‹ Évangile republicain, constituant l'alliance de tous les peuplesChapitre 5 sur 45 · NOMINATION DU PREMIER ROI · texte numérisé non relu

NOMINATION DU PREMIER ROI

K Bour|^ene liHl

Par les Prêtres et les Uiets

entasser à son profit. Il veut aussi se charger de l'éducation de la jeunesse, espérant ainsi, avec le masque du zèle, cacher les faux principes qu'il s'apprête à enseigner aux enfants qui lui seront confiés. Si toutes ces ruses ne peuvent lui réussir, il emploie un autre moyen; il s'approche du vrai républicain ; artiste ou ouvrier devient sa proie, son esclave ; ainsi fasciné, il l'égaré par ses discours; il tâche de lui faire oublier qu'il est le créât, ur de ces belles statues, de ces beaux tableaux, de ces superbes monuments ; auteur de ces intéressants manuscrits qui, imprimés et reliés, ont orné des bibliothèques, décoré ces beaux appartements.

Enfin, il le tourmente à lui faire perdre l'idée que c'est lui encore qui a fabriqué ces riches meubles et construit ces utiles métiers. Alors, le malheureux oublie tout, jusqu'à son frère, sa femme et ses enfants! Il ne respire que haine, rage, destruction; égorge tout, incendie tout, sème partout la terreur et la désolation!... Voilà le républicain égaré. C'est alors que le faux apôtre de la république s'applaudit d'avoir ainsi entraîné cet esprit faible; et, profitant de l'effroi répandu, court de tous côtés se plaindre de l'abus qu'on fait du nouveau système de gouvernement; il jette l'alarme partout et la méfiance, fait fermer les banques, les ateliers, et espère ainsi afîamer l'ouvrier et le faire abandonner ses croyances; car il se dit: le gouvernement ne peut le nourrir longtemps, il se rendra à mes exigences ; mais malheur à lui lorsque nous le tiendrons !

Il ne s'arrête point à ce premier moyen : il s'approche des groupes, approuve les mécontents, fait naître des désordres, et se met en évidence pour rétablir la paix. Ceux-ci , qui ne voient pas la supercherie, se plaisent à l'entendre dire : Ah ! si nous avions un roil mais un roi légitime. — A d'autres : Pourquoi ne ressusciterions-nous pas le parti de Napoléon? — A d'autres : Si nous admettions la régence?

A des fabricants: N'oyez le Gouvernement, il ouvre des ateliers pour vous faire concurrence; et puis voyez quelle masse d'intrigants aspirent aux places du gouvernement ! Ce n'est que pour déplacer d'honnêtes gens et placer leurs créatures, que les hommes

se sont emparés du pouvoir; cL les commissaires fondés de tous pouvoirs envoyés dans les départements, ils disposent des places selon leur volonté.

Ils disent encore à ceux-là :

Mais vous êtes gouvernés par des hommes insensés , des hommes de rien, qui ne méritent pas la confiance que vous leur témoignez, qui se donnent à bon marché pour en abuser.

Ainsi, cet homme pervers, qui a partout semé la discorde, se retire à l'écart pour attendre le moment d'en recueillir les fruits ; trop hypocrite pour paraître au grand jour, il se cache dans Tombre sous le manteau de la neutralité , et prêt à ressaisir ce pouvoir absolu qui lui a échappé, et pour lequel il s'est donné tant de mal.

Voilà le faux républicain.

Mais Dieu, qui a permis le mal ainsi que le bien , donnera à chacun selon ses œuvres. Le malheureux qui s'est laissé égarer fera un retour sur lui-même; il reconnaîtra , après le mal , combien ce conseiller était perfide. Dieu, ce bon père, le traitera avec clémence, lui montrera les désordres dont il s'est rendu coupable , le sang versé, les monuments détruits, des monceaux de cendres, des veuves, des orphelins, les produits de sa propre industrie mis au pillage, sa famille dans la désolation. Cet infortuné, désespéré de tant de maux , ne sait comment témoigner son repentir. Dans son exaltation, il jure de punir le traître à la patrie qui Ta entraîné à ces abominations ; il le cherche, l'arrache de sa couche somptueuse, déchire ses membres, et jette dans la fange ses lambeaux palpitantS;, en s'écriant avec rage: Sang pour sang!

