‹ Evangile selon saint LucChapitre 240 sur 300 · LE JUGE ET LA VEUVE · texte numérisé non relu

LE JUGE ET LA VEUVE

Cette parabole se rattache incontestablement à ce qui précède, c'est-à-dire aux difficultés qu'éprouveront les fidèles, et à la venue du Fils de l'homme.

Le texte a été désarticulé par Jülicher (suivi par Lorsy). Il y reconnait d’abord une parabole authentique (2-5) parfaitement parallèle à celle de l'ami importun (κι, 5-10), qui avait pour but de suggérer une prière instante. Plus tard l'Église primitive persécutée se sentit dans la situation de la veuve, et appliqua la parabole à la prière qu’elle adressait à Dieu pour être délivrée (6-82, sauf-7 qui a pu être ajouté par un lecteur de Le.). Luc, qui n'avait pas oublié le sens. primitif, l’a conservé dans l'introduction explicative du v. 1, et a ajouté le v. 8h, afin de mettre une sourdine à l'attente anxieuse de la vengeance. Peut-être qu'en somme le retard de la parousie était causé par les dispositions imparfaites de la communauté. |

On voit ce qu'il ÿ a d’arbitraire dans cette analyse. La fin explicative (6-82) peut très bien être appliquée à [a parabole comme Loisy le reconnaît, sans quela parabole devienne une allégorie. Nous avouons sans hésiter l'étroite ressemblance avec l'ami imporlun, mais une parabole, précisément parce qu'elle n’est pas une allégorie, est susceptible de plusieurs applications : à plus forte raison deux paraboles semblables. Gonçoit-on que Luc ait changé le sens de la parabole et qu'il ait composé une introduction tout exprès pour mettre en relief le sens.

- primitif? Cependant cette critique α le mérite d’avoir reconnu que le v. 8b ne cadre pas très bien avec l'application de la parabole. Il en faut simplement conclure que la venue du Fils de l'homme est peut-être toute circonstance: où Dicu aura vengé ses élus. . . 4) C'est le même auditoire, αὐτοῖς représente les disciples. — πρὸς τό ne: marque pas la finalité, mâäis seulement l’objet dont il sera question. La prière doit être constante; Paul a dit de même ἀδιαλείπτως προσεύχεσθε (1 Thess. v, 17). La disposition à prier, qui doit en effet être constante, ne répond pas à l'énergie:

“ {0r il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait toujours prier et ne pas se décourager, *disant : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne se souciait pas des hommes. 511 y avait aussi dans cette ville une veuve, et elle venait à. lui,

des termes. D'autre part on ne saurait les taxer d'exagération (Jül. Loisy, etc.), soit parce que des âmes privilégites arrivent en effet à à une prière qu’on peut dire continuelle, soit parce que l’avis est donné en vue d’une grâce qu'on veut absolument obtenir. C'est ainsi qu'à la fête du Sacré-Cœur en juin 4918 la prière publique fut vraiment ininterrompue de jour et de nuit en France. On peut croire aussi (Schanz) que Le., dans cette introduction un peu vague sur le sujet de la parabole, se réfère tacitement à ce qui sera expliqué plus loin. La veuve n'assiégeait pas la demeure du juge; elle y. venait souvent. De même la prière aura lieu πάντοτε si elle revient à la charge aussi longtemps qu'il faudra. — ἐγκακεῖν (Soden) ou ἐνκαχεῖν est le même mot, avec la racine (ἔν tive xaxbv εἶναι), andis que ἐκκακεῖν ne doit être qu'une fausse variante, car il n’existe pas de verbe formé avec ἐκ. Le sens « se décourager » convient ici et dans les textes de Paul. |

2) Si le juge avait été un païen (PL), Jésus lui aurait-il reproché de ne pas raindre Dieu, le seul vrai Dicu? Sans doute il y avait des prosélytes qu’on 1ommait des craignants Dieu, mais rien n'indique ici une situation aussi spéciale. e juge ressemble au roi Joachim dont Josèphe (Ant. X, v, 2) a dit qu'il n'était : μήτε πρὸς θεὸν ὅσιος μήτε πρὸς ἀνθρώπους ἐπιεικής, mais l'expression de Le. est plus orte. Son juge ne manquait pas seulement de piété, il n'avait pas cette crainte le Dieu qui eùt dù l'empêcher de commettre l'injustice. Et à défaut de cette rainte, il n'avait le respect de l'opinion vis-à-vis de personne (ἄνθρωπον sans rt). — ἐντρέπεσθαί τινα « avoir honte devant quelqu'un », l’accus. (au lieu du én.) depuis Polybe; cf. Sap. 11, 40; Job. xxxrr, 21, où le passif semble avoir le ens du moyen. — Ce juge qui incarnaïit l'injustice (v. 6) aurait sûrement tenu ompte d'un puissant, mais il se moquait de ce qui n’était que murmure impuisant.

3). Et il y avait une veuve, c'est-à-dire une femme privée de tout appui. Sa amille n'avait plus à s'occuper d'elle depuis son mariage, et son mari manquait. 6 bon juge était précisément 16 juge qui faisait droit aux veuves, le κριτῆς τῶν ηρῶν (Ps. Ίχνη, 6) qui, à vrai dire, dans le psaume n’est autre que Dieu. ‘iomme les personnes qui n'ont plus rien à perdre, et avec plus d’obstination ue n'en ont les hommes, moins d’amour-propre aussi, cette veuve venait et evenait (ἤρχετο), demandant toujours justice dans les mêmes termes. Elle est ensée avoir un adversaire qui avait profité de son impuissance pour la dépouil- 2. — ἐκδίκησον avec ἀπό n'est pas une instance pour être vengée, par exemple our obtenir la vengeance du sang, mais tout d'abord pour qu'on reconnaisse son roit, ce qui suppose d'ailleurs la condamnation de l'adversaire. C’est ‘plutôt a délivrance pour elle (comme dans Jud. χι, 36 ἐν τῷ ποιῆσαί σοι Κύριον ἐκδίκησιν πὺ τῶν ἐχθρῶν σου, ἀπὸ υἱῶν ᾽Αμμών et très nettement Pap. ΑΕΙ 434, 1. 10, ος, ap. J.-C.) que le châtiment pour ceux qui ont commis un mal irréparable

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