LES TEMPS HEUREUX ET LA GRANDE ÉPREUVE
Propre à Le. Intituler cette péricope « les deux glaives », c’est donner beaucoup trop d'importance à la réflexion des Apêtres. Elle est tout à fait en situation, et l’aspect légèrement paradoxal des paroles de Jésus, le peu d'intelligence des Apôtres, l’indulgence souriante du Maitre sont des preuves d'authenticité reconnues par tout le monde.
Elle prouve donc l'excellence des additions de Luc. Α la différence des discours sur leur apostolat futur (κα, 2 ss. ; xxr, 12 ss.) ces paroles n’ont pour but que de faire pressentir aux Apôtres la gravité des événements qui sont commencés. |
35) IL y à une légère reprise du discours, καὶ εἶπεν, mais qui n’est peut-être causée que par l'interruption de Pierre, car ce qui suit rentre dans le thème des épreuves annoncées au v. 31. — Les trois termes bourse, besace et chaussures rappellent plus la mission des disciples (x, 4) que celle des Apôtres (1x, 3). On en a conclu (Holéz. Loisy etc.) que la mission des disciples avait été ajoutée.par Le. d'après des textes qui parlaient des Apôtres. Mais nous expliquons Le. qui a les deux missions. Il faut donc plutôt supposer qu'il n'attachait aucune importance à la lettre des recommandations qui varie dans les évangélistes, même relativement aux Apôtres. Les termes, quel qu’ait été précédemment leur emploi précis, désignent cette pauvreté que Jésus α imposée aux Apôtres dans leur mission, parce qu’alors la haïne des Pharisiens n'avait pas engendré la défiance de tous, et qu’on observait envers les messagers de la bonne nouvelle l'hospitalité qui est de règle en Orient. C'était du moins le cas ordinaire, et Jésus avait prévu un mauvais accueil possible (1x, 4; x, 10), mais enfin c’étaient tout de même des temps heureux et remplis d'espérances.
36) Tout est changé désormais. Quel est le régime de μὴ ἔχωνϊ D'après un grand nombre de modernes (de Bèze à Godet), μάχαιραν qui suit. Mais si l’on avait bourse et besace, il n’était pas nécessaire de sacrifier son manteau pour acheter un glaive. Les contemporains (Kn. Schanz, Weiss, Loisy, PI.) sous-entendent
%Et il leur dit : « Lorsque je vous ai envoyés sans bourse, ni besace, ni souliers, quelque chose vous a-t-il manqué? » Ils dirent : « Rien. » #11 leur dit : « Mais maintenant, que quiconque a une bourse la prenne, et de même une besace, et que celui qui n’en] a pas vende son manteau et achète une épée. #’ Car je vous disque cette écriture doit s’'accomplir en moi : Il a été compté parmi les malfai-
θαλλάντιον et πήραν, 66 qui est aussi le plus naturel d'après le mouvement de la phrase. Seulement il semble en résulter que dans le premier cas, si l'on a bourse εἰ besace, il n'est pas conseillé d'acheter un glaive, d’où cette autre conséquence que le glaive aurait pour objet de se procurer des aliments par la force. Le très grand nombre recule devant cette extrémité; Jésus ne peut avoir parlé du glaive que pour la défensive. Quelques-uns en effet (Loisy, τι, 555) pensent qu’il faut prendre le conseil à la lettre et non au figuré. Mais si l’on admet que Jésus trace ici en général les caractères d’une situation très sombre où l’épée a toujours le dernier mot, sans conseiller à ses Apôtres de s’en servir en aucun cas, il a pu indiquer comme caractéristique de cette situation la nécessité de recourir au glaive pour vivre, si l’on n'a ni argent ni provisions. Comprise ainsi la phrase est parfaitement claire. Que d’ailleurs Jésus n'ait pas conseillé l'usage des armes à ses Apôtres, c'est ce qui résulte avec évidence de son esprit et de ses avis antérieurs (x, 3; x, #3 xx1, 12), sans parler de ce qui va suivre, xxI, 54. .