D. Vous dites que le vandalisme succéda au républicanisme, qu'entendez-vous par cela ^

R. Depuis longtemps, les hommes, divisés par peuplades, vivaient en paix, lorsque, tout à coup, une d'elles se souleva, descendit des montagnes du nord et vint fondre sur les populations paisibles, massacrant, brûlant, pillant les villes, ne laissant derrière elle aucun vestige. Tous ceux qui échappèrent furent enchaînés et remplacèrent les animaux de transport ; à la moindre plainte, les pauvres captifs

étaient écorchés vifs et laissés à la voracité des bêtes féroces, qui ne manquaient jamais de suivre cette armée.

Quelques chefs fatigués, voulant profiter de la fortune, se partac^èrent le butin , et fondèrent des villes sur les débris de celles qu'ails avaient détruites; ils se nommèrent chefs, et plus tard ils devinrent rois : c'est de là que nous vient la royauté absolue.

C'est avec le temps que ces hommes apprirent à se montrer aux peuples (Vandales civilisés) sous des formes moins rudes, sans pour cela changer le moindre de leurs principes; car, toujours avec des adulateurs, ils se sont crus d'une autre nature, ne prenant les peuples que pour des esclaves obligés de se courber sous leurs volontés; ne s'en inquiétant que pour les détruire, les abuser, les voler, les priver de leur liberté, les massacrer selon leur bon plaisir. Ces hommes entourés de courtisans assez lâches pour ne s'approcher d'eux que le front prosterné dans la poussière et baiser leurs pieds en signe de servitude, étaient cependant soumis à leur influence ; car les rois furent toujours trompés par eux ; ils furent toujours, pour ainsi dire une barrière entre le trône et la vérité. Aussi avec un tel rèsne, pour les peuples, pas de liberté, pas de justice, pas de loi ! Toujours Timpôt toujours la persécution, toujours l'or pour les rois et la noblesse'

A quoi bon le peuple? à donner tout le fruit de ses sueurs pour satisfaire l'insatiable cour et les courtisans. Voilà l'existence de nos pères. Si parfois un d'eux élevait la voix pour se plaindre, la Bastille était là. Un père outragé implorait-il la justice, des hommes vendus au pouvoir s'en emparaient, et, par des tortures atroces et des douleurs inouïes, le forçaient à renoncer à ses justes plaintes, et abandonner son enfant, sa famille.

Un mari voulait-il défendre sa femme des corrupteurs qui cherchaient à la détourner de ses devoirs, les oubliettes lui étaient ouvertes; un frère veillait-il sur sa sœur, des assassins le poignardaient ; une femme réclamait-elle la justice pour elle ou ses enLts si elle était jeune et belle, on la lui vendait en échange de son honneur; âgée et pauvre, on la faisait chasser honteusement. Avec ce régime, tous les abus étaient libres.- la vertu et la sagesse seules étaient enchaînées : voir les règnes de Louis XIV et de Louis XV.

Hélas ! quelle dépravation ! Les prisons regorgeaient de prisonniers, les oubliettes étaient encombrées de cadavres. Une jeune fille appelant sa mère, la mère cherchant sa fille, le mari cherchant sa femme, le frère sa sœur! Clergé, roi, ministre, noble, courtisan, agents de police, enfin tous les premiers de la nation, obtenaient des lettres de cachet pour assouvir leur haine, cacher leur désordre, et s'emparer de fortunes depuis longtemps objet de leur convoitise. C'est ainsi que leurs blasons furent atteints de souillures que le sang même n'a pu laver.

A ce prix, peuple, voulez-vous être noble ? voulez-vous de l'absolutisme?

Répondez !

Pourquoi vous cacher le visage, pourquoi rougir? C'est la honte d'avoir si longtemps courbé le front sous la domination de semblables bandits.

Cependant ces races perverses ont donné le jour à quelques fils vertueux qui comprenaient mieux les droits du peuple.

Jeunes enfants , remerciez vos pères de nous en avoir délivrés trois fois.

Avec le gouvei-nement constitutionnel vous aviez , il est vrai , le droit de vous plaindre, sans que l'on vous jetât dans les oubliettes ; la justice était administrée avec plus de conscience.

Vous aviez des représentants qui portaient la cause des peuples au pied du trône, mais que, pour son malheur, le pouvoir écoutait peu.

