JEUNE FILLE QUESTIONNANT L'ORACLE
C'est avec ce principe qu'ils oui toujours mamlenu leur puissance
Cette Statue creusée avec ari permettait au fretre de s y racheirépondre au questionneur selon son mterêl
ce qui le distingue du faux républicain. Nous en avons eu récemment l'exemple.
A la prise des Tuileries, le 24 février 1848, profitant du tumulte, quelques mauvais citoyens, déguisés sous le vêtement populaire, essayèrent de soustraire des couverts de vermeil; ils furent aperçus par le peuple républicain, et jugés traîtres à leur pays; ils furent surle-champ fusillés; on attacha sur leur poitrine ces mots en gros caractères : Passants, pas de pitié, ce sont des voleurs ! Un autre trait non moins sublime. Combattant pour chasser le tyran du château national, le peuple entre précipitamment dans les pièces où des bijoux de grand prix sont étalés sur les meubles des chambres à coucher; plusieurs tiroirs sont remplis de pièces de monnaie^ de billets de banque; il trouve aussi de la vaisselle d'or et d'argent .- tout est déposé dans une salle de bain. Ces différents objets et valeurs furent évalués trois millions. Ce trésor, recouvert d'une simple toile, fut conhé à la garde de quatre ieunes combattants, à pieds nus, n'ayant qu'une culotte et une chemise, pas un sou à leur disposition. Moi qui vous écris ce passage, rim de mes ouvriers, graineur, âgé de vingt ans, gagnant 2 fr. 50 c. par jour, soutenant son père et sa mèi-e, fut un de ceux auxquels cette garde fut confiée pendant trois jours. Ils ne quittèrent leur poste que lorsque le gouvernement provisoire donna l'ordre de transporter le précieux gage de la probité du peuple républicain au trésor national. Plusieurs armuriers de ia ville peuvent attester qu'après le combat une grande partie de ces belles armes qui ornaient leurs magasins leur furent rendues. Dans ce moment de trouble, poiut de haine personnelle, point de violence, liberté de pensée et d'action, mais respect au bien d'autrui. Le républicain n'a pas de pain, il chante ; Mourir pour la patrie, mais il ne vole pas ! Ceux qui ne sont pas ainsi sont faux républicains et ennemis de l'ordre.
De Kon «nîeiïr au travail»
Le républicain est vigilant, courageux; il aime ses frères et les assiste , ne calculant jamais le danger pour leur porter secours.
Protéger ses vieux parents, sa sœur, élever honnêtement sa famille, voilà son désir le plus sincère , voilà son ambition ! Dès son jeune âge il a étudié les arts et choisi celui pour lequel la nature avait chez lui plus de penchant : aussi c'est avec joie qu'il consacre son temps à cultiver les talents qui sont l'admiration de tous les peuples. Son exemple de cordialité, de fraternité , fait regretter aux étrangers de n'être pas Français ! C'est pourquoi les souverains , nos voisins, sont si jaloux du drapeau de la République. Habitués à l'absolutisme, ils sont naturellement amis du pouvoir. Rien ne leur coûte pour attaquer la France ; ils préfèrent employer la discorde que les baïonnettes comme moyen plus sûr. Des hommes sont lancés par eux dans nos superbes ateliers, pour chercher à saper la France dans ses bases les plus solides : ils attaquent les travailleurs. Ainsi déguisés en ouvriers, ils s'approchent des établis occupés par de faibles et inexpérimentés jeunes gens, les persuadent de leur savoir, leur montent l'imagination , et leur font entendre que lés patrons abusent de leur simplicité et ne leur accordent pas le vrai prix de leur travail. C'est ainsi que ces braves soutiens de la prospérité française quittent leurs travaux, se groupent, se divisent en bandes, parcourent les rues l'étendard national en tête, demandant de l'augmentation , aux cris de : Vive la République! Ces agitateurs sont infatigables. Après avoir ainsi ameuté la jeunesse de France^ ils s'emparent des paresseux, ils les flattent par la mollesse, leur font entendre combien il est pénible aux hommes de travailler douze heures pour nourrir leurs familles, encore ne peuvent-ils y parvenir. Après avoir employé les discours les plus séduisants pour les dissuader de la nécessité du travail , ils leur montrent l'avantage de posséder des richesses ; ils leur font voii* cette classe aisée regorgeant de tout, mollement étendue sur de splendides sofas , et terminent par leur faire désirer le partage égal des biens. Alors ces ouvriers, déjà peu laborieux, quittent leurs établis, proclament partout, dans les places et rues, au nom de l'égalité, la répartition des richesses. Les ennemis de la France ont soin , pour s'approcher de chaque classe d'ouvrier, d'en emprunter le masque. Après avoir semé l'idée d'un partage de biens et l'augmentation du salaire quand même , ils ac-
compagnent l'ivrogne au cabai-el, et boivent avec lui à la santé de la République. Puis ils l'ont entendre à celui-là à quelle discipline il est assujetti j)ar le clief d'atelier. Pour le moindre dérangement une amende; s'il y a récidive, on est chassé.
