‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 238 sur 350 · Τησους Χριστος (H) ou o Incouc (TSV · texte numérisé non relu

Τησους Χριστος (H) ou o Incouc (TSV

19) Loin de faire double emploi avec le v. précédent, celui-ci explique en termes plus clairs le rôle de Pierre comme fondement. Le passage de la métaphore au sens propre (non sans de nouvelles images), se fait par l'idée des

clefs. Ecrire dé après δώσω comme le demande Harnack serait un contresens,

car il n’y a pas la moindre opposition. Au premier abord Pierre figure comme

le portier qui ouvre ou qui ferme, et cette exégèse est remise en honneur

(KôaLer, dans Archiv für Rel.-W., 1905, p. 214-243, Die Schlüssel des Petrus). On cite des portiers mythologiques, depuis les textes babyloniens jusqu'au célèbre Janus (Dell etc.). Mais cet office restreint, puisqu'il est spécial, ne suffit pas à celui qui est le fondement, et l’on va voir qu'il remplira ses fonctions dans l’intérieur même du royaume. Le don des clefs est donc

l'investiture du pouvoir sur toute la maison; le maître garde son pouvoir

souverain, mais il en délègue l'exercice à un majordome, cf. Is. χχπ, 22 : | « Je mettrai sur son épaule la clef de la Maison de David; et s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n'ouvrira... 24. A lui sera suspendue toute la gloire de la maison de son père »... (trad. Condamin.). Ce passage est appliqué par Apoc. m1, 7 à Jésus lui-même. Jésus est le fondement, et Pierre est le fondement; Jésus a la clef de David, et Pierre a les clefs : l'autorité de Pierre est donc celle de Jésus. Les mesures qu'il prendra sur la terre comme fidèle majordome (cf. Le. χη, 42) seront ratifiées dans le ciel, c’est-à-dire par Dieu. L'idée se trouve dans Makkot 23», où trois décisions du tribunal d'en bas sont confirmées par le tribunal d'en haut, c’est-à-dire par Dieu (Wänsche, p. 196).

Ces mesures sont exprimées par lier et délier. Plusieurs opinions : a) c'était l'expression classique de la magie, même religieuse, depuis l'antiquité babylonienne. Les exemples sont très nombreux dans les papyrus magiques; cf. Diod. Sic. 1, 27, l'inscription d’Isis : ὅσα γὰρ ἐγὼ δήσω, οὐδεὶς δύναται λῦσαι, et λύειν se dit en eftet dans ce sens (Le. χη, 16) de la délivrance d'une femme liée par Satan.

δὴ) Les Rabbins employaient couramment (et après eux l'Islam) les expressions ἽΝ et N1w pour déclarer « défendu » et « permis ». C'était l'office des Jjurisconsultes, décidant d’après la tradition. Mais ce sens technique, lier — défendre ; délier — permettre, pouvait-il se transporter tel quel dans une

dront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans les cieux. » * Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ.

21 À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem et souftrit beaucoup des anciens et des princes des prêtres et des scribes, et qu'il fût mis à mort, et

traduction? D'après xvr, 18, il semble bien qu'on lie et qu’on délie quelque chose par rapport à quelqu'un. ᾽

6) D'où le sens d’absoudre ou de condamner. Mais ce serait encore introduire une précision qui n’est pas dans le texte.

d) On peut en dire autant du sens de mettre en prison ou relâcher; Jos.

Bell. I, v, 2 : διοικηταὶ τῶν ὅλων ἐγίνοντο διώχειν τε καὶ κατάγειν οὃς ἐθέλοιεν, λύειν τ

ι = Lai δεσμεῖν.

