LA PARABOLE-ALLÉGORIE DE LA VIGNE
Cette comparaison ressemble beaucoup à celle des brebis (x, 1-16), mais elle est mieux suivie, puisque, dans ce premier cas, Jésus est tantôt la porte, tantôt le bon pasteur. Ici il y aurait peu à faire pour reconstituer une véritable parabole : de même que les branches ne peuvent porter aucun fruit sans le suc de la vigne et que coupées elles ne sont bonnes qu'à être brûlées, ainsi vous ne pouvez faire de bonnes œuvres que si vous êtes unis à moi par la charité; séparés vous seriez destinés à la perdition. Ce n'est point là une parabole démonstrative, car on ne saurait conclure d’un fait de l'ordre naturel à une loi surnaturelle, mais une simple explication quin’est claire que si Jésus se révèle lui-même dans la vigne, ce qui donne à la parabole l'apparence de l’allégorie. Cela ne veut pas dire que, présentée comme une pure parabole par Jésus, cette comparaison a été transformée en allégorie par Jo., car elle tournait d'elle-même à l’allégorie dans la bouche du Maître, et rien n'empêche qu'il ait pratiqué ce genre mixte de la parabole juive.
1) La vigne était une comparaison favorite pour désigner Israël (Is. v, 1 ss.; Jér. 11, 21 duxehos aAndivd, Ez. xv, 1 ss.; xvir, 6; xix, 10 ss.; Ps. Lxxx, 9 ss.) Dans l’Apoc. syr. de Baruch (xxxvi ss.) la vigne est le Messie; dans Sir. xxiv, 17, c’est une image de la Sagesse divine. — à &An0dw1 : Jésus est la vigne vraiment digne de ce nom, la vigne par excellence, qui fait au plus haut degré ce qui est le propre de la vigne, donner des fruits très doux et très sains. Il ne semble pas qu'il y ait une opposition avec la mauvaise vigne d'Isaïe (Aug., etc.), ni une réminiscence de Jér: n, 21 (vigne de bonne espèce). Gomparé à la vigne ou à la lumière (1, 9), le Fils de Dieu est dans sa réalité ce que toute créature n’est que par emprunt. — Il y a dans la comparaison un trait relativement secondaire : même vivant du suc de la vigne, les branches se trouvent bien qu’on taille les pousses folles. Qui pouvait faire ce travail? Non pas Jésus qui est la vigne. Il introduit donc dès le début son père comme vigneron, o yewoyés, littéralement le cultivateur, ce qui se conçoit très bien dans son pays où toute la culture de la vigne consiste le plus souvent à la labourer (cf. Mc. x, 2 et parall. Mt. et Le.); d’ailleurs yewoyés se disait aussi d'un vigneron (ÉcEn, N. A. vu, 28). — Les Ariens affectaient de conclure de ce verset à une différence de nature entre le Père et le Fils. Grill a bien montré que le Fils, incarné, ayant pris notre nature, était désigné ici comme principe de la grâce;
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yandis que le Père, c’est-à-dire Dieu, comme distinct de l’homme, figurait la Providence extérieure, spécialement par sa justice. [l me s'agit point ici des relations entre les Personnes de la Très Sainte Trinité.
2) Il est fait allusion à deux opérations bien différentes. Durant l'hiver, le vigneron coupe tous les sarments qui ne seraient pas susceptibles de porter du fruit; mieux vaut laisser la vigne pousser des branches nouvelles et vigoureuses. Puis, quand la vigne a poussé, on pince les petites branches inutiles, les gourmands, qui absorberaient la sève au détriment des bonnes branches. Dans le premier cas, c'est une branche qui est retranchée, dans le second cas elle est seulement nettoyée. La branche coupée faisait naturellement partie du tronc prineipal, ëv tot. Ce travail du Père, qui est une œuvre de châtiment ou d'épreuve, ne s'exerce donc pas Sur le Fils, et cela va sans dire. Il est sous-entendu qu'une branche peut être entée sur le Christ et cependant ne pas porter de fruit. L'explication pénètre dans la comparaison, d'autant qu'elle est allégorique. I y aura donc des personnes se réclamant du Christ, et vraiment unies à lui, sans doute par la foi seule, et qui néanmoins, ne portant pas de fruit, c'est-à-dire n'ayant pas la charité (9), sont exposées à être retranchées, c'est-à-dire complètement séparées du Christ. Ce n'est pas que le Père leur enlève la charité; constatant qu'elles ne l'ont pas, il consomme la séparation : à quel moment? cela n'est pas dit. Ge sera peut-être seulement au moment de la mort, peut-être avant, en cas d’excommunication ou d'apostasie (vi, 66) : mais ces précisions ne sont pas dans l'enseignement direct de Jésus. Ceux qui ont la charité n'ont besoin que d'un nettoyage par retranchement que la Providence du Père saura opérer par l'épreuve. — #\ñux signifie généralement une pousse, mais spécialement un sarment de vigne. ape et xx0alse forment une assonnance, mais xabalps seul ne peut guère signifier émonder; dans Philon qu'on allègue (de agricult. 40; 1, p. 301), il y à ômoreuvômeva xafxioetar, el Jo. va. s'appuyer sur le sens de purifier.
