PAIX ET FÉLICITÉ
e petit village de Grand-Pré, où se passèrent les scènes que nous allons raconter, s'élevait, solitaire et caché, sur les rives du bassin des Mines, au milieu d'une vallée fertile de l'Acadie. De vastes prairies, auxquelles il devait son nom, l'entouraient d'une ceinture verdoyante et servaient de pâturages à de nombreux troupeaux. Des chaussées élevées par la main des hommes, et qu'ils maintenaient avec une constante sollicitude, protégeaient le village contre les envahissements de la mer, tandis que des écluses, pratiquées d'endroits en endroits, permettaient aux eaux bienfaisantes de se répandre librement sur les prairies, pendant les temps de sécheresse.
A l'ouest et au midi, des champs de lin et de blé,
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"\ de riches vergers annonçaient la fertilité de ce pays, 4> que limitaient au nord d'immenses forêts séculaires g et de hautes montagnes, couronnées par les brumes ] qui s'élevaient de l'Océan, sans jamais venir assomf brir le village.
Entouré de métairies riches et florissantes, au milieu d'une nature si parfaitement harmonisée, le petit village acadien semblait être l'asile de la tran-, quillité et du bonheur. Les maisons solidement bâties, avec leurs charpentes de chêne ou de châtaignier, leurs toits de chaume et leurs pignons formant auvent au-dessus de la porte, rappelaient celles des anciens paysans normands. C'était pour les Acadiens un souvenir de la mère-patrie, qui, malgré l'éloignement, leur était toujours chère.
Pendant les calmes soirées d'été, lorsque le soleil éclairait de ses derniers rayons les rues du village, les femmes et les jeunes filles, coiffées de bonnets [ blancs comme la neige, et vêtues de jupes aux couleurs vives et variées, s'asseyaient devant leurs maisons, ou elles filaient le lin nécessaire aux besoins du ménage, tandis qu'à l'intérieur se faisaient enten- I die les métiers bruyants et les navettes agiles des tisserand ■,.
Bien souvent, le vénérable pasteur de la paroisse
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descendait gravement la rue du village, et les enfants suspendaient leurs jeux pour venir baiser sa main toujours prête à les bénir; les femmes et les jeunes filles se levaient à son approche et l'accueillaient avec des paroles d'affectueuse bienvenue.
A l'heure du crépuscule, les travailleurs, après une journée de labeur, regagnaient leur demeure, et avec le coucher du soleil, le repos descendait sur le village. Alors, la cloche de l'église sonnait Y Angélus, des colonnes de fumée, s'élevant du toit de toutes les maisons, annonçaient le repas du soir, et les familles, séparées tout le jour, se trouvaient réunies dans leurs modestes demeures, où régnaient la paix et le contentement. Ainsi vivaient heureux, et pour ainsi dire à cœur ouvert, ces bons paysans, unis par une mutuelle affection et exempts de toute crainte humaine. Dans ce pays, où régnaient l'amour et la charité, il n'y avait ni barreaux aux fenêtres, ni verroux aux portes ; on n'y connaissait pas la pauvreté, car les biens du riche venaient en aide à ceux qui étaient moins favorisés des dons de la fortune.
A quelque distance du village, plus rapprochée du bassin des Mines, se trouvait la belle propriété de Bénédict Bellefontaine , le plus riche fermier de Grand-Pré; il vivait de son bien, secondé par sa