e) Il faut donc, semble-t-il, prendre ces deux mots dans un sens large qui comprend toutes les applications convenables au pouvoir du majordome. Il donne les solutions spéculatives, il déclare innocent ou coupable, il punit ou il fait grâce; d’après l'esprit nouveau enseigné par Jésus, ces solutions

spéculatives ne sont pas restreintes à la glose des textes d’après la tradition; rien n'empêche d'y inclure le pouvoir législatif. Probablement la promesse n’aurait-elle pas été exprimée dans ces termes sans l'usage rabbinique (Kn.), mais il n’épuise pas le sens. Ce n'est pas restreindre l'autorité de Pierre que d’en voir le principe dans. le Magistère de la foi; il est d’abord le scribe initié au règne des cieux (x, 52), et en même temps 1 οἰκοδεσπότης auquel ce dernier

était comparé, chargé de conduire ceux de la maison au but marqué par la

foi : autorité doctrinale et juridiction. :

20) Les disciples ne devaient pas être tentés de parler à d'autres du titre de Fils de Bieu. C’est celui de Messie qui devait surtout frapper les foules et les

exciter. Le nom est répété, ce qui n’était pas nécessaire dans Mc. et Le. où la

confession de Pierre précédait immédiatement. La leçon ἐπετίμησεν connue mais non suivie d'Origène (ur, 532), n’est soutenue que par B D e syrcur., et vient probablement de Mc. et de Le.; nous lisons διεστείλατο, Ce mot fait bien l’effet d’une élégance pour ne pas employer un mot qui reviendra dans

un autre sens au v. 30, mais elle peut être le fait de Mt. qui écrit avec plus de

soin que Mc. Le. ἃ employé deux mots, comme s’il groupait Mc. et Mt..

24-23. PREMIÈRE ANNONCE DE La passion. Reprocuas A Pierre (Me. vu, 31-33; ‘Le. 15, 29).

Le. n’a pas les repreches à Pierre, et il lie encore plus étroitement que Mc. à ce qui précède, comme s’il avait senti la nécessité d'une instruction du Christ pour terminer l'épisode. Dans Mt. qui ἃ déjà donné la réponse de Jésus, c’est une nouvelle période qui s'ouvre, orientée vers Jérusalem. Néanmoins le contraste est saisissant entre les deux paroles à Pierre. Et si son privilège fait bien partie, comme toutle prouve, du texte de Μί., c'est le meilleur indice que

os A | ÉVANGILE SEL SAIN

nome. 35 χαὶ τ neo añlbevee αὐτὸν ὁ Πέ τρος ἤρξατο ἐπιτιμᾶν αὐτῷ ῷ

" FRE τῇ ο΄ λέγων “Ἱλεώς σοι; χύριε" où μὴ ἔσται σοι τοῦτο. 23ὁ δὲ στραφεὶς εἶπεν τ

= ; ei ; ΄ =) ne = + ο΄ 'Πέτρῳ Ὕπαγε ὀπίσω μου, Darava’ σχάνδαλον εἶ ἐμοῦ, ὅτι οὐ φρονεῖς τὰ

Jésus l’a bien prononcé lui-même, car sans une complète certitude comment Mt. aurait-ilinséré de son cru cette promesse glorieuse, suivie aussitôt d'un vif τὴν reproche? Il y avait là un mystère, que le temps a rendu moins obscur. La promesse faite à Pierre regardait l'avenir : pour le moment il avait encore une lecon capitale à recevoir, celle de la Passion et de la Mort du Christ, conditions de sa résurrection. LE On voit donc que Mt. ne songe nullement à glorifier Pierre de parti pris, ni 3 même à l'épargner aux yeux des fidèles engtaisant (comme ἃ fait Le.) son inin- telligence des souffrances. Mais on ne voit pas qu’il dépende de Mc. Il eût pu ajouter ou changer quelques traits, mais pourquoi insister sur les reproches? : ο΄ 34) ἀπὸ τότε, au lieu du simple τότε si fréquent dans Mt. indique une nouvelle série d'instructions, qui ἃ bien pu commencer sur l'heure, mais qui n’en marque pas moins un point important dans l'enseignement de Jésus à ses disci- ples. Maïntenant ils savent «ΑἹ est le Messie, et c’est sans doute pour cela que __ Bet N ont écrit ici ᾿Ιησοῦς χριστός (comme 1, 1). Mais quelle doit être la destinée ΤῊΝ du Messie? Précisément le contraire de ce que pensaient le peuple et les Le À disciples eux-mêmes. En même temps se présente l’image de Jérusalem (propre RU à Mt.) où Jésus doit souffrir. La même idée dans Le. 1x, 31, ce qui prouve les

racines qu’elle avait dans la tradition. Mt. n’a pas « le rejet », ἀποδοκιμασθῆναι |

