‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 101 sur 350 · Les MAGes · texte numérisé non relu

Les MAGes

1) Le simple Ἰησοῦ reprend le Ἰησοῦν de 1, 25, comme Χριστοῦ (1, 48) avait repris Χριστός (1, 46), et γεννηθέντος se rattache bien à γέννησις, de τ, 18, quoique le verbe signifie naturellement « étant né »./C'est maïntenant seulement que Mt. indique les deux circonstances du lieu et du temps, Bethléem et le règne

d'Hérode, parce qu’elles sont nécessaires pour l'intelligence de ce qui va suivre. -

Il en ressortira que la naissance à Bethléem était prédite par les Écritures,

sans que Mt. soit obligé d'employer sa formule de r, 22 etc. Bethléem appartient

à la Judée au sens restreint, pour la distinguer de Bethléem -de Zabulon (Jos. xx, 45). Jérôme note : Librariorum hic error est. Putamus «enim ab evangélista primum -editum, sicut in üipso hebraico legimus, Judue, non Judaeae. Deux raisons : on pouvait distinguer Bethléem de Juda d’une autre Bethléem, mais il n’y en avait pas d'autre en dehors de la Judée. au sens large; de plus:ile texte

« de Michée va dire terra Juda. On se demande si Jérôme renvoie ici à l’évangile

des Nazaréens (Ζλην, Gesch. n. K. Il, p. 652) ou à l’ancien testament en hébreu (Scammrke, TU, xxxvu, p. 276 s.). Nous inclinons pour la seconde opinion, car, lorsqu'il écrit le Com. sur Mt., Jérôme ne parle plus comme dans le de vir. ülL Ὁ. 1π : tpsum hebraicum. Il n’a pas reproché une erreur aux copistes latins, mais aux copistes grecs. Mt. est censé avoir su qu’on devait rendre 771 par Ἰούδα, en latin Judae (1 Rega. xvr, 1) ou Juda. Évidemment le même-mot hébreu eût pu se rendre τῆς ᾿Ιουδαίας (1 Regn. xvir, 1, A), mais c'eût été une erreur au cas où le texte parlait de la tribu de Juda, non du pays des Juifs. Bethléem de Juda était en-effet une expression connue dans l'A. T., cf. Ruth 1, 1 etc. Si Jérôme avait qualifié l’évangile nazaréen d’ipsum hebraicum, il aurait dit non pas putamus, mais certum est.

Sur Hérode, voir Comm. Le.

— ἰδού après un gén. absolu peut passer pour un trait du style de Mt., dans 165 récits de l’enfance, 1, 20 ; 11, 43.19, et ailleurs 1x, 48.32; ΧΙ, #6; XV, ὃ; ΧΧΥΙ, 47; xxvin, 11; Cf. Introd. p. cui.

— μάγοι, du perse ancien magus, accadien mabhu (2). En grecce mot ἃ eu deux sens. Le premier assez nettement déterminé et presque officiel indique les

chefs religieux des Perses (Hérodote, Xénophon, Strabon etc.), et par conséquent

des personnages honorés et honorables. Le second sens est plus vague. Après

la conquête de Babylone, les Mages étaient devenus versés dans l'astronomie

* du temps, c’est-à-dire dans l'astrologie, ce qui comportait des pratiques sus-

pectes, si bien que mage, d'où la magie, était presque synonyme d’enchanteur

‘ou de sorcier (Soph. Plat. etc). C’est dans un sens assez défavorable que les

conjurateurs ou enchanteurs chaldéens ont été nommés μάγοι dans Daniel (1,20;

ARE ur, 210.17 ; 1V, 4; V, 111.45. Théod. et 11, 2.10 Lxx). Or l'intention de Mt. n’est

nullement de déprécier les Mages. Il était donc très naturel qu'on vit en eux des prêtres persans, selon le sens officiel et honorable du mot. C’est la tradition iconographique de Rome depuis la peinture de Sainte-Priscille au début du second siècle (bonnets phrygiens), jusqu’à celles du πιὸ et du ve siècle, où le costume est plus développé. Cette tradition fut exprimée dans la Basilique constantinienne de Bethléem et la préserva.de la ruine (Vincent et Aer, Bethléem, p- 127 8.)

C'est aussi la tradition presque unanime des Pères : Clém. d’AL. (Sérom. τ, 15); Origène (c. Cels. 1, 58, distinguant précisément les Mages des Chaldéens), Diodore de Tarse, Chrys., Cyr. d’Alex., Juvencus, Prudence (cf. Diecamr, Hippolytos yon Theben, p. 63), l'évangile arabe. de l’enfancé (Tisch. p. 183; Peeters, 11, P- 9).

Mais cette opinion ne cadre guère avec les termes de Mt. qui fait venir les

Mages d'Orient. Or, d’après la Bible, comme d’après l'usage actuel de Jérusalem,

l'Orient ou l’est désigne les pays au delà du Jourdain et de la mer morte. Les

. présents apportés par les mages sont les présents traditionnels de l'Arabie (cf.

y. 11). Que les Mages soient venus d'Arabie, Justin l’affirme en dix endroits du dialogue contre Tryphon (LxxvIT, #3 LXXVIE, À. 9. 5.7.8 LxxxVII, À; CI, 2; CHI, 3; αν, 4). Ce n’est pas à cause de la prophétie de l’astre de Num. χχιν, 47, Qui n’est citée que la dernière fois. Il est vrai que Justin fait allusion dès le début (cxxv, 3) à 15. vit, &, mais ce passage n’avait qu'un rapport assez lointain avec l'adoration des Mages; on ne pouvait songer aux dépouilles de Damas que s’il était déjà établi que les Mages venaient d'Orient. Justin emprunta-t-il à un évangile apocryphe inconnu, comme le prétend Resch (Das Kindheïtsev. p. 139 s.)? On peut aussi bien croire que ce fut à la tradition locale, soutenue aussi par Épiphane, autre Palestinien (de fide, var, p. 1085 ὁ; M. xt, 785). Tertullien (adv. Marc. mr, 13) a peut-être été guidé par le Ps. Lxxt : reges Arabum et Saba munera offerent illi : nam et magos reges habuit fere oriens (cf. adv. Jud. 1x).