37) Les Apôtres seront en butte à La haine et au mépris parce qu'ils partageront dans l'opinion le sort de leur Maître, en la personne duquel sera réalisée la parole d'Isaïe (15. zur, 12); τελέω au passif, comme xvur, 31; cf. Jo. xx, 28. 30; Apoc. xvu, 17. On trouve mauvais que le Sauveur ait pensé à un passage d'Isaïe, l'endroit de toute la Bible qui exprimait le mieux sa mission et le sens de ses souffrances. D’après Loisy (x, 556) : « la citation alourdit un peu le discours », dont 16 terme naturel serait simplement que la destinée du Sauveur touche à sa fin. Mais à vrai dire, la citation est bien en harmonie ‘avec ce qui précède, et sert à tout le moins d’intermédiaire indispensable. Quant à sa relation avec ce qui suit, il faut choisir entre deux solutions. a) On traduit καὶ γάρ par etenim, sens atténué que les deux mots ont sùrement chez les classiques, et, sans suppléer précisément γεγραμμένον avec τὸ περὶ ἐμοῦ, ce qui serait trop audacieux, on entendrait la destinée de Jésus en tant que prédite par les prophètes, et alors τέλος ἔχει aurait le sens de « s’accomplit », sens qu'il avait même chez les profanes, comme Field l’a montré : τέλος γὰρ τὰ - μαντεύµατα ἐφαίνετο ἔχειν (Denys Haz. Ant. 1, 56 etc. b). Mais cette interprétation crée presque une tautologie. Ἡ vaut donc mieux garder à καὶ γάρ la valeur des deux mots, Ἄαπι eliam, « oui, même », n’ajouter à τὸ περὶ ἐμοῦ ni la lettre ni l'esprit de τὸ γεγραμµένον, et entendre τέλος ἔχει dans son sens naturel (Μο. ut, 26). Ἡ n'y ἃ pas cependant « une double conclusion » (Loisy), mais une évolution de la pensée vers le terme de la destinée que Jésus avait à remplir sur la terre, y compris sa mort. — καὶ γάρ « car aussi » est le sens normal dans Ie N. T. (Deb. $ 452).
ἐλογίσθη καὶ γὰρ τὸ περὶ ἐμοῦ τέλος ἔχει. Sci δὲ εἶπαν Κύριε, ἰδοὺ ! € ’ αν µ ni η 2 μάχαιραι ὧδε δύο. 6 δὲ εἶπεν αὐτοῖς Ἰκανὸν ἐστιν. 2 1 C4 \ . 5 = 9 μα 39 Ko ἐξελθὼν ἐπορεύθη naze τὸ ἔθος εἰς τὸ Όρος τῶν ᾿Ἠλαιῶν' ᾖχο-
λούθησαν δὲ αὐτῷ καὶ of µαθηταί. 39 γενόμενος δὲ ἐπὶ τοῦ τόπου εἶπεν
38) Les Apôtres n'ont pas interrompu leur Maitre, mais le glaive, objet concret, a frappé leur attention. Ils ne sont peut-être pas fâchés de faire entendre que rien ne les étonne, et qu'ils ont pris leurs précautions. Car ces deux µάχαιραι doivent être des épées et non des couteaux pour immoler la Pâque (Chrys. etc.); µάχαιρα a ce dernier sens en grec, mais non dans le Ν. T., et c’est bien assez que les Apôtres n'aient pas compris la pensée de Jésus, sans leur attribuer encore l'inintelligence des termes. Les Galiléens étaient braves (Jos. Bell. IIL, 11, 2 µάγιμοι... ἐκ νηπίων) et ne s'étaient sans doute pas mis en route sans armes. — La réponse de Jésus montre bien qu’ils ne l'ont pas compris, et qu'il ne fait pas fond sur leur arsenal. Car ἱχανόν ἐστιν ne peut signifier « c’est assez pour nous défendre, nous voilà en sûreté », ni « c'est assez pour une apparence de résistance », qui eût été plus nuisible qu'utile, sinon dérogeant à la noblesse du sacrifice. Pour mettre en évidence l'illégalité et l’odieux de l’attaque, une protestation devait suffire. Jésus veut donc simplement rompre une conversation que ses auditeurs ne sont pas en état de soutenir. Pourtant le sens n’est pas : « en voilà assez » (Tatien. « assez pour toi » 777), mais « cela est suffisant », « c'est assez pour ce que j'avais en vue ». On peut soupçonner avec Cyrille d'Al un sourire indulgent, et non sans mélancolie : μονονουχὶ διαγελᾶ τὴν φωνήν.
᾿Αρχεῖ de D est la traduction du latin suffcit. -
La. Bulle Unam sanctam de Boniface VIII (et non pas seulement les auteurs cités par Kn.) α vu dans ces deux glaives les deux pouvoirs spirituel et temporel : In hac eiusque potestate duos esse gladios, spiriltualem videlicet et temporalem, evangelicis dictis instruimur, etc. (Denzinger-Bannwart, p. 206). Mais ce considérant n'est pas partie intégrante de la définilion et n’est donc pas enseigné par l’autorité infaillible. |
39-46. L'AGONIE ET LA PRIÈRE AU Μοντ pes Oriviens (Mc. χιν, 26.32-42; Μί. χκνι, 30.36-46).