(Mec. et Le.) ni 322 de Mc., qui note l’accent des paroles du Le

. — δεικνύω dans le sens d'enseigner, seulement (N. T.) Act. x, 28, avec l'infini- tif; ici avec ὅτι, ce qui n'est pas moins classique. Au lieu de μετὰ τρεῖς ἡμέρας (Mc), Mt. (comme Le.) ἃ τῇ τρίτῃ ἡμέρᾳ, expression qui prévalut (xvur, 23; xx, 19) comme répondant plus exactement aux faits (même dans syrsin. sur Mc.). Mais la prédiction de sa nature était plus vague, le terme « après trois jours » (encore xxvrr, 63) n'excluant pas l’autre sens, du moins d'après le texte hébreu de Jér. xxxiv, 44, où « après le terme de sept ans » (LXX six ans) signifie la ΤΩ septième année; de même Gen. xuu, 17. 18; ΠΑΡ. x, ὃ, ἕως τριῶν ἡμέρων — τῇ

ἊΣ x αἐγείρω (xiv, 28; xvi, 6. 14) en parlant de la résurrection de Jésus, mais ordinai- | rement du moyen de ἀνίστημι, qui d'ailleurs ne met pas plus en relief l'action propre de celui qui ressuscite (Mc. v, 42). Mt. semble n'avoir employé en parlant de Jésus que ἐγείρω, sauf peut-être xvu, 9. C’est ici le terme de Le. 22) προσλαμθάνομαι ne signifie pas « prendre à part » pour parler en particulier, δεν mais venir au secours de quelqu'un. Le sens de prendre à part est doncsseule- M ment postulé pour ce passage, dans Mc. vi, 32, et dans Mt. Mais ce ne peut être qu'en désespoir de cause. Or le sens peut très ho être ici « se faire le soutien de quelqu'un », comme dans Rom. χιν, 1; xv, 7. Il est assurément étrange que Pierre éprouve ce sentiment après sa confession, mais il n’est pas moins étrange qu'il ait reproché au Sauveur d'accepter sa passion et sa mort. Éclairé sur la filiation divine de Jésus, Pierre le voyait cependant suivre une destinée

OT ἡμέρᾳ τῇ τρίτῃ (vers. 12); cf. sur Mt. xx, 40. — ἐγερθῆναι. Mc. se sert du passif

qu'il LAN le troisième jour. ®Et Pierre, venant à Ta se

__ mit à lui remontrer, disant : « A Dieu ne plaise, Seigneur:iln'en sera pas ainsi. » * Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Arrière de FAT

moi, Satan; tu m’es un scandale, car tes sentiments ne sont pas ceux τς de D'eu, mäis des hommes. »

| ΑΣΑ humaine; il la voulait seulement glorieuse ; son bon cœur s’attriste de voir Jésus ὁ ὁ6ὁῸὃοΟ qui paraît s’abandonner à de sombres pressentiments. Un encouragement dans τὰ : ce cas n'était pas plus déplacé qu'un reproche. On peut même dire que l’étonἷ DE

