‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 249 sur 326 · LAPS · texte numérisé non relu

LAPS

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6) « Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés »; Judas n'aurait pas vendu son Maître s'il n'avait été déjà entraîné par son amour de l'argent à des crimesmoindres. Il semble donc que Jo. nous explique ainsi, par un vice invétéré, le fait inoui de la trahison. Loisy tient à noter « que cette imputation de vol remplace l’histoire de la trahison pour argent dans les synoptiques; sans douterépugnait-il à l’évangéliste de dire que le Christ avait été vendu », etc. (p. 363). C'est-à-dire que Jo. qui ne nie pas la trahison, aurait refusé de lui donner pour explication un marché, tout en soulignant que Judas était un voleur. Comment pouvait-il espérer remplacer de cette facon sournoise le fait acquis dans la tradition, et qu'il rendait plus vraisemblable? Judas se dit qu’il vient de manquer une bonne occasion de voler la caisse; il prendra sa revanche. On dirait d'une petite communauté dont Judas aurait été l’économe ou le procureur. Pourquoi Jésus abandonnait-il le soin de la bourse à un voleur? Cela paraît plus contraire: à sa dignité que le fait d’être vendu; mais il tolérait bien ce malhonnête homme parmi les apôtres. Si la première communauté était un début du règne de Dieu, il n’y eut pas à s'étonner plus tard que le règne de Dieu, fondé par la mort du Ghrist, comprit des indignes (Aug.). — ykwsséxouov iei et xnr, 29, seuls cas du N. T.; originairement un étui pour les languettes de flûte, et ensuite un coffre où l’on mettait l'argent, I Par. xxiv, 8. 10 et Pap. Ryl. 11, 427, 25 (29 ap. J.-C.) où il est question de 150 drachmes & etyov èv yAossoxéumr (MM). Je ne vois pas qu’on soit autorisé à traduire « sac »; ce coffre, d’après l’étymologie même, pouvait être très petit et en tout cas portatif : une cassette. — Bastéw, porter, emporter, ensuite dérober, ef. Jos. Ant. VII, x, 3, etc. et papyrus (Bauer, MM.), surtout Diog. Laërce, iv, 59, où l’on voit des serviteurs se servir frauduleusement d'un sceau, xat 9x 2608Xeto É64otatev.

1) Réponse difficile, et qui a été expliquée de deux manières : a) Laïsse-la, afin qu'elle conserve quelque chose pour le jour de ma sépulture (Zahn). Il reste du parfum; Marie aura, sans qu’elle s'en doute encore, l’occasion de l’employer; qu'on ne l'empêche pas de le mettre de côté. C'est admettre que l'emploi du tout eût été une prodigalité reprochable. — Mais cette sagesse étroite et banale ne répond nullement à l'esprit du récit, dans Jo. pas plus que dans Me. où la femme a brisé le vase : Marie à versé largement, tout ce qu’elle avait, dont Judas évalue le prix. C’est cette prodigalité, qui, en d’autres temps, eût paru excessive, et que Jésus n'aurait pas acceptée pour sa personne, n'était la cir-

constance de sa mort prochaine. C’est le sens des synoptiques, mais c'est aussi

le sens de Jo., qu'on accuse (Bauer) d’avoir corrigé leur onction sépulcrale symbolique pour renvoyer à une onction réelle qui d'ailleurs n’a pas eu lieu!

Ce qui est décisif, c'est que Jésus veut que Marie ne soit pas ou blâmée ow

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, xII, 8-9. 323

aux pauvres? » 611 dit cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et qu'ayant la cassette, il dérobait ce qu'on y mettait. 7Jésus dit donc : « Laisse-la; [c'était] afin de le garder en vue du jour de ma sépulture ; 8vous avez toujours les pauvres parmi vous, mais moi vous ne m'avez pas toujours, »

°La foule entière des Juifs apprit donc qu'il était là, et ils

interrompue : il faut la laisser faire : or elle ne met pas le parfum de côté, elle le prodigue.

b) Ce premier point étant acquis, il faut expliquer les termes : dpss aèriv peut s'entendre séparément : laisse-la tranquille, cf. Mc. x1v, 6; Mt. xv, 14; IV Regn. iv, 27, ou en joignant à ce qui suit : laissez-la continuer de faire ce qu’elle fait (II Regn. xvr, 11), même avec {va et le subj. (cf. Mc. x1, 16) au lieu de l’infinitif plus commun. Des deux façons ce n'est qu’une nuance peu importante. Mais que signifie tnoéw? Si c’est observer, célébrer, il faut que «té signifie cela, cet acte ce qui paraît bien difficile; il eût fallu +oüro. Le sens n’est donc pas : laisse-la pratiquer cette observance (Schanz, Till.?).

Il faut plutôt séparer &yes adriv de ce qui suit, et supposer une idée intermédiaire, comme dans 1x, 3 (cf. 1, 8; vr, 30. 50; Eph. v, 33) : laisse-la tranquille; [cela est arrivé] afin qu’elle gardât ce parfum en vue du jour de ma sépulture, rite qu’elle accomplit dès maintenant. La réponse donne le même sens que celui des synoptiques, et s’adapte exactement à l’objection de Judas: Pourquoi n’at-on pas vendu ce parfum? — Parce qu'il était réservé à l’usage qu’elle en fait.

Nous avons supposé la lecon certainement authentique, appuyée maintenant par Wet 6. Le texte reçu a retionxev au lieu de {va... tneñon. C’est incontestablement une correction en vue de la clarté, mais une correction qui a parfaitement saisi le sens (Cyr., Euth. 2°, peut-être Nonnus). — Comment Judas a-t-il supposé que ce parfum était en la possession de Marie qui eût pu le vendre, au lieu de supposer qu’elle venait de l'acheter pour l’usage qu’elle en a fait? Peut-être est-ce que le parfum avait été acheté pour la sépulture de Lazare, et qu’il était demeuré en plus (Field).

8) La réflexion n’a pas moins de portée dans Jo. que dans les synoptiques, quoique l’ordre des deux parties de la réponse soit interverti. Dans Jo. la justification précède, et c’est seulement ensuite que l’objection est écartée : ordre qu’on peut estimer plus logique. Le Sauveur ne veut pas démasquer le traître; mais, comme ses paroles ont pu faire quelque impression sur de bonnes âmes, il maintient pour le cours ordinaire l'intérêt des pauvres, qui doit céder dans ce cas à la convenance de l'heure. Désormais les amis de Jésus ne pourront plus lui rendre leurs bons offices. On ne saurait condamner celle qui a si royalement fait les choses pour la dernière fois.

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