Par ces discours incendiaires, l'ouvrier, déjà enivré par la boisson, est exaspéré et dit avec furie : Vous avez l'aison , vous êles un bon camarade; la liberté est pour tout le monde; il fera chaud quand je rentrerai travailler pour de pareils aristocrates. Puis , buvant de nouveau , il ne retourne plus à son travail, quitte son tablier, noble décoration de l'ouvrier, et va de cabaret en cabaret répandre le poison dont il vient d'être abreuvé. Alors tous ces malheureux, qui ont été assez faibles pour se laisser influencer, se ruent, se culbutent dans les jambes des passants, en criant : Vive la République! Abrutis, énervés, ils se laissent tomber sur un tas d'ordures déposé au coin d'une borne , en essayant encore , mais en vain, le cri de : Vive la Liberté!
Ce n'est pas assez pour les émissaires des despotes. Après avoir traîné dans la boue les citoyens dégradés , ils cherchent avec attention sur les quais, les places, les boulevarts ; ils s'approchent de ces oisifs qui se vautrent au soleil et sont assoupis, leur frappent sur l'épaule, en leur disant : Eh bien! camarade, pourquoi vous assoupir ainsi? Voulez-vous faire pour nous le jour ce que vous faites la nuit pour vous. ^ Ne craignez rien, nous vous protégerons. Seulement changez vos hideux vêtements pour celui de l'ouvrier, prenez le drapeau aux trois couleurs, courez par les rues, criez .- Vive la République! A bas tel ou tel autre citoyen ! enfin, celui qu'il nous plaira vous désigner. Vociférez, cassez les réverbères, enfoncez les portes des boutiques. Votre costume fera croire que vous êtes ouvriers, car on en a vu passer ce matin, assez crédules pour se laisser prendre à nos discours : les uns demandent de l'augmentation, les autres le partage des fortunes. Vous en trouverez encore qui ronflent dans les rues, couchés dans la fange; mais tâchez de vous approcher des travailleurs fidèles, et par d'énergiques propos faites-les déserter les ateliers ; nous y avons le plus grand intérêt. D'abord , pour éteindre toute concurrence. Si vous parvenez à semer la discorde,
les banques se fermeront, les négociants cacheront leur argent, les riches propriétaires fuiront, les commerçants souffriront, le désordre sera à son comble. Alors en vainqueurs, nous passerons nos frontières et partagerons cette France orgueilleuse; car, nous qui vous parlons, sommes souverains absolus d'Angleterre, de Russie, d'Espagne, de Prusse, d'Autriche, ainsi que de petits Etats qui vous avoisinent , et nous avons parmi nous le dernier de vos rois détrônés, qui, habitué, ainsi que nous, à commander en maître, ne peut voir de sang-froid un royaume, qu'il avait regardé jusqu'ici comme son patrimoine, se gouverner sans son concours; le revenu était d'ailleurs trop bon pour qu'un homme tel que celui-là ne l'appréciât à sa juste valeur!
Que ceci ne vous effraie pas; comptez sur notre loyauté. La remise que nous vous ferons vous sera plus profitable que celle que vous obtenez par vos travaux nocturnes; surtout beaucoup de réserve entre vous; qu'on ne s'aperçoive pas d'où vous vient cet enthousiasme; criez à tue-tête : Vive la République l vive la Liberté! vive la Fraternité! Vous pouvez être bien certains que de notre côté les chefs de votre nation ne s'en douteront pas le moins du monde; leurs ambassadeurs seront toujours bien accueillis; nous les flatterons, môme nous les décorerons ! Ainsi agissez, mais agissez vite ! que tous les ateliers de France soient déseris! Comptez que nous sommes désormais vos plus dévoués amis.
