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midi, l'odeur suave s'exhalant des épais berceaux de rosiers qui couvraient les îlots voisins, conviaient au repos les voyageurs, au moment où le bateau côtoyait ces rives charmantes.
Les rameurs, fatigués, s'arrêtèrent bientôt tout près de Wachita, le plus riant de ces îlots. Le bateau fut amarré sous les rameaux des saules qui ornaient ses bords; puis, se dispersant sur l'herbe, les voyageurs, épuisés par leur fatigante course de nuit, se livrèrent au sommeil. Au-dessus d'eux s'étendait la cime verdoyante d'un cèdre, où les oiseaux-mouches voltigeaient au milieu des guirlandes de bignones et de vignes vierges entrelacées aux branches. Evangéline était toujours endormie sous le cèdre; dans son sommeilTillui.semblait que, du ciel entr'ouvert, jaillissait sur son âme un rayon de lumière qui n'avait rien de terrestre.
A ce moment, à travers ces îles sans nombre, se montra une autre embarcation frêle et rapide qui, pressée par les bras robustes des chasseurs et des trappeurs qui la montaient, se rapprochait de plus en plus. L'avant était tourné vers le nord, vers le pays du castor et du bison; un jeune homme, à la physionomie pensive et paraissant en proie aux soucis, était assis à la barre : des cheveux noirs et
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Evangéline était endormie... (page 71).
négligés ombrageaient sa figure qui portait l'empreinte d'un profond chagrin. Ce jeune homme n'était autre que Gabriel qui, las d'attendre, malhenreux et inquiet, allait chercher, dans les déserts de T'Ouest, l'oubli de soi^n^me__eJLjl£ sa peine. Les rameurs avançaient avec vitesse, mais sur la rive opposée; de sorte que les bateliers du canot amarré sous les saules ne purent apercevoir cette embarcation, ni entendre le bruit de ses rames. Bientôt les chasseurs disparurent, et ce fut quelques instants après seulement, alors que le bruit des rames s'était perdu dans l'éloignenient, que les dormeurs
s'éveillèrent.
Un jeune homme assis à la barre... (page 71).
La jeune fille s'approcha alors du sympathique pasteur , et lui dit en soupirant :
« Oh ! Père FéHçJLejxI^^-^^-s^is-quelle voix dit à mon cœur que Gabriel-, errant, est là tout près de moi. Est-ce un rêve absurde, une illusion de mon imagination, ou bien est-ce u 11 ^niessa g e r cèle s t^jur, en passant, ouvre mon âme à la vérité ? »
Puis, en rougissant, elle ajouta:
« Pitié pour ma pauvre tête ! De telles paroles sont incompréhensibles pour des oreilles comme les vôtres ! »
Le vénérable vieillard lui répondit en souriant :
« Je comprends parfaitement les paroles, ma fille ; et je sais qu'elles sont l'expression des sentiments qui agitent ton cœur. Je crois, comme toi, que Gabriel est près d'ici, car nous approchons des rives de la Tèche, où sont les villes de Saint-Maur et de Saint- .V Martin. Là, je l'espère, la fiancée sera rendue à son fiancé, et la longue séparation du pasteur et de son troupeau prendra fin. Cette contrée si belle, avec ses pâturages, ses forêts d'arbres fruitiers, où l'on marche littéralement sur des tapis de fleurs, sous un ciel du bleu le plus pur, ce paradis de la Louisiane, comme on l'appelle, sera pour nous, j'en ai l'espoir, une terre bénie. »
Fortifiés par ces paroles, les exilés furent debout à l'instant, et poursuivirent leur voyage. Peu à peu vint le soir. Les derniers rayons du soleil couchant, les vapeurs condensées qui s'élevaient de la terre donnaient au paysage une teinte vague qui semblait fondre ensemble le ciel, l'eau et les bois. Le silence de la nuit n'était troublé que par les chants des oiseaux, tantôt gais et entraînants comme un air de iète, tantôt plaintifs et tristes, comme l'écho d'une lamentation ou d'une profonde douleur.
Le bateau flottait toujours sur la rivière tranquille, et Evangéline, bous l'impression de ce charme
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de la nature et des sentiments intimes qui inondaient son cœur, ressentait une impression de douceur inexprimable.
C'est dans des pensées de calme et d'espérance que les voyageurs entrèrent dans la Tèche, à l'endroit où elle traverse les vertes Opelousas. Bientôt, dans l'ombre de l'atmosphère, ils aperçurent au-dessus des bois une colonne de fumée montant d'une maison qui paraissait assez proche, et, en même temps, parvint à leurs oreilles le son d'une trompe et le mugissement éloigné des bœufs.
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