‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 178 sur 326 · Discours DE Jésus · texte numérisé non relu

Discours DE Jésus

D'après un grand nombre de critiques modernes, ce discours n’a qu’un semblant de couleur locale, « le point essentiel étant le rôle que s’attribue Jésus, c'est-à-dire la qualité du Christ johannique, défendue contre le judaïsme contemporain de l’évangéliste » (Loisy, p. 208). C’est peut-être faire le jeu de ces critiques, que d'interpréter le discours comme une révélation sur les relations entre les personnes divines, telles qu'un théologien pourrait les déduire du texte en prenant pour point de départ l'unité de nature entre le Père et le Fils. D'autre part il est certain qu'on ne rendrait pas compte des termes si l’on prétendait tout expliquer de l’humanité du Christ (natura assumpta), en tant que distincte de la nature divine ou de la personne divine du Fils.

Il faut donc s’en tenir à la situation où Jo. nous place. Jésus parle aux Juifs, et par conséquent fait allusion à tout ce qu'il a le droit de faire, non pas précisément comme homme ni comme la seconde personne de la Sainte Trinité, mais comme Fils de Dieu incarné. Il reçoit du Père sa nature divine, mais elle est unie à la nature humaïne et toutes deux n’ont qu'un seul principe personnel d'action, qui est la personne du Fils, avec des circonstances dérivant de sa situation d'envoyé,et dans une nature humaine. Le Christ sait, Lui, qu'il est un: avec le Père, mais il ne l’a pas dit encore ouvertement. Il parle seulement de. son action, semblable à celle du Père. Au lieu de partir d’un principe pour en déduire logiquement les conséquences, il invite les Juifs à peser la portée de cequ’il a fait et de ce qu’il fera encore, pour essayer de pénétrer quels peuvent être les rapports du Fils avec le Père.

Gette manière d'entendre le discours peut s'appuyer sur saint Cyrille d'Alexandrie, peu suspect de tiédeur sur la divinité du Christ : « Ayant donc mélangé à l'autorité et à l'éclat qui convenait au Dieu un discours em harmonie avec

il violait le sabbat, mais encore parce qu'il disait que Dieu était son propre Père, se faisant égal à Dieu. | 1 Jésus. répondit donc et ïl leur disait : « En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, s'il ne le voit faire au

l'humanité, il se dérobe au poids de leur colère, s'exprimant en quelque sorte avec plus de modestie et de condescendance qu’il ne fallait. » C'est bien un langage &puôtwv ti à&vfowrétencr.

Les Ariens, et avant eux Paul de Samosate, avaient abusé de ce chapitre pour affirmer l’infériorité et la subordination du Fils. Au lieu de leur répondre en faisant disparaître cette subordination par une exégèse peu littérale, nous avons préféré l'expliquer comme saint Cyrille par l’état du Fils dans une nature humaine, dans laquelle et par laquelle il accomplissaït la volonté de Dieu. Au surplus les théologiens reconnaissent que certains passages doivent s’entendre de la nature humaïne, tout en retenant certains autres pour qualifier les rapports du Père et du Fils dans l'éternité. Ce va-et-vient paraît contraire au naturel du discours.

Le discours est divisé en deux points. Les Juifs reprochent à Jésus de s’égaler à Dieu. Il se contente (19-30) de dire qu’il donne la vie de la même façon que Dieu, et que comme Dieu il est le juge suprême; même tout l'appareil extérieur du jugement lui e$t confié par Dieu. Tel qu'ils le voient, il est son envoyé, qui ne fait qu’exécuter les desseins du Père, et son rôle particulier dans le jugement (comme dans le salut) lui vient de sa nature humaine. Mais on aurait tort d'en conclure qu’il ne s’est pas donné comme égal à Dieu. Car s’il tient tout de son Père comme Fils, il a done la même nature, et c’est, en dernière analyse, ce qui explique qu'ils agissent de même. Si les Juifs ne pénétraient pas cela, ils devaient du moins comprendre qu'il était le dispensateur de la vie éternelle et le juge, dans une communion intime avec le Père et comme son égal.

Dans une seconde partie (31-47), Jésus justifie ses affirmations par l'harmonie de ses œuvres avec le témoignage du Père dans l’Écriture.

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