C'est ainsi que ces perfides étrangers disparaissent en attendant le dénouement de leurs sourdes menées. Mais la République a des yeux de lynx, elle voit dans l'ombre, rien ne peut lui être caché; elle appelle ses travailleurs infatigables, leui- montre du doigt leurs amis égarés; aussitôt ils courent rappeler leurs bons camarades, leur démontrent dans quel piège on les entraînerait. Les ateliers se rouvrent, les ouvriers rentrent dans le devoir, ils travaillent; les banques font l'escompte, les fabricants produisent, les riches achètent, les marchands peuvent satisfaire à leurs engagements, la fraternité est désormais inaltérable, et la France, lière et forte de sa constitution, défie, du haut de ses barricades, tous les rois despotes envieux du bonheur et de la gloire des peuples.
Honneur aux Ouvriers républicains!
Ue l'amour «le l'ordre.
Le républicain en est le plus scrupuleux observateur; son principe d'égalité repose entièrement sur cette base : l'égalité sans l'oi-dre, c'est impossible, aussi bien que Tordre sans Tégalité. Le républicain fait de l'ordre le plus précieux ornement de la société, la plus dangereuse de ses armes contre les ennemis de notre pairie, car c'est avec cette lame que la liberté percera le cœur de l'asservissement. Comme cette arme est destinée à soutenir de longs et redoutables combats, le peuple entier est appelé à en former la monture. La lame, quoique flexible, doit être à l'épreuve du damas le mieux trempé, et la sagesse de nos institutions la rendront tellement dure que rien ne pourra l'émousser.
C'est donc au vrai républicain que cette main-d'œuvre doit être confiée; car, ainsi que pour l'essieu, il faut craindre la moindre paille. Son amour de l'ordre lui donnera le talent nécessaire pour l'exécution de ce rare travail, auquel nous devons tous veiller pour le salut de la patrie ; car malgré les différentes constitutions qui nous ont été données par les souverains qui nous ont gouvernés, nous n'avons pu nous garantir des balles du 24 février 1 848. Aujourd'hui la France est régénérée ; il faut que le bonheur général nous anime ; ne laissons dans nos cœurs aucune place à la haine, ne nous occupons que de l'avenir de nos enfants, tâchons de faire mieux que nos pères. Préservons la France de la guerre civile^ de la tyrannie, de l'absolutisme de ces homme avides de pouvoir qui s'efforcent d'y arriver par n'importe quelle route. Évitons de nous faire représenter par les éloquents qui font parade de leur maintien. Les représentants du peuple doivent renoncer à la fatuité.
Avant de les honorer de notre confiance, nous avons besoin de prendre sur eux de scrupuleuses informations. Si c'est un ancien député qui se porte candidat, inscrivez sa profession de foi et voyez si ce n'est pas l'homme du jour. Tâchez, peuple, de déléguer des hommes qui aient mangé de votre pain , qui le gagnent chaque jour parmi vous: il? en < onnaîtmnt mieuy la valeur : il y a bien des pro-
— 38 -^ fessions en France, les besoins ne sont pas tous les mêmes, vous seuls en connaissez l'urgence; il vous en sera plus facile de remédier au mal. C'est donc à vous de vous nommer des hommes capables de l'adoucir, mais ne perdez jamais de vue que le peuple ouvrier doit être représenté par des ouvriers.
Si c'est un ministre de Dieu qui se porte candidat, regardez si ses actions précédentes sont en rapport avec les paroles du jour; voyez de quelle manière le pauvre a été reçu dans son temple , comment il conduit la jeunesse et apprend aux enfants à honorer Dieu, afin d'être de dignes défenseurs de la patrie. Si le passé n'est pas en harmonie avec sa profession de foi, ce ne sera qu'un beau parleui'. Le peuple n'a pas besoin de beaux discours; il lui faut des principes soutenus et enseignés par l'exemple. Le premier devoir de l'homme est la fraternité pure sans restriction !
Si c'est un avocat, regardez dans son passé ; voyez s'il a plaidé pour le pauvre comme il aurait fait pour le riche.
Si c'est un médecin, voyez de quelle manière il a soigné les malades dans l'adversité, chez eux ou dans les hospices.
Si c'est un magistrat, regardez comment il a tenu la balance, informez-vous des procès qu'il a jugés.
