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Les jeunes filles filaient (page 16).
ftlle, l'aimable Evangéline , dont la modestie égalait la douceur.
La maison de Bénédict, solidement construite, s'élevait sur le flanc d'une colline qui dominait la mer, la porte d'entrée était protégée par un porche aux sculptures rustiques, garni de sièges et ombragé par un sycomore, qu'entourait une guirlande de chèvrefeuille. Un sentier, conduisant à un immense verger, allait se perdre ensuite dans les prairies. Sous le sycomore se trouvaient des ruches abritées par un petit toit semblable a celui de ces chapelles rustiques que l'on rencontre encore fréquemment en Normandie, et où le voyageui fatigué trouve un frais ombrage sous les arbres qui les entourent. En descendant la pente de la colline, on voyait le puits
La ferme de Bénédict (page 17).
mousseux, auprès duquel se trouvait l'auge pour abreuver les chevaux. Au nord, abritant la maison contre les orages et la tempête, étaient les bergeries et la basse-cour, avec son peuple emplumé ; près de là étaient remisés les chariots aux larges roues, les charrues et les herses du vieux temps. Les granges, placées également de ce côté, formaient à elles seules un village; elles étaient remplies de foin, dont l'odeur pénétrante se répandait au loin; au-dessus, abrités par un toit de chaume, étaient aménagés les colombiers , où les pigeons faisaient entendre leur doux roucoulement, qui contrastait avec le grincement criard des girouettes tournant à tous les vents.
Bénédict Bellefontaine, le propriétaire de ce riche domaine,
était âgé de soixante-dix ans; mais il était encore robuste et vigoureux; ses cheveux, blancs comme la neige, faisaient encore mieux ressortir la vigueur de son visage bruni par les années. Sa fille Evangéline, âgée de dix sept ans, gouvernait le ménage ; ses yeux, noirs comme la baie de l'épine sauvage, étaient pleins de douceur. Cette charmante enfant était la joie et l'orgueil du village ; tous l'ad- | miraient quand, modeste et souriante, elle allait, à l'époque brûlante des moissons, porter aux travailleurs, à l'heure de midi, la boisson réconfortante J qu'elle préparait elle-même à la ferme. Le dimanche, orsque la cloche appelait à la prière les habitants du village, Evangéline, vêtue de sa cape normande et de sa jupe bleue, avec ses pendants d'oreilles transmis dans la famille de génération en génération, descendait la rue du village, et tous l'entouraient de la plus affectueuse sympathie.
A l'église, lorsqu'elle était agenouillée, son missel à la main, plus d'un jeune garçon jetait les yeux sur elle comme sur une sainte vénérée. Heureux celui qui pouvait toucher sa main ou le bord de son vête» ment! La pureté de sa conscience brillait sur son visage, ombragé par une chevelure noire comme \ l'ébène, et qui semblait éclairé d'un rayon de bon- i
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heur céleste. Sajvertu lui gagnai t to us les cœurs, et aux fêtes du village c'était, parmi les jeunes gens, à qui s'approcherait d'elle pour lui serrer la main.
L e f e r m ie r ^Bénéd^cjji vait £0jujMnj;imj£„ ami Basile Lajeunesse, que tous appelaient Basile le Forgeron, homme puissant et considéré de tousrdans le village. Les enfants de ces deux hommes de bien avaient grandi ensemble comme frère et sœur; aussi de tous les jeunes gens qui se pressaient autour d'Evangéline, Gabriel était-il le seul préféré; iLétait du reste, depuis quelque temps déjà, le fiancé de la jeune Acadienne. Le père Félicien, à la fois le curé et le maître d'école du village, leur avait appris leurs lettres dans le même livre, ainsi que le chant des hymnes d'église.
Lorsque la leçon de chaque jour était terminée, les deux enfants se précipitaient dans la forge de Basile. Arrivés à la porte, ils regardaient d'un œil émerveillé le forgeron prendre le sabot du cheval dans son tablier de cuir et clouer le fer h sa place, pendant que, tout près de lui, le rond de fer d'une roue de charrette rougissait dans un cercle de feu ardent.
Souvent aussi, pendant les soirées d'automne, lorsque la forge semblait éblouissante de lumière
t&ss&ifs:
au milieu des ténèbres, ils avaient observé le travail du soufflet, et lorsque les étincelles s'éteignaient dans la cendre, les deux enfants se mettaient gaiement à rire en disant : « Voilà les nonnes qui entrent dans la chapelle 1 »
Il n'était pas rare non plus de les voir, en hiver, glisser à travers la prairie, sur des traîneaux, rapides comme l'aigle qui fond sur sa proie. D'autres fois, ils grimpaient sur les solives des granges, cherchant d'un œil ardent la pierre merveilleuse que, suivant une croyance populaire, l'hirondelle va recueillir sur le rivage de la mer pour guérir ses petits privés de la vue. Quel bonheur pour celui qui trouverait cette pierre enchantée !
Plusieurs années se passèrent ainsi, et déjà Gabriel et Evangéline n'étaient plus des enfants. Le fils du forgeron élaii^deyenu un robuste adolescent, eî ses pensées, jusqu'alors indécises, avaient mûri. Evangéline était devenue une femme, et elle en avait déjà le cœur et les tendres espérances. Les villageois, dans leur langage imagé, l'avaient surnommée t Soleil jUi-S-ai » tc^EuJaJJe w, voulant dire par là qu'elle apporterait dans la maison de son époux la joie et la prospérité, comme ce soleil répandait dans
leurs vergers l'abondance et la richesse.
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