Vous aviez un million de mouchards qui, divisés dans toutes les classes de la société, travaillaient à éteindre dans tous les cœurs la gloire du nom français, et traitaient de séditieux ceux qui voulaient réclamer leurs droits. Aussi la Bastille a-t-elle changé de nom et de place sous ce régime ; le mont Saint-Michel peut vous en dire plus que moi. Questionnez les cachots, et vous retrouverez écrite la vie de nos rois constitutionnels , trafiquant sur la nourriture , vendant les propriétés, dépouillant les peuples pour doter leurs enfants; s'appropriant le fruit des sueurs de la classe laborieuse (voir les caisses d'épargne) ; le 24 février 1 848, achetant des rentes sur toutes les cours de l'Europe ; dans toutes les nations ayant des biens immenses;

— 2) — traitant avec son peuple au dedans, violant les traités et le vendant au dehors; insinuant la corruption dans toutes les classes de la société ; avilissant ainsi notre redoutable et formidable France ! Voilà ce qu'était le gouvernement français le 23 février 1848.

De la République.

D. Quelle est la devise républicaine ?

R. Egalité, Liberté, Fraternité.

D. Comment conserver ces trois choses?

R. Tout le monde sait que l'union fait la force : aussi le peuple français tout entier doit en être le socle.

Sa croyance en Dieu, son courage, son inébranlable résolution, son amitié pour ses frères, sa tendresse pour ses enfants , son affection pour sa femme, son respect pour son père et sa mère, son amour de l'ordre et du travail , son respect pour ce qui ne lui appartient pas, sa confiance dans la justice, dans son culte et dans la loi, son dévouement à la patrie : voilà les pilotis sur quoi repose cette devise.

D. Comment le républicain croit-il en Dieu?

R. Il croit en Dieu par conviction, en reconnaissant que tout ce qui est sur la terre n'est pas l'ouvrage de l'homme, mais bien celui d'un génie qui surpasse le sien; c'est ainsi qu'il appuie sa croyance sur la divinité suprême.

D. Comment l'adore-t-il?

R. Pour le républicain, tous les lieux sont bons pour prier et honorer Dieu : les champs , les places publiques , les rues ; partout il rend hommage à la divinité ainsi que dans son temple , parce que partout il y a de quoi se prosterner devant la grandeur et la majesté de Dieu.

La première pensée du républicain est pour le remercier des grâces qu'il lui a faites de l'avoir délivré de ses tyrans et de ses ennemis , et il le prie d'en délivrer ses enfants et ses frères.

Ainsi, il prie Dieu de protéger sa patrie contre toute division d'opinions que pourraient susciter les ennemis de la France et de nos libertés pour relever les régimes renversés.

Et après la courte prière que Jésus lui a enseignée, il va à ses occupations, et par son zèle au travail donne le bon exemple à ses camarades, à ses frères, et fait prospérer sa famille.

Aiusi, le républicain honore Dieu par la prière, la reconnaissance et le travail

Courage républicain

D. Comment entendez-vous le courage du républicain ?

R. Le républicain ne fait pas seulement constituer le courage dans l'action des combats, mais il le déploie dans tous les actes de sa vie.

Soldat, il fait respecter les couleurs de sa nation. (Voir l'armée française dans les journées de février 1848, à Paris et les départements.)

Refusant de décharger ses armes sur le peuple, partageant avec lui ses munitions pour combattre les ennemis du nom français, et chassant de la patrie les corrupteurs, les traîtres, les ennemis de la liberté.

Les jeunes soldats, comme les vieux grognards de l'empire, ont su mériter de la nation tout entière des couronnes d'immortelles.

Dictateur, il affronte la colère des partis. (Voirie généreux dévouement qui anime le Gouvernement provisoire créé le 24 février 1848.)

Semblable au^courageux écuyer qui saisit dans sa course précipitée le superbe cheval emporté, par la douce ur il parvient à le calmer; il le préserve ainsi de toutes sortes d'accidents.

Médecin, il défie journellement la mort; il donne sans intérêt, à tous, riche ou pauvre, les mêmes soins , ne reculant devant les épidémies ni la mitraille. Partout on ne reçoit de lui que bienfaits; dans la mansarde, il prodigue à la mère et l'enfant ses douces consolations; il est le protecteur de l'orphelin, l'ami de toutes les familles.

Représentant , il résiste à toutes les séductions , à toutes les of-

fres qui lui sont faites par les ennemis de sa patrie, pour le faire dévier de la foi jurée au peuple qui l'honore de sa confiance.

