‹ Evangile selon saint LucChapitre 272 sur 300 · PROMESSE FAITE A SIMON-PIERRE · texte numérisé non relu

PROMESSE FAITE A SIMON-PIERRE

Le. ne contient pas la prophétie sur le scandale des Apôtres, ni lannonce de Jésus qu’il les précédera en Galilée (Μο. xrv, 27-28; Mt. xxvr, 941.99). Le second point eût été une pierre d’attente inutile, puisqu'il ne parlera que des apparitions à Jérusalem. Mais ce n'est pas pour épargner les Apôtres qu’il tait le premier point, car il va supposer leur défection; c'est plutôt parce qu’elle était exprimée par un texte biblique. Ἡ a préféré montrer que cette défection n'avait été consentie par Dieu que dans une certaine mesure, et qu'elle ne dérangeait pas ses desseins. C’est Simon-Pierre qui sera l'instrument du salut.

On ne saurait dire avec quelques critiques (Loisy etc.) que ce passage est l'équivalent-remplaçant de Mt. xvi, 17-19, car loin de fonder la prééminence de Pierre, il suppose plutôt qu'elle lui est maintenue. Ce n’est pas non plus une simple substitution à Me. κιν, 27, mais une déclaration très importante sur le rôle futur de Pierre. Marc l'a omise peut-être parce que Pierre ne notait pas dans sa caléchèse ce qui était en son honneur. Matthieu a pu croire que son texte (xvi, 17-19) ayant un caractère absolu, suffisait, comme Le. a pu penser que les paroles à la Cène le dispensaient de reproduire celles de Césarée de Philippe, même s’il les eût trouvées dans la tradition en dehors de Mec. Sa fidélité à de bonnes sources nous étant connue, il n'est pas douteux que les paroles du Christ ne soient authentiques, d'autant qu'elles sont étroitement conditionnées par les circonstances, et accusent la faiblesse de Pierre,

M.'Loisy dit très bien : « Les paroles qui sont ici altribuées à Jésus réfléchissent un souvenir très précis, et un sentiment très net de la conscience chrétienne, touchant la place et l’action de Simon-Pierre dans la communauté apostolique » (u, 552 s.). Seulement le souvenir précis comprenait la prière de. Jésus et ses paroles.

31) Jésus nomme Simon deux fois, ce qui indique une certaine solennité (x, A); mais pourquoi Simon? Parce que Jésus lui parle comme à un homme

#Simon, Simon, voici que Satan a obtenu de vous cribler comme le froment. #Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas; et toi quand tu seras revenu, affermis tes frères. » |

faible, qui ne mérite pas alors le nom de Pierre (ef. Mc. xiv, 37; Jo. κχι, 15). D'après Loisy : « La vraie raison paraît être en ce que les paroles de Jésus sont comme une interprétation discrète du nom et du surnom de l'apôtre, analogue à la formule de Matthieu : « Simon, fils de Jean, je te dis que tu es Pierre » (α, #52). Soit, pourvu que l’analogie n'aille pas jusqu'à fondre les deux épisodes eu un seul. Il y a en effet analogie dans les situations. Simon est promu dans Mt., rétabli dans Le., au rang de fondement de la foi; mais Le., qui a souvent nommé Pierre, né prétend pas que son nom date de ce moment.

— ἐξητήσατο n'est pas plus que expetivit (Mald.). Le verbe grec au moyen’ signifie demander, spécialement demander qu'on livre quelqu'un : καὶ μικρὸν ὕστερον ἐξαιτουμένων τῶν πολεµίων.,. οὐκ ἐξέδωκεν (PLuT. Pyrrh. IN). Dans le cas cité, la demande n'est pas suivie de succès. Mais Field (suivi par Holéz., Ρἱ., Hahn.), a montré qu'à l'aor. ce verbe signifie « obtenir par prière », « demander avec succès ». Aux exemples qu'il cite : Pcur. Pericl. XXXIT; XÉx. Anab. 1, 1, 3; Chrys. T. XI, p. 137 B, on peut joindre Eur. Troud. 980; Hec. 49 et encore Syll. 330 1. 15, si je ne me trompe. Le sens de tous ces textes est « faire valoir ses droits », et en fait « obtenir ». C'est le sens normal, quoique non pas nécessaire de l’aoriste, car dans Dion Cassius Ίχνπι, 19, la demande est rejetée.