L'Orient par rapport à Jérusalem désigne plutôt le pays au delà de l’Araba que la Mésopotamie ou la Babylonie, assez connues pour que Mt. les ait nommées par leur nom, si c'eût été son intention. Le juif de (6156 (1, 58) à parlé des Chaldéens dans l'intention de dénigrer les Mages. Jérôme a fait des Mages les descendants de Balaam d'après Num. xxIv, 17, mais en excluant le dénigrement (d’après Dan. 11, 2 Com.); consuetudo autem et Sermo communis magos pro maleficis accipit ; qui aliter habentur apud gentem suam ex eo quod sint philosophi Chaldeorum. Sans aller jusqu’à la philosophie, l'astrologie n'était pas toujours mal vue, et elle était le fait des Mages; cf. Βῖρροι,. Elenchos τ, 13 : Démocrite avait eu des relations xat ἀστρολόγοις χαὶ ἐν Βαδυλῶνι μάγοις. *

voici que des Mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem, ?disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son

Il y ἃ donc lieu de supposer que Mt. ἃ employé μάγοι dans le sens de savants astronomes, sans y joindre cette nuance péjorative contre laquelle les Pères se sont parés en prenant les Mages pour des Persans. La tradition romaine a pu être implantée dans la basilique de Bethléem par les architectes impériaux.

Récemment Dieterich (Die Weisen aus dem Morgenlande, ZnTW 1902 p. 9-14)

ἃ fait venir les Mages du Nord. Le récit de Mt. ne serait qu’une transformation .

de la visite de Tiridate à Néron en l'an 66. Dion Cassius (Lx, 1, 1-7; éd. Boissevain, p. 68 ss., cf. Suétone Nero 13) a raconté assez longuement comment ce

roi d'Arménie a obtenu de Néron la couronne en le reconnaissant pour son dieu (καὶ ἦλθόν τε πρὸς σε τὸν ἐμὸν θεὸν, προσχυνήσων σε ὡς καὶ τὸν Μίθραν), donc au même titre que Mithra. Après quelques scènes jonees avec une pompe orientale qui … parut aux Romains une comédie, Tiridathe s’en retourna par un autre chemin : τῷ ἀνεχομίσθη δὲ οὐχ ἧπερ ἦλθε. Ni Dion, ni Suétone ne donne ἃ Tiridathe le nom de.

Mage. Pline (H.N. xxx, 4, 16) dans une charge contre les prêtres charlatans, nous apprend que Néron se fit initier à des rites qui devaient être mithriaques plutôt qu’avestiques, et prononce le nom de Mages, dans un sens défavorable : Magus ad eum Tiridates venerat Armeniacum de se triumphum adferens et ideo provinciis gravis. navigare noluerat, quoniam expuere in maria alisque mortalium necessitatibus violare naturam eam fas non putant. Magos secum adduxerat,

magicis etiam cenis eum initiaverat. Mais à moins de supposer que Mt. se soit inspiré précisément de ce texte, et il est clair que non, puisqu'il prend les

Mages dans un sens honorable, il est impossible de voir un lien entre la démarche du roi d'Arménie, telle que Dion devait la raconter plus tard, et celle

des Mages. L'opinion publique n’a regardé les protestations de Tiridate que

comme les bassesses d’un candidat royal, non comme un hommage religieux

rendu à un Sauveur. D'ailleurs comment supposer qu'un événement de l'an 66 “a pu être transformé, antidaté, transporté dans l'histoire de l’enfance du Christ

et surtout être accepté par les chrétiens comme une partie authentique de

l’évangile? La tradition subséquente n’a pas même été tentée de faire ce rap- 8 q P

prochement qui paraissait de nature à rendre plausible la venue des Mages à Jérusalem (contre Dieterich, cf. En. Meyer, Ursprung.… 1, Ὁ. 60, note). — Que les

Mages aient été des rois, c’est ce que nous avons vu déjà dans Tertullien par une pure combinaison exégétique avec le Ps. Lxxr, 10. Le nombre de trois est

déjà celui de la fresque du début du πὸ siècle, sans doute d'après le nombre des présents qu’ils apportent sur leurs mains nues. Leurs noms, leurs reliques |

appartiennent à l’hagiographie. Les Mages viennent εἰς Ἱεροσόλυμα, capitale des Juifs. La forme est celle de Mt. sauf xx, 37 (᾿Ιερουσαλήμ), au neutre pluriel, sauf ici au v. 3.

2) L’explication de ce qui suit dépend en grande partie du sens de ἀστήρ.

Depuis Kepler on ἃ même cherché à déterminer par un phénomène céleste la date de la Nativité, en assignant la conjection de Saturne et de Jupiter dans le signe des Poissons. Toutes ces conjectures échouent contre le fait que ἀστήρ, à la différence d’äotpov, ne peut signifier ni une conjonction, ni même une cons-

k à AR TA

tellation, mais seulement un astre isolé; Boll (Der Stern der Weisen, ZnTW, 1917, p. 40 ss.) l'a prouvé de la manière la plus convaincante. Mais cet astre isolé peut être un météore ou une comète aussi bien qu'une étoile. Il est clair d’après le texte qu'il n’est pas question d’un horoscope d’après l’état normal du ciel. Chrys. en ἃ donné la raison décisive : « L'œuvre de l'astronomie (astrologie) n’est pas de savoir par les astres qui est né, mais de prédire l'avenir d’après l'heure (c'est-à-dire la disposition des: astres) au moment de la. naissance » (M. ἀντι, 62). Il y a donc dans l’astre quelque chose d’exceptionnel. On l’a entendu de deux manières : a) Cet astre est tellement extraordinaire que ce fut un météore créé par Dieu, qui servit de guide aux mages depuis l'Orient et très spécialement de Jérusalem jusqu’au lieu où était l'enfant : Chrys., Diodore de Tarse, etc., et encore de nos jours Schanz, Κη., Fillion, sauf des réserves sur le rôle du météore comme guide. Mais ces réserves suppriment l'argument principal, tiré du v. 9. Ces auteurs, très nombreux, ont été décidés soït par ce verset, soit. aussi par le dessein de montrer que l'Écriture ne favorisait en rien l'observation des astres, suspecte de conduire à l'astrologie. C’est en particulier le but bien marqué de Diodore de Tarse qui finit par qualifier l’astre de δύναμίν τινα. θειοτέραν, εἰς ἄστρον μὲν σχηματιζομένην, une apparence d’astre créée par miracle, ce qui est s'éloigner du sens naturel du passage. Cette opinion ἃ je ne sais quoi d’étrange, car un simple météore ne pouvait guère suggérer la nativité d'un grand personnage; cette manière de guider les mages ἃ aussi quelque chose d’un peu mécanique. On peut répondre que Dieu est tout-puissant et que sa sagesse est infiniment supérieure à la nôtre, mais la question est de savoir si un autre sens ne serait pas plus satisfaisant.

