LES SAINTES FEMMES
Propre à Le. Plusieurs commencent ici une section distincte, et cela est suggéré par l'indication « dans la suite ». Mais, à cause de v, 44, on πο peut pas dire que jusqu'alors Jésus avait prêché à Capharnaüm et que désormais il prêchera un peu partout (God.) ou qu'il va se consacrer à l’enseignement des disciples (Hahn), car il est suivi par les foules (vu, 4). La nouvelle section qui va jusqu'à IX, 51, où il y a un point de départ encore plus net, se compose (à partir de vi, 4) de morceaux qui se trouvent dans Μο., et à peu près dans le même ordre. L'unité se trouve donc dans la source elle-même, plutôt que dans une intention de Luc. Il a mis en tête de cette section un enseignement précieux sur la composition de l’Église naissante. Jésus préchait, ayant avec lui les Douze pour le seconder à l'occasion, mais aussi des femmes qui les assistaient de leurs ressources. En [68 nommant Luc montre la sûreté de ses informations. !
1) καὶ ἐγένετο, fréquent dans Le. — ἓν τῷ παθεξῆς se. odvw, Cf. Υπ, 11. — καὶ αὐτός n’est point une tournure araméenne (contre God.) mais l’apodose grecque, équivalant à notre que (cf. Introd. p. cxv). — διώδενεν à l'impf., car cela s’entend d'un genre de vie adopté une fois pour toutes. 11 serait peu naturel de mettre la virgule après ce verbe, pour rattacher ce qui suit à znpicomv. Sans doute Jésus prêchait dans les villes et les villages, mais Luc veut noter que les excursions sont désormais plus systématiques, comprenant les villes, que nous nommerions des bourgs, et les petites localités. — D'après 1v, 43 δ. κηρύσσων doit être pris ici absolument comme un terme plus général que la bonne nouvelle du règne de Dieu. Cependant κηρύσσω peut se dire aussi du règne (ης, 2).
1Et il arriva dans la suite qu'il cheminait dans les villes et les bourgs, prêchant et annonçant le règne de Dieu, et les Douze étaient avec lui, ? ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits malins et de maladies, Marie, surnommée Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, $et Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode; et Suzanne, et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens. |
2) Ἡ y avait aussi des femmes, mais elles ne formaient pas sans doute un groupe régulier comme les Douze. Il est dans la nature des choses qu'elles fussent plus ou moins assidues à suivre le Sauveur. C'étaient d'anciennes possédées ou des malades guéries, deux cas que Luc distingue et qu'il mentionne soit parce qu'il aime à représenter le Sauveur comme le divin médecin des âmes et des corps, soit pour insinuer là reconnaissance de ces femmes, Le cas le plus extraordinaire était celui de Marie, nommée Μαγδαληνή, du nom de son pays d’origine, Magdala. Il y avait une ville de Magdala en Galilée, non loin de Tibériade (7. Maas. πι, 20*), qui est aujourd'hui sans doute le village de el-Mejdel (la tour), et c'est de là que vient normalement Μαγδαληνή, Holtz. et Loisy rappellent vaguement que d’après Lagarde il faudrait expliquer « la Coiffeuse ». En fait les Juifs semblent avoir confondu Marie, Mère de Jésus, et Marie de Magdala, et ils ont donné à la Mère de Jésus l'épithète de Megaddala hachaia, « coiffeuse pour femmes » (Chabbat 1045 Ni ντ} cf. hagg. 49), mais jamais le participe (coiffante) ne se trouve sans un complément, et le redoublement du ἆ (pa. de l’aram. gedal) exclut l’étymologie proposée (cf. Lamre, Jesus Christus im Thalmud, p. 11). — ἐξεληλύθει — ἐξεβέβλητο est considéré comme un aramaïsme par Wellh. (Finl. 26). |
3) Ἰωάνα (ou Ιωάννα) nom féminin aussi rare que Ἰωάνης était commun; ne se trouve pas dans Josèphe. — Χουζᾶ, nom araméen, qui s’est rencontré dans les inscriptions nabatéennes ΝΤ (Lidzbarski). Cet homme était ἐπίτροπος d'Hérode le tétrarque de Galilée. Ce titre était celui de Syllaios auprès du roi nabatéen Arétas (Jos. Bell. τ, xxiv, 6), qu'on disait aussi « frère » du roi, c'est-à-dire premier ministre. Chouza était quelque chose de semblable, plutôt que simple intendant des domaines privés ἆ Ἠότοάρ. — Suzanne (1019 le lis) est inconnue. Parmi les ἕτερα πολλαί, il y, en avait sans doute qui n'avaient pas été guéries. Ces femmes ne donnaïent pas seulement pour la bourse commune; elles faisaient un véritable service avec ce qui leur appartenait, peut-être en fournissant des habits, en préparant des aliments.
