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9) Qu'était-ce que demeurer en Jésus? C'était demeurer dans son amour, dans Pamour dont il aime ses disciples comme le Père l’a aimé. Cet amour du Père pour son Fils à toujours été exprimé jusqu'ici par le présent (iv, 353 v, 20; xe 17); il le sera par l’aoriste (xvir, 24.26). Dans notre verset il ne s'entend pas de
l'amour du Père pour le Fils quand il l’engendre dans l'éternité, puisqu'il va
être question de l’obéissance du Fils, mais de l’amour du Père : ad hoc scilicet ut simul esset Deus et homo (Thom. 2°). D'une semblable manière Jésus a
aimé ses disciples avant de les choisir. Ils n’ont qu’à demeurer dans cette
charité qui est la sienne et non la leur, comme on le verra mieux au v. suivant. D'ailleurs « demeurer » se comprend mieux de la charité qui a été la première (I Jo. 1v, 10 ss.).
10) L'amour de Jésus se modèle en quelque sorte sur celui du Père : la fidélité des disciples à demeurer sous cet influx divin devra se modeler sur le Fils : cemme il a observé les commandements de son Père, ils devront observer les siens. On voit bien ici que la charité est celle du Père pour le Fils; celle du Fils est donc celle qu'il a pour ses disciples. On voit aussi que le Fils obéit en tant qu'homme. Cyrille, toujours préoccupé de maintenir dans le Christ l'unité du sujet agissant fait commencer sa docilité avant même l'Incarnation, dans le désir d'accomplir les desseins de son Père, qu'il regarde comme des commandements : oùxobv Exeu êv uèv tÿ 2er BéAnorv braxoÿ tüv to Iarpds Boukeupétev Ti" Ffpwotv & nat ëv téfer vroAdv onct yevéchar pds aërovy 6 Yiéc. Il va sans dire que cette obéissance est continuelle (rerfonna; cf. vu, 29) et provoque comme un nouvel amour du Père (x, 17).
11) Le Christ aime comme il est aimé: ses disciples obéiront comme il obéit: à cette condition ils demeureront dans l'amour comme lui. Pourquoi cette con-
fidence? Pour les faire aussi participer à sa joie. C’est pour cela qu'il a dit ces
choses des vv. 9 et 10, car rien ne cause autant de joie que d'être aimé, et ils
“savent désormais qu'ils sont aimés. L'analogie arrive ici à son terme, et l'inti-
mité aussi, car c'est la propre joie du Christ, heureux de l'amour de son Père, qui sera dans ses disciples, de sorte que la joie dont ils sont capables sera à son comble. La joie dilate; le cœur éprouve un sentiment de plénitude dans le
9Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez en MOR amour. 10$ij vous observez mes commandements, vous | demeurerez en mon amour, de même que moi j'ai observé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. fe vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soït entière. Mon commandement c’est que vous vous aimiez les uns
les autres comme je vous ai aimés : l’personne n’a plus d'amour
que celui qui offre sa vie pour ses amis. “Vous êtes mes amis Si vous faites ce que je vous commande. #Je ne vous appelle plus des serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son
bonheur; (mu, 29; xvi, 24; E Jo. 1, 4; H Jo, 12; cf. Aet. xt, 52; Rom. xv, 143).
12} Cf. xur. 34. Le contexte est beaucoup: plus naturel ici, surtout selon le mode sémitique où un mot appelle un mot. Ayant parlé des commandements, Jésus cite eelui qui les résume tous (cf. Me. xu, 3), d'autant que son accomplissement continue la douce série de la charité. Venue du Père au Christ, du Christ aux disciples, elle se répand parmi eux, €t d'après son exemple. — Pour la tournure, ef. wr, 40: 1 Jo: 1, 11. 1
43) Si Jésus avait conclu : « Or, je vous aime tant que je vais mourir pour vous », ik y aurait quelque prétexte à opposer cette charité restreinte à celle dont parle Paul (Rom. vw, 6.8.40) Xprocés…. bnip dosôè» àrédave (ohieetion de Bauer). Mais la phrase est tournée autrement, de façon que Faïiïection du Christ soit comparée seulement à la plus forte qui existe parmi les hommes, qui savent mourir pour leurs amis (Rom. v, 7). do. n'ignorait pas que la mort de Jésus aurait des conséquences en faveur d’un cercle plus étendu (x, 16), mais ee n’était pas la question. Son discours est adressé à des disciples, qui doivent être prêts à mourir les uns pour les autres, eemme il est prêt à mourir pour eux. D'ailleurs Jésus évite de se mettre en avant : Fallusion à sa mert est certaine, mais discrète. D'après la situation de l'ensemble des discours, elle devait être prochaine, mais cela ne résulte pas du contexte immédiat. Cette anière en quelque sorte proverbiale est bien dans la manière du Christ : la rédaction après l'événement se trouve dans I Jo. 11, 41. — Peur la construction, ef. 8 et 12.
14) Le mot « amis » amène le mot « amis ». D'ailleurs la suite west pas seulement dans l’accrochement des mots : le rapport entre ceux qui s’ximent est eelui de l'amitié. Mais cette amitié ne supprime pas la distinction des rangs. Au moment même où Jésus appelle ses disciples ses amis, il rappelle son droit de leur commander, et c’est même parce qu’ils obéissent qu'ils son ses amis, puisque c’est à cette condition qu'ils demeurent dans sen amour. Henri IV écrivait à Sully : « Mon ami, continuez à me bien servir ». Cette citation qui pourpait paraître incongrue est justifiée comme une réponse à la contradiction qu'on voit entre ce verset et xur, 46 ou xv, 20. Depuis longtemps déjà Jésus pommait ses disciples des amis d’après Le. xu, 4.