3) lei la parabole est interrompue et Jésus s'adresse directement à ses disciples. Étaient-ils exposés à ce nettoyage de la part du Père, douloureux sans doute et inquiétant? Non, ils sont déjà purs, comme il leur a été dit (x, 10).
Si cela n'exclut pas tout progrès, il se fera désormais en union avec le cep.
Pour les diseiples d'ailleurs, ce n’est pas le Père qui a opéré directement ce __boneffet; c’est la parole prononcée par le Fils, dont nous savons par ailleurs que le Père la lui avait confiée (iv, 10) : « C'est un trait caractéristique du
quatrième évangile que cette vertu rédemptrice de la parole de Dieu » (Durand.
p. 327). Cependant Paul aussi à dit que l'évangile est une énergie divine pour le salut (Rom. 1, 16), et Pierre que c’est un germe de régénération (1 Pet. 1, 23)-
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6 1 " à u ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XV, 45. 403
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sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’ôte, et tout [sarment] qui porte du fruit il le nettoie, afin qu'il porte du fruit davantage. * Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai adressée : “demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure dans la vigne, ainsi vous [ne le pouvez pas] non plus si vous ne demeurez en moi. 5Je suis la vigne, vous les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui
La parole de Jésus a éclairé les âmes des disciples; elle a aussi pénétré en eux par la foï, dissipant l'erreur, chassant le péché par leur adhésion de charité au Christ (Act. xv, 9) : cela dans l’ordre de l'exécution. Mais le premier priucipe de ce changement fut la parole elle-même, parole qui est esprit et vie (vtr, 63), tout comme Ia vie est une lumière (r, 4). Ce serait trop spécialiser que de dire « en vertu de l'initiation » (Loisy, p- #18), ou « par les paroles du baptême » (Aug.).
4) Jésus ne parle plus de venir vers ses disciples pour demeurer en eux (uv, 23). Cette union est ici supposée acquise : il faut seulement la conserver. Bossuet : « Notre union avec Jésus-Christ présuppose, premièrement, une même nature entre lui ef nous, comme les branches de la vigne sont de la même nature que la tige... (Ces paroles) présupposent, secondement, une intime union entre luï.et nous, jusqu'à faire un même corps avec lui, comme le sarment et les branches de la vigne font un même corps avec la tige. Elles: présupposent, en troisième lieu, une influence intérieure de Jésus-Christ sur nous, telle qu’est celle de la tige sur les branches, qui en tirent tout le suc dont elles sont nourries » (Méditations...). On sait que la même doctrine a été présentée par Paul plusieurs fois sous les images d'un corps dont Jésus est la tête (Col. 1, 18, etc.), ou d’un édifice dont il est le fondement (Eph. n, 20-22). Mais qui ne voit que la manière de Jo., moitié parabole et moitié allégorie, est celle qui nous paraît 12 plus naturelle sur les lèvres de Jésus ? Le ton est pénétrant et l'accent persuasif. Après l'invitation, l'explication qui en montre le bien fondé d’après les termes de la parabole-allégorie, — L'action du
libre arbitre est très marquée : Jésus restera (uev® sous-entendu) si les disciples restent. Et cependant ils ne peuvent faire aucun fruit, c’est-à-dire une œuvre bonne dans l'ordre du salut, sans la sève qu'ils lui empruntent. Mystère insondable, dont les termes sont posés avec la simplicité familière el imagée des synoptiques, plutôt que comme faisant partie d'un raisonnement paulinien. : à AE
5) Jésus a déjà dit qu'il était la vigne, et on avait dû deviner que les disciples étaient les branches. Ce n’est donc point ici le début de l'explication d’une parabole, d'autant que l’objet symbolisé à déjà paru et que le symbole reparaîtra encore; c’est plutôt une formule concise et frappante, placée au centre de ia. parabole, qu’il suffira d'évoquer pour qu'aussitôt tout cel enseignement se présente à l'esprit. — Celui qui demeure en moi qui suis le cep, et lorsque. je suis en lui par ma sève... l'idée du v. 4 est reprise avec une expression
404 è ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XV, 6-7.