La leçon tot plus assurée que αὐτῷ (5) est aussi plus touchante. Sans doute Fa reconnaissance de ces femmes allait d’abord au Sauveur, mais les besoins étaient communs à tous ses compagnons; elles se mettaient au service de tous. Josèphe (Ant. xvir, ττ, 4) a noté le dévouement des femmes envers les Pharisiens, parce qu’elles les croyaient plus pieux. Personne ne s'étonnait de leurs bons offices envers les Rabbins.
Rien n'indique que la pécheresse du ch. vir ait été parmi ces femmes. Une
>: vec δυρχένευν αὐτοῖς Ex τῶν à ͵ agi ασ πολλα, GUTLVES OUTASVSUY αυτοὶς EX των υὑπορ) τν των σὐταὶς. υνι-
La « ο -α 4 = f « 4 ὄχλου πολλοῦ καὶ τῶν χατὰ TOY ἐπιπορευομένων πρὸς αὐτὸν εἶπεν
διὰ παραβολῆς ὃ Ἠξήλθεν ὁ σπείρων τοῦ σπεῖραι τὸν σπόρον αὐτοῦ. καὶ ἐν τῷ σπείρειν αὐτὸν ὃ μὲν ἔπεσεν παρὰ τὴν ὁδὸν, vai rater ατήθη καϊτὰ πετεινὰ τοῦ οὐρανοῦ κατέφαγεν αὐτὸ. ϐ γαὶ ἕτερον χατέπεσεν ἐπὶ τὴν πέτραν, καὶ φυὲν ἐξηράνθη διὰ τὸ ph ἔχειν ind. ᾖ καὶ ἕτερον ἔπεσεν ἐν µέσω τῶν
tradition l'a assimilée à Marie-Madeleine. Mais Luc présente cette dernière comme une personne dont il n'a encore rien dit, et dont il sait que sept démons étaient sortis, probablement à la suite d’exorcismes tels que 165 pratiquait Jésus. La possession par sept démons était particulièrement grave, et Le. la présentera comme une rechute (χι, 26), mais non pas comme l'indice d'une vie coupable. Elle devait se manifester par des désordres de l’ordre mental dont la pécheresse n’a pas donné le moindre signe. On a prétendu que Le. en rapprochant ces deux péricopes avait voulu suggérer, sans le dire, que Marie-Madeleine Était la pécheresse. Il aurait en même temps dissimulé l'identité par égard pour elle, et alors pourquoi chercher une suggestion dans le rapprochement? Les textes, dans leur sens naturel, sont donc contraires à l'unité, et aucun exégèle ancien n'a prononcé le nom de Marie-Madeleine à propos de la pécheresse (οἱ. RB. 1912, p. 204 ss.). Mais la possession physique pouvait être accompagnée d'un désordre moral, et les démons étaient souvent nommés dans la prédication comme instigateurs de péchés (Recognitiones τι, 72 PG. 1, 1281 5.). La femme aux sept démons fut aisément regardée comme une péchercsse. C'est le pas que fait saint Jérôme dans une lettre à Marcella (<xx, 888) : Maria Magdalena ipsa est, a qua septem daemoniu expulerat ; ut ubi abundaverat peccatum, superabundaïet gratia. D'autre part l’anonyme de la pécheresse était gênant pour la prédication, et comme les Pères qui n'admettaient qu'une onction la nommaient Marie, on lui donna ce nom. L'unité de Marie de Béthanie et de la pécheresse se fit par l'unité d’onction, l'unité de Marie-Madeleine et de la pécheresse par la confusion de leurs rapports avec le démon. I ne restait plus qu’à identifier Marie-Madeleine et Marie de Béthanie, à quoi le nom se prétait. — Cf. Knas. ad Matth. x, p. 401 : Quare fatendum erit eæ narratione evangelica difficullter suaderi Mariam Magdalenen esse illam peccatricem de qua narratur Luc. 7, 87. — Malgré tout cependant, s’il faut indiquer des degrés, tandis que l'identité de la pécheresse ou de Madeleine avec Marie de Béthanie est tout. à fait contraire aux vraisemblances exégétiques, celle de Madeleine et de la pécheresse serait plus conciliable avec les textes.