ὃ) Origène ἃ pensé ἃ une comète : τὸν ὀφθέντα: ἀστέρα ἐν τῇ ἀνατολῇ καινὸν εἶναι νομίζομεν. καὶ μηδενὶ τῶν συνήθων παραπλήσιον, οὔτε τῶν ἐν τῇ ἀπλανεῖ οὔτε τῶν ἐν ταῖς κατωτέρω. σφαίραις, ἀλλὰ τῷ γένει τοιοῦτον γεγονέναι, ὁποῖοι χατὰ χαιρὸν γινόμενοι χομῆται ἢ δοχίδες (en forme de poutres) ἢ πωγωνίαι (la queue en bas) ἢ πίθοι (en forme de tonneaux)...

Eusèbe (M. xx, 656; Dem. θυ. IX prooe.) : « Pour d’autres hommes célèbres et illustres, on voit paraître les lueurs d’astres étrangers, tels que ceux qu'on nomme comètes, météores, astres barbus » etc. On a objecté que la comète passait pour un présage sinistre. Mais Origène, devancçant les modernes, et ne leur laissant que la peine de, chercher d'autres textes, exposait comment l'apparition d'une comète devait naturellement mettre les mages sur la voie d’un événement, spécialement d’une naissance extraordinaire : « Nous avons lu dans l’ouvrage de Chérémon le stoïcien sur les comètes, comment il arrive que des comètes se sont levées pour des événements favorables, et il en expose l'histoire. » Origène pour sa part n’admet pas le don prophétique des comètes, mais les mages devaient y croire. On à eu tort de citer dans ce sens Cicéron (de. divin. 1, #1 ou 23) : qua nocte templum Ephesinae Dianae deflagravit, eadem constat ex Olympiade natum esse Alexandrum, atque, ubi lucere cœpisset, clamitasse magos pestem ac perniciem Asiae proxuma nocte natam (Dieterich etc:), car lucere ne fait pas allusion à une autre lueur que celle du jour. Lampride n'est que du rve siècle (Alex. Sev. xx, 5): fertur die prima natalis toto die apud aream Caesaream stella primae magnitudinis visa et sol circa domum patris eius fulgido ambitu coronatus. Mais Justin (Hist. xxxvu, 2) sur Mithridate est signifi-

ἜΑ A ES di τ4 9 L ἀν) ιν ΟΝ "γον LG à.) Li Pi 2" ; À Ft En + "RU vs" hi Fe \ '

catif : Nam ef eo quo genitus: est anno et eo quo regnare primum cœpit stella cometes per utrumque tempus septuagenis diebus îta luxit, ut caelum omne conflagrare videretur. Servius sur Énéide, x, 272, en parlant d'une comète favorable : hic dicitur apparuisse eo tempore quo est Augustus sortitus imperium ; tunc denique-gaudia omnibus gentibus futura, sunt nuntiata.

Cette opinion sur les comètes se rattache, semble-t-il, à une opinion populaire exposée par Pline qui ne l'admet pas : sidera quae adfixa diximus mundo, non illa ut existimat vulgus, singulis attributa nobis, et clara divitibus, minora pauperibus, obscura defectis, ac pro sorte cuiusque lucentia. adnumerata mortalibus, nec cum suo quaeque homine oriuntur nec aliquem exstinqui decidua sigmificant (N. H. x, 28 cf. Boll, qui cite aussi Jean d’Halicarnasse, monophysite du vi s.). Si les riches ont de belles étoiles, les grands rois pouvaient avoir des comètes.

J'avoue n'avoir pas prêté attention à cette opinion reprise par le P. Patrizi (de Evangeliis, III, p. 333) jusqu’à l'apparition de la comète de Halley que nous vimes en 1910 si brillante à l'Orient, puis passer à l'Occident le vingt janvier. Ce. phénomène explique très bien l'impression produite sur les Mages. Je

n'oserais dire- avec M. Peserico (Quanto visse Gesu, 1920) que l’astre des:mages

fut cette même comète qui passa au périhélie le: 8 oct. 12 av. J.-C., car ce serait mettre trop tôt la naissance du Sauveur, mais une comète analogue n’at-elle pu passer quelques années plus tard? Des astronomes pourraient nous le dire. — Voyant une comète, les mages ont conelu à un grand événement prochain, peut-être une grande naissance. Justin, Origène, Eusèbe, Jérôme, etc. ont pensé qu'ils avaient conservé le souvenir de la: prophétie de Balaam. C'est ce que- Mt. ne: dit nullement. Mais les idées messianiques des Juifs avaient sûrement trouvé crédit un peu partout, même à Rome, sinon dans Virgile (Egl. w),, du. moins plus tard dans Suétone (Vesp. rw) et Tacite (Hist. v, 13) sous la forme d’une dynastie venue de Judée, par où ils entendaient les Flaviens.

A plus forte raison devaient-elles être répandues en Arabie. Les mages ne

s’informent pas du roi des Juifs comme tel, mais parce qu'ils voient en lui le sauveur du monde attendu, issu de Judée: — αὐτοῦ τὸν. &otépæ.. D'après ce qui précède, l’astre qui annonce la naissance. Il n’a pu les renseigner sur tout, mais il les a mis sur la: voie, en excitant leur curiosité, satisfaite par lhypothèse d’un roi né en Judée. Dans le pays même, ils auront plus de détails.