Si c'est un propriétaire, ayez un moment d'entretien avec des locataires malheureux, d'anciens domestiques;, des entrepreneurs.
Si c'est un fabricant, questionnez les ouvriers qu'il a occupés précédemment.
Si c'est un marchand, informez-vous près de ses fournisseurs, des pauvres fabricants et ouvriers, près des anciens commis, et vous jugerez de sa profession de foi en comparant avez ses antécédents.
Si c'est un banquier, vous saurez facilement à quel taux il fait l'escompte et comment il traite les malheureux.
Si c'est un soldat, s'il a été indulgent pour les subalternes, comment il entend la fraternité avec le peuple et tous ceux qui peuvent se trouver dans sa dépendance.
Aujourd'hui, c'est plus que jamais un devoir sacré pour tous les bons Français d'apporter une scrupuleuse attention au choix des représentants ; le jour des élections sera celui de notre ém.ancipation ;
ce jour doit décider si nous aurons réellement brisé nos chaînes, si nous sommes vainqueurs. Il nous restera encore des milliers d'ennemis qui se masquent pour nous tromper et se préparent à ressaisir un pouvoir qu'ils ont eu la maladresse de laisser échapper. Lorsqu'ils seront investis de notre confiance, ils ne négligeront rien pour dissimuler leur opinion; mais peu à peu ils feront une coupure à leur profession de foi, et, comme nos pères, nous serons dupes de notre franchise, de notre courage, de notre loyauté ; car ces hommes, habitués au despotisme, reprendront leur place, et avec eux les chaînes, les abus et tous les maux de l'asservissement retomberont sur nous et nos générations futures.
Braves frères, rallions-nous et sachons mourir plutôt que d'avoir des traîtres parmi nous.
Proposition cle Tautenr.
Gloire à tous citoyens méritants, et punition aux traîtres à la patrie ! Le Panthéon serait désormais le temple des récompenses nationales.
Dans son intérieur, des tables de marbre blanc seraient scellées ; les noms de ceux qui se seraient immortalisés par leurs hauts faits y seraient inscrits en lettres d'or.
En dehors , comme signe de réprobation , des tables de marbre noir seraient également scellées, et les noms de ceux qui auraient violé la foi jurée au peuple, et qui en conséquence seraient traîtres à leur pays, y seraient à jamais inscrits en lettres blanches.
Comme les actions des hommes ne sont pas héréditaires, ce serait au fils de mériter la gloire des lettres d'or.
De cette manière, les actions honorables seraient là pour l'exemple et l'encouragement , ainsi que celles répréhensibles et dégradantes pour dégoûter du vice.
Nous donnerions aux autres peuples une idée de la justesse de nos institutions, et nous forcerions les souverains mêmes à saluer notre noble et fière république!
I>e la garantie <ine doit attendre le peuple de la Bépnlklifiiie .
Avec le gouvernement républicain, le peuple possède toutes les garanties.
Chaque profession se fait représenter par un de ses délégués, qui ne peut être corrompu par aucun parti, puisqu'il n'y a plus de souverain. Sous la République, ce sont les besoins de tous qui font la loi; il n'y a que des chefs, qui ne peuvent rien sans le secours de la nation : ils sont élus par les membres représentants; la durée de leur pouvoir cesse dès qu'ils ne sont plus en exercice ; leur subvention est peu élevée ; les impôts sont sagement répartis ; tous les hommes sont électeurs depuis vingt et un ans; il n'y a plus de distinction, tous sont également appelés, selon leurs capacités, à occuper les places les plus éminentes !
C'est pourquoi le gouvernement, en déclarant que tous les hommes avaient droit à tous les emplois, a diminué le nombre d'heures de travail, afin de laisser aux jeunes gens le loisir de s'instruire.
Il y a justice égale pour tous ; il n'y a aucune préférence dans les cultes; ils sont égaux devant la loi comme devant Dieu !
Il y a liberté de conscience, liberté de paroles, liberté d'agir. D. Reconnaissez-vous l'organisation du travail en ateliers nationaux comme devant faire le bonheur de la classe laborieuse?
R. Comme républicain, je ne dois chercher aucun détour pour dire non; que ce serait abuser ces braves ouvriers que de leur laisser croire cette absurdité; ils perdraient leur entière liberté, ils courraient au despotisme et à la guerre civile.
