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L'imagination de Josèphe ἃ coloré l’histoire de Moïse selon le thème du tyran, mais il croyait sûrement que Moïse avait échappé à une proscription générale. Dans le cas de Mt., l’histoire de Moïse s’est reflétée dans le style, mais elle est trop différente pour avoir suggéré celle de Jésus. Les autres analogies indiquées par les critiques ne sont pas moins éloignées. La naissance de Jésus s'étant produite dans un milieu obscur, l’idée du péril ne pouvait naître à son propos qu'après le fait de l'hommage rendu. Mais si l’on concède le fait principal de cet hommage, le péril en découle si naturellement et sans la moindre invraisemblance, qu'on ne saurait rien lui opposer. Tout se réduit donc à l'épisode des Mages, que l'A. T. ne suggère pas, et qu’on prétend être un décalque du voyage de Tiridate. Or cette difficulté-là n’est pas sérieuse à cause de la date de ce voyage et de son caractère beaucoup plus politique que religieux.
c) La véritable difficulté est de concilier Lc. et Mt. Mais notons d’abord que Mt. s'est imposé aussi bien que Le. à la conscience chrétienne, ce qui eût été bien difficile si son récit eût été dépourvu de réalité, précisément à cause du thème de Le. De sorte que, à s’en tenir aux règles ordinaires de la critique, on répondrait que chaque auteur avait un dessein différent. Luc écrivait en historien qui devait expliquer pourquoi Jésus, conçu à Nazareth, était né à Bethléem; ensuite il ἃ suivi le cours des événements qui se présentaient nécessairement dans l’existence d'un jeune Israélite, circoncision, présentation, visites au Temple. Matthieu, lui, a voulu expliquer comment Jésus, né à Bethléem où il devait naître d’après les Écritures et d’après son origine davidique, a cependant été amené à passer pour Nazaréen dans son ministère. Joseph appartenait à Bethléem de iure, et c'est pourquoi Mt. ne se préoccupe pas d'expliquer comment il y est venu. De son côté Le. n'ayant rien à dire de la fuite en Égypté raconte le retour à Nazareth comme si les parents de Jésus étaient venus de Jérusalem. On ne refuserait pas pour si peu d'admettre la conciliation de récits de physionomie aussi différente. Nous avons seulement à nous demander si ce procédé est compatible avec l'inspiration? 5. Augustin (de cons. ev., II, v, 16) a répondu déjà : hic proinde cognoscendum est. sic unumquemque evangelistam contexere narrationem suam, ut tanquam nihil praetermittentis series digesta videatur (ainsi il se donne l’apparence d’avoir tout dit); tacitis enim quae non vult dicere. sic ea quae vult dicere illis quae dicebat adiungit, ut ipsa continuo sequi videantur (ainsi il se donne l'apparence d'une narration continue, sans que les faits se soient suivis en réalité).
C’est d’après ces principes qu'Augustin a rangé les faits dans le seul ordre convenable en gros, si l’on veut à tout prix ne faire qu’une histoire de deux histoires qui ne se contredisent pas, mais qui n'ont pas été faites pour être emboitées dans un récit continu. Il place très naturellement la fuite en Égypte après la Présentation. Mais l’adoration des mages doit, elle aussi, être placée après la Présentation, car elle ἃ dù être suivie immédiatement de la fuite en Égypte. Il est déjà assez difficile à expliquer que le tyran n'ait pas envoyé ses sbires avec les mages. Il n’y avait pas un instant à perdre pour leur échapper.
Une fois admis, avec Augustin, que le retour à Nazareth n’a pas suivi immédiatement la Présentation — quelle que soit l'apparence de Le. —, on pourrait supposer que la Sainte Famille ἃ prolongé son séjour à Bethléem, et que l’arrivée des mages n'a eu lieu que près de deux ans après la Nativité. C’est
l'opinion d'un certain nombre d’anciens, Eusèbe, saint Épiphane, Théodore de Mopsueste, Hippolyte de Thèbes (Diekamp, p. 57 ss.), fondée sur Mt. τι, 16, I semble qu'on ait disputé sur ce point à Rome en l’an 119, très exactement repéré d’après les consuls dans un apocryphe syriaque du vi siècle, publié par W. Wright (Journal of sacred litterature, oct. 1866). :
Mais précisément au début du n° siècle, dans la plus ancienne peinture des catacombes, l'enfant est « tout emmailloté » (Wicrerr, Fractio panis, p. 25), et si cette disposition a été changée, il est probable que c’est pour obtenir un effet artistique meilleur contre la tradition primitive, très fer ent attestée par Justin, ἅμα γὰρ τῷ γεννηθῆναι αὐτὸν μάγοι … παραγενόμενοι (Dial. VII, et dans les mêmes termes ο. LXXXVIIT, CIE, CVI). Dans le même sens, ou à peu près, Chrys. Aug. Hil. etc.
D'ailleurs la date de Le. ur, 23 oblige à placer la naissance de Jésus très peu avant la mort d'Hérode.