&-8. La ΡΑΒΑΒΟΙΕ DU sEMEUR (Me. αν, 1-9; M. ση, 1-9).
Le. est avec Mc. dans le rapport ordinaire. Dans Μο. un récit imagé, qui met en contact avec la suite des faits à mesure qu'ils se présentent : les oiseaux viennent, la graine sort, le soleil se lève, 165 épines montent, l’épi se développe. Dans Lc. un résumé qui n’omet rien de ce qui est utile à l’intelligence, mais bien ce qui pourrait paraitre superflu. Rien n'empêche que}Le. ait résumé Μο., et cela paraît indiqué assez clairement parce que, ayant ajouté
#0r une grande foule s’étant réunie, et car on venait vers lui de chaque ville, il dit en parabole : 5 « Le semeur sortit pour semer sa semence. Et pendant qu'il semait, une partie tomba le jong du chemin, et fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. SEt une autre-partie tomba sur du rocher, et levée, se dessécha parce qu'elle n'avait pas d'humidité. 7Et une autre partie tomba au
τὸν σπόρον (v. 5), Le. continue ccpendant comme Mc. au neutre singulier (Mt. a le plur. neutre).
Mc. et Mt. ont groupé des paraboles, arrangement qui pourrait bien être artificiel (Mc. τν, 2; Mt. aussi a πολλά et une série encore plus longue), car Le. donne isolément la parabole du semeur. En tout cas le P. Buzy a énormément exagéré l'idée d'une période très nette où Jésus aurait inauguré un nouveau mode d'enseignement (Intr. aux parab. p. 352).
4) Le ravissant tableau de Mc., Jésus enseignant assis dans une barque, est omis, ayant déjà figuré plus haut (v, 3). Le καὶ est-il simplement une copule : une foule s'étant rassemblée et de plus etc., ou bien une explication, cette foule était composée de ceux etc.? Les deux systèmes ont leurs partisans et leur difficulté. Le premier est 16 plus naturel, d'autant que, au rassemblement de la foule dans Mc. συνάγεται... ὄχλος, Le. a voulu joindre ceux qui suivaient Jésus ensuite de sa prédication. — κατὰ πόλιν (sauf Tit. 1, 5, ce terme est propre à Le.). — διὰ παραθολῆς, le seul cas de cette tournure. Jésus a déjà « dit des paraboles » v, 36; νι, 39 et proposé de semblables comparaisons vi, 41-44; 47-49; vu, &l 5. Le. ne pouvait pas employer ici le pluriel, puisqu'il n'avait qu'une parabole à proposer dans ce contexte.