ἐν τῇ ἀνατολῇ pourrait être relatif aux mages, « pendant qu'ils étaient en Orient». Le singulier peut avoir ce sens (Num. 11, 38 B; Jos. xvt, 7 B); encore faut-il avouer que c’est surtout pour désigner un point cardinal, non:un lieu de séjour. D'ailleurs Mt. ayant employé le pluriel au v. 1, il serait bien étrange qu'il. ait changé ici. Donc il s’agit de la situation de l'astre. Plusieurs y voient un terme astronomique (Weiss, Loisy, Klost.) et traduisent : « à son lever, au moment de son lever ». Assurément les astrologues attachaient une grande importance à ce point; les astres avaient leur maximum d’inftuence à: leur lever (Vettius Valens, p. 63; p. 182) ; les Mages auraient tiré des conclusions.de la coïncidence du lever de l’astre avec la naissance de l’enfant. Mais ils n'en: connaissent pas encore le moment, et ils ne s’en informent pas. Dès lors il était oiseux. de dire qu'ils avaient vu l’astre.au moment où il se levait, et encore plus inutile de. le répéter au v. 9. IL semble d’ailleurs que « à son lever » eût dû se dire normalement ἐπ᾽ ἀνατολῆς (αὐτοῦ) ( Vettius, p. 63; p. 69). Il faut donc l'entendre

24 τς ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, I, ὃ.

d'un point cardinal (cf. Apoc. χχι, 13; finale courte de Mc. : ἀπὸ ἀνατολῆς καὶ ἄχρι δύσεως), donc ici « au levant » dans la région orientale du ciel. On peut rapprocher de Mt. le texte de Pap. Tebt. 11, 276, 38 (fin du πὸ ou mr s.) parlant de la conjonction de Zeus Hermès et Aphrodite avant le lever du soleil : καὶ ἐὰν [ἐν τῇ ξ]ῴᾳ ἀνατολῇ τυγχάνωσι ἀπὸ νε[ότ]ητος τὰς προχοπὰς ἀποτελοῦσιν, signe de bonheur dès la jeunesse. Mais on voit ici la différence entre l'astrologie technique et le vague «au levant » de Mt. ;

— προσχυνῆσαι, le prosternement de rigueur devant un monarque en Orient,

. . Β ε μ mais Mt. emploie souvent ce terme. On ne peut donc rien en déduire sur la

pensée des Mages relativement à la nature divine de l'enfant; cf. Gen. xxxvr, 7; XL, 6; xLv, 42; II Regn. 1x, 8. Rite et expression convenaient à souhait lorsque la nature mystérieuse de la personne ainsi révérée se révélait ensuite comme digne d’un hommage religieux (Gen. xx, 6). Les attiques mettaient l’accus. ; Mt. qui emploie le mot treize fois met toujours le dalif (sauf 1v, 10 citation) selon l'usage hellénistique.

3) Les Mages ont peut-être interrogé le premier venu, mais la police d'Hérode, très vigilante, a dû le prévenir aussitôt. — ἐταράχθη peut signifier fut épouvanté, effrayé (Schanz, Weiss, Holtz. Klost.), mais plus on augmente la terreur d’Hérode, plus il est difficile de comprendre que Jérusalem s'y soit associée. Κη. voit déjà là l'accord d’une grande partie du peuple avec un

roi impie contre le Messie! Plutôt Mt. a choisi un mot qui marque seulement

l'émotion, le trouble excité par un fait insolite; Hérode, qui en avait vu d'autres, ne pouvait être tellement effrayé de cette naissance inconnue, et Jérusalem ne devait, dans l'ensemble, éprouver aucune sympathie pour le vieux roi dont la cruauté s’exaspérait, dépourvue de l’ascendant d'un règne nouveau et fort. Chacun éprouva donc le trouble à sa manière, Hérode pour se mettre en garde, d’autres peut-être pour espérer.

Outre que le trouble était de style devant une question aussi inattendue, on peut supposer que l'apparition de la comète y avait disposé les esprits. En 1910, en janvier, beaucoup de personnes passèrent des nuits en plein air pour ne pas être écrasés dans les maisons au passage de la comète.

— Ἱεροσόλυμα au sing. comme dans Tob. xiv, 4, et au féminin comme ville,

Cf. ὅλη συνχύννεται Ἰερουσαλήμ. (Act. χχι, 31). πᾶσα est correct, le nom étant déterminé,

x Ale <a

astre à lorient, et nous sommes venus l’adorer. » *L’ayant appris,

le roi Hérode fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui, et ayant

assemblé tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, ils'informait auprès d’eux où devait naître 16 Christ. ὃ Ceux-ci lui dirent :

« À Bethléem de Judée; car il est ainsi écrit par le ministère du prophète : .

6Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es point la plus petite parmi les princes

de Juda. Car de toi sortira un chef, qui doit paître mon peuple, Israël. »

— μετ’ αὐτοῦ n'exige pas que le trouble fasse naître les mêmes dispositions, mais seulement qu'il est partagé.

4) D'après les uns (Holtz. Loisy, Klost. Schan:) Hérode réunit tout le sanhé- ἘΞ

drin avec ses trois groupes : grands-prêtres, scribes, chefs des principales

familles. Ces derniers ne sont pas nommés ici, mais non plus xx, 18 où Jésus parle seulement de ses principaux ennemis. (Dans Mt. xxvi, 3; xxvu, 1, les"

anciens ne sont pas omis, mais les γραμματεῖς). Comme il s’agit d'un point de

doctrine, on comprend bien que les anciens n'aient pas été consultés (Weiss, Kn.). Ceux qui voient ici le sanhédrin ne manquent pas d'ajouter (sauf Sehanz) que ΤΩΝ cette réunion est peu vraisemblable. Hérode se débarrassa du sanhédrin αυ

trouva en fonction. Il en constitua un autre à son gré, sur lequel il s’appuya

pour faire condamner Hyrcan (Jos. Ant. XV, vi, 1-4) mais en 30 av. J.-C.