Ouvrier, son courage consiste à remplir avec exactitude les conditions des rèiïlements de l'atelier, à donner de bons avis à ses camarades, pour les préserver des attaques de la séduction de la part des ennemis de la France, qui ont intérêt à anéantir notre industrie pour faire prospérer la leur.

Fabricant, il ne recule devant aucun obstacle pour créer des choses nouvelles^ par sa position et son génie, il estlepèredes ouvriers. Il fait, ainsi que le soldat, respecter les couleurs nationales; car il honore la France de chefs-d'œuvre, productions de tous ses enfants.

Cultivateur, il brave l'intempérie des saisons : le froid, le chaud, pour lui ne sont rien. C'est avec résignation et sang-froid qu'il aventure sa fortune ; mais aussi c'est avec énergie qu'il fait appel à ses enfants. Trois heures, leur dit-il , et vous êtes encore couchés! Songez que de cette journée dépend la nourriture de vos camarades, vos frères. C'est alors que vous les voyez partir aux champs, chantant les louanges de Dieu et priant pour le bonheur et la prospérité delà France. Le soleil couché, ils se rendorment profondément; car ils ont pour faire alimenter la patrie déployé toutes leurs forces.

Négociant, il sacrifie souvent ses propres intérêts pour la gloire de sa nation; par tous lesports de l'univers, il fait flotter le pavillon national. Il étale avec fierté les prodiges des ateliers français; il défie la concurrence des autres peuples; par d'habiles combinaisons, il écoule les produits de tous ses braves ouvriers , et leur rapporte en échange, ce que les contrées lointaines ont de plus rare et de plus merveilleux.

Ministre de Dieu, Pie IX en est l'exemple, il fait aimer et respecter la religion par la morale mise en pratique ; il fait abnégation de tout; pas d'orgueil, de vanité, de sentiment de haine. Il persuade par des paroles de paix, pleines de vérité ; il évite les discours menson-

gers qui font naître la terreur; il est l'égal de tous, pour le peuple pauvre comme pour le riche; il le visite dans sa mansarde et ses ateliers comme dans ses salons, ses palais. Partout il fraternise, il instruit clairement, il éloigne ce qui est ténèbres; il fait connaître aux hommes de tous rangs, de toutes fortunes, les devoirs des uns envers les autres; il abdique toute puissance et ne connaît sur le globe aucune barrière qui puisse arrêter la fraternité; il nous enseigne que nous sommes tous les enfants de Dieu, tous frères; que nous devons nous aimer, nous protéger mutuellement et nous rallier tous au nom de la liberté.

Républicaine, mère de famille, à peine l'enfant vient-il de naître, elle lui présente le sein; aux moindres cris, elle vole de sa couche au berceau de son fils; par des soins touchants qui n'appartiennent qu'à elle, les caresses les plus douces, apaise le petit chagrin ; l'enfant rit-il, son cœur palpite de joie; elle le porte dans ses bra.s comme un trophée près de son époux ; elle te contemple et l'admire. Toutes ses occupations ne sont que pour les besoins de sa petite famille ; toutes ses demandes sont dans l'intérêt de ses jolis petits anges. Elle dirige leurs premiers pas vers leur père ; la première parole qu'elle leur fait essayer est le mot papa ; enfin son but est d'attirer sur ses enfants toute l'amitié qu'on lui prodigue à elle-même. Flatter, embrasser son enfant, c'est la flatter plus encore; il semble que cette bonne mère et ses enfants ne fassent qu'un, que la même étincelle électrique fait tressaillir. Plus âgés, elle ne s'en sépare qu'à regret pour les faire enfrerau collège ou au métier, selon sa fortune; elle met sa fierté dans leur instruction ; elle voudrait les voir posséder toutes les sciences. Lorsque ses enfants sont hommes, ses yeux brillent de contentement ; elle reçoit la récompense de ses soins, de sa sollicitude ; elle les a préparés à être l'honneur de la nation ; leurs talens et leurs vertus les feront aimer et respecter : aussi , cette bonne mère tressaille-t-elle de joie, lorsque quelque action héroïque place sur la poitrine de ses fils l'étoile de l'honneur! Alors, elle s'endort en paix, convaincue que la patrie lui sera reconnaissante, car elle a rempli la mission que Dieu lui avait confiée!

