‹ Evangile selon saint LucChapitre 226 sur 300 · Le scaNDaLE (cf. Mt. xvarr, 6. 75 Me. 1x · texte numérisé non relu

Le scaNDaLE (cf. Mt. xvarr, 6. 75 Me. 1x

Si Luc n'avait que le v. 1, on se demanderait s’il se rapproche le plus de Mc. ou de Mt., maïs à prendre 165 deux versets, la ressemblance avec Mt. est telle qu’on dirait les mêmes pensées retournées pour être placées dans un autre ordre. Dans Mt. on va du particulier au général, d’une circonstance concrète au principe, non sans, une répétition à la fin. Dans Le. : nécessité du scandale et malheur à celui qui le donne; mieux vaudrait... que de scandaliser. Ce qui est moins spontané, mais plus synthétique. Le texte de Mt. semble donc plus rapproché de la parole vivante de Jésus dans un moment donné. |

Les auditeurs sont les disciples dans le sens large. — ἀνένδεκτον rappelle oùx ἐνδέχεται (xirr, 33); ce mot très rare se rattache donc au style de Luc. Pour le. fond c’est la pensée de Mt., mais le mot ἀνάγκη est évité, car la nécessité est un terme philosophique qui impose une distinction : aucun scandale n’est nécessaire, mais il est inévitable qu’il en arrive. — τοῦ... u# après un verbe qui signifie empêchement (cf. rv, 42; xxiv, 16; Act. x, 47; x1v, 48), parce que l'idée

1 Or il dit à ses disciples : « 11 est inévitable que les scandales arrivent; cependant malheur à celui par qui ils arrivent; ?il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendit à son cou une pierre à moudre et

est : il est impossible d'empêcher qu’il n’y ait des scandales. Phrase un peu contournée pour serrer l'idée de plus près, et qui éclaire sur la manière de Luc. Ἡ s’est abstenu d'écrire τῷ ἀνθρώπῳ qui était inutile et de répéter τὸ σκάνδαλον. C’est d’ailleurs le seul cas où il emploie ce mot. L'expression « pierre de scandale » a fait perdre de vue le sens premier de ce mot qui est « tige à détente d'un piège, à laquelle est suspendu l’appât » : κρεέδιον τῆς σχανδάλας (ou τοῦ σκανδάλου, comme corrige l'éd. Didot) ἀπαρτήσας (ALcipur. Ep. πι, 22); cf. Aristoph. Ach. 687 où σκανδάληθρον est pris au figuré dans le même sens, pour des paroles captieuses. Dans les LXX, c’est un piège; cf. Sap. xiv, 11 où les | idoles sont εἰς σκάνδαλα ψυχαῖς ἀνθρώπων. Le scandale (y compris l’appât) est donc

une invitation dangereuse, qui perd celui qui se laisse engager, et au sens spirituel comme ici une invitation au péché (cf. Jos. ασπι, 13). Au sens propre du

mot, cette invitation n’est pas directe, car le piège ne fait pas d’avances, il

n’agit que lorsqu'il est déclanché par l'imprudent. Mais au sens spirituel, le

scandale est une occasion de pécher qui semble se ‘présenter elle-même, quoique cependant par le fait de quelqu'un. Placer le piège à dessein (Ps. cxxxix, 8)

serait le cas le plus grave.

9) oxavèaAitev peut signifier l’effet produit par l'exemple ou la parole dont l'influence peut être funeste (Jo. vi, 61), fût-ce à tort. Mais il peut aussi signifier l'acte de tendre un piège spirituel, c’est-à-dire d'amener directement la chute ‘ d’un autre (Ps.-Sal. x, 7). Ce doit être le sens ici, vu la sévérité des termes.

Mt. (xvin, 6) et Me. (πε, 42) ont μύλος ὀνικός, Le. dit λίθος µυλικός. D'après Norden (Antike Kunstprosa p. 487), c'est -pour éviter une expression contradictoire.

En effet, comme dit Moeris (p. 262), on nommait μύλος la meule inférieure, et ὄνος la meule supérieure. On ne pouvait donc désigner la pierre supérieure μύλος ὀνικός. Mais aussi n'était-ce pas le cas, et dans le Comm. de Marc nous avons traduit meule actionnée par un âne. Cependant Zorell dans son Lexicon (1911) et Ebeling dans son dictionnaire (1913) continuent à attribuer un contresens à Μο. et à Mt., ce qui ne devrait plus être permis. On croyait autrefois que ὀνικός était un terme biblique, et comme on ne le trouvait pas ailleurs il paraissait indiqué, à propos d’une meule, de 16 faire dériver d'êvos, meule supérieure. Mais aujourd’hui on sait que ὀνικός se disait des troupeaux (Pap. Berl. no 949 1. 24 en 34 ap. J.-C., et Pap. Nicole de Genève, n° 23, 1. 4 en l'an 70 ap. J.-C.), et d'une charge, youos ὀνικός (Tarif de Palmyre, 1. 90 et 45, dans Drrrens. Orient. graeci… n° 629). Deissmann (Licht von Osten, p. 50) et Moulton et Milligan (Expositor 1910, p. 92) ont noté ces cas sans rien conclure sur le sens de μύλος ὀνικός. Ἡ est pourtant clair que ce mot doit signifier une meule mue par un âne, comme λίθων κύθων καμηλικῶν (Ox. Ῥαρ. 478, 1.7 5. ne s. αρ. J.-C., cité par MM.) sienific des pierres carrées transportables par des chameaux. Le μύλος ὀνικός est donc bien la mola asinaria des Romains, opposée à la meule à bras. D'ailleurs ÿ y aurait eu du pédantisme à parler avec précision de la meule supérieure. Pourquoi celle-là plutôt que l'autre? Luc à même sans doute trouvé que la meule à âne