(Schürer, τ, 365). Depuis ce temps on ne voit pas qu'il ait réuni le sanhédrin, même pour se débarrasser de son fils Antipater. L'opposition grandissait, et il ne se souciait pas de lui donner un organe. Nous pensons donc qu'Hérode ὁ

convoqua une assemblée spéciale. Longtemps la majorité des Pharisiens lui

avait été favorable, et les prêtres étaient à sa discrétion; il fallait bien recourir

à ce personnel pour un point d’exégèse des prophéties. M. Loisy assure que « l'opinion était faite sur ce point » (1, 366). — Pas même parmi les doctes,

encore moins dans l'esprit d'Hérode. C’est déjà beaucou w'il ait compris que. P ] pq P

ce roi des Juifs était le Messie attendu. Il ne demande pas où il était né, car les docteurs n'avaient aucune chance de le savoir mieux que lui, mais où il

naît, absolument, c'est-à-dire de iure, quel est le lieu où il doit naître. Field:

compare Dion d'Halic. (Ant. 1v, 59) : συγχαλέσας δὲ (Tarquin) τοὺς ἐπιχωρίους μάντεις, ἐπυνθάνετο παρ᾽ αὐτῶν, τί βούλεται σημαίνειν τὸ τέρας. ;

5 s.) C’est une opinion courante parmi les critiques indépendants que Bethléem

a été faussement désignée comme le lieu de naissance de Jésus pour le faire concorder avec son titre de Messie. Or il n’est pas si facile d'établir que ce fut

d’Origène (cont. Cels. τ, 51), les Juifs ne voulaient rien savoir là-dessus.

Les critiques ne peuvent s'appuyer que sur Jo. vi, 42, où cette naissance est déduite de ce que le Christ devait être fils de David. Mais une autre opinion enregistrée aussi par saint Jean (vu, 21), et sûrement plus répandue, se tenait sur la réserve à cause de l'origine mystérieuse du Christ. En fait, on ne peut rien

citer dans les Apocalypses, et seulement le Targ. de Michée v, 1; 20 73 ND PTD). Samuel ben Nakhman dont on citait le dire (Le Messianisme.… p.222)

alors l'opinion des Juifs que le Christ devait naïtre à Bethléem. Au temps ;

! < , ᾽ } RUES ' TTére Ἡρῴδης λάθρᾳ χαλέσας τοὺς μάγους ἠχρίβωσεν παρ᾽ αὐτῶν' τὸν \ , x F .

Π -Ὁ ΄ 3 2 f είλατέ μοι. ὅπως χἀγὼ ἐλθὼν προσχυνήέσω αὐτῷ. 90 DE ἀχούσαντες τοῦ μοι; ς Ἷ A

est un Amora de la troisième génération, donc de la fin du ze siècle. Jérôme ἃ recueilli une tradition appuyée sur Habacuc, m1, 3 : Audivi ego Hebraeum istum locum ita disserere : quod Bethleem βία sit ad austrum, in qua natus est Dominus atque Salvator, et ipsum esse de quo nunc dicatur : Dominus ab austro veniet, h. e. nascetur in Bethlehem, et inde consurget.

On voit que si Jésus était né à Nazareth, les premiers chrétiens n'avaient pas à courir la chance d'un. mensonge pour donner satisfaction à une tradition aussi peu consistante. H n’en faut que plus admirer la perspicacité des scribes qui ont cité le seul passage vraiment décisif (Mich. v, 4 s.) et qui conciliait l'origine temporelle à Bethléem avec l'origine plus haute de l'enfant promis à Ia maison de David par Isaïe (vi, 14 ss.). Le texte hébreu est ainsi traduit par M. van Hoonacker : « Mais toi, Bethléem d’Ephrata, petit quant à ton rang parmi les clans de Juda, de toi me proviendra [un prince] qui soit souverain en Israël et ses origines [dateront] de l’âge antique, des jours du lointain passé. ?I1 les livrera donc jusqu’au temps où celle qui doit enfanter ait enfanté. » Mt. n'a cité que le début, omettant la fin du v. 2 et le v. 3, ce qui eût si bien coïncidé avec son thème, mais il a ajouté d’après le v. 3 l’idée des pasteurs. Le tout est traité trop librement pour qu’il ait seulement voulu corriger le grec d’après l'hébreu quoiqu'il en ait tenu compte. On s’est demandé si les Juifs avaient cité précisément de cette façon, peut-être d’après une traduction araméenne, maïs il est très peu vraisemblable qu'ils se soient tellement écartés du texte dans les mots, contrairement à leur méthode d'exégèse, souvent plus attentive aux mots qu'au sens. Mt. n’a pas dû se croire plus lié aux paroles prononcées par les seribes qu'au texte même de l'Écriture. Il en a rendu le sens général, tout en changeant la formule; depuis la naissance du Sauveur il paraissait étrange de ‘ ne voir dans Bethléem que son peu d'importance dans les clans de Juda. Donc : χαὶ σύ, βηθλέεμ. comme les LXX; ensuite γῆ Ἰούδα, au lieu de οἶκος (ajouté) ’Eopéla, détail obscur et inutile pour les lecteurs. Les LXX ὀλιγοστὸς εἶ τοῦ εἶναι ἐν χιλιάσιν Ἰούδα, littéralement : « tu es trop petite pour faire partie des mille (cités) de Juda », ce qui en somme était un contresens, surtout avec ces « mille » pour ΣΩ͂Ν à prendre au sens de « clans », et non comme un nombre. Mt. ἃ donc corrigé d’après l’hébreu, peut-être en lisant ON, les chefs de tribus, et il ἃ préféré dire que Bethléem n'était pas petite, à cause de l'enfant; la réalisation de la prophétie montre comment il fallait l'entendre. Ensuite μοι est omis après ἐξ où (ou ex σου), et au lieu de τοῦ εἶναι εἰς ἄρχοντα τοῦ Ἰσραήλ, traduction fidèle de l'hébreu, Mt. d'un mot : ἡγούμενος (qu'on lit dans À, mais probablement d'après Μί.). D'après le v. 3 χαὶ ποιμανεῖ τὸ ποίμνιον αὐτοῦ, Mt. ἃ écrit : ὅστις x. τ. À. μι. τ᾿ 1 assez ressemblant à Il Regn. ν, 2 (de David). Toutes ces différences ont été notées par Jérôme (Ep. τι, 8) et il conclut (eod. lac. 10) : ex quibus universis perspicuum est apostolos et evangelistas in interpretatione