Ici, Pintention de Satan était sans doute d’avoir les Apôtres à sa discrétion, de les entraîner à une défection sans remède, et cela il ne l’a pas obtenu. Mais ce n’est pas non plus ce qu'il a demandé. Il a demandé et obtenu de les mettre à l'épreuve, une épreuve telle qu'il escomptait leur chute définitive. Tout le monde a comparé Job, 1, 14-12. — Cette épreuve est désignée par σινιάσαι, de σινίον, l’objet et le verbe étant inconnus des classiques. D’après Macaire (P. G. xxxtv, 496), il semble que σινίον. soit non un van, mais un crible. Le van discerne le grain de la païlle et des ordures, le crible ne laisse passer que ce qui est d'une certaine finesse. Mais ici le büt précis de l'opération matérielle est complètement en dehors de la perspective (contre Schanz), car Salan ne se propose ni de séparer 16 bon grain de la paille, ni d'avoir une certaine qualité de grains ou de farine; il ne tente pas pour obtenir une matière plus pure. La comparaison porte seulement sur l’action de cribler, qui suppose qu'on secoue dans tous les sens, non sans les meurtrir, les objets qui doivent passer ‘dans de pelits trous. C'est ce qu’a bien compris Macaire. Les Apôtres vont être secoués et durement meurtris. On dit de même secouer quelqu'un comme un prunier, sans se soucier d'en obtenir quelque chose.

ο 32) Ἡ y a parallélisme entre ἐγὼ δέ et καί av, le rôle du Seigneur et celui de Pierre. Jésus a prié pour tous les Apôtres (Jo. αντ, 9); s'il a prié spécialement pour Pierre, ce n'est pas simplement parce que sa foi était plus exposée (Hahn.), mais parce qu'elle importait au salut des autres. Bengel (protestant) l'a très bien dit : Jesus servato Petro, cuius ruina ceteros traæisset, omnes servavit. Totus sane hic sermo domini Praesupponit Petrum esse primum apostolorum, quo stante

LE ΄ 9 2 ki κ. ( σον τοὺς ἀδελοούς σου. 85 δὲ εἶπεν αὐτῷ Ἱύριε, μετὰ co ἔτοιμός εἶμι 3 € ἰ ὁ

aut cadente celeri aut minus aul magis periclitarentur (ap. Hahn.). La foi de Pierre c’est sa conviction dans le caractère surnaturel de Jésus (ef, v, 20; vi, 9: vur, 25 etc.). Elle n’a pas défailli (ἐκλείπειν, xvr, 9); car, s’il a nié avoir connu Jésus, il n’a pas nié qu'il fùt 1ο Messie et le Fils de Dieu. Sa faiblesse de caractère n’entraînait pas l’abandon de sa conviction, demeurée ässez vivante pour déterminer l'explosion de son repentir. La prière de Jésus ne pouvait être frustrée. — ποτέ, dans l'avenir (Rom. 1, 10), quand les Apôtres seront demeurés seuls privés de leur Maître. — ἐπιστρέφειν signifie se retourner (Apoc. 1, 12), οἱ spécialement se retourner vers Dieu, se convertir (Act. 1x, 35; χι, 21; xiv, 45; xv, 19 eic.).

Dans la prédication des prophètes, cet objet dominant pouvait être sousentendu, se retourner c'était revenir à Dieu (Is. ντ, 10, cité Mt. κια, 15; Act. xxvat, 27). Ici l’objet n’est pas indiqué, il ne peut être question d'une conversion totale à Dieu. Dans les termes mystérieux d'une prophétie, Jésus prévoit un écart de Simon, qui se remettra ensuite dans la bonne voie. L'allusion à sa faute est done évidente, mais ne doit pas en dépasser les conditions. C'était l'opinion de tous quand Maldonat ἃ proposé de prenûre. ἐπιστρέψας pour un hébraïsme : « à ton tour », sieul ego te confirmavi, lu tierum fratres tuos confirma, et cette interprétation a eu beaucoup de succès; on l’a crue plus honorable pour Pierre, comme si elle pouvait dissimuler le reniement. En réalité, il ya malentendu. En latin tferum signifie « de nouveau » et peut aussi signifier « d’un autre côté », tandis qu’en hébreu nt indique le changement d'attitude d’une seule personne. A supposer que ἐπιστρέφας représente 31) (dans la traduction de Delitzsch : παν ον Τα Ὢπ») on ne pourrait le traduire : à ton tour. Il va sans dire que nous devons le traduire d’après son sens grec. Knabenbauer réfute Mald., mais lui-même prend ἐπιστρέφειν au sens actif (r, 46; Jac. v, 19) : « après avoir ramené tes frères, fortifie-les ».

C'est bien ce qu'a entendu le ms. D, mais il a dû changer {6 texte : σὺ δὲ ἐπίστρεφον χαὶ στήριξον τοὺς ἀδελφούς σου. Ce sens convient bien, comme dit Kn. au rôle du Chef de l’Église, mais il n'est pas en situation, car Simon, avant de ramencr les autres, avait à se retourner lui-même. — Ηο]ίπ. sous-entend εἰς σεαυτόν, d'après sv, 17; mais pourquoi Le. aurait-il exprimé obscurément ce qu’il savait dire clairement? — στήρισον hellénistique pour στήριξον, « établis solidement », au sens moral inconnu des classiques. — fi faut donc reconnaitre dans ce passage une première allusion à la chute de Pierre, mais délicate, qui en limite la portée, et si bien pardonnée d'avance que l’Apôtre est expressément chargé de confirmer ses frères dans la foi, la sienne étant indéfectible en vertu de la prière du Seigneur. Le concile du Vatican a cité ce texte pour établir le dogme de l’infaillibilité pontificale (Const. de Eccl. ο. iv). Et en effet, si les Apôtres pour lesquels Jésus a prié avaient besoin d’être fortifiés dans la foi par Pierre, les successeurs des Apôtres doivent être dans le même rapport avec le successeur de Pierre, puisque ce dernier est établi à jamais comme fondement de l'Église

(ME, xvi, 18).