Lc. passe sous silence le choix des trois pour veiller avec Jésus, et la triple prière soulignant trois fois leur torpeur ; il ne nomme pas non plus Gethsémani. Les Apôtres sont pris en groupe, et Jésus leur recommande deux fois de prier pour ne pas entrer en tentation. Ce simple schéma ne saurait remplacer le vaet-vient émouvant de Me. et de Mt., la déception du Sauveur du côté des disciples, le regard jetf sur son état d'âme. En revanche Le. insiste davantage sur l'intensité de la prière, l'état physique où était réduit Jésus, le secours qu'il a recu du ciel. Il est donc moins semblable à Mc. que d'ordinaire dans leurs passages parallèles, non qu’il en ait simplement'écrit de nouveau la substance à sa manière, mais parce qu'il a employé une tradition plus complète. [l était
teurs ; aussi bien ce qui me regarde arrive à son terme. » #ils dirent : « Seigneur, il y a ici deux épées. » Il leur dit : « C’est assez. »
#Et étant sorti il alla selon sa coutume au Mont des Oliviers; ses disciples aussi 16 suivirent. “Arrivé à l'endroit il leur dit : « Priez pour ne pas entrer en tentation. » “Et il fut attiré loin d’eux environ la distance d'un jet de pierre, et il se mit à genoux et il
assez nalurel que, pour ne pas allonger trop le récit, il résumât le resie, déjà écrit et connu.
Pour l'authenticité de sa partie propre, voir sur v. 43 et 5.
39) Le. est parfaitement cohérent avec lui-même. 11 a parlé des habitudes de ces journées (xx1, 37). C’est comme un rendez-vous avec le traître, mais Jésus ne veut point sortir de sa ligne (cf. Jo. xvnr, 2). L'action de grâce ὑμνήσαντες (Μο. Mt.) est omise, sans doute parce que les discours se sont prolongés dans Le. après le repas. La présence des disciples est indiquée expressément ; mais elle était supposée en fait dans Μο, et ΜΕ, par les paroles à eux adressées sur le
hemin (Μο. 27 ; Mt. 34). -
40) Toujours peu curieux de chorographie, Le. ne nomme pas Gethsémani. Le lieu est celui où l'on allait d'ordinaire, ou ‘peut-être simplement celui que l'auteur a en vue et qu'il ne veut pas nommer. L'invitation à la prière faisait partie de la tradition de Mc. (38) et de Mt. (41), avec le même motif de ne pas entrer en tentation. On est seulement un peu surpris de la rencontrer deux fois, ici et v. 46. Au v. 46 elle est à sa place traditionnelle. Ici, Le. ayant omis l'invitation à veiller pouvait très légitimement la remplacer par ce qui était, pour les disciples, le point le plus urgent dans la circonstance (v. 31), et qui était toujours de mise pour eux (xt, 4). D’après Loisy (1, 562; cf. 568): « La relation primitive donnait sans doute l'avertissement en cette forme : « Priez pour que je n'entre pas en tentation. » On n’est pas mieux informé, mais jamais Jésus ne se montre dépendant de ses apôtres pour ses rapports avec son Père. L'infin. εἰσελθεῖν est parfaitement classique après προσεύγεσβαι, Le. varie ici la formule du v. 46 qu'il reproduira telle quelle d’après Mc. ou la tradition. L'insertion de µε (Loisy) serait peu naturelle, car le verbe à l'infinitif s'entend naturellement du sujet du verbe défini.
41) Style de Luc. — ἀπεσπάσθη (ef. Act. χι, 1: IV Macch. xur, 18) doit s’entendre d’une force intérieure qui entraîna Jésus à une certaine distance de ses disciples; ce fut sans doute l'attrait qui le portait à se réfugier dans la prière. Dans II Macch. τη, 40:17 ἀποσπάω signifie simplement s'éloigner, mais à l’actif, — Le. seul a précisé la distance d'un jet de pierre, c’est-à-dire environ trente rhètres, de sorte que les disciples, pendant une nuit de pleine lune, pouvaient voir leur Maître. Ἡ est vrai qu'ils ne tardèrent pas à s'endormir. — Si τιθέναι τὰ γόνατα est un latinisme, genua ponere, il est familier à Luc, Act. vu, 60: 1x, 40; xx, 36; xx, 5; encore Mc. αν, 19 + N. T. Ce n'élait donc pas une règle absolue de prier debout. On s’agenouillait pour certaines prières plus ardentes. Luc remplace ici par un terme presque liturgique et voulu le mouvement qui jette Jésus à terre (Μο. Mt.).
dm” αὐτῶν ὡσεὶ λίθου βολήν, καὶ θεὶς τὰ γόνατα προσηύχετο ο λέγων Πάτερ,
ὃν 44 voi «γεὐόιιενος ἐν ἆνωνία ἐχτενέστερο" ͵ AE NE αυτον. γαι γενομ.εὺος εν αγων x ÉATEVÉOTEROY προσηύγετο καὶ Εγενετο
42. παρενεγκε (Η V) plutôt que παρενεγκαι (T) et non παρενεγκειν (9), 19 et 44. cf. Commentaire.
