‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 258 sur 326 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

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1-20. Le LAVEMENT DES preps. Cetle péricope, qui commence par une introduction générale à tout ce qui va suivre, a été très diversement interprétée. Tout le monde convient que Jésus a voulu donner à ses disciples un exemple d'humilité

et de charité, en poussant jusqu’à l'extrême l’abnégation dans ce service, rendu

même à un traître. Lui, le Maître de doctrine et Le Seigneur, a voulu témoigner de son amôur en s’abaissant à remplir l'office le plus infime des serviteurs. Cela est dit clairement (12-15), et personne ne peut y contredire. Mais si quelques-uns s’en tiennent là (Chrys. et chez les modernes Tüill.), — avec raison selon nous, — l'immense majorité des commentateurs, à commencer par Origène, a regardé celle lotion comme un symbole de purification, et même comme ayant opéré la pureté chez les disciples. Le second point découlerait très naturellement du premier; car si Jésus a lavé les pieds des disciples parce qu'ils n'étaient pas spirituellement assez purs, son acte a dû leur conférer cette pureté. Aussi l'Église de Milan avait-elle coutume, au temps de saint Ambroise, de laver les pieds des nouveaux baptisés pour achever d'effacer en eux les traces ou les conséquences du péché originel (?) (de Mysteriis, P.L. XNI, 398), et saint Bernard à qualifié le lavement des pieds de sacrement pour la rémission des péchés véniels (P.Z. CLXXXIII, 272-274). Sans aller jusque là, Kn. écrit (p. 405) : itaque ut efficiantur prorsus mundi, Christus hac sua actione iis meretur et confert. D'ailleurs les anciens n'étaient pas d'accord sur cette purification. Origène et Jérôme, qui lisaient encore la lecon courte et authentique du v. 10, la réduisaient presque à une préparation des pieds des apôtres en vue de la prédication de l’évangile (citant Rom. x, 15; Is. zu, 7). Depuis Augustin c'était la purification des fautes inévitables et communes, légères de leur nature. Toutefois Mald. reprenant l'opinion de Cyprien voyait dans le lavement des pieds le symbole de la pénitence qui efface même les péchés graves commis après le baptême. Malgré cette autorité, la rémission des fautes légères a paru généralement mieux en situation et plus conforme au texte reçu du v. 40. On y voyait cet avantage que le récit de Jo. semblait ainsi s'emboîter dans celui des Synoptiques : cette pureté plus parfaite était (Bossuet) la préparation à la réception

-— de l’'Eucharistie. Les critiques modernes indépendants sont allés plus loin. Avec

Holtz., Bauer, etc., Loisy voit ici un symbole de l’Eucharistie : « cette action signifie la communion eucharistique et la pratique de l'amour parfait... Tout cela ne fait qu'un grand symbole, un grand devoir, une réalité mystique, l’agapé,

1 Or, avant la fête de Pâques, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers son Père, ayant aimé les siens

qui donne perpétuellement, Jésus aux siens et les fidèles les uns aux autres » (p. 388). . :

Cette assimilation du lavement des pieds à l’eucharistie est une construction tout artificielle. Loisy : « C’est le choix défectueux du symbole qui en rend l'intelligence difficile » (p. 389); c'est-à-dire que rien n’est intelligible avec la supposition d’un symbole dont les traits ne coïncident en rien avec son objet prétendu. Il serait plus franc de dire avec Renan que, pour le quatrième évangile, « le rite de la Cène, c’est le lavement des pieds » (Vie de Jésus, p. 401); mais il est impossible d'admettre que Jo. ait osé remplacer un rite par un autre.

En réalité d’ailleurs il n’y a pas là d'institution, ni le symbole d’une institution, eucharistie ou pénitence, mais seulement un exemple. Le texte ne dit pas autre chose. Alors pourquoi Jésus a-t-il lavé spécialement les pieds de ses disciples? On doit répondre simplement avec Chrysostome : « parce que c'était la partie la moins digne du corps ». C'est en vertu d'un parti pris de voir partout dans Jo. du symbolisme qu'on à entendu la lotion comme le symbole d’un rite ou un rite efficace : tout le symbole est dans l'exemple donné. On s’en convaincra par l'explication du texte.