Le républicain ajoute au courage l'inébranlable résolution.

Soldat, dans les combats, à peine la brèche est ouverte que, recevant l'ordre de monter à Tassant, aucune réflexion ne l'arrête ; il est du premier rang, il y vole.

Commandant, il tranquillise par son maintien le soldat effrayé; il n'abandonne le poste confié à sa défense que lorsque l'ennemi lui est passé sur le corps; il n'a qu'un serment pour sa patrie, celui de la protéger par ses armes contre toutes les attaques de ses ennemis; il sait mourir au poste de l'honneur , mais il ne sait point reculer ni se rendre.

Marin, il sacrifie tous les bonheurs de la vie; il quitte père, mère, sœur, frères, amis; il ne vit que pour sa patrie; il salue la France avec gaîté ; il est glorieux de déployer son étendard, et il espère que tous ceux qui parcourent l'empire des eaux ne porteront que sa couleur.

Mais bientôt la mer en furie soulève son bâtiment, puis le précipite avec fracas dans les gouffres creusés par la fureur de la tempête; le tonnerre gronde, les éclairs sillonnent les nues de toutes parts; le vaisseau, naguère précipité, se relève plus haut encore pour se précipiter de nouveau. C'est pendant cet eiïrayant orage que le matelot exécute avec calme et énergie les commandements les plus périlleux.

L'orage apaisé, la mer devient plus calme: il s'aperçoit que la flotte ennemie l'entoure de tous côtés. Alors il ne se rappelle plus les fatigues de la veille; r'est le drapeau de la France qu'ilfaut faire respecter.

Le matelot français républicain ne craint pas le nombre; il lè\e aussitôt les sabords. Ce n'est plus la colère des tempêtes qui fait résonner lécho, c'est la foudre du peuple républicain. Cependant le vaisseau s'engloutit. Le matelot se voit périr; pour lui aucun moyen de salut! Mais avec une présence d'esprit admirable, il saisit l'instant et lâche sur l'ennemi de terribles bordées qui le mettent hors de combat. Il meurt en chantant les hvmnesde la nation, et tout ce qui

reste de l'équipage répète en chœur : Mourons pour la patrie et conservons nos trois couleurs intactes! Voir le vaisseau le Vengeur, sous larépublique. Voilà le matelot républicain.

11 en est de même du dictateur, du magistrat, du médecin, de l'ouvrier, du cultivateur, du fabricant, du négociant, du ministre de Dieu.

Malgré toutes tentatives d'intimidation, nul ne saurait déroger aux sentiments de l'honneur ; pour eux abnégation entière : tout est pour la patrie. Voilà l'inébranlable résolution du vrai républicain.

Sîon amour pour ses frères.

Matelot, il refuse d'enchaîner les nègres que la cupidité de mauvais négociants avides d'or va échanger contre des futilités; puis il lui répugne d'être obligé, pour exercer un aussi honteux trafic, de déguiser constamment les couleurs nationales.

Le vrai matelot républicain marche tête levée : il est fier d'appartenir à la France ! Il partage son biscuit, son eau ; son seul désir est que ses frères soient heureux, et que la France soit aimée et respectée.

Soldat, c'est avec chagrin qu'il tue ce soldat étranger, car il sait qu'il est son frère ; il regrette de ne pouvoir s'en approcher pour le convaincre, et lui dire : Frère, voyez ces hommes que vous nommez rois ou empereurs; ces hommes ressemblent à deux particuliers qui s'amusent à faire battre leurs coqs, leurs chiens. Avant le combat, tout n'est que défi, que gageure; on les voit s'actionnant l'un contre l'autre. Ces pauvres animaux, croyant à l'animosité de leurs maîtres, en sont les champions , et ne cessent le combat que lorsqu'ils sont épuisés, ou si l'un survit à l'autre, il n'est pas loin de la mort. Après le combat, vous voyez ces mauvais maîtres oublier leur fidèle serviteur, leur meilleur ami, pour se livrer à d'autres récréations, aux orgies de toutes espèces. Ce n'est que le domestique, plus humain, qui va trouver les pauvres chiens gisants et râlants sur la poussière; ils se tiennent encore mâchoire contre mâchoire. Mais, n'ayant ni l'un ni l'autre la force de se relever, par ses soins il les

rappelle à la vie. Vous les revoyez bientôt près de leurs maîtres cruels, et bien quils n'en approchent qu'en tremblant, ils essaient de leur rappeler qu'ils sont là, portent la patte sur leurs vêtements; ils ne reçoivent pour récompense qu'un coup de cravache. S'ils recommencent, les serviteurs ont Tordre de les enchaîner jusqu'à ce t[u'il plaise à leurs maîtres de les relancer dans un autre arène.