On objecte encore : si les faits peuvent se compléter et s’ordonner, à tout le moins Le. qui s’est informé auprès du cercle intime de l'enfance n'aurait pu ignorer les faits racontés par Mt., et s’il les à omis, n'est-ce pas une preuve
qu'ils n’ont pas eu lieu? — Non, car il ne serait pas difficile d'indiquer les raisons qui auraient pu guider Le., d’après ce que nous avons cru reconnaitre de sa méthode. Très aisément les gentils auraient pu être tentés de voir dans les | Mages des Chaldéens astrologues, comme ont fait plusieurs Pères, et le séjour en Égypte a donné lieu de fait à de malignes insinuations de la part des Juifs, qui ont prétendu que Jésus y avait appris la sorcellerie (Ori6. contra Cels. τ, 28 : οὗτος διὰ πενίαν εἰς Αἴγυπτον μισθαρνήσας χἀχεῖ δυνάμεών τινων πειρα-θείς, ἐφ᾽ αἷς Αἰγύπτιοι σεμνύνονται, οἵ. Chabbat bab. 104 b), insinuations qui pouvaient trouver crédit auprès des gentils. Et l'avantage de citer à ce propos l'Écriture n’entrait pas dans le dessein de Le. Nous avons vu que le thème de Mt. était de conduire Jésus de Bethléem à Nazareth en conformité avec les Écritures. Luc ayant préféré montrer comment Jésus était venu de Nazareth à Bethléem par une disposition humaine des choses, les deux plans, sans s’exclure, avaient leur raison d'être distincte d’après le cercle des lecteurs. Toutefois il - demeure plus probable que Lc. n'a pas connu Mt., du moins comme une œuvre faisant autorité, car il eût pris soin de ne pas paraître le contredire, à moins qu'il n’en ait eu au contraire l'intention formelle. Ge sont: donc précisément ceux qui croient à l'inspiration qui doivent admettre l'indépendance des deux évangilistes.
Nous concluons done, non pas précisément que le ch. x de Μί., sil était
isolé, se présenterait avec cet aspect historique qui défie la critique, mais du :
moins qu’il doit bénéficier du caractère de l'ouvrage entier. Tite-Live manifeste clairement qu'il ne croit pas à l’histoire de Romulus et de Rémus; Hérodote lui-même ἃ retranché des origines .de Cyrus la chienne qui l'avait allaité. Si Mt, qui est dans tout le cours de son évangile un rapporteur sérieux et consciencieux des faits, a exposé ceux de l'enfance comme ayant la même réalité que le reste, nous n’avons pas le droit de lui donner un démenti. La critique ne saurait même pas alléguer l'impossiblité des miracles, car sauf l'aspect de guide humain donné à l’astre (π, 1), il n'y ἃ de miraculeux dans ces récits que les avertissements donnés par Dieu en songe. Rien n'indique
és
το AA ÉVANGILE SELON SAINT MATTMEU, n, 19-223.
que son apparition ait réellement coïncidé avec la naissance de Jésus. L'évangile
approuve la bonne volonté des Mages; il ne se fait pas garant de leurs opinions astronomiques, et l’on peut dire qu’il n’encourage pas plus leur goût pour la
consultation des astres que la Genèse ne canonise les ruses de Jacob. Tout
PA rentre dans les desseins de Dieu, qui a pu se servir de dispositions d'esprit
contestables, et d’une incontestable bonne volonté, pour amener les Mages aux
pieds de l'Enfant, tandis que la science parfaitement correcte des docteurs
d'Israël ne leur a servi de rien. ;
Quant aux récits de naissances sans la participation du mari, on pourra 4 LAS voir RB. 191%, p. 60 ss. Récemment Ed. Meyer (Ursprung und Anfüänge des πον" Christentums, I, p, 56) ἃ déclaré que «le parallélisme entre Matthieu et la
légende de la naissance de Platon ne pouvait étre plus parfait ». Or le seul point semblable est qu’Ariston pas plus que Joseph n'aurait été pour quelque = chose dans la conception. Le mythe athénien suppose une union ordinaire, tout en remplaçant le mari par Apollon, ou selon des esprits plus, délicats
__ (Olympiodore) par un fantôme d'Apolion. Tous les mythes païens en sont là.
Mais entre Ariston et Joseph il y ἃ cette opposition plus marquée pour Ariston
que pour d’autres, qu’Ariston voulait même faire violence à sa femme, et qu’il
en est empêché par l'apparition, tandis que l'ange engage Joseph à ne pas
éloigner sa femme et à la prendre auprès de lui. L'ange n'a même pas à lui
faire de recommandations, qui seraient inutiles envers celui qui est associé
à la confidence d’un mystère auguste. Il n’y ἃ donc entre les deux récits que
le raccord négatif indispensable. Du reste ce qui est unique dans la conception surnaturelle, c’est qu'elle exclut l’action maritale que les légendes païennes
Supposent toujours. Quant aux idées que se font certains Australiens etc. que