LA A 3 ss 2 4 “ Ke περίκειται περὶ τὸν τράχηλον αὐτοῦ καὶ ἔρριπται εἰς τὴν θάλασσαν À ἵνα σχανυτοῖς. ἐὰν ἁμάρτῃ ὁ ἀδελφός

+ = <a δι < και == ο Ὅ 5ὲ < a ο ον a £ < ως << ces αἱ Ὅ ο à où = m οἳ Ωω m=

σου ἐπιτίμησον αὐτῷ, nai ἐὰν petavoñon ἄφες αὐτῷ' Άχαὶ ἐὰν ἑπτάχις τῆς

πρὸς σὲ λέγων Meravoü,

ήσεις αὐτῷ. 3 Kai εἶπαν οἱ ἀπόστολοι τῷ κυρίῳ ρόσθες ἡμῖν

précisait trop, et selon son habitude d'éliminer les détails pittoresques, il a dit simplement une pierre meulière.

Le scandale est exercé envers des petits, moins capables par conséquent de se défendre, et que Jésus pouvait montrer du geste. Étant parmi les disciples, ils sont donc croyants, ce que Mt. οἱ Mc. disent expressément, comme il convenait, puisque dans leur contexte — plus éloigné dans Μο. — il avait été question des enfants. — λυσιτελεῖ... ἤ, le positif pour le comparatif, comme les Grecs quelquefois, les langues sémitiques toujours.

Au lieu de εἰ avec le présent et le parfait, D a mis ᾿περιέκειτο et ἐδλήθη, ce qui est plus régulier, puisqu'il s’agit d’une hypothèse, cas irréel (Deb. $ 372, 3). Ἡ semble donc que le parfait ἔρριπται indique l’antériorité : c’est chose faite. — ἵνα indique le résultat, remplaçant ὅπως (Deb. $ 392, 393), à moins qu'on n'imagine avec Schanz qu'il s'agit du but qu’aurait eu le coupable! — Le sens est : mieux vaut pour lui de mourir — et d’une mort cruelle — avant (et non seulement plutôt) que de commettre une pareille faute qui serait une double ruine spirituelle, pour lui et pour autrui. En matière de scandale, s’il n’est pas tout à fait voulu, on pèche souvent par inadvertance, parce qu’on n’envisage que l'acte en lui-même, non ses conséquences pour le prochain (Rom. x1v, 13). C’est pourquoi Jésus ajoute deux mots : προσέχετε ἑαυτοῖς, qui se rapportent encore au v. 2 (Hoitz. Hahn contre Schanz).

3-4. Le Pardon DES orrenses (Cf. Mt. χνηι, 15.21.92). — I S’agit toujours des rapports entre disciples, c’est le seul lien avec ce qui précède. On dirait d'abord que Le. a glané des sentences courtes dans ME. xvrr. Mais il aurait changé le sens de sa source beaucoup plus qu'il ne le fait ordinairement avec Mc. En effet, Mt. traite d'abord de la correction fraternelle comme d'une institution entre les fidèles, puis du pardon personnel des offenses sans condition de pénitence. Dans Le. l’instruction du Sauveur porte surtout sur le pardon à accorder en cas de pénitence. D'autre part le texte de Mt. est primitif. Luc a donc probablement suivi ici une autre source d'information.

3) Nous avons rattaché προσέχετε ἑαυτοῖς à ce qui précède. On pourrait en faire une transition, mais le sens deviendrait tout à fait vague. — ἁμάρτη est la forme correcte (aor. 2), tandis que Mt. emploie un aoriste à sigma.

On dirait que Le., comme Mt., va parler de la correction fraterrielle à propos d’une faute quelconque (ἁμάρτῃ sans sis σέ introduit par D et quelques autres), puis on voit que c'est une offense atteignant celui qui doit faire la monition. En pareil cas elle est particulièrement délicate. On dirait que Le. l’a retenue d’un texte plus général. Cependant elle sera le plus souvent très utile entre frères — ce qui est l'hypothèse. Une franche explication, eût-elle la forme d’un reproche (ἐπιτίμησον), est une excellente manière de rétablir les bons rapports.

qu’il fût jeté dans la mer, [avant] que de scandaliser un de ces petits.

8 Prenez-y bien garde.

Si ton frère vient à pécher, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui. # Et s’il pèche contre toi sept fois le jour, et que sept fois : il revienne à toi disant : Je me repens; tu lui pardonneras. »

δέ les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente notre foi. »

4) Ἡ n’est pas dit comme dans Mt. de pardonner soixante-dix-sept fois sept fois, mais en revanche c’est tous les jours. Encore est-il que le pardon suit l’expression du repentir. On voit donc ici l'intention très marquée de maintenir entre les disciples beaucoup de cordialité même extérieure.

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