrant à travers les arceaux de verdure comme par les fentes d'une ruine.

Tout ce qui entourait les voyageurs était nouveau pour eux ; toutes ces choses leur paraissaient confuses et étranges comme dans un rêve; une impression de tristesse envahissait leur âme, comme le présage d'un malheur invisible et qu'ils ne pouvaient définir. Semblable au craintif mimosa qui ferme ses feuilles au son lointain des pas d'un cheval sur le gazon des prairies, leur cœur se resserrait, assailli de pressentiments lugubres, Evangéline, cependant, se sentait soutenue par une vision qui s'imposait à son esprit ; elle se berçait de l'idée que Gabriel avait passé avant elle sous ces voûtes ténébreuses, et que chaque coup d'aviron la rapprochait de lui.

A ce moment, un des mariniers se leva, et sonna vigoureusement dans sa trompe, comme pour avertir les autres voyageurs que le hasard pouvait avoir

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amenés, à cette heure avancée, sur ces courants obscurs. Le son retentit étrangement sous le sombre feuillage et rompit le silence imposant de la forêt. Les mousses suspendues aux arbres s'agitèrent silencieusement, et des échos sans nombre répétèrent au loin cette nocturne fanfare. Mais aucune voix ne répondit; le silence continua de régner au milieu des ténèbres, et ce silence produisit un sentiment douloureux sur les passagers.

Alors Evangéjins.. .^abandonna au sommeil, pendant que les bateliers continuaient de ramer au milieu des ténèbres de la nuit, tantôt muets, tantôt chantant les airs familiers dont ils faisaient résonner

jadis les rivières de leur patrie. Ces chants se mêlaient aux voix mystérieuses du désert, au bruit des vagues ou du vent dans la forêt, aux cris des grues et au grondement du hideux alligator.

Avant le milieu du jour, les voyageurs sortirent de ces sites ombragés, et aperçurent bientôt, éclairés d'un radieux soleil, les lacs de l'Atchafalaya. Des myriades de nénuphars se berçaient aux légères ondulations produites par les rames, pendant que les lotus dressaient leurs couronnes dorées au-dessus de la tête des passager S. Les senteurs enivrantes de la (leur du magnolia, la chaleur ardente du soleil de

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