7 Alors Hérode, ayant fait appeler les Mages, apprit d'eux exactement le temps de l'apparition de l'astre, Set les ayant mis sur le chemin de Bethléem, il dit : « Allez, enquérez-vous exactement de l'enfant, et, lorsque vous l'aurez trouvé, annoncez-le moi, afin que ” moi aussi j'aille me prosterner devant lui. » ὃ. Sur ces paroles du

veterum scripturarum sensum quaesisse, non verba, nec magnopere de ordinatione sermonibusque curasse, cum intellectui res paterent. C'est un recul sensible de l'exégèse de méconnaître la manière habituelle de Mt. sous prétexte qu'il ἃ reproduit telles quelles les paroles des scribes (Knab.). Car om ne peut pas prendre au sérieux cette autre opinion de Jérôme : arbitror Matthaeum volentem arguere Scribarum et sacerdotum erga divinae Scripturae lectionem negligentiam, sic etiam posuisse ut ab eis dictum est (in Mich. M. xxv, 4197). Les scribes n'avaient aucune raison de s'écarter de la lettre.

1) Hérode ne croyait peut-être pas au Messie, mais il savait déjà par expérienee que ses ennemis pouvaient se servir de cette arme contre lui (Ant. XVII, u, ; Le Messianisme.. p. 16). Il adopte donc une double politique. En apparence il feint d'entrer dans les vues des Mages, et c’est pour cela qu'il a réuni les docteurs. Mais déjà il se promet de faire disparaître l'enfant indésirable. Quand on habite Jérusalem ou Bethléem, si rapprochées, on s'étonne: que le vieux roi n'ait pas envoyé ses espions, qui eussent été des bourreaux, sur les talons des Mages. Mais il arrive que les habiles veulent être plus habiles que ne le suggère le bon sens. Il leur paraît très fin de compter sur la simplicité des autres, de facon à ne pas se compromettre. Envoyer ses sbires avec les Mages, c'eût été prendre l'aventure tout à fait au sérieux, s'exposer à passer pour crédule. Hérode compte déjouer ses adversaires possibles sans paraître inquiet. C’est. pour cela qu'il fait appeler les Mages secrètement. — ἠχριδώσεν non pas demander (Loisy, Klost.) mais diligenter didicit, obtenir une information exacte; cf. τούτων οὕτως χατ᾽ ξξέτασιν ἠχριδωμένων (Vettius Valens, p. 265 1. 3), précisément à propos d'observations astrologiques. Cependant τὸν. χρόνον n'est pas au sens des astrologues (dans Valens les temps de la vie humaine régis par les astres), mais simplement le moment où les Mages ont vu l'astre. — φαινομένου quoique au présent ne peut guère signifier « l'astre qui paraît encore en ce moment », (Weiss, Schanz) mais l’astre qui ἃ apparu au moment dont il s’agit, c'est-à-dire au premier instant de son apparition. Si c'est, comme nous pensons, Une comète, on a dix: noter aussi à Jérusalem ce moment; il fallait savoir si tout concordait ; d'ailleurs l'observation des Mages a dù être plus précise, d'où le mot ἠχρίδωσεν et nom ἐπύθετο ou tout autre. Hérode parait supposer que l'apparition de l'astre ἃ dû coïncider avec la naissance de l'enfant dont il était le signe.

8) Hérode affecte de laisser les Mages libres de poursuivre la recherche dont ils ont eu l'initiative. On peut d’ailleurs estimer que ΜΙ. s’est complu à le montrer pris dans son piège, et qu’il ἃ dans ce bu souligné l'expression. obséquieuse de ses protestations. C'était d'ailleurs la meilleure manière de gagner ‘a confiance de ces étrangers.

9) 11 paraît à propos de distinguer ici le phénomène et l'expression qui lui est

28 ο΄ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, IE, 9.

ἃ 2 7 ΜΝ Baye βασιλέως ἐπορεύθησαν, χαὶ ἰδοὺ ὁ ἀστὴρ ὃν εἶδον ἐν τῇ ἀνατολῇ προῆγεν L 4 € A , ’ w ? [3 1 \ αὐτούς, ἕως ἐλθὼν ἐστάθη ἐπάνω οὗ ἦν τὸ παιδίον. 10 ᾿Ιδόντες δὲ τὸν

s IS ΩΝ ΠΡ 2 ἀστέρα ἐχάρησαν χαρὰν μεγάλην σφόδρα. 11 Καὶ ἐλθόντες εἰς τὴν οἰχίαν

ro, ΑἹ \ + LA , Ὁ -Ὁ A αὐτῷ, nat ἀνοίξαντες τοὺς θησαυροὺς αὐτῶν προσήνεγχαν αὐτῷ δῶρα, χρυσὸν

donnée. L'expression, à la prendre à la lettre, indique un météore qui marche et s'arrête. Je ne puis fraduire avec Patrizi : « l’astre les avait précédés », puisqu'il est censé avancer encore, aller, s'arrêter. Le texte le plus semblable est celui de Diodore (x, 66, 3). Timoléon naviguant en Italie, Déméter et Coré l’accompagnent sous la forme d'un flambeau : δι᾿ ὅλης γὰρ τῆς νυχτὸς προηγεῖτο λαμπὰς χαιομένη κατὰ τὸν οὐρανὸν μέχρι οἵ ouvéén τὸν στόλον εἰς τὴν Ἰταλίαν χατατ-

γι De même Plutarque (Timol. 6. vi), qui emploie le même mot λαμπάς.

nee . Clém. d’Af. dit que Thrasybule fut guidé par un feu jusqu'à Mounychie : 2 θρασυδούλῳ νύχτωρ (la nuit étant obscure)... πῦρ ἑωρᾶτο προηγούμενον, ὅπερ αὐτοὺς ᾿ ' ὑπ ἀπταίστως προπέμψαν, χατὰ τὴν Μουνυχίαν ἐξέλιπεν (Strom. 1, 24, 163). Dans ces Ἐπ Lextes l'idée est rendue tout à fait sensible; le météore est comparé à un homme ἐπ ee qui précède portant un flambeau. Mais ne peut-on y voir l'expression trop Fa humainement pittoresque d’un phénomène céleste? Varron entendait autre- ὯΝ ment qu'une planète pût servir de guide et montrer qu'on était arrivé sans δὰ ἐν prendre le rôle d’un porte-flambeau. Sur Énéide, y, 804, Servius écrit : Varro 544 ai hanc stellam Luciferi, quae Veneris dicitur, ab Aenea, donec ad Laurentum ΤῊΝ ο΄ agrum veniret, semper visam et posiquam pervenit videri destisse, unde et perve- “Νὴ ᾿ nisse se agnovit. Notez qu'Énée va en général d'est en ouest, οἱ que Lucifer est. __ l'étoile du matin à l’orient. Cependant sa simple présence est un signe. A &, plus forte raison une étoile filante, comparée à un porte-flambeau (Énéide,

το 11, 694 ss.),

et de caelo lapsa per umbras Stella facem ducens multa cum luce cucurrit.