48. απ᾿ ονρανον (T S V) plutôt que απο του ο (H). L4, ro εγενετο (T H) et non εγενετο δε (S V).
42) La prière est la même que dans Me., εἰ βούλει est en plus, mais était contenu virtuellement dans la soumission à la volonté divine. — βούλομαι exprime plus que θέλω la part de l'intelligence dans la volition, mais θέλημα paraît plus définitif que βουλή. Luc a donc écrit très correctement, mais on regrette les paroles brisées de Μο., qu’il a dû connaître, d'autant que la demande d'écarter le calice est dans les mêmes termes que Μο. avec παρένεγκε et non παρελθάτω (M.). 7
La prière de Jésus μὴ τὸ θέλημά µου ἀλλὰ τὸ σὀν' γινέσθω rappelle γενηθήτω τὸ θέληµά σου (M. νι, 10), omis par Le. dans le Pater. Avaït-il réservé ce thème?
43) ὤφθη indique une apparition visible aux yeux; c'est un terme de Luc, 1, dix, 34; xxiv, 34; Act. 11, 3; vi, 2.26.30.35 ; 1x, 17; νι, 313 Χνι, 9 ; xxvI, 46, qui se trouve une fois dans Μο. τς, 4, et une fois dans Mt. xvr, 3; dans I Cor. xv, 3.6.7.8; Apoc. χι, 19; ΧΗ, 1.3. — ἀποὐρανοῦ, venant du ciel, et non pas seulement appartenant à la cour céleste. — ἐνισχύω signifie ordinairement prendre de la force (Act. 1x, 19). Cependant il a Le sens actif dans 165 LXX et dans Hippocrate, Leæ. 11, 26. La force ajoutée ou rendue peut s'entendre soit du corps, soit de l'âme. Dans le cas présent, c'est l’âme qui souffre et par elle le corps ; c'est donc à elle tout d’abord que l’ange apporte de la force. Comment? c'est le secret de Dieu. Loisy estime que l'intervention de l’ange « viendrait mieux après la description de l'agonie » (1, 572), et c’est un des arguments contre l'authenticité des vv. 48 et 44. Mais l'ange n'apparaît pas comme un Deus ex machiné qui se charge de tout arranger. La prière de Jésus, parfaite dès le début, devait se prolonger longtemps, avec des efforts dont on va voir des effets extraordinaires dans le corps. L'ange ne venait pas pour dissiper l'angoisse, mais pour aider Jésus à en triompher (Schanz).
44) ἀγωνία ne signifie pas « agonie », c'est-à-dire les derniers spasmes avant la mort; mais Field exagère quand il en fait un synonyme de crainte. Les nombreux exemples qu’il cite associent l'éywvia à la crainte sans toujours les identifier, et ils ne sont pas les seuls. C’est plutôt l'anxiété ou l'angoisse, causée par la crainte d’un mal menaçant el assez obscur pour qu’on ne sache que lui opposer; cf. pour un sens bénin Pap. Tebt. 11, 4231.43 5. ὡς εἰς ἀγωνίαν µε γενέσθαι (Π95, ap. J.-C.) et pour une anxiété plus 8 grave, 1 Macch. mr, 14. 46: ἄν, 19; Jos. Ant. XI, ναι 4: : (αδδοῦς... ἦν ἐν ἀγωνίᾳ παὶ δέει,.. πῶς ἀπαντήσει... ἀμηχανῶν. Les médecins cités par Hobart associent ]ἀγωνία à la tristesse plutôt qu'à la crainte;
priait, disant : « Père, si tu veux, éloigne de moi ce calice; mais
que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, quise fasse! » BEt il
lui apparut un ange du ciel, quile réconfortait. #Et étantenagonie Ῥ 3 ξ ;
elle résulte de la crainte et n’est pas encore la tristesse, qui suppose le mal présent. — ἐκτενῶς indique la tension dans l'effort, et une tension continue; même association avec la prière, seulement Act. xur, 5, el (avec éxteveia) Act. XxvI, 7. — La sueur seule n’aurait rien eu d’extraordinaire, et pour marquer son
abondance la comparaison avec des caillots de sang n'eùt pas été indiquée.
Aussi quoique ὡσεί dans Le. signifie seulement « environ » ou « comme », on a
l'impression qu'il a voulu parler d’une sueur à laquelle étaient mélées des
gouttes de sang (opinion commune des anciens et des modernes). Cependant on
ne voit rien de décisif à opposer à Euthymius, l’entendant d’une sueur épaisse
(P.G. CXXIX ο. 685) : οὐχ ὅτι αἷμα ἵδρωσεν, ἀλλ᾽ ὅτι παχεῖς κατῆγεν ἱδρῶτας ὑπὸ τῆς
ἀγωνίας. Car les θρόµδοι ne sont pas des gouttes, mais comme dit Euthymius ot
παχύτατοι σταλαγμοὶ τοῦ αἵματος. Le médecin Arétée (ap. Hobart, p. 28) comparait
une chose épaisse (laquelle?) à des caillots : παχὺ καὶ πεπηγὸς οἷον θρόµόθοι.