nement de Pierre est d'autant plus naturel qu'il avait une plus haute idée dela personne de Jésus, et par conséquent est encore plus à sa place dans Mt. que dans Me. — Mt. explique en. quoi consiste le reproche de Pierre; ordinairement beaucoup plus concis que Mc. dans les récits, il était parfaitement informé sur + tout cet épisode. Les termes sont nettement sémitiques. En hébreu on disait Pre khatil li, (5 Sn), « que cela soit profane pour moi, loin de moi de la part de γῆν. Dieu », avec un sens déprécatoire immédiat. Au contraire en grec ἵλαος (forme μὰ δ : atiique ἵλεως) s’employait comme interjection pour souhaiter que le Dieu soit favorable; cf. Sopx. Oed. Col. 1480 etc. Ce mot convenait donc pour « Paix à vous ! » (Gen. xzum, 23), et ensuite les LXX lui ont donné un sens déprécatoine » (IL Regn. xx, 20; xx, 17; 1 Par. x1, 49; cf. Ε Macch. π| 24). C'est le cas ici, et les exemples cités par Moulton (Gram. Prol. 1, 240) ne semblent pas l’établir en ᾿ ΐ grec. En araméen le mot déprécatoire khäs (bn) avait à l’origine le sens d’avoir à 1102 τς pitié; on disait ou on. — où μή avec le futur, seul cas du N. T. (Deb. 8 365, re 1), mais classique. εἷς ΤῊΝ 23) Mc. n’a pas dit que Jésus ait réprimandé Pierre devant les disciples, mais Τὰ ἔτ simplement qu'il ἃ σὰ 165 disgiples : si leur présence devait augmenter la confu- 2 sion de Pierre, elle rendait aussi la réprimande plus nécessaire, sous peinede : les laisser eux aussi dans l'erreur. Quoi qu’il en soit, Mt. ne fait pas intervenir | les autres, et loin d’adoucir le reproche extrêmement vif qui qualifie Pierre de Satan, il ajoute oxévdahoy et ἐμοῦ, mots parfaitement en situation et qui même donnent la clef du mot obscur ὀπίσω. Au moment où Jésus va se diriger à | Jérusalem pour y mourir, Pierre se met en travers, il devient un obstacle sur le | chemin, qui risquerait de faire tomber le Maître. Qu'il passe à l'arrière! Or il | est au moins à noter que ce mot de scandale, dans le sens que 16 mot avait pris } en grec biblique, convenait parfaitementau nom de Pierre. Tout à l’heure rocher, 70 τ il se fait pre d’achoppement ; cf. Ps. cxxxix, 6, ἐχόμενα τρίδου σκάνδαλον ἔθεντό por, et Is. ὡς πέτρας πτώματι. Cette harmonie n’est pas mise en évidence; elle Ë n’en décèle que mieux une contexture originale. Tout à l'heure Pierre disait ce “à que lui avait révélé le Père; maintenant il se fait l'organe d'un sentiment purement humain. Son amour pour son Maître répugnait à le voir souffrir, et ‘ £ cela était louable. Mais après l’avoir salué comme Christ et Fils de Dieu, il n'avait qu’à apprendre de Lui quelle serait sa mission; son intervention est donc présomptueuse, et inspirée par un sentiment trop humain. On voit que la révé= klation faite à Pierre sur le fait capital qu’il doit proclamer ne le garantit pas 1 contre des démarches mal avisées. ΣΝ