Tilam, summa super labentem culmina tecti, Cernimus Idaea claram se condere silva Signantemque υἱαϑ...

“Aussitôt Énée :

: Jamjam nulla mora est : sequor, et, qua ducitis, adsum.

Il y ἃ dans Mt. des indices qu'il faut l'entendre ainsi. Il ne parle pas d'une lampe, ni d’un feu, mais de l’astre, assurément brillant, qui avait paru dans la région est du firmament. Les anciens n'étaient pas fixés sur la place des comètes, qu'on n’eût pu mettre dans les cieux crystallins sans risquer de les , briser par leurs mouvements irréguliers. Mais enfin l'astre qui annonce la naissance d'un grand roi n’est pas un feu follet qui court presque à hauteur d'homme. Si l'on admet qu'il s’agit d’une comète, on comprend la réflexion qu'ils l'avaient vue (εἶδον sens du plus-que-parf.) à l’orient, tandis que maintenant elle apparaît à l'occident. Cela n’est pas dit, parce que la narration de Mt. a. un caractère populaire et sans précision. Une comète semble parfois surplomber

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Le # ϊ ne cé AE ΤΉΝ

ἘΣ δον Tin | ᾿ ͵ À AS ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, I, 10-11.

roi, ils partirent, et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'orient, Ἔ les précédait jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. A la vue de l’astre, ils se réjouirent vivement d'une grande joie. 1} Et étant entrés dans la maison, ils virent l'enfant, avec Marie sa mère, et tombant à genoux ils se proster- D nèrent devant lui, et ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des

un lieu. Ainsi la comète de l'an 42 av. J.-C. : τότε ἄστρον ὁ χομήτης ὠνομασμένος ἐπὶ πολλὰς ἡμέρας ὑπὲρ αὐτοῦ τοῦ ἄστεως αἰωρηθεὶς ἐς λαμπάδας διελύθη (Dion Cassius ταν, 29, en 742 de Rome). sd Les Mages sont partis le soir, dans leur impatience d'arriver. Ils ont pue ἜΝ s'informer sur l'endroit où un enfant était né dans le délai qui leur paraissait ANS répondre à l'apparition de l'astre. Cela devait être omis par Mt. dont les termes font de l’astre un guide qui dispense de tout autre. Mais certainement la vue. de la comète qui les avait pour ainsi dire devancés en Occident et qui paraissait suspendue au-dessus de Bethléem était un signe plus significatif qu'ils étaient προς arrivés que la disparition de Vénus au matin quand Énée vint chez les Laurentes. Nous ne saurions prétendre que l’év. du. Ps.-Matth. (c. xvi, 1. 2. ed. Tisch., 1 p. 83) donne un texte plus ancien, mais du moins il interprète un peu comme nous le faisons : Euntibus autem magis in via apparuit eis stella, et quasi T4 quae ducatum praestaret illis, ita antecedebat eos, quousque pervenirent, ubi ΤΑΣ puer 67 αἱ. : ἼΩΝ Il en est de ce signal un peu comme de la voie lactée qui servait de guide aux pèlerins du moyen âge et qu'on nommait pour cela le chemin de saint 114 Jacques. Elle ne dispensait pas de toute autre information; tout cela doit :% s'entendre positis ponendis, l'écrivain ne mettant en relief que le phénomène Δ céleste qui sert de signe. ΝΕ - εἶδον l’aor. pour le plus-que-parfait; προῆγεν impf. transitif au sens de δ précéder (hell., non classique, Deb. 8 450); ἐστάθη plus probable que ἔστη, mais VA le sens est le même. — ἐπάνω οὗ ἦν non pas la ville (Weiss) mais l'endroit quel qu'il fût où était l'enfant. D a précisé encore davantage : « au-dessus de \"40 l'enfant ». εν ΩΝ 10) La joie des Mages confirme ce qui résultait déjà de ἰδού : l'astre apparaît 14 de nouveau après avoir disparu. La tournure est hébraïque; ef. Jonas 1v, 6: F6 à ἐχάρη Ἰωνᾶς... χαρὰν μεγάλην; Is. XXxXIX, 2 (A etc.). σφόδρα est-du style de Mi. ἐπ πο (sept fois, une fois Mc. une fois Le.). Va sa . 44) Les Mages entrent dans une maison. Une tradition très ancienne disait DS. une grotte (Justin, Tryph. C. LXXVII, 5; Protév. Jac. xvin), et Origène s'appu- re É, yait même sur cette tradition locale pour prouver la nativité à Bethléem (Contra Cels. 1, 51). Cette grotte était d’ailleurs en parfaite harmonie avec νον, l’étable de Le. u, 6 s. On peut supposer qu'après la naissance de Jésus, Joseph ς΄ a pu lui trouver un abri plus commode (Schanz, Kn.) où simplement que M. » se sert d'un terme vague, tout naturel si l'on ne voulait rien préciser (Justin, Tryph. 1. 1.). Le. ne suggère en aucune manière que l'on ait quitté l'étable avant ὃ le quarantième jour. Et ceux qui veulent amener les Mages dans une maison

χαὶ λίβανον χαὶ σμύρναν. 13 Καὶ χρηματισθέντες χατ᾽ ὄναρ μὴ ἀναχάμψαι πρὸς Ἡρῴδην δι᾿ ἄλλης ὁδοῦ ἀγεχώρησαν εἰς τὴν χώραν αὐτῶν. θ᾽ Ἀναχωρησάντων δὲ αὐτῶν ἰδοὺ ἄγγελος Κυρίου φαίνεται χατ᾽ ὄναρ τῷ ᾿Ιωσὴφ λέγων ᾿Ἐγερθεὶς παράλαβε τὸ παιδίον nai τὴν μητέρα αὐτοῦ χαὶ φεῦγε εἰς