13) Les disciples ne cessent pas d'être des serviteurs, et Paui tiendra à
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honneur de prendre ce titre, mais Jésus ne leur donne plus ce nom, parce que certains serviteurs, dépositaires de la pensée de leur maître, sont devenus ses amis : c’est le cas, puisque Jésus a fait connaître aux siens tout ce qu'il a entendu de son Père, c'est-à-dire ce qui concernait sa mission (cf. vin, 26) Cette fois il y a révta, qui marque une confidence complète, et qui étonne, comparé à xvi, 12. On peut toujours dire que la confiance la plus entière demeure subordonnée aux circonstances, à la volonté du Père, de sorte qu’il n'y à pas contradiction réelle, mais on le comprend mieux si ces deux passages n'ont pas fait partie dès l'origine du même discours. — Abraham avait été aimé de Dieu (Is. x, 8), il était l’ami de Dieu (I Chron. xx, 7; cf. Jae. If, 23). C'est, d'après Sap. vir, 27, la sagesse qui fait les amis de Dieu en se rendant chez les âmes saintes. Philon (de sobrietate, 55: I, 401) a fait la même distinction entre le serviteur et l'ami : géhov yäp +ô aoçbv 0e& uä&koY n Doÿhoy… la confiance suit l’amitié comme le prouve l'exemple d'Abraham dans Gen. xvin, 17, où Philon lit ’AGpaèy 705 œuoë nou (et non 105 ruée uou). Ici l'amour de Jésus a précédé; mais c’est seulement après la confidence que les disciples prennent le rang d'ami : ôtt « parce que », et non pas « ensuite » ou « en signe de quoi ». ;
16) C’est Jésus qui a choisi ses disciples, mais non pas seulement comme amis, car éxkéyopa est le mot propre pour le choix des disciples qui sont les Douze, ceux que nous nommons par excellence les Apôtres (Jo. vi, 70; xt, 48; Le. vi, 13; Act. 1, 2). I] les a choisis, non pas de toute éternité par la prédestination à la gloire, mais pour leur donner une vocation spéciale. Ils ont pu penser: qu'ils l'avaient choisi pour Maître; c'est lui qui les a choisis pour disciples. Ge sens résulte aussi de ce qui suit. Jésus les a constitués en dignité (ônxa;. cf. Rom. 1v, 17) ou du moins investis d’une mission (cf. Jer. 1, 10 xaéotaxa) de le contenu est marqué par le premier {va avec bréynre. Le sens de ce mot est. clair : c’est aller, aller à ses affaires, suivre son chemin (Mt. 1x, 6; xx, 21). IL est très bien choisi pour indiquer le rôle des Apôtres, mais ne saurait se ramener à la parabole de la vigne sans une violente subtilité, comme si par: exemple les branches s'étendaient, s'allongeaient. Il faut donc reconnaître que Jésus parle ici en clair, et que l’image de la vigne est tout au plus rappelée par xaprév : encore comprend-on aussitôt que les fruits sont des œuvres solides et durables; puisqu'ils se produisent durant les courses des disciples, ce sont plutôt des fruits d'apostolat que des œuvres personnelles. Nous avons donc dans ce passage la clef de tout ce discours. A quelque moment qu'il ait été prononcé, c'est un programme de l'apostolat : le principe en est l'union à Jésus, mais les apôtres auront une œuvre à remplir. Le second fva n'est pas subordonné au
maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce j'ai entendu de mon Père. ‘Ce n’est pas vous qui m'avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis pour que vous alliez et que vousportiez du fruit, et que votre fruit demeu re, pour que le Père vous donne ce que vous lui demanderez en mon nom. {Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
18$i le monde vous haïit, sachez qu'il m'a haï avant vous. {Si vous
premier, mais coordonné comme une circonstance qui contribuera au but déjà marqué. C’est la même suite dans les idées que dans x1v, 12 et 13 : le programme des œuvres étant tracé, — et il a de quoi effrayer l’humaiïne faiblesse — la prière est le moyen de le réaliser. Mais cette fois le Père demeure distinct, comme dans tout ce discours, dont l’enseignement est beaucoup moins précis qu’au ch. xiwv sur l'union du Père et du Fils. Ce n’est pas le Fils qui accorde, c'est le Père.
17) On peut traduire : « Voilà ce que je vous commande, afin que vous vous aimiez les uns les autres » (Loësy; cf. Bauer, Schanz, etc.). Mais qu'a donc
- commandé le Christ en vue d'obtenir la charité fraternelle? Il faudrait entendre ëvréllouæ de ce qui vient d’être « proposé », mais ce serait atténuer la force du terme grec. Il vaut donc mieux reconnaitre ici la construction du v. 12. Le pluriel raÿra étonne pour un seul commandement; mais l'expression n’en est que plus piquante : voilà donc tout ce que je vous commande : cela se réduit au précepte de la charité fraternelle. C’est la conclusion sur les rapports des disciples avec le Christ et entre eux.