Es

πππρπππΠππΠπΠπΠ ep » ἊΝ à Sy Ξ «τ

332 ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XVI, 24-26. - = -" " ; -» 7 τοῦ θεοῦ ἀλλὰ τὰ τῶν ἀνθρώτπων.. 2 Τότε ὁ ᾿Ιησοῦς εἶπεν τοῖς “- -" … 3 € υαθηταῖς αὐτοῦ HE τις θέλει ὀπίσω pou ἐλθεῖν, ἀπαρνησάσθω ἑαυτὸν. χαὶ Ν s ἐᾷ ᾿ 97 ᾿ οι ἀράτω τὸν σταυρὸν αὐτοῦ χαὶ ἀκολουθείτω μοι. “" ὃς γὰρ ἐὰν θέλῃ τὴν LR ἜΑ ἢ CALE 2 ψυχὴν αὐτοῦ σῶσαι ἀπολέσει αὐτήν᾽ ὃς δ᾽ ἂν ἀπολέσῃ τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἕγεχεν ἐμοῦ εὑρήσει αὐτήν. 26 τί γὰρ ὠφεληθήσεται ἄνθρωπος ἐὰν τὸν χόσμιον 1 x ἐς ee ἢ ὅλον χερδήσῃ τὴν δὲ ψυχὴν αὐτοῦ ζημιωθῇ ; ἢ τί δώσει ἄνθρωπος ἀντάλλαγμα Ἐν » « ἘΣΤῚ , : , f τῆς ψυχῆς αὐτοῦ; TuéAhe γὰρ ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ἔρχεσθαι ἐν τῇ δόξῃ τοῦ πατρὸς αὐτοῦ μετὰ τῶν ἀγγέλων αὐτοῦ, χαὶ τότε ἀποδώσει ἑχάστῳ χατὰ \ = je , = CERN εἶ ῳ «! , - ἔς, e nus τὴν πρᾶξιν αὐτοῦ. “ἀμὴν λέγω ὑμῖν ὅτι εἰσίν τινες τῶν WÔE ἑστώτων (4 3 τῇ 1 4 Ψ n ἡ ΕΥ̓ € TS. f » f οἵτινες οὐ μὴ γεύσωνται θανάτου ἕως ἂν ἴδωσιν τὸν υἱὸν τοῦ ἀνθρώπου ἐρχο-

24-27. SE RENONCER POUR SE SAUVER (Mc. vin, 34-38; Le. 1x, 23-26).

Le. suit Mc. Mais entre Me. et Mt. il y a deux différences assez sérieuses. Mc. adresse le discours à la foule aussi; Mt. aux disciples, donc seuls. Dans Mc. la foule est invitée à poser les conditions de son adhésion, et si cette génération adultère et pécheresse (nommée seulement dans Mc., mais en parfaite harmonie avec son auditoire) rougit du Sauveur, il rougira d'elle à son avènement. L'ensemble est saisissant et spécialement la formule de vu, 38 paraît très concrète, si on la compare avec la double hypothèse plus méthodiquement balancée dans Mt. x, 33— Le. xrr, 9. — Dans Mt., et c’est la deuxième différence,

(ME la conception du jugement selon les œuvres remplace celle du reniement. Quand

on pose en principe (Klost. ΜΌΝ.) que Mt. suit Mc., on trouve naturel qu'ayant parlé déjà du reniement (x, 33) il le remplace ici par autre chose. Mais il avait aussi parlé auparavant de prendre sa croix, de perdre et de trouver son âme (x, 38. 39). Il faut donc plutôt reconnaître que l’ordre de Mt. coule de source. Le point de départ est de suivre Jésus. Mais une fois entamée à ce sujet la question du prix de l’âme, de la nécessité de ne pas la perdre, — ce qui se présente à l'esprit c’est le jugement selon les œuvres. Cela peut très bien être l’ordre primitif du discours, et l'on dirait, à l'encontre des critiques, que c’est Mc. qui, n'ayant pas encore mis la belle parole sur le renoncement, l’a placée ici, ce qui

l'a engagé à mettre la foule en scène. Mais le plus sûr est de dire que Mec. et Mt.

sont indépendants l’un de l’autre dans la composition de discours dont les «paroles, si graves, si nouvelles, si impressionnantes, ont été conservées textuellement par la tradition, surtout après qu'elles avaient été fixées par écrit dans Ma.

24) Comme Μο., sauf que τότε (style de Mt.) ὃ Ἰησοῦς est au lieu de καὶ προσχαλεσάμενος τὸν ὄχλον σύν de Mc.

25) Comme Mc. sauf ἀπολέσῃ au lieu du futur, et εὑρήσει (comme dans x, 38) au lieu de σώσει, terme explicatif. — καὶ τοῦ εὐαγγελίου ἃ plutôt été ajouté par Mc. qu'omis par Mi.

26) Presque exactement comme Mc., deux interrogations jointes par « ou bien », au lieu de « car » (Mc.). La ressemblance est telle, ζημιόω, ἀντάλλαγμα... qu’il faut admettrefune dépendance quelconque. Dans les discours, Ma. est sur