‹ Évangéline (volume 3)Chapitre 12 sur 15 · I.VANdIil.INIi · texte numérisé non relu

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et, en l'écoutant, leurs Cd'Uis sont ou renii)lis ilc joie ou brisés parla douleur. />

Evangéiine, saisie subitemeiît d'une secrète émotion, répondit : « Vite, en route pour la mission, de bonnes nouvelles nous y attendent. »

Aussitôt, les voyageurs dirigèrent leurs chevaux du côté du village. Ils arrivèrent derrière la montagne, au soleil couchant; alors ils entendirent un grand murmure de voix, puis ils aperçurent dans une vaste et verte prairie, sur les bords d'une rivière, les tentes de la mission et celle des chrétiens. Au milieu du village, sous un chêne majestueux, aux branches duquel un crucifix était suspendu, ils virent un prêtre agenouillé au milieu d'un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants. C'était le temple champêtre où s'accomplissait, en ce moment, la cérémonie religieuse du soir. Les voyageurs, la tête découverte, s'approchèrent silencieusement, puis ils s'agenouillèrent, se mêlant aux fidèles.

Lorsque l'office fut terminé, le prêtre s'approcha lentement des étrangers qu'il accueillit par des paroles affectueuses. Il sourit d'un air bienveillant à leurs réponses, heureux d'entendre, au milieu de ces forêts lointaines, les sons si chers de sa langue maternelle; puis il les conduisit vers sa demeure. Après

un repas frugal, ils allèrent prendre quelques instants de repos sur des nattes et sur des peaux.

Lorsque Basile eut raconté son histoire au prêtre de la mission, celui-ci répondit d'une voix doucement émue ; « Il y a six jours que Gabriel était ici, et qu'assis près de moi, sur cette natte où repose maintenant la jeune fille, il m'a fait le même récit que je viens d'entendre; puis il s'est levé et a continué son voyage, »

Evangéline écoutait attentivement ces paroles, toujours partagée entre la crainte et l'espoir.

« Il est allé bien loin, vers le nord, poursuivit le missionnaire; mais, lorsque l'automne sera venu et que son expédition de chasse sera terminée, nous le reverrons à la mission. »

Alors, Evangéline dit d'une voix humble et résignée :

« Permettez-moi de rester ici, car le chagrin et la tristesse sont dans mon cœur, »

Tous approuvèrent cette idée qui fut trouvée sage et juste. Le lendemain, de bonne heure, Basile, ses compagnons et ses guides reprirent le chemin de leur village, laissant Evangéline à la mission.

Cependant, les jours, les semaines et les mois se succédaient avec une monotone lenteur. Les maïs

Evangéline, sœur de la Miséricorde, (page 102).

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qui, ù l'arrivée d'iivangéliiie à la mission, sortaient h peine de terre, élevaient maintenant leurs tiges élancées entrelacées de feuilles, formant de véritables fourrés où le noir corbeau et l'agile écureuil trouvaient la table toujours mise. La moisson, époque de fêtes pour les jeunes filles, approchait; en égrenant le maïs, elles saluaient dé joyeux éclats de rire l'apparition des épis écarlates, présages de l'arrivée d'un ami; seule, Evangéline attendait toujours, dans la tristesse et l'ennui, son fiancé qui ne revenait pas.

« Patience ! » lui disait le prêtre. Ayez confiance ! le ciel exaucera vos vœux. Voyez cette plante délicate qui élève sa tête au-dessus de la prairie, et dont les feuilles, guides du voyageur dans cet immense désert, semblables à l'aimant, se tournent invariablement vers le nord. C'est la fleur-boussole, image de la foi qui, seule, peut nous guider ici-bas, tandis que les fleurs de la passion, plus brillantes et plus parfumées ne peuvent que nous tromper et nous égarer. »

Ainsi l'automne arriva et passa; puis l'hiver, et Gabriel ne vint pas... Les beaux jours du printemps reparurent ; on entendit de nouveau le chant des

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oiseaux dans la plaine et dans les bois, et Gabriel ne revenait toujours pas...

Un jour cependant — on était en été, — un bruit venu on ne sait d'où, se répandit dans la mission. Gabriel avait, dit-on, planté sa tente bien loin, vers le nord, sur les bords de la rivière Saginaw, dans les forêts du Michigan.

Alors Evangéline quitta son doux refuge, et, après de tristes adieux, elle partit avec des guides qui se dirigeaient vers les lacs du Saint-Laurent. Elle marcha bien longtemps; elle eut à supporter bien des dangers ; enfin, elle atteignit les profondeurs des forêts du Michigan; mais, quelle amère déception! la hutte du chasseur était déserte et tombée en ruines !

La jeune Acadienne passa ainsi de longues années dans la tristesse et dans des recherches toujours infructueuses ; elle visita tour à tour l'humble tente des missionnaires moraves, les camps bruyants et les champs de bataille, les hameaux solitaires et les grandes villes; semblable à un fantôme, elle arrivait et disparaissait, sans laisser nulle part même un souvenir.

Lorsqu'elle avait commencé ce long et douloureux voyage, elle était jeune et belle; maintenant, elle

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c'tait vieille et llctiie , ses clieveux avaient hlar.chi, bien plus sous le pouls des peines et des cliagrins que sous celui des années. Le temps, qui lui enlevait chaque jour de sa jeunesse et de sa beauté, creusait au fond de son cœur un sillon plus profond de tristesse et de ténèbres.

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