Voilà le tableau que voudrait présenter le soldat républicain au soldat opprimé, pour le convaincre avant la bataille de labsurdité qu'il y a de s'entregorger selon le caprice d'un homme ou la volupté d'une femme.

Mais enfin, comme le moment de la bataille ne peut convenir pour la conversation, le brave soldat républicain traverse les rangs ennemis, et place sur les murailles de la forteresse un étendard victorieux I Mais aussitôt vous le voyez retourner sur ses pas, secourir et emporter sur son épaule le malheureux qui voulait lui barrer le passage ; par mille soins il le rappelle à la vie ; ils s'embrassent , ils sont de vrais frères; par eux la veuve est secourue, l'orphelin protégé. Voilà comment le soldat républicain entend l'amour pour ses frères.

Dictateur, il n'est pas ébloui par les honneurs qui l'entourent; il est convaincu que la place qu'il occupe nest qu'un miroir où viennent se reproduire tous les intérêts de la population. Ce serait un crime pour lui d'en intercepter le moindre rayon ! Aussi est-il sur la défensive contre toutes les attaques de la flatterie, persuadé que ce sont là les armes de ses plus cruels ennemis. 11 repousse avec horreur ce solliciteur qui, ne recule devant aucun obstacle pour s emparer de l'emploi de son frère qui n"a que cette ressource pour élever sa famille; il ne pense qu'à remplir les devoirs dont il a été chargé par la nation. Il essaie de diminuer les charges de l'État, répartir avec proportion les impôts, et par la pureté de ses sentiments, il sait faire aimer et respecter la France au dedans et au dehors. Par son intelligence, il écoule les produits de son pays, il protège les arts , encourage le cultivateur, fortifie l'ouvrier, donne de lémulation aux élèves, du mérite à l'armée. Il finit sa carrière avec la conviction qu il n'a fait que remplir fidèlement la mission dont on l'avait ho-

noré, et qu'il n'a pas plus mérité de la patrie que le plus obscur citoyen ! C'est ainsi que le dictateur entend son amour pour ses frères !

Médecin, en est-il au milieu de son repas ou d'une société savante, discutant les plus agréables traits d'histoire ou de politique intéressante, encore au milieu d'une réunion dansante, vêtu de ses plus beaux habits, enivré de joie, de séduction, même au milieu de son sommeil, rien de tout cela n'est pour lui un obstacle, un retard. Le malade réclame ses soins, il court à la mansarde ou au château avec la même ardeur ; chez le pauvre il monte rapidement, et parvient au sommet de la maison. Par la science il encourage le malheureux père abattu par le mal et la fatigue du travail; il prodigue à toute cette pauvre famille en pleurs les plus douces consolations et fait naître l'espérance dans tous les cœurs ; il revient souvent, et ne disparaît que lorsque le bon travailleur est hors de danger. Je dis, il disparaît, parce que ce médecin ne veut aucune rétribution de la part de l'ouvrier; il se trouve assez récompensé d'avoir pu conserver un père à ses enfants et à la patrie un de ses défenseurs. Si la femme de l'ouvrier vient lui offrir le fruit de son travail en reconnaissance de ses bons soins, il le lui remet et lui dit : Votre mari m'a soldé; puis au mari il dit : J'ai été payé par votre femme ! î ! Voilà comment le médecin républicain sait aimer ses frères.

Avocat, il résiste à la séduction tentée par la partie adverse; il soutient avec zèle le malheur, protège le pauvre , et défend le riche ; par sa science il connaît les droits de l'homme; il sait que devant la justice ils sont nus comme devant Dieu ! que les vêtements ne doivent avoir aucune influence. Appelé à charger les criminels, sa mission ne sert qu'à éclaircir les faits, mais non à les envenimer. S'il ne s'explique pas nettement, c'est tromper le juré et faire condamner des innocents. Appelé à juger, c'est avec le plus grand calme et sangfroid qu'il écoute et médite sur la culpabilité de l'accusé; il n'a égard à rien , même dans ce qui le concerne ; il est magistrat intègre , il juge son fils; si son fils est coupable , il prononce sur lui la peine appliquée par la loi , selon l'importance du délit. La justice est re-

présentée par lui; il dérogerait à l'honneur, sa conscience lui ferait des reproches, s'il ne faisait pas pour les siens ce qu'il doit faire pour tous! Une serait pas républicain, il n'aurait pas l'amour de la justice et de ses frères.