Théophraste (de Sudor. 11 ap. Hobart p. 83) distingue précisément une sueur
qui ressemble à l’eau, et une autre qui ressemble au sang : ὁ δὲ ἐκ βάθους μᾶλλον
Μονὰς ἔλεγεν ὁ ἱατρός. La médecine connaît aussi une sueur rouge et une sueur de
sang (hématidrose) dont Aristote a déjà prononcé le nom, ὥστε ἤδη τινες ἴδισαν
(ont SUÉ) αἱματώδη ἱδρῶτα (Hist. anim. ut, 19). Quelle qu'ait été la nature de ce
phénomène, il atteste une souffrance cruelle, une angoisse extrême de l’âme qui
met le corps dans un état d’épuisement. La nature humaine de Jésus paraît ici
avec toute sa capacité de souffrir, mais aussi on ne voit nulle part ailleurs plus
clairement qu'il s’est donné, qu'il s'est livré pour nous de plein gré, et loin que
cette faiblesse de la nature assumée par le Verbe de Dieu scandalise les fidèles,
c’est dans le souvenir de son agonie que les plus grandes âmes ont été touchées
de l'amour de son Cœur. Peut-être cependant, au moment de la controverse
arienne, quelques fidèles ont jugé indigne du Fils de Dieu cette assistance d'un
ange et cette sueur décrite avec une crudité de pathologiste.
Que penser de l'authenticité des deux versets 43 et 44?
Elle α été mise en doute par 165 premiers protestants et par des catholiques, si bien qu’au concile de Trente (Conc. Trid. Diarioram pars prima, ed, Merkle), le cardinal de Jaen voulait qu’on énumérât spécialement que in Luca el Iohanne
tam ab hüereticis quam a nostris controvertantur (p. 38). Si on ne s’y décida pas de peur de troubler les esprits dès le début, l'intention du concile fut sûrement de comprendre ce passage dans le décret d'authenticité, comme le déclara le car-: dinal de Trente : Unum est, quoniam recipiuntur evangelia prout in ecclesia leguntur ; quod dum ea intentione factum est, ut ne scilicet de particulis illis Luce et aliorum, de‘quibus apud nonnullos hesitatum est, amplius dubitari possit (Session du 5 avril 1546, 1. 1. p. 45). Π est donc certain pour les catholiques que ce passage fait partie de l'Écriture inspirée.
Théoriquement on pourrait l’attribuer à.un auteur inspiré autre que Luc, mais cette hypothèse, dans notre cas, n’est suggérée par rien, car le passage est par-
ὁ ἱδρὼς αὐτοῦ ὡσεὶ θρόµβοι αἵματος xarafaivorres ἐπὶ τὴν γῆν. yat ava- :στὰς ἀπὸ τῆς προσευχῆς ἐλ θὼν πρὸς τοὺς μαθητὰς εὗρεν ποιµωμένους αὐτοὺς ἀπὸ τῆς λύπης, ᾖὃ καὶ εἶπεν αὐτοῖς ἨΤέ χαθεύδετε; ἀναστάντες προσεύ-
faitement dans le style de Luc (Holfz.), et nous avons vu que l’objection tirée du défaut d'ordre dans le contexte n’a aucune portée. La question s'est posée à cause de l’omission dans À BNRT W 143, 69 Bo. sah. syrsin., f de anc. lat., la marge du syr.-hier. quelques mss. arméniens. D'après Tischendorf, le premier correcteur de κ aurait obélisé le passage, réintégré par le second correcteur. Quelques mss. ont ici un astérisque ou un obèle. — Le passage se trouve dans κ D, tous les autres onciaux (y compris 6) et cursifs, anc.-lat., quelques mss. boh. et sah, syr.-cur. pes et hier. (les 3 mss.), arm. éth. Tat.-ar. Vg. | Quant aux Pères, aucun d'eux ne s’est prononcé contre le passage. Ambr. Cyr-Al. Dam. ue l'ont ni cité ni commenté. Hilaire et Jérôme ont connu des mss.
. d'où il était absent. La sueur de sang (ou tout le passage) a été admise par
Justin, Irénée, Hippolyte, Denys d’'AL, Eusèbe (canons), Théod. de Mops., Hilaire, Jér., Aug. etc. Enfin quelques- uns ont cru à un retranchement délibéré; Épiphane l’attribue à des orthodoxes, Anastase le Sin. a accusé des inconnus, Photius des Syriens, Nicon des Arméniens (cf, Tischendorf).
