‹ Evangile selon saint LucChapitre 224 sur 300 · om. αντω a. A6paau (H) ou add. (TS V · texte numérisé non relu

om. αντω a. A6paau (H) ou add. (TS V

29) Abraham répond, cetie fois plus sèchement, qu’ils ont une prédication constante et suffisante. Dans chaque synagogue on lit Moïse et les prophètes, qui sont assez clairs sur le chapitre de la charité. Amos ne laisse rien à désirer pour la condamnation d'un luxe insensé et sans miséricorde pour les pauvres (Am. vi, & ss.; vin, 4), 15816. demandait au nom de Dieu qu'on rompe le pain à celui qui a faim, qu'on recueille les malheureux sans asile (Lvin, 7), ce qui était bien le cas de Lazare. La législation de Moïse avait des dispositions de faveur pour les pauvres (Ex. xx, 25; Dt. xxiv, 6. 10-13 etc.). Dans les psaumes, pauvre est presque synonyme d’ami de Dieu. Quoique l'horizon ne fût pas encore assez étendu, du moins tout israélite était pour un autre son prochain et son frère, et la parabole se place entre israélites. Abraham ne suppose pas qu'on rejette l'autorité des livres saints; mais on ne les écoute pas, c’est-à-dire qu'on ne leur obéit pas.

30) Le riche insiste; on dirait qu'il veut attendrir Abraham en l'interpellant encore plus familièrement. Sa demande est touchante. On ne peut dissimuler cependant qu'elle renferme une sorte d’excuse personnelle. Le riche pense de ses frères ce qu'il pense de lui-mêmé, qu'il se serait converti s’il avait eu un secours exceptionnel. Réflexion qui paraît naturelle et vraie à bien des gens! Noter surtout qu'il ne s’agit pas de conversion à la foi, de croyance à la vie

. future, mais de pénitence par un changement de conduite (ueravonoovatv).

31) La réponse d'Abraham s’en tient à l'hypothèse posée. Les miracles ont leur utilité pour le salut, surtout par exemple pour accréditer une mission extraordinaire comme celle de Jésus, mais le plus souvent ils ne servent qu’à ceux qui sont déjà dociles, dont le cœur est disposé à croire à la bonté et à la puissance de Dieu. D'ailleurs le riche n'a pas demandé un miracle pour ramener ses frères à la foi. Ils croient en Moïse, mais leur cœur ne tient pas compte de ses enseignements. Ils méprisent en fait une autorité qu'ils continuent à tenir pour divine. Quelqu'un qui ressusciterait d’entre les morts ferait sur leurs sens une impression profonde; mais il faudrait toujours en venir au changement de la volonié engagée dans une mauvaise voie. Le riche, dans les tourments, se fait illusion à cause de sa douloureuse expérience. Pour ses frères le ressuscité ne pourra apporter qu'un témoignage de plus sur ce qu’ils savent déjà. Leur sensibilité pourra être émue, sans que leur cœur soit guéri; ils ne se laisseront pas persuader. C’est le sens de οὐδέ.,, πεισθήσονται dans ce contexte, très différent de celui d’Alciphron 1, 1v, 3 : οὐδ' et βοῦς µοι, τὸ δὴ

pas, ‘eux aussi, dans ce lieu de torture! 3 Abraham dit : ils ont Moïse et les Prophètes; qu'ils Les écoutent. % Mais lui dit : Non, père Abraham, mais si quelqu'un d'entre les morts va vers eux, ils feront pénitence.

3 Alors il lui dit : S'ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu'un ressuscitait d’entre les morts ils ne seront pas persuadés. » |

λεγόμενον, φθέγξαιτο, πεισθείην « je ne {6 croirais pas. » — Il est assez naturel que quelques anciens Pères aient vu ici une allusion à l’incrédulité des Juifs. C’est. un sens allégorique détourné. Mais les modernes — à moins qu'ils ne reprennent la lecon πιστεύσουσι contre les meilleures autorités — ne peuvent traduire : «ils ne seront pas amenés à la foi » (Holtz.). Si l’on traduit : « ils ne seront pas persuadés » (Loisy, cf. Jül.), on n’a pas le droit de parler ensuite de l’incrédulité des Juifs. Loisy va jusqu'à dire que la parabole, devenue allégorie vers la fin : « suppose derrière elle la mort et la résurrection du Sauveur, la résistance du judaïsme à la nouvelle foi, et la controverse des chrétiens avec les Juifs sur les prophéties messianiques. Le riche de la parabole primitive a donc été pris lui-même comme un premier type de l'incrédulité judaïque, et Lazare comme le type du judéochrétien » (x, 177). Cela fait beaucoup de choses. Il est peu critique d’exagérer, et de beaucoup, l’exégèse allégorique de certains anciens, pour nier le caractère original de la fin de la parabole et son unité. L'argument serait celui-ci : les Juifs n'ont pas cru au Christ parce qu'ils ne croyaient pas en Moïse et les prophètes. C’est l'argument de Jo. v, 46, mais dans une controverse formelle sur la mission de Jésus. Ici le Sauveur, s'il vise les Pharisiens, comme nous le croyons, leur reproche seulement de ne pas obéir à Moïse et aux Prophètes, non pas « parce qu'ils ne savent pas y trouver le Christ » (Loisy, 1, 177), mais parce que leur cœur est trop attaché à leur situation temporelle, trop peu compatissant, pour qu'ils ne s’exposént pas à se perdre dans la vie future à laquelle ils croient. |

La portée morale de la parabole est incalculable. Rien de plus fort pour préserver les riches des séductions d’une vie égoïste, qui est par le fait même inhumaine. L'intérêt doctrinal n’est pas moindre, car Jésus montre ici ce qu'il entend par le salut et la perte de l'âme. Les destinées individuelles sont seules en jeu, et c'est seulement en y introduisant arbitrairement l'allégorie qu'on peut voir ici une allusion à la réprobation des Juifs. Saint Augustin les a reconnus dans les cinq frères à cause des cinq livres de la Loi (Quaest. ευ. n, 38); mais alors que signifient les prophètes ?

ÉVANGILE SELON SAINT LUC Lo 29

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