Cultivateur, ouvrier, fabricant, négociant, ministre de Dieu, tous sont animés d'un même désir; ils s'entr'aident par des secours mutuels , fondent des caisses , ressource contre l'adversité , créent des crèches pour recevoir le pauvre enfant dont les parents, pour payer leur dette à la patrie et élever leur famille, passent tout leur temps dans les ateliers, instituent des classes gratuites à la portée de tous les âges , forment des ateliers pour faciliter le génie de tous les travailleurs, dont l'ambition est d'immortaliser la France parleurs chefs-d'œuvre! des hospices pour les malades, des maisons agréablement situées et commodément établies pour terminer honorablement cette carrière si péniblement et si noblement parcourue.

Voilà les sentiments qui font connaître l'amour des républicains pour leurs frères.

Dn respect «li) aax parents.

Dès son enfance, le jeune républicain est instruit par ses parents que son existence ne lui appartient pas, que la vie qu'il a reçue de Dieu est pour défendre et servir la patrie dans la profession que son intelligence lui permettra d'embrasser, afin de mériter d'elle la reconnaissance qu'elle doit à tous les bons citoyens. On ne peut être républicain sans en avoir les vertus. Il doit avoir la paresse en horreur, parce que c'est le vice qui engendre tous les autres; il doit être vigilant, et remplir avec exactitude tous ses devoirs. Or, la paresse ne peut coïncider avec l'ordre; c'est pourquoi dans les collèges, par exemple, le paresseux est le but des huées et des moqueries de ses camarades; il est sournois, morose, jaloux, méchant, gourmand, voleur, menteur, colère, hypocrite, tâchant toujours de copier les devoirs de son voisin , mauvais camarade ; en un mot, il est la honte, le désespoir de sa famille, Topprobre de la nation.

Ces défauts ne peuvent qu'augmenter avec l'âge. Celui qui a été mauvais camarade ne peut être bon citoyen. Il y aura toujours danger à lui donner un emploi quelconque ; il sera traître à la patrie , sans énergie pour repousser la corruption; avare et égoïste, il vendra son pays. L'or étant le mobile de tout, il en fait son dieu ; la mollesse, le luxe, occupent tous ses instants; il ne peut avoir pour ses semblables que mépris et dédain. Ainsi qu'un cheval de parade, il est gonflé d'orgueil de pouvoir étaler ses richesses et écraser le pauvre du poids de son importance : voilà l'écolier paresseux; il est généralement méprisé comme il a méprisé les autres.

Le véritable enfant républicain est studieux; il sait se rendre digne d'occuper la place qui lui sera confiée, car il a passé par tous les alambics de la science. C'est la tête couverte de lauriers qu'il quitte les bancs du collège, pour prendre place dans les conditions qui font l'élite de la société. Que les pères et mères sont heureux! Us ont préparé un étai, incorruptible soutien de la république; par leur soin et ceux des respectables instituteurs, cet enfant a appris à respecter les lois ; dans aucune profession il n'aura à rougir, il les honorera toutes; il les a toutes étudiées et les a reconnues utiles à la prospérité de l'Etat. Aussi il n'y a ni rang ni fortune qui lui fasse oublier les soins qu'il a reçus de ses parents. Plus instruit qu'eux, il n'en rougira jamais. Dans sa reconnaissance, il dira le premier : Voyez cet homme à tournure embarrassée, c'est mon père! Il a le cœur d'or ! c'est un vrai républicain, un bon citoyen! Qui oserait insulter mon père à mes yeux, insulterait la nation entière !

Maîtres et maîtresses de pension , si vous n'êtes pas traîtres à la patrie, instruisez vos élèves, à la première comme à la dernière leçon, au respect dû à la paternité; car le père et la mère pauvres qui sacrifient tout le fruit de leur travail pour donner de l'instruction à leurs enfants, ne doivent pas en attendre le mépris et la dérision; ces enfants ne seraient pas dignes d'appartenir à la France républicaine !