Or, l'organisation du travail divisé en autant d'ateliers nationaux, ce serait porter atteinte à des milliers de fabricants qui ont aussi des familles à soutenir, des contributions à payer; la France en soufîrirait; de plus, il ne serait plus loisible à l'ouvrier enrégimenté de dire ce qu'il dit aujourd'hui à ses patrons : Si vous n'êtes pas satisfait de mon travail, nous ne sommes pas mariés ensemble : au plaisir de vous revoir.
Selon mon faible jugement, que si le génie de l'ouvrier lui tient lieu de fortune , ce serait moralement attaquer la société que de l'en priver, ou, en abolissant toutes ces garanties, il n'y aurait que les hommes d'argent qui régneraient. Car, par ce système, l'ouvrier n'aurait plus tous ces petits comptoirs où toutes les semaines il reçoit sa rente : il est dans la sagesse de l'homme de diviser sa fortune en plusieurs placements.
S"il en perd un , il ne perd pas tout ; il faut que Touvrier l'iniite , qu'il conserve ses fabriques partielles. Plus loin, je vous en expose les conséquences; je vous démontre comme il faut que l'homme respecte l'organisation de Dieu.
Combien il serait téméraire à la société de vouloir anticiper ! C'est de mon cœur que je vous parle, chers ouvriers. Excusez si mes expressions ne sont pas choisies ; c'est la faute de l'instruction première que Ion donnait autrefois aux enfants pauvres. Grâce à la République du 24 février 1848 , ceux d'aujourd'hui seront plus savants que leurs pères.
De la sagre répartition des salafrei»»
L'ouvrier français a le jugement juste; il possède assez de bon sens pour savoir que le bonheur et la prospérité de la France dépendent de lui ; que les ateliers français ne sont pas les seuls sur le globe; qu'il y a une concurrence à soutenir; que ce serait se porter préjudice que d'apporter du retard dans la fabrication^ et d'obliger les maîtres à en augmenter le prix.
Ce serait ouvrir les portes aux ouvriers étrangers et fermer les nôtres.
Il est donc du devoir de tous les bons ouvriers de se rallier contre toute tentative d'exploitation étrangère, par des lois sagement dictées, pour la répartition des salaires proportionnés aux talents et à l'activité, afin de ne plus entraver les travaux. Vouloir le mèuie salaire à tous, ce serait contre nature. Voyez un pommier, ses pommes sont-elles de même grosseur, sont-elles de même qualité? Ouvriers.
voiidriez-vous payer au marchand la petite, le prix de la grosse? — Non, n'est-ce pas? Eh bien! vous voyez que ce serait commettre une injustice dégradante pour la classe ouvrière que d'exiger par la force la réalisation d'un semblable pi'ojet. Gela répugne au vrai républicain.
Il est une méthode qui peut concilier tous les maîtres et les ouvriers.
Voici :
Que les ouvriers de chaque profession se forment un bureau devant lequel le prix de chaque genre de travail soit taxé. Au lieu de travailler à la journée^ l'ouvrier travaillera selon sa force; les habiles auront leur droit, et les faibles ne tromperont pas les chefs d'ateliers. Les marchandises ne supporteront pas d'augmentation, et la concurrence pourra se soutenir avec l'étranger.
Il est vrai que ce principe effraiera le trop faible ouvrier et les fabricants qui aiment à abuser l'ouvrier habile , mais ils seront les seuls qui reculeront.
Examen sur les mécaniques. — 9iont-el les nuisibles à l'ouvrier? — Faut-il les supprimer? — Quel en serait le droitl
Mon avis est que la mécanique est un outil qui s'est compliqué sblon le progrès et le génie de l'homme. Il n'est pas besoin d'un examen sérieux pour comprendre que les outils dont se servaient les hommes il y a trente ans , ont été à chaque époque de leur invention préjudiciables à quelques-uns et profitables aux autres.
Je suis bien certain que si l'on voulait aujourd'hui retirer des mains des ouvriers tous ces anciens métiers ou outils, pour leur substituer les premiers instruments dont se servaient nos ancêtres , pas un n'y consentirait. Eh bien! vous voyez ces hommes vouloir religieusement conserver des outils qui ont causé la ruine à des familles entièi'es , et vouloir détruire d'autres outils parce qu'ils sont d'une meilleure combinaison supérieure aux leurs.
Je demanderai à ces hommes où serait la liberté , Tégalité ?