Dans ces conditions, ou bien il s’agit d’une addition antérieure à l'an 150, ou bien d’une suppression. L'insertion à une haute époque d’une tradition authentique (H., PI.) n’a rien d'improbable en soi, mais comment imaginer un auteur très ancien écrivant précisément dans 16 style de Le?
Cette hypothèse ne répugnerait pas à La foi, si l’auteur du passage avait été inspiré, mais elle n’a aucune vraisemblance pratique, et n’aurait de probabilité que si la lacune des mss. ne pouvait s'expliquer par une suppression.
Et d’abord ces témoins ne représentent guère que l'Égypte (d’où est W [Freer)) et non pas même toute l'Égypte (κ!). Il n’est vraiment pas permis de qualifier d'occidentale l’autre lecon comprenant D et toute La tradition syrienne, en grec
“et en syriaque. Justin et Irénée sont occidentaux, mais non Denys d'Al. 1l est
dur de s'éloigner de B, mais on sait qu’il omet plus qu’il n’ajoute, et Syrsin. est un témoin très peu sûr.
De plus, si l'insertion ne peut s'expliquer sans une tradition authentique, la suppression ἃ pu être causée par un scrupule théologique. Ce passage, cité au ne siècle contre ceux qui niaient l'humanité réelle du Christ (docètes), a pu être allégué au début du τν par ceux qui attaquaient sa divinité. Épiphane dit
"clairement que les orthodoxes en ont eu peur. D’après son texte, tel qu'il est
ponctué dans Migne (αμ, 738), il semble le dire des larmes de Jésus (Le. xIx, 44). Mais si ce passage des larmes a été cité par Irénée (1, 20), ce n’est pas contre les docètes, tandis qu'il cite Le. xxur, 44 contre ces gnostiques (ur, 99). lrénée : οὐδ' ἂν ἵδρωσε θρόµδους αἵματος. Épiph. : Κεῖται ἐν τῷ κατὰ Λουκὰν εὐαγγελίῳ ἐν τοῖς ἀδιορθώτοις ἀντιγράφοις (καὶ κέχρηται τῇ µαρτυρίᾳ ὁ ἅγιος Eipnvaïos ἐν τῷ πατὰ αἱρέσεων, πρὸς τοὺς δοχήσει τὸν Χριστόν περηνέναι λέγοντας)" ὀρθόδοξοι δὲ ἀφείλοντο τὸ ῥητόν, φοδηθέντες καὶ μὴ νοήσαντες αὐτοῦ τὸ τέλος, καὶ τὸ ἰσχυρότατον' καὶ γενόμενος ἐν ἀγωνίᾳ 2. τ. À. Les renseignements d'Épiphane ne sont pas toujours très sûrs; mais son renvoi à lrénée est parfaitement exact, et le motif de l'omission très plausible.
il priait avec plus d'instance, et sa sueur fut comme des globules de sang qui coulaient jusqu'à terre. # Et se relevant après la prière, et venant vers les disciples, il les trouva endormis par le chagrin, et il leur dit : « Pourquoi dormez-vous? Levez-vous et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation. »
ll y eut donc un certain flottement, probablement vers La fin du me siècle, qui dura pendant le 1v°, puis la tradition reprit tout son empire.
On peut ajouter comme cause secondaire de l’omission 16 caractère additionnel du passage dans Le., manquant par ailleurs des données si précieuses de Mt., sur lequel se portait surtout l'attention. C’est ainsi que saint Ambroise qui commente Luc, au lieu des vv. 43 et 44 passe à Mt. xxvr, 38. 41. 31. Si des évangéliaires et quelques mss. ont ajouté nos versets à Mt. xxvr, 39 (cf. Tisch., Sod.), d’autres mss. ont pu les supprimer ici pour plus de ressemblance entre les parallèles (Soden, p. 1446, quoiqu'il ait mis le texte entre crochets).
45) Le. assigne la tristesse comme raison de la somnolence des Apôtres. La tristesse est souvent une cause d’insomnie, mais il se peut aussi qu'elle accable et plonge dans la torpeur. Le contraste est prononcé entre Jésus qui se lève résolu de la prière et les Apôtres qui sont couchés, endormis par leur chagrin. |
46) Les paroles qui d'après Me. ont été adressées à Simon-Pierre, vont ici aux Apôtres, avec ἀναστάντες au lieu de γρηγορεῖτε, car dans Le. il n’y a qu'une prière de Jésus, et le moment est venu non pas de veiller, mais de faire face à la trahison. Marc -mérite ici la préférence, car la veille, qui s’imposait dans cette situation, était exposée à la tentation sans la prière. Désormais il ne reste plus beaucoup de temps pour prier. Mais la recommandation avait sa valeur pour toujours, aussi Le. la reproduit (cf. v. 40). -
47-53. ARRESTATION DE Jésus (Me. xiv, 43-52; Mt. xxvri, 47-56; Jo. xvinr, 2-14).