5) Cf. Μο. Com. pour les détails. Luc ajoute τὸν σπόρον αὐτοῦ, se préparant ainsi une explication plus aisée; peut-être aussi pour la clarté, car on disait σπείρειν, « ensemencer » un Champ. Peut-être encore a-t-il pensé que le Semeur divin avait sa semence à lui. — αὐτόν est le semeur, et non la semence, qui reparait au neutre 6, comme dans Μο. — Le chemin n'était sans doute qu'un chemin de fortune, car le semeur n’entendait pas semer sur la grande route; cependant Le. a pensé que le chemin appelait logiquement des passants, et il a ajouté que le grain avait été foulé aux pieds, de sorte que le germe fut détruit. — Le. ajoute τοῦ οὐρανοῦ qui chez lui suit toujours τὰ πετεινά (1x, 38: xx, 19; Act. x, 12; τι, 6).
6) πέτρα, au lieu de πετρῶδες (Mc.) dont le sens était bien fixé par la glose de Μο., un rocher recouvert d'un peu de terre. Luc s’en tient à ce. rocher, Cependant cette fois le grain pousse, Le. tient à le dire, mais au passé φυέν, subordonné à ἐξηράνθη. La nature n'est plus animée, on ne voit pas la plante qui pousse vite, le soleil qui monte pour la brûler. En revanche la plante est desséchée faute d'humidité, ce qui est plus rationnel (Ίκμάδα, propre à Le.) que de dire qu'elle a séché faute de racine (Μο. Mt.), mais en même temps trop évident.
1) Μο. avait dit ingénument que le grain était tombé dans les épines, et que les épines étaient montées, laissant au lecteur intelligent de conclure que
ω κ. . » 3 Ξ ο ν κ ἀκανθῶν, καὶ συνφυεῖσαι αἱ ἄχανθαι ἀπέπνιξαν αὐτὸ. “ya ἕτερον ἔπεσεν εἷς Ê μα 3 λ 2 κ € μα την γῆν τὴν ἀγαθήν, na φυὲν ἐποίησεν καρπὸν ἑκατονταπλασίονα. Γαὔτα. « ε 3, Φ 3 4 9 1 + λέγων ἐφώνει Ὁ ἔχων ὥτα ἀχούειν ἀκουέτω. » Ἐπηρώτων δὲ
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et 2 4 -.
αὐτὸν οἱ μιαθηταὶ αὐτοῦ τίς αὕτη εἴη à παραβολή. 105 δὲ εἶπεν ‘Yuiv δέδο-
les épines étaient apparentes au moment où le semeur a jeté le grain. On dirait que Le. en écrivant ἐν µέσῳ, a voulu corriger cette légère inconcinnitas, et indiquer clairement que la semence est tombée au milieu d’épines déjà en vue. Alors on traduirait συνφυεῖσαι coulescentes (et non pas simul exortae) sens que συμφύω a souvent (PLAT. Tim. 76 E, etc). Quoi qu'il en soit, on ne peut dire ni du jujubier, ni des ronces (ME. vu, 16) que ces arbustes ligneux poussent avec le grain. La croissance simultanée s’entendrait mieux de plantes annuelles comme les chardons. « Aux rives du lac il y a surtout un énorme chardon, la ποίοθαςίς syriaca (Tristram), le khorfe$ des Arabes, avec ses grosses fleurs d'un rouge pâle, qui atteint une hauteur de plus de quatre mètres. Une seule plante couvre de ses larges feuilles une surface de bien un mètre de diamètre et étouffe tout ce qui commençait à pousser sous elle » (Brver, Conférences de Saint-Etienne, t. Il, p. 278 5.).
8) Fidèle à son schema, Le. écrit φύεν et renonçant à nous faire voir les plantes monter et se développer, il va directement de la plante qui a poussé à la plante qui donne son fruit. Il ne note que le résultat maximum du centuple (Mc. 30, 60 et 100), d'autant que la terre est la même et que l'explication ne tiendra pas compte des différents résultats. Le regretté P. Biever a constaté sur: les bords du lac de Tibériade une récoite particulièrement soignée qui a donné cinquante pour un (Loc. L. p.275). Strabon XV, πι, 11 parle de cent et quelquefois deux cents pour un en Susiane.
8’) Formule pour éveiller l'attention, introduite avec plus de solennité que: dans Μο. ‘ |