Pourquoi garderait-on la charrue , car avant on se servait de la bêche? Avec lu bêche, pour labourer un champ de dix hectares, il fallait quinze jours à cent hommes pour qu'il fût fait convenablement; aujourd'hui il faut trois jours, une charrue, deux chevaux et un homme. Voilà donc une mécanique que Ion doit supprimer, puisqu'elle fait un tort considérable à l'emploi de la population.
Autrefois, pour pulvériser le grain et le rendre en farine, des milliers de femmes et d'enfants étaient occupés par le moyen de pierres creusées à cet effet. Aujourd'hui , il faudrait donc supprimer tous les moulins à bras, à vent, à eau et à vapeur, pour restituer à toutes ces populations de femmes et d'enfants ce premier emploi que leur enlevèrent les premiers moulins , qui furent aussi de formidables mécaniques pour l'époque.
Il faudrait écarter de nos ateliei-s les presses à bras, anéantir les fonderies en caractères, si nous anéantissions les presses nouvelles plus compliquées que les précédentes , parce que les presses à bras ont aussi porté préjudice à plus de cinq cent mille écrivains qui n'avaient d'autre manière d'exister que de copier des manuscrits.
Il faudrait briser tous les métiers à tisser, à tricoter, à filer, parce que du temps du roi Dagobert on fdait à la main , l'on tricotait à l'aiguille, et qu'il n'était permis qu'aux gens de distinction de porter des étoffes dont l'ouvrier aujourd'hui ne voudrait pas pour se parer le dimanche.
Il faudrait dire au menuisier de reprendre la plane; car son rabot est une mécanique qui lui permet d'exécuter beaucoup plus promptement, et prive de travailler tous les jours un de ses camarades. Il faudrait dire à cet ouvrier : Vous percez trop vite avec votre vilbrequin , vous nous portez ainsi préjudice ; le manche d'une vrille n'estil pas suffisant?
Aux tailleurs, pourquoi ne leur dirait-on pas : Vous allez supprimer votre aiguille; par la commodité de cet instrument, vous allez trop vite : vous mettez trois jours pour faire un habit. Autrefois, du temps des patriarches, on ne se sei'vait, pour coudre, que de petites pointes d'os ; quand le trou était préparé, l'on y passait le fil ; mais, pour faire une tunique, on y passait vingt-cinq à vingt-huit jours.
Vous voyez de quelle utilité il est pour les ouvriers de supprimer votre aiguille, pour reprendre, comme les patriarches, les petites pointes d'ivoire : il n'y aurait jamais d'ouvriers tailleurs sans ouvrage.
Je crois que la France, en suivant un tel principe, donnerait à tous ses enfants un travail très-assidu; de plus, nous retournerions à garder nos moutons, ainsi que nos anciens bergers ; nous ne nous inquiéterions guère de tous ces métiers, de tous ces beaux-arts, de toutes ces belles découvertes qui font l'orgueil des nations.
A tous les ateliers des autres nations qui ne nous imiteraient pas, nous laisserions carte blanche pour le commerce sur tous les marchés du globe; nous nous trouverions trop heureux d'être leurs serviteurs. — Voilà la France rétrogradant.
De la nature des brevet».
Le brevet est une récompense nationale et un titre d'encouragement pour tons les citoyens; les nations, en créant cet usage, ont eu pour but le développement du génie de l'homme. Or, qui est-ce qui profite du génie de l'homme? c'est la nation; c'est ce qui l'immortalise, c'est son génie qui la fait prospérer, respecter, honorer. Que la nation ôte à l'homme sa protection, plus d'émulation, plus d'énergie, plus de progrès. — Pourquoi .'
Parce que la propriété ne sera plus gardée, elle ne sera plus respectée ; vous ne verrez plus de ces beaux ouvrages de littérature, parce qu'il sera permis à tous de les dépouiller, de les copier, de les décomposer ; on ne trouvera plus d'éditeur pour payer le talent des auteurs ; l'on ne trouvera plus d'éditeur d'estampes qui veuille acheter un dessin ; on ne trouvera plus un modeleur qui veuille se donner la peine de créer ces statuettes, ces beaux bronzes qui font rornement des salons; on n'aura plus de goût à composer ces beaux dessins qui font la richesse des étoffes ; on ne fera plus de progrès dans les chose» les pins essentielles à la prospérité du commerce.
.tbolitisex los lirevetK.