Le thème-est bien l'arrestation de Jésus, mais 16 mot n’est pas prononcé. Cette péricope α un caractère un peu anormal dans l'œuvre de Le. Il semble supposer les faits connus, et son intervention littéraire a pour but de leur donner leur sens et de les compléter. C'est ainsi que Le. ne dit pas que le baiser était un signe (Μο. Mt.), mais il le suppose et en indique d'un mot (v. 48) le caractère odieux. Le coup de violence d’un des disciples ne vient pas à la suite de l'arrestation (Mc. Mt.), mais est expliqué comme une agression défensive, à laquelle il faut renoncer. La guérison, du blessé est propre à Le. Les paroles de Jésus dans Μο. et Mt. visaient bien les chefs plutôt que la foule des agresseurs; Le. explique qu'ils étaient présents, et révèle le dessein divin au sujet de ce sinistre épisode (53b). La fuite des disciples est passée sous silence, plutôt pour les épargner (Schanz), que parce que les apparitions du ressuscité les retrouveront à Jérusalem (Holtz. Loisy), car ils pouvaient prendre la fuite sans quitter la ville. On peut regarder quelques-unes de ces môdifications comme un arrangement littéraire, Mais ordinairement Le. ne s'éloigne pas autant de Mc. Il a eu l'intention de préciser et de compléter, d'après des ᾿ informations qu'il tenait pour sûres. |
ο , ; Ê ων as χεσθε, ἵνα μὴ εἰσέλθητε εἰς retpacpév. 17 Ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος µ 3 ra ns LU ἰδοὺ ὄχλος, καὶ ὁ λεγόμενος ΄ Ιούδας εἷς τῶν δώδεκα προήρχετο αὐτούς, 2 ? - 2 ιο ? .ω μ po καὶ ἤγγισεν τῷ Ἰησοῦ φιλῆσαι αὐτὸν. 18 Γησοῦς δὲ εἶπεν αὐτῷ ’Ici3e, ?
ἐσόμενον εἶπαν Ἱκύριε, εἰ mardËomev ἐν µαχαίρη; 50 καὶ ἐπάταξεν εἷς τις ἐξ αὐτῶν τοῦ ἀρχιερέως τὸν δοῦλον not ἀφεῖλεν τὸ οὓς αὐτοῦ τὸ δεξιόν. {
à ? - 3 , En ” ω δ] ἀποχριθεὶς δὲ ὁ Ιησοῦς εἶπεν ᾿Εάτε ἕως τούτου nai ὀάμνς τοῦ
--α αι 52 ία δὲ I NS mn γρ) 4.
47) ἔτι αὐτοῦ λαλοῦντος comme dans Me. et Mt., mais l'impression est moins forte parce que dans Le. Jésus ne parlait pas actuellement du traître. La foule est anonyme et Le. ne dit même pas qu’elle était armée, parce que cela sera dit équivalemment au v. 52; il n'aime pas les redondances. Judas n'est nommé qu'après la foule, mais cependant il était bien à sa tête. C'est le même sens que dans Μο., dont le tableau se transforme en une ligne d'histoire. Rien du signal, et il n’est même pas dit expressément que Judas ait réalisé son dessein odieux. Et Le. qui aime les verbes composés se contente de φιλῆσαι. — ὃ λεγόμενος ne s'explique que par un renvoi au v. 3; Judas avait promis de livrer son maître; il va tenir parole (Hahn). — προέρχεσθαι, « devancer »; cf Μο. vi, 33, Il y a donc une certaine distance entre la troupe et Jésus (cf. v. 49). Pourquoi Judas prend-il les devants ? Il ne pouvait dissimuler aux Apôtres qu'il jouait le rôle de traître; c'était donc pour que les autres puissent voir clairement qui l'on devait arrêter.
48) Dans Mc. Jésus ne dit rien à Judas. La parole de Mt. est touchante, un peu obscure comme ce qui jaillit d'un cœur blessé qui ne voudrait pas croire à la trahison. Luc exprime clairement ce qu'il en est et ce que (l'on devait penser d'une action si noire : Judas et le Fils de l’homme, un baiser et la trahison, quel contraste! :
49) L’avance prise par Judas permet aux disciples d'envisager rapidement ce qui va se passer. Ils ont le temps de consulter leur Maître. En pareil cas, attaquer ce n'est que se défendre. Ceci est au moins aussi vraisemblable que l'arrestation immédiate, suivie d’un acte de violence qui vienttrop tard (Me. Mt.). — ei πατάξοµεν futur délibératif; les Apôtres demandent s'il ne conviendrait pas de frapper.