De rafTcction entre époux.

L'enfant d'un mauvais naturel ne peut dans aucun cas faire honneur à sa patrie; il est mauvais fils, mauvais citoyen, mauvais époux, mauvais père; il a l'âme basse, le cœur sans énergie! Malheur à cette belle et candide jeune fille si elle épouse un semblable monstre! Il sera assez hypocrite pour lui cacher ses vices et son incapacité; il emploiera toutes sortes de moyens pour la fasciner; il s'approchera des lieux qu'elle habite et contraindra sa mauvaise nature jusqu'à faire le bien pour l'obtenir. Mais quels tourments se préparent les bons parents qui , aveuglés par ces faux semblants, auront sacrifié leur enfant, qui est toute leur joie, leur espérance ! Et la pauvre jeune fille qui dans sa pension rêvait bonheur, amitié, prospérité, quelle déception ! Que de vertu il lui faut pour supporter la vie ! Elle concentre ses affections sur ses enfants, et s'il se peut les aime davantage ; elle prie et espère que Dieu les préservera, par ses soins et sa prévoyance, d'être trompés comme elle l'a été. Son farouche époux devient jaloux de ses vertus et envenime les actions les plus innocentes, car il est capable de tout, hors de bonnes actions, et ne croit pas qu'il existe de^ êtres meilleurs que lui. 11 a fait mourir ses parents en les abreuvant de chagrins; il se glorifie d'avoir conduit sa femme au tombeau , empoisonné son existence par les mauvais traitements, les privations et toutes sortes de brutalités. Yoilà l'enfant paresseux.

Tandis que Tenfant laborieux a su mettre à profit les sages avis de ses précepteurs, il ne se laisse point éblouir par l'éclat d'une position brillante, il n'est point vain de sa science, et dans les emplois les plus honorables de la société, il est simple, uni, juste, droit sans effort puisqu'il est naturellement bon; il est fils respectueux, il sera bon père et tendre époux, et s'il avait le malheur de rencontrer une épouse dont le caractère ne fût pas en harmonie avec le sien, ses bons exemples la ramèneraient à ses devoirs; elle sentirait son tort, et se trouverait heureuse et fière d'avoir trouvé dans son époux cette supériorité, cette douce persuasion auxquelles rien ne résiste.

De la tendreose des parents pour les enfants.

Un père qui est dans l'attente d'un nouveau né, riche ou pauvre, est animé d'un sentiment unique : il est inquiet, il craint le moindre accident ; mais aussi quelle satisfaction lorsque pour la première fois il aperçoit son enfant! A peine ose-t-il le toucher î Que ce père est orgueilleux de posséder ce trésor! Mais, hélas! il reconnaît bientôt son impuissance. Son premier vœu est pour cette frêle créature qu'il offre à Dieu en la mettant sous sa divine protection ; il lui demande la santé. La vie lui est chère, car il est le protecteur d'une famille; il craint la mort; il voudrait avant de quitter cette terre que ces chers enfants fussent élevés et eussent une position dans le monde qui les mît à même de se passer de son secours.

Pour dresser ces jeunes petits êtres, le père se courbe à tous leurs petits caprices, répond à toutes leurs questions, leur explique tout ce qu'ils voient Par la douceur il réprime leurs mauvais penchants, et arrive ainsi h les préparer à une autre éducation non moins utile et plus solide. Il n'y a que l'ouvrier peu aisé qui ne puisse se satisfaire sur ce point; c'est avec regret qu'il se voit obligé de sacrifier sa génération dans les ateliers, gouffres impurs, pestilentiels, pour l'enfance, tant pour les mœurs que pour la santé. Pauvres parents! vous êtes bien malheureux : vous avez le cœur du riche et êtes obligés de faire abnégation de vos sentiments; car il faut avant de donner de l'instruction à vos chers petits, leur donner du pain, et le fruit de vos travaux ne peut être suffisant. Mais tranquillisez-vous, la République effacera ce vice de la société; des lois sages vous viendront en aide, et vos enfants, aussi bien que ceux de la classe aisée, seront heureux et appelés aux emplois selon leurs capacités.

Du respect pour la propriété.

Le républicain a pour principe de faire à autrui ce qu'il voudrait qu'on lui fît. Il serait bien contraire à ses opinions de s'emparer de ce que possède son frère. La loyauté est la base de son caractère; c'est

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