PAIX ET FÉLICITE
E petit village de Grand-Pré, où se passèrent les scènes que nous allons raconter, s'élevait, solitaire et caché, sur les rives du bassin des Mines, au milieu d'une vallée fertile de l'Acadie. De vastes prairies, auxquelles il devait son nom, l'entouraient d'une ceinture verdoyante et servaient de pâturages à de nombreux troupeaux. Des chaussées élevées par la main des hommes, et qu'ils maintenaient avec une constante sollicitude, protégeaient le village contre les envahissements de la mer, tandis que des écluses, pratiquées d'endroits en endroits, permettaient aux eaux bienfaisantes de se répandre librement sur les prairies, pendant les <emps de sécheresse.
A l'ouest et au midi, des champs de lin et de blé,
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de riches vergers annonçaient la fertilité de ce pays, que limitaient au nord d'immenses forêts séculaires et de hautes montagnes, couronnées par les brumes qui s'élevaient de l'Océan, sansjamais venir assombrir le village.
Entouré de métairies riches et florissantes, au milieu d'une nature si parfaitement harmonisée, le petit village acadien semblait être l'asile de la tranquillité et du bonheur. Les maisons solidement bâties, avec leurs charpentes de chêne ou de châtaignier, leurs toits de chaume et leurs pignons formant auvent au-dessus de la porte, rappelaient celles des anciens paysans normands. C'était pour les Acadiens un souvenir de la mère-patrie, qui, malgré l'éloignement, leur était toujours chère.
Pendant les calmes soirées d'été, lorsque le soleil éclairait de ses derniers rayons les rues du village, les femmes et les jeunes filles, coiffées de bonnets blancs comme la neige, et vêtues de jupes aux couleurs vives et variées, s'asseyaient devant leurs maisons, où elles filaient le lin nécessaire aux besoins du ménage, tandis qu'à l'intérieur se faisaient entendre les métiers bruyants et les navettes agiles des |
tisserands. Bien souvent, le vénérable pasteur de la paroisse
Evangéline allant à l'Eglise, (page 20).