᾿ Te ; x « ΄ 2 Ν Αἴγυπτον, nat ἴσθι ἐχεῖ ἕως ἂν εἴπω σοι" μέλλει τὰρ Ἤρῴδης ζητεῖν τὸ

ne se rendent peut-être pas compte de la facilité avec laquelle les Orientaux se logent dans une grotte, à proximité des animaux. En tout cas la tradition ancienne n'a voulu connaître que la grotte. Il faudrait peut-être dire une maison, si les Mages n'étaient venus que deux ans après; cf. sur v. 10. De toute facon, si la conciliation réelle entre Le. et Mt. ne souffre pas difficulté, il faut convenir qu'aucun des deux ne tient compte de l’autre dans le choix des expressions.

— « L'enfant avec Marie sa mère » pour nous rappeler la conception virginale. La tradition iconographique des Catacombes a retenu ce trait avec soin, quelquefois en faïsant planer l'étoile au-dessus de la tête de l'enfant. Π n’est pas dit que les Mages aient été mis au courant de la virginité de Marie, mais elle prenait ainsi sa place privilégiée comme la Mère qui présente aux hommages son Jésus. Le prosternement est fortement exprimé par deux verbes; c’est l'acte le plus important; mais les artistes ont préféré représenter les Mages offrant les présents, scène plus variée et d’une allure plus agréable.

θησαυρούς sont les sacoches de voyage (ἀπὸ τῆς πήρας αὐτῶν, Prot. ev. Jac. xxr, Tisch., ce qu'Épiphane ἃ pris pour le texte ἱπερὶ πίστεως virr]) car θησαυρός se dit de tout endroit où l’on met les provisions, et même de boîtes (MM). Des présents étaient l'accompagnement obligé d’un hommage rendu à un grand, surtout à un roi. L'or et l’encens sont réunis dans Is. LX, 6 ëx Σαδὰ ἥξουσιν φέροντες χρυσίον, καὶ λίδανον οἴσουσιν, Cf. Ps. LxxI, 15 l'or d'Arabie, Jér. νι, 20, l'encens de Saba; la myrrhe et l’encens, Cant. 11, 6.

— λίδανος (ou plus classique λιδανωτός) était la résine du λίδανος, arbre à encens.

— σμύρνα, la résine du Balsamodendron myrrha, en hébreu M, n'est connu dans l’A. T. que comme un parfum, surtout à propos de vêtements, parfumés par des fumigations (Cant. mr, 6) d’encens et de myrrhe, quoique la myrrhe ait été employée aussi à la confection d’une pâte pour les mains et les lèvres (Gant. v, 5.43). Il est vrai que la myrrhe comme parfum pouvait être employée dans les funérailles (Jo. χιχ, 39), ou être mêlée au vin comme stupéfiant (Mc. xv, 23); mais, offerte par les Mages avec l'or et l'encens, elle évoque seulement l'image du jeune et brillant monarque entrevu dans l'avenir (Ps. xLIv, 8). C'est probablement l'usage de la myrrhe dans Jo. XIX, 39 qui ἃ suggéré le beau symbolisme des Pères, élégamment résumé dans les vers de Juvencus :

Thus, aurum, myrrham, regique, hominique, Deoque

Dona ferunt.

Mais, on peut bien, comme Schanz, citer ΤῸ}. imperf. : haec autem etsi tunc non intellegebant magi, secundum quale myslerium ἰδία gerebantur, vel quid Significaret unumquodque munus eorum, nihil tamen contrarium est. Rien dans

présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et ayant été instruits en songe de ne :pas revenir vers Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

13Après qu'ils -se furent retirés, voici qu'un ange du Seigneur apparait en songe à Joseph, disant : « Lève-toi, prends l'enfant et.sa mère, et fuis en Égypte, et restes-y jusqu'à ce que je te donne avis;

le texte n'indique que.les Mages aïent connu la nature divine de Jésus, qui ne |

fut révélée aux Apôtres que progressivement.

Les textes bibliques cités prouvent que dans l'opinion des Hébreux l'or et . l'encens (surtout réunis) provenaient ordinairement d'Arabie, et il faut sans doute assigner à la myrrhe la même origine qu’à l'encens. C’est une grave raison de faire venir les Mages d'Arabie, car chacun apporte les présents de son pays (Gen. xzur, 41). Il faudrait alors parler.de l'Arabie du sud, aujourd’hui le Yémen. Cependant ces produits pénétraient plus aisément dans l'Arabie du nord qu’en:Perse, et toute l'Arabie passait pour un même pays, surtout grâce aux caravanes de Ma‘an.

12) χρηματίζεσθαι, être instruit, spécialement par Dieu (Jos. Ant. III, vi, 8). Le renseignement était souvent demandé par une prière (θα. 886, 24). La traduction de la Vg. responso accepto suppose cette prière, peut-être d'après l'usage des songes demandés (ὄνειροι αἰτητιχοί), dont l'interprétation était plus facile. Mais le texte n'indique pas que les Mages-aient consulté Dieu. Justin : κατ᾿ ἀποχάλυψιν, par une révélation, ce que Syrcur. et sin. ont introduit dans le texte aulieu du-songe. — ἀναχωρεῖν (dix fois dans Mt., Mc une fois, jamais Le.) quelquefois « se.dérober par la fuite », d’où les -anachorètes (MM). Ge doit être le sens ici..En quelques heures les Mages pouvaient gagner.le pont du Jourdain par le désert et atteindre de là le pays des Nabatéens. Mais le moyen le plus sûr d'échapper à Hérode était d’aller directement au sud de la mer Morte ou de la traverser en barque (mosaïque de Mâdaba). De cette façon les Mages étaient dispensés de rendre ‘compte à Hérode. Le même fait dans II Regn..xr, 9 et dans l’histoire de Tiridate (Dion 1. 1.), ne répond pas à une semblable préoccupation.

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