‹ Évangéline (volume 2)Chapitre 15 sur 18 · VT · texte numérisé non relu

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Evangéline, sœur de la Miséricorde, (page 102).

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qui, à l'arrivée d'Evangéline à la mission, sortaient à peine de terre, élevaient maintenant leurs tiges élancées entrelacées de feuilles, formant de véritables fourrés où le noir corbeau et l'agile écureuil trouvaient la table toujours mise. La moisson, époque de fêtes pour les jeunes filles, approchait; en égrenant le maïs, elles saluaient de joyeux éclats de rire l'apparition des épis écarlates, présages de l'arrivée d'un ami; seule, Evangéline attendait toujours, dans la tristesse et l'ennui, son fiancé qui ne revenait pas.

« Patience ! » lui disait le prêtre. Ayez confiance ! le ciel exaucera vos vœux. Voyez cette plante délicate qui élève sa tête au-dessus de la prairie, et dont les feuilles, guides du voyageur dans cet immense désert, semblables à l'aimant, se tournent invariablement vers le nord. C'est la fleur-boussole, image de la foi qui, seule, peut nous guider ici-bas, tandis que les fleurs de la passion, plus brillantes et plus parfumées ne peuvent que nous tromper et nous égarer. »

Ainsi l'automne arriva et passa; puis l'hiver, et Gabriel ne vint pas... Les beaux jours du printemps reparurent ; on entendit de nouveau le chant des

oiseaux dans la plaine et dans les bois, et Gabriel ne revenait toujours pas...

Un jour cependant — on était en été, — un bruit venu on ne sait d'où, se répandit dans la mission. Gabriel avait, dit-on, planté sa tente bien loin, vers le nord, sur les bords de la rivière Saginaw, dans les forêts du Michigan.

Alors Evangéline quitta son doux refuge, et, après de tristes adieux, elle partit avec des guides qui

se dirigeaient vers les lacs du Saint-Laurent. Llle

marcha bien longtemps; elle eut à supporter bien

des dangers ; enfin, elle atteignit les profondeurs des

forêts du Michigan; mais, quelle amère déception 1

la hutte du chasseur était déserte et tombée en

ruines!

La jeune Acadienne passa ainsi de longues années dans la tristesse et dans des recherches toujours infructueuses ; elle visita tour à tour l'humble tente des missionnaires moraves, les camps bruyants et les champs de bataille, les hameaux solitaires et les grandes villes; semblable à un fantôme, elle arrivait et disparaissait, sans laisser nulle part même un souvenir.

Lorsqu'elle avait comnvB«cé ce long cl douloureux voyage, elle était jeune et belle; maintenant, elle

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était vieille et flétrie; ses cheveux avaient blanchi, bien plus sous le poids des peines et des chagrins que squs celui des années. Le temps, qui lui enlevait chaque jour de sa jeunesse et de sa beauté, creusait au fond de son cœur un sillon plus profond de tristesse et de ténèbres.

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