4) Ce verset forme une phrase isolée, d’après l'opinion de beaucoup la plus commune, Mais on se demande s'il sert d'introduction à tout ce qui suit, y compris la mort de Jésus, ou seulement au lavement des pieds. La première opinion nous paraît plus probable (West. Till. ete.) à cause de la force el de l'étendue des termes. ___Néanmoins le verset sert en même temps d'introduction au lavement des pieds, puisqu'il n'en a pas d'autre. — Le dé au début de la phrase est peut-être en opposition avec x!, 36. Il y eut comme un moment d'arrêt après lequel Jésus, pleinement conscient que l'heure était venue, commença une nouvelle série d'actes d'amour — Îles derniers. Il s’est caché des Juifs auprès desquels sa mission était terminée; il va se consacrer aux siens. Ce nouveau point de départ est mis en vedette par une date placée en tête de tout le morceau, et qu'il ne faut lier étroitement ni à sidws ni à AYÉTASE.

C’est avant la fête de Päque, et, par opposition avec xl, 4, le dernier soir qui précéda la Pâque, que les Juifs ne devaient manger qu'après la mort de Jésus (xvur, 28). La Pâque était immolée le 44 nisan avant la nuit. On était donc au 43 nisan, que les Juifs auraient déjà nommé le 44 si la nuit avait été commencée (ef. 30). — side indique comment Jésus est en réalité le seul acteur vraiment * conscient du grand drame; l'heure qu’il devait attendre (1r, #; vir, 6) était venue, et c'était l'heure qui annonçait sa gloire (xu, 23), par son passage Vers son père. Toutefois ce passage devait continuer son œuvre en la couronnant : il avait aimé les siens (cf. 1, 41), il les aime si téhos, non pas seulement jusqu’au dernier moment au sens chronologique, mais jusqu'à l’acte suprême qui devait tout consommer. — ete vélos peut signifier « complètement », et rékos Toutéotr ravxekGs (Diodore Sur Ps. 1, 7, ettextes dans Bauer); mais ici l'opposition avec

e Eh ) TR 8% ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XII,

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RE Re S 2. rapadot (TH) plutôt que rapaôw (SV).

le temps écoulé jusqu'alors exige que la notion du temps soit contenue dans

l'idée totale de perfection.

2) Il est très difficile de choisir entre ytveuévou (T HS V), d’après NBLX d syrsin. Orig. et yevopévov (Loisy, etc.), d'après la masse. — De toute façon il y eut interruption du repas, qui reprend au v. 12. La leçon yevouévov semble avoir pour but

‘de bien marquer que cette interruption fut complète, et en effet il est peu vraisemblable que le Sauveur seul ait quitté la table pour laver les pieds de ses disciples qui auraient continué à manger. Mais cela même lui donne le caractère d'une correction. D'ailleurs, même avec yrwouévou on doit supposer cette interruption au moment voulu.

Il yeut donc une pause, et elle serait assez naturelle s’il y eut en réalité deux repas, la manducation pascale et le souper qui suivait. Loin de protester tacitement contre le repas pascal des synoptiques (Bauer, etc.), Jo. laisserait au contraire entendre qu'il y eut deux moments distincts dans le repas, Jésus ayant alors anticipé la Pâque que, d’après Jo. (xvmi, 28), les Juifs ne devaient manger que le lendemain. L'invraisemblance de laver les pieds après et non avant le repas, qui a tant choqué Origène, est ainsi bien diminuée. D’ailleurs, que le texte soit yivouévou ou yevouévov, il y a comme une intention de souligner le caractère insolite de l'acte de Jésus, et de ne point le confondre avec la manie des purifications qui obsédait les Juifs. Jésus n'entend pas du tout accomplir

une formalité de politesse avant le repas ou un rite de pureté pharisaïque, mais

un acte d'humilité, d'autant plus inouï que déjà le traître a pris place à table. — Sur le lavage des pieds avant le repas, cf. Le. vir, 44.

— Il est clair que le texte reçu roë Bia6éhou Hôn Be6Anxétos els thv xapdlav

’Toÿôa x.r.À. n’est qu’une correction du texte que nous avons imprimé avec les éditeurs critiques, correction qui le rend plus clair et en dégage bien le sens. On a voulu prévenir une traduetion possible à la rigueur mais tout à fait déplacée ici : « Le diable ayant déjà mis dans son propre cœur que Judas trahirait Jésus », traduction à laquelle Origène n’a pas songé tout en lisant le texte critique. C'est comme un premier degré de la prise de possession de Judas par le diable au v. 27. La trahison est déjà arrêtée et convenue, Jo. le __suppose connu d'après les synoptiques (Lc. xxn, 3; cf. Mc. xiv, 10; Mt. xxvr, 14 et ss.) et il va nous dire que Jésus ne l’ignorait pas (41); si cette image se présente dès à présent, c'est qu'elle inaugure vraiment l’histoire de la Passion; elle met en meilleure lumière l'amour de Jésus qui n’exclura pas le traître de

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