Le Fils fait ce que fait le Père
49) äxexplvaro n'indique pas que Jésus répond par un discours dogmatique à des gens qui veulent le tuer (Loisy). Ce mot reprend le v. 17, comme un développement et une explication. Jésus voit la mauvaise impression produite par sa parole, les sentiments de haine qu’elle a fait naître; il s'attache, autant qu’il est en lui, à montrer qu'il n’a rien dit qui ne répondit à la réalité de sa mission. Il ne rétracte rien, car sa conduite est précisément celle qui convient au Fils, par rapport au Père. La question du sabbat a servi de point de départ, mais elle cède la place à une question plus haute, celle du droit de Jésus d'agir et de parler comme il le fait.
— La seconde partie du verset n’est qu’une manière différente d'affirmer la proposition du v. 17, mais avec une nuance d’apologie. Le Fils ne dépasse pas ses pouvoirs en agissant ainsi, puisqu'il ne fait rien de sa propre initiative (&y’ £avroÿ), mais seulement ce qu'il voit faire au Père. Dans les choses
humaines, un fils pourrait excéder en faisant ce qu'il voit faire à son père; il
äv Exetvos mou, taïra nat à viès ôpolws mou. 206 ap marhp qhet Tv
vièv nai révra Delxvvory adro à abrèç moreï, nat meltova roûrwv delber at Epya, tva dueis Oavpdtnre. *! Gorep yap à rarhp éyelpet vods vexpods nai Lwomotet, oÙrwg xat 6 vièç oùs Oéker Éworoet. 22 0088 yap à rarhp plvet
n'en est pas ainsi du Fils de Dieu, ce qui suppose qu'il est légal de son Père. Étant Fils cependant, l'initiative ne lui appartient pas. Parole mystérieuse, qui paraît justifiée par la situation particulière du Fils incarné, d'autant plus que celui qui parle a dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (1v, 34). On ne peut en déduire, semble-t-il, sans faire appel à d’autres principes, que l’action du Fils est essentiellement l’action du Père. Cependant épolws ne veut pas dire : «de la même manière », comme ferait un disciple imitateur, mais plutôt «aussi bien » (Jo. vi, 41; xxt, 13) « également, » « semblablement » : c'est-à-dire, positis ponendis : le Père conserve le monde; le Fils dans l’état d'incarnation guérit par exemple le jour du sabbat et fait les œuvres que lui indique la pratique du Père. Il n’était donc pas légitime d'en déduire avec les Ariens que le Fils, comme tel, avait appris de son Père à la manière d'un disciple, en soutenant à la suite de Philon la distinction des natures, puisque le Père sert de modèle à son Logos : roëtoy pèv yäp mpecéütaroy viby Ô Tüv Guy dvérethe rate, 0v Étépwt rowtdyovoy dvdpase, xat à yevvnôeis évrot, puoÿuevos rùs vob matobs 6doûs, mods napadelypata dpyétura Exeivou Bhérwv Éuoppou tà elôn (de conf. ling. $ 63; M. I, 414). — Bauer cite Aristide (Discours sur Athéné, or. xxxvr, 6) obtus 0 Éotu aidéomos T6 ratpt xai révrwv xexowvcvnxs… 28 m0 Éteott zù roë Aide Éoya xouvà toÿ Ads eîvar four xal ris *Aünväs. L'idée du rhéteur (né en 129 ap. J.-C.) est que Zeus a tellement favorisé Athéna qu'elle est, pour ainsi dire, la vertu de Zeus, à laquelle on peut attribuer les œuvres de Zeus. S'il y a là plus qu'une figure de rhétorique, il faut y voir un progrès de la fusion des dieux dans une grande force plus ou moins personnelle, plus ou moins mêlée au monde.
20) Le v. 19 supposait déjà que ce que le Père fait est connu du Fils. Il nous est dit maintenant que cette ouverture provient de l’amour du Père pour le Fils. Plus haut (ur, 35) l’évangéliste avait déjà parlé de cet amour du Père pour le Fils, raison de lui tout donner. Ici c'est la raison de lui montrer tous les secrets, et, comme le thème est l’action divine, spécialement de lui montrer tout ce que le Père fait lui-même. La confiance justifie les confidences ; elles coulent .de source dans l’affection; sans même y prendre garde, celui qui aime se plaît aussi à dire tout ce qu'il fait. Ce ne sont pas des rapports de maître à élève, mais l'abandon de l'amour. — On ne saurait, en saine théologie (Thomas), regarder l'amour du Père pour le Fils comme la raison de la génération du Fils ; pour rester dans ce domaine éternel, il faut recourir à des subtilités qui s'éloi-
gnent du texte. Le plus simple est donc d'entendre le Fils du Verbe Incarné,
non pas pour sa nature humaine précisément, mais en raison de la dépendance acceptée par le Fils du fait de l’Incarnation (même Schanz).