811 lui dit : « Seigneur, avec toi je suis prêt à marcher et vers la prison et à la mort. » #Mais il dit : « Je te [le] dis, Pierre; [le | coq ne chantera pas aujourd’hui avant que tu n'’aies nié trois fois de me connaitre. »

33-34. ANNONCE DU RENIEMENT DE PIERRE (Me. xiv, 29-30; ME. xxvr, 33-34; Jo. xnr, 37-38). oo

Les quatre évangélistes sont d'accord sur la protestation de Pierre, sur l'annonce du reniement, qui sera triple et sur le chant du coq. Mais tandis que Me. et Mt. placent la prophétie de Jésus sur le chemin de Gethsémani (Μο. 26; Mt. 90), Le. et Jo. la placent dans le cénacle. De plus Μο. seul parle du second chant du coq; d’après 165 trois autres, « avant que le coq ait chanté ». Saint Augustin (de cons. Π1, 11, 5) admet que la prédiction a été faite trois fois, sans doute parce qu’il s’y croyait obligé dans cet endroit (cogant intelligi) par sa conception de l'inspiration ou de la manière d'écrire l’histoire. Si tout le monde, même Kn., renonce aux trois prédictions c'est qu’on conçoit plus largement l'exactitude dans l'histoire, selon l'exemple d'Augustin lui-même en d'autres endroits : Sane quod earundem sententiarum «a domino dictarum non eundem omnes ordinem servant, nihil ad rem pertinet vel intellegendam vel insinuandam, dum ea quae ab illo dicta referuntur non sibimet adversentur (de cons. IT, LXXVI).

Les divergénces sur le lieu ne sauraient jeter le moindre doute sur le fait de la prédiction; pour opter délibérément sur le lieu, il faudrait des raisons décisives qui font défaut. Si le groupement autour d'une table est plus favorable à la conversation que la marche nocturne sur des chemins, peut-être étroits, n'est-ce pas cette convenance même qui a porté Le. à placer les discours de Jésus au Cénacle ? :

33) Le δέ doit être très accentué. Simon a compris que le Maitre faisait allusion à l'abandon des Apôtres. C’est contre quoi il proteste pour sa part. C’est donc au fond la situation de Mec. xiv, 29, mais Pierre ne se montre pas dans Le. enclin à se mettre au-dessus des autres. Sa protestation est calme et bien conçue; μετὰ σοῦ en vedette, c’est son amour pour le Maître qui lui fait affronter la prison, qu'il subira en effet (Act. v, 18; χι, 9-5], et la mort, dont certes Luc a pu parler ici sans savoir que déjà Pierre avait subi le martyre. La rédaction de Le. est avec celle de Μο. dans le même rapport que χχι, 15 et Μο. xxrr, 14, οἱ il n’est pas nécessaire de supposer la reproduction littérale d’une autre source. Autre chose est un évangile qui reproduit textuellement les paroles de Jésus avec des allusions qui ne pouvaient guère être comprises que des Juifs, autre chose un évangile qui transcrit la pensée en style littéraire recu.

34) « Pierre », parce que la répétition du nom de Simon eût été affectée, à propos d’un personnage connu sous le nom de Pierre. C'est peut-être parce que le’ second chant du coq (Μο.) ne changeaïit rien à la substance des choses et à leur leçon que Le. parle seulement du chant du coq. Il dit σήμερον, quoique sans doute il ne füt pas encore minüit. Ce mot étant sans doute consacré par la tradition comme très cinglant. C'était la manière juive (Μο.), le jour commençant au coucher du soleil, que Le. n'a pas voulu changer (cf. xx, 54). Il limite le

οὗ φωνήσει σήμερον ἀλέγτωρ ἕως τρίς µε ἀπαρνήσῃ εἰδέναι. 35 Kai ο 4 a ee 5»

ἴπεν αὐτοῖς "Ὅτε ἀπέστειλα ὑμᾶς ἅτερ βαλλαντίου καὶ πήρας nai ὑποδη-

3 τ μα Hi 2 Αλλά νῦν ὁ ἔχων βαλλάντιον ἀράτω, ὁμοίως καὶ πήραν, καὶ ὁ μιἠ ἔχων πα 3 πωλησάτω τὸ ἱμάτιον αὐτοῦ καὶ ἀγορασότω µάχαιραν. 7 λέγω γὰρ ὑμῖν der τοῦ-ο + μα υμένον δεῖ τελε 0% δν ue { Ka! ee ὅνή ὅτι τοῦτο τὸ yeypaypévoy δεῖ τελεσθῆναι ἐν ἐμοί, τὸ Kai μετὰ ἀνόμων

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