‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 135 sur 326 · LES PREMIERS DISCIPLES DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS DISCIPLES DE JÉSUS

Après le témoignage de Jean vient très naturellement l'impression qu’il produisit sur quelques-uns de ses disciples. La continuité du dessein de Dieu se marque en ceci que les principaux disciples de Jésus sont sortis du cercle du Baptiste. Ce récit, plus détaillé que ne le sont d'ordinaire ceux du IV* évangile, a l’aspect d’un souvenir lointain, caressé dans la mémoire, comme il arrive des événements

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qui ont changé le cours de notre vie. Le Christ s’y montre avec moins d’empire

que dans la vocation des bords du lac, mais avec plus de séduction persuasive. Cette première entrevue explique d’ailleurs très bien comment la vocation définitive, dont Jo. ne parle pas, a été si vite menée.

35) rélw ne dit pas « assez naïvement » (Loisy) que Jean était là « de nouveau », car ce mot peut signifier «encore » (cf. x, 39, etc.); c'était le lendemain de ce qui vient d’être dit. Jean est mis en scène avec deux disciples, ce qui ne prouve pas qu'ils fussent seuls ou que les deux n'eussent pas été présents la veille, mais leur présence est tout ce qui importe pour le moment. Jo. signale volontiers cette situation debout (ur, 29; vu, 37; x, 29; xvin, 18. 25; xx, 14), qui est une position d’attente. Ce n’est pas Jean qui va chercher Jésus: c’est Jésus qui passe.

36) Alors Jean fixe sur lui son regard. La veille Jésus était venu vers Jean; ce jour-là il passe, comme pour ne pas attirer l'attention du Baptiste et provoquer une nouvelle déclaration. Cependant Jean répète les premiers mots de son témoignage de la veille. Il arrive que des discours très incisifs ne font impression que sur l'intelligence, et qu’un léger rappel ébranle la volonté. Ou bien les disciples entendant ce mot pour la première fois, frappés de ce qu'il avait d'énigmatique, ont-ils résolu soudain de s’enquérir auprès de Jésus lui-même? L'auteur ne le dit pas; la première hypothèse est plus vraisemblable.

37) Les deux disciples de Jean suivent Jésus, non pas comme ses disciples, mais dans l'intention de lui parler. La première démarche vient d'eux, mais provoquée par les paroles du Baptiste, qui parurent en singulière harmonie avec k douceur et la candeur que respirait toute la personne de Jésus. On ne voit

est l'élu de Dieu. » % Le Jendemain, Jean se tenait encore [là], ainsi que deux de ses disciples, #et attachant son regard sur Jésus qui passait, il dit : « Voici l'agneau de Dieu. » Et les deux disciples entendirent ce qu'il disait et suivirent Jésus. 38 Jésus s'étant retourné et voyant qu'ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous? » Ils lui dirent : « Rabbi », — ce qui signifie maître, — « où demeures-

pas d’ailleurs que Jean ait rien fait pour diriger ses disciples vers le Messie. Son rôle est seulement de le montrer. Aussi est-ce une fantaisie de Strauss d’avoir vu dans les deux disciples l’équivalent des deux messagers des synoptiques (Mt. x, 2 ss.; Le. vir, 18 ss.).

38) Si l'on veut « suivre » quelqu'un sans qu’il s’en doute, on le précède, Il est naturel que Jésus se soit aperçu de l'intention des disciples si naïvement manifestée, aussi Jo. ne parle d'aucune connaissance sarnaturelle. Jésus donc se tourne et les regarde attentivement. Sa demande — la première parole qu’il prononce dans F'évangile — est moins banale que : « désirez-vous me parler »? qui serait peu encourageant. Elle équivaut à : « avez-vous besoin de quelque chose? » tout en autorisant un sens plus profond. Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu'ils attendent de lui un bien de l’ordre

moral. Cette question est posée à tout lecteur de l'évangile. — Les deux répondent par une interrogation, parce que, dans leur pensée, les choses qu'ils cher.

chent sont trop importantes pour être traitées sur le grand chemin. Ils disent Rabbi, quoique Jésus n'ait pas l'allure d'un docteur de profession, mais aussi était-ce souvent an simple titre de politesse (Monsieur), — quoique Jo. donne l'explication littérale, DBéoxakos, « celui qui enseigne ». L'emploi de mots sémitiques, le soin de les expliquer, prouvent que l’auteur à conservé à CE morceau son aspect primitif, comme si, dans ce cas, les mots retentissaient encore. Loisy concède qu'il avait une certaine connaissance des choses juives; il y mêle un goût décidé pour l’allégorie : « C’est à raison de cette valeur mystique, et non par coquetterie d’érudit, que la forme sémitique des noms lui à paru bonne à garder» (p. 430). Serait-ce donc que la valeur mystique était attachée aux syllabes sémitiques et non au sens des mots, le même en grec qu’en hébreu ou en araméen? Cela relèverait plutôt de la magie que de la mystique. — yév peut s'entendre d’un séjour très court, même dans Jo. (nr, 42; 1v, 40). Loisy : « Le Christ johannique n'est pas sans asile, comme le Christ synoptique » (Mt. var, 20; Le. 1x, 58) ila «sa maison ».… (p. 127). Mais les synoptiques ne prétendent pas que Jésus ait toujours couché à la belle étoile, et Jo. ne parle pas d'une maison. La grande foule qui venait au baptême ne pouvait se loger dans les petits villages des bords du Jourdain; c’est là, et même mieux qu’en Galilée, qu'on pouvait dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux. Jésus avait un abri temporaire, pour le temps qu'il avait résolu de passer aux alentours du Baptiste, c’est tout ce que sugsère le texte.

39) La réponse est agréablement calquée sur la demande, mais comme la demande impliquait plus que ne disaient les termes, la réponse a dû être accom-

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