La vie de l'industrie ressemblerait à l'existence que l'on passerait dans un pays infesté de voleurs ; les habitants se priveraient de mettre au jour leurs bijoux, aux fenêtres leurs draperies, les jours de fête leurs beaux vêtements, par la crainte d'attirer sur eux les regards avides de ces brigands qui attendraient le moment opportun pour venir les piller. Oui, je le répète, si la France abolissait le droit de la propriété du génie, ce serait jeter la perturbation et arriver à l'anéantissement du nom français.
lia concurrence est^elle nuisible à ia clasme lal>orieuse, «t y aurait-ii pour elle avasalaue à former des ateliers nalionaux?
Non, parce que ce projet mis en exécution priverait la nation d'une quantité de contribuables , soutiens de la prospérité de la France, qui ont aussi des familles à élever. Je soutiens la concurrence nécessaire, indispensable. — Un fait bien clair : questionnez les voyageurs, s ils sont descendus chez un maître d'hôtel seul dans son endroit, comment ils ont été reçus ; de la manière la plus brutale. — A peine daigne-t-on nous donner ce que nous payons très-cher, vous diront-ils. Si , au contraire, ils sont descendus dans une autre localité où il y avait à choisir, les voyageurs ont été accablés de prévenances, et les prix fort doux. Aujourd'hui, pour tout il en est de môme. Jugez-en par les candidats : comme ils flattent les électeurs! mais, après leur nomination, de quelle manière les traitent-ils ? Je soutiens que dès que la concurrence disparaîtra, le despotisme régnera.
Je dis donc aux personnes qui prétendent faire le bonheur des ouvriers en les réunissant par profession en autant d'ateliers nationaux, afin, disent-ils, d'éteindre à jamais la concurrence, qu'elles s'abusent et abusent ces braves et honnêtes gens; car rhomme, sans la concurrence , ne connaîtrait pas la joie si, à côté , il n avait la peine ; le beau temps, s'il n'avait la pluie; ne distinguerait pas la
vertu s'il n'y avait le vice. Comment pourrait-il juger de la supériorité d'une peinture, si, à côté, il n'y en avait pas d'inférieures? Comment distinguerait-on le courage, s'il n'y avait pas la lâcheté? Comment trouverait-on une figure jolie, si elles se ressemblaient toutes? Comment apprécierait-on la beauté du printemps, si l'on n'avait pas riiiver? Comment jugerait-on des qualités des fruits, si l'on n'en avait pas le choix? Quelle serait l'harmonie des couleurs, si elles étaient toutes de même nuance? Ce serait déroger à la volonté du Créateur que de vouloir déranger cet ordre de choses. Ce n'est qu'une poignée d'ambitieux, d'égoïstes, qui tâchent par de beaux discours de détourner l'honnête ouvrier du vrai point moral. Les personnes bien sensées le verront, et conviendront que les ateliers nationaux ne peuvent détruire la concurrence; car le premier acte de leur création est de nuire à tous les fabricants, en retirant tous les ouvriers de chez eux, puis en voulant abolir la propriété du génie, parce qu'ils reconnaissent que le génie tient lieu de fortune à l'homme.
Voici comme je comprends constituer le travail fraternellement, alin qu'il soit favorable pour tous sans porter atteinte à aucune liberté.
Nous tous, citoyens, nous formons la France; la terre qui nous nourrit nous récompense avec usure de notre ardeur à la cultiver; tout est extraordinaire, tout est immense dans les combinaisons du Créateur. Ne qualifiez donc plus d'aumône le pain donné à vos frères : vous partagez avec eux les choses nécessaires à la vie ; ils les ont achetés par de pénibles efforts. Il est donc humiliant de donner le nom de charité à un devoir sacré; car Dieu a dit au riche : Je te fais dépositaire de ces richesses, afin que tu en fasses part à ton frère pauvre; et au pauvre: La noblesse de tes sentiments doit te tenir lieu de richesse. Tonintelligencete donnera la faculté de créer des prodiges qui seront l'admiration des hommes; tu sauras faire sortir delà terre le pain des populations; tu bâtiras des villes pour loger les générations, de tes mains sortiront les sources du bien-être de la vie, le nécessaire et le superflu. — De tes mains sortiront encore ces machines meurtrières qui détruisent les empires. — Tes mains noircies feront encore éclore les mille objets de luxe dont ton frère ne peut
se passer : par là il te fait part de aa richesse, mais il ne te fait point l'aumône; car il est dans le cœur du vrai républicain une joie sincère d'être utile à ses semblables : c'est pour lui un devoir et non une vertu. — Arrière donc tous ces mauvais citoyens qui se vantent d'être philanthropes; arrière donc tous ces égoïstes qui empruntent ce masque ; arrière donc tous ces hypocrites qui tendent la main pour répartir les aumônes ; arrière donc tous ces mendiants qui quêtent pour fonder des hospices, des maisons de secours, abus de la société !
Aujourd'hui on ne doit plus en appeler au cœur de chacun ; c'est un devoir, c'est un impôt pour chaque citoyen de se préserver mutuellement de la misère. Notre devise est de faire à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fît.
Hommes pleins de vanité, élevés aux places les plus éminentes de la société^ ne seriez-vous pas humiliés si , par un revers inattendu , vous étiez réduits à tendre la main pour avoir du pain , un peu de bois pour vous chauffer? Encore, pour obtenir ce bienfait de la philanthropie, il faudrait rester dans une rue exposé au regard de tous les passants. Répondez ; que feriez-vous? Je vous entends me dire : La mort serait préférable. Eh bien, si vous aviez des enfants, que deviendraient-ils s'i's étaient privés de leur père; si vos épouses, ainsi délaissées, étaient obligées d'aller travailler dans les ateliers pour un salaire de quinze sous par jour? Suffirait-il pour leur donner l'existence? Non, ce ne serait qu'à force de supplications et de prières qu'elles obtiendraient de ces philanthropes un fort petit secours ; encore il faudrait que leur tendresse pour leurs enfants remportât sur l'amour-propre ; car, comme les autres, elles attendraient leur tour, et cependant, dans votre précédent emploi, vous avez peut-être rendu d'éminents services à la patrie.
Eh bien ! riches, persuadez-vous bien que l'ouvrier est le soutien et la prospérité de la France ; que sans lui votre existence serait bien monotone; que le moindre de vos caprices est satisfait par sa vigilance; que l'argent que vous possédez ne vous serait d'aucun secours, si l'ouvrier n'était animé du sentiment d'une gloire toute nationale.
Vous le voyez tous les jours travailler avec ardeur à composer , à inventer des choses nouvelles; et toujours ces produits vous sont offerts; il néglige ses enfants pour vous être agréable. — Eh bien, voilà le moment venu pour que désormais vous ne lui fassiez plus la charité ; cela répugnerait à son noble cœur républicain. C'est un impôt juste qu'il faut répartir sur la classe ouvrière laborieuse. — Commençons par son plus bas âge, et voyons de quelle manière il sera le plus convenable de lui venir en aide.
Des établissements auxquels on donne le nom de crèches seront institués dans chaque quartier; ils seront multipliés selon le nombre de la population ; dans chacun de ces établissements il y aura une buanderie pour blanchir le linge ; des fourneaux seront combinés pour que chaque petit enfant puisse prendre la nourriture que sa force lui permettra.
Un médecin sera alloué à chacun de ces établissements. — Le service de ces maisons pourra être fait par des femmes dont le cœur sera assez national pour ne réclamer que peu d'honoraires; elles y seront logées, nourries , chauffées. Il n'y aura pas besoin pour être admis à ces nobles et respectables fonctions d'appartenir à telle ou telle congrégation ; il y aurait méprise de la société républicaine de croire qu'il n'y a que ces personnes qui aient le cœur généreux.
Il y a aujourd'hui égalité pour tous; il serait injuste de donner des préférences. — Dans ces établissements seront admis , blanchis et nourris gratuitement, les enfants des ouvriers obligés de s'absenter de leur domicile pour aller dans leurs ateliers. Seront encore admis gratuitement les enfants d'ouvriers travaillant seuls dans leurs chambres. — Ne seront pas admis gratuitement les enfants de ceux qui occuperont des ouvriers ou ouvrières ; le tarif sera fixé par le conseil municipal.
Ces enfants seront reçus le matin à six heures et ne seront rendus que le soir au sortir des travaux. — Ces enfants auront tous les agréments qu'exige leur âge; il y aura des cours ou jardins afin qu'ils puissent respirer librement et prendre l'exercice nécessaire; il y aura des livres élémentaires à la portée de leur intelligence. — Us ne se-