50) Sans attendre la réponse, l’un deux frappe, non pas Judas qui s'était sans doute esquivé, mais le serviteur du grand prêtre qui peut-être voulait avoir le mérite de l’arrestation auprès de son maître. Cette promptitude et ce zèle étaient bien de Pierre que seul Jean a nommé ainsi que le serviteur, un certain Malchus (Jo. xvim, 10). Luc (confirmé par Jo.) note que c'était l'oreille droite; d’ailleurs il écrit ἀφεῖλεν comme Μο.
54) La réponse de Jésus a un caractère d'authenticité par son obscurité même. Augustin cite deux opinions (de cons. ευ. III, v, 17) qui divisent encore les commentateurs : 1) « Laissez! pas plus loin! » (Kn. Schanz, Hahn), ou plutôt 5) sinite usque huc…. permittendi sunt huc usque progrédi id est ut me adprehen-
#Comme il parlait encore, voici [paraitre] une foule, et le nommé Judas, un des Douze, les précédait, et il s'approcha de Jésus pour le baiser. “8Jésus lui dit : « Judas, tu livres le Fils de l'homme par un baiser? » “Ceux qui étaient auprès de lui voyant ce qui allait arriver dirent : « Seigneur, frapperons-nous avec l'épée? » Et l'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre, et lui enleva l'oreille droite. SlMais Jésus répondit : « Laissez aller [les choses] jusquelà. » Et il toucha l'oreille et le guérit. Puis Jésus dit à ceux qui.
dant... (Aug. Holtz. Loisy). En effet ἐν ne signifie pas « cesser », mais « laisser faire », comme le prouvent les textes des Actes (ἑάσατε Act. v, 38 n'est pas le texte critique).
On dit que cette réponse viendrait trop tard, tandis qu’elle devrait s'appliquer au fait accompli. Mais Augustin a remarqué très finement que l’action avait été précipitée et que la réponse, simultanée en fait, n’avait pu étre placée qu'après par l'écriture : sed non potuerant etiam simul dici quae simul fieri potuerunt. D'autres ont pensé, sans probabilité, que Jésus parlait ici à ses agresseurs : mais il est clair qu'il ne leur adresse la parole qu'au v. 52. — Jésus touche l'oreille; il ne se contente donc pas de cicatriser la blessure, l’oreille ayant disparu; mais d'autre part il n’est pas dit qu'il ait ramiassé l'oreille; elle n'avait donc pas été complètement décollée. Jésus faisait connaître par ce trait εἰ sa constante bonté, et le sens de sa pensée à propos du glaive, v. 36; il ne voulait pas être défendu par la force. I] était venu au lieu où il savait que Judas viendrait le livrer; ce n'était pas non plus à ses apôtres à frustrer le dessein de
son Père qu'il venait d'accepter. C’est ce qui est expliqué dans Mt. (v. 53 9.). 32) Mc. et Mt. ont représenté la foule comme venant de la part du Sanhédrin; Le. y fait figurer des grands prêtres, des stratèges du temple et des anciens. On ne saurait dire qu'ils sont survenus après coup, car παραγενόµενος, employé fréquemment par Luc, a simplement le sens d'arriver (Actes, constamment, si ce n'est v, 25), venir vers quelqu'un. Luc à donc voulu ajouter un détail. Le Sanhédrin a donné la commission, quelques-uns de ses membres ont voulu voir par eux-mêmes, ce qui n’a rien d’invraisemblable. Même il eùt été bien étonnant qu'il n’y eût là aucun des stratèges du temple (cf. sur v. 4). On a prétendu que Lc. avait ajouté ce trait de son cru (Holtz. Loisy etc.) parce qu'il a compris que le discours de Jésus ne s’adressait pas à la plèbe des gens de police. Cependant il faut avouer qu'il convenait plus à ces gens qu'à des notables de venir avec des bâtons. Luc a donc simplement suivi ici une source qui lui paraissait sûre, sans s'écarter pour cela du texte de Μο. et de Mt. Le discours s’adressait à la fois aux exécuteurs et aux inspirateurs présents. La première partie visait les exécuteurs. -
On peut noter d’ailleurs que Bède a entendu les paroles de Luc d’une façon très large. Il aurait simplement voulu marquer par cette présence la responsabilité des sanhédrites, véritables acteurs du drame quoique absents : volens cvangelista eos maxime quorum cuncta consilio gerebantur sanguinis etus ostendere
P 2.15 τὸ ὣ . ὤ γρ λιά 2 RES ξήλθατε μετὰ μαχαιρῶν καὶ ξύλων; 400" ἡμέραν ὄντος µου ue’ ὑμῶν