Entre les deux parties du verset, il est sous-entendu que le Fils agit selon ce que lui montre son Père : c’est ainsi que déjà il a fait des miracles. Mais le
Père car ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. 20Car le. Père aïme le Fils, et il lui montre tout ce qu'il fait, et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, de sorte que vous soyez dans l’étonnement. ?1En effet, de même que le Père ressuscite les morts et [les] fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut. ?Si bien
Père lui montrera, et par conséquent il fera des œuvres plus grandes, comme Jésus l'avait annoncé à Philippe (1, 30 s.). Ces œuvres, destinées à faire naiître la foi (rr, 14), n'auront pas toujours ce résultat : les Juifs (bwei) seront bien obligés de s’en étonner, d'en être frappés, mais Jésus aurait voulu davantage; aussi Ÿva exprime-t-il ici le résultat, plutôt que la finalité. Cet étonnement, plutôt de la stupeur que de l’admiration, suppose que les œuvres auront un. caractère d’évidence, comme les miracles, ce qui n'exclut pas l’action spirituelle dans les âmes, le changement des mœurs, qu’on peut aisément constater. 24-23. Ces trois versets expliquent quelles sont ces choses plus grandes : c’est le pouvoir de vivifier et de juger. Ce double pouvoir oblige à honorer le Fils comme le Père, car il est trop essentiellement divin pour être délégué à un homme. C'est comme une sorte de sommaire dont les deux idées seront reprises À en expliquant quel est déjà le rôle du Fils dans la résurrection spirituelle (24 : 26), et ce qu'il sera lors de la résurrection générale et du jugement (28-29), ie y. 27 étant un verset de transition.
21) La première chose que le Fils doit opérer, c’est de rendre la vie aux morts. Est-ce dans le sens physique, comme la résurrection de Lazare ou Ja résurrection générale, ou bien le passage de la mort spirituelle à la vie? Les termes sont sans doute généraux à dessein, de manière à comprendre aussi la - résurrection spirituelle. Il en sera question plus loin (24), puis plus explicitement de la résurrection générale des corps (28). On trouve dans l'A. T. La ” même manière de parler vaguement du pouvoir souverain de Dieu sur la vie (Dt. xxx, 39; I Regn. 11, 6; Tobie xur, 2), soit qu'il guérisse ceux qui touchent £ déjà aux portes de la mort, comme souvent dans les Psaumes, soit qu'il doive ressusciter réellement des morts (Is. xxvi, 19; Dan. xu, 2), ou que la résurrection soit le symbole de la guérison spirituelle d'Israël (Os. vr, 2; Ez. xxxvur, 1-14). Le Père a donc ce pouvoir souverain, et le Fils l’a aussi : fworowi, qui comprend l'acte antécédent de faire lever (éystea) les morts, insiste moins sur la résurrection physique, et prépare ce qui suit. — oç 0éke marque bien le pouvoir souverain du Fils, non point pour l’égaler au Père dans l'initiative ou pour marquer l'indépendance par rapport au Père, mais « ceux qu'il veut », par son libre “ choix, comme ferait le Père. J1 n’est pas dit que chacun d’eux ressuscité ceux qu'il veut, ni expressément que leur action soit la même. D’après ce qui suit, Je Fils incarné fera dans l'humanité (cf. vr, 37) ce que la religion attribuait à Dieu. ° : :
22) La perspective de la résurrection évoque la pensée du jugement. La fonction de juge de l'humanité n’est pas moins divine que celle de donner la vie (Ps. xxx, 8; LXXXI!, 8, ete.) : donc on doit rendre au Fils les mêmes honneurs qu'au Père; les luirefuser sous prétexte qu’il n'est qu’un délégué serait offenser
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-25. axovoovoiv (HT) plutôt que axovowst (S) ou axousovrat (V).
ES le Père qui l’a envoyé, car le Fils n’est pas le ministre du Père, mais son égal,
ne quoiqu'il tienne le jugement de lui. — Tel doit bien être le sens des deux versets, qu ‘on ne peut guère entendre seulement d'un discernement (xpisi) en vue de la vie spirituelle. Le Fils étant dès à présent investi des pouvoirs de juge, c'est dès à présent qu'on devrait lui rendre honneur.
— oùdè yap est difficile. Ce ne peut être : «il ne juge pas non plus », puisque le Père vivifie. Il semble que le y£p est parallèle à celui du v. 21. Car de même que le Père vivifie, de mêmele Fils vivifie. On s'attend à : Car aussi, de même qu'il juge, de même le Fils juge. Mais ce n'est pas ce qu'il fallait dire, puisque le Père ne juge pas, mais remet tout le jugement au Fils. La phrase étant négative, oùd£ remplace doxco. Il s'agit toujours des œuvres que Dieu montre au Fils pour qu'il les fasse, seulement on ne saurait dire du jugement que le Père le fait le premier : donc : «mais d'autre part, comme il ne juge pas, il a donné », etc. On verra plus loin que néanmoins, même dans le jugement, le Fils n’a pas l'initiative (30). — xäcav tout ce qui regarde le jugement ou peut ressortir au jugement (cf. Mt. vi, 22. 23; xvi, 27; xxiv, 37-01 ; xxv, 31-46, Act. x, 42, etc.).
23) La première partie du v. pourrait encore être en situation, Jésus marquant pour l'avenir que le Fils doit recevoir un culte égal au Père. Mais la deuxième partie suppose que actuellement il en est qui n'honorent pas le Fils, c'est-à-dire ne lui rendent pas le culte divin : ceux-là doivent savoir qu’en agissant ainsi ils ne rendent pas à Dieu le calte qui lui est dû, à ce Dieu qui a envoyé le Fils.
24) Cf. ur, 17. Le v. se soude pour le sens au v. 21; il développe la doctrine johannine par excellence, mais dont on ne doit pas douter qu'elle a été proposée par Jésus, avec une force d’affirmation particulière. Celui qui croit a déjà la vie en lui, et par conséquent il a passé de la mort à la vie sans avoir à redouter le jugement comme s'il était accusé. — Quand Jésus parle, Dieu enseigne en — lui : celui qui croit, par l'adhésion de toute son âme, a déjà la vie éternelle, : c'est-à-dire une vie que le Fils lui a donnée; il n’est donc pas dans la situation de ceux qui sont traînés en justice, ets xplauv &yeodar (Dirt. Or. graec. 669, 1. 39, — 4 av. J.-C. dans MM). Par l'acte de foi, celui qui était mort reçoit la vie; la méta-
phore (uetaéaiverv) implique un passage du séjour des morts à celui des vivants. Même mot dans I Jo. 11, 14, où la charité remplace la foi, tant il est vrai que la foi ici nommée comprend la charité. La résurrection spirituelle était déjà insinuée dens Le. xv, 32. — Cf. Philon, de Poster. Caini $ 43; M I p. 234 oÙc yäe à Oede
x chdéve, NUE rh kolouy macav DéduxEY TO ns 23 {ya mavrec ro % *dV ES ulov xaloc Tiuüor Tèv matéoa. Ô Y TIMÈY Tèv vièv OÙ TLU& Toy rarépa
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que le Père ne juge personne, mais il à remis au Fils le jugement tout entier, #afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l'a envoyé. En vérité, en vérité je vous Le dis : celui qui écoute ma parole et qui croit en celui qui m'a envoyé a la vie éternelle, et il n’est pas mis en jugement, mais il a passé de la mort à la vie. $En vérité, en vérité je vous le dis : l'heure vient, et c’est maintenant, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront écoutée vivront. %Car de même que le Père a la vie en lui, ainsi
EdXDEGTHTAVTAS adtü uete6l6uoe xal uwetéônxe 2x pOaoTov eis afdvara yÉvn, mapè vois roXoïc oùné0” ebpioxovrau (Bauer); mais il s’agit dans Philon du passage physique à l'immortalité (à propos d'Hénoch).
25) Ce v. parle encore (Aug. etc.) de la résurrection spirituelle. Déjà l'œuvre
est commencée, at vüv ésru, ce qu’on ne peut entendre ni de la résurrection
générale, ni de celle de Lazare. Les morts sont ceux qui étaient dans le domaine de la mort. La voix du Fils est la prédication de Jésus. Ce ne sont pas tous ces morts spirituels qui entendent cette voix comme il faut tous entendent, mais seulement ceux qui ont entendu de la bonne façon vivront; même manière de donner deux sens à &xobeuw dans Mt. xur, 13. Ce double sens est souligné par l'article devant dxoisavres; l'article est en effet un indice que tous n'entendront pas de la même façon, et par conséquent ce n’est pas ici le thème du jugement dernier (contre Zahn).
26) On pourrait estimer que pour la première fois dans ce discours, il est question de l'origine éternelle du Fils par rapport au Père. Nous ne l'avons pas reconnue, malgré l'autorité d'Augustin, dans les mots « voir » et « montrer » (49-20), mais le mot « donner la vie » paraît très clair dans ce sens, et rappelle 1, 4. Le logos qui avait la vie serait ici le Fils qui la reçoit de son Père
dans l’éternité. Nous n'osons rejeter ce sens à cause de l'autorité de quelques .
Pères, quoiqu'on puisse alléguer qu’ils ont cherché partout des arguments contre l'Arianisme, mais il nous semble que Cyrille d’AL. a plus justement entendu ces mots du Verbe incarné dans le contexte présent, — si vrais qu’ils soient en euxmêmes du Verbe (1, 4). Jusqu'à présent c'est Jésus qui parle, et il établit son droit à donner la vie, parce qu’il la tient du Père, et aussi à juger, parce qu'il en a reçu le pouvoir comme homme : tout cela se tient (Mald., Schanz, Calmes). __ Zoxev tout court indiquerait bien la génération divine; mais Eduwnev Eye s'entend mieux d’une qualité destinée à être communiquée à d’autres. ce verset explique pourquoi le Fils donne la vie : c'est qu’il l’a reçue pour l'avoir en lui comme elle est dans le Père, et comme une source pour les autres. Euthymius yet Cwny èv ÉauTé avr roë rnyéket (cité par Mald.). | 7
Comme le Père est source de vie envers le Fils, — le Fils dans sa mission, comme envoyé par le Père, pourra donner la vie. Le premier don, comme dit Maldonat, est l'union hypostatique eo ipso, quod homo ille factus est Deus, omnem quam. Deus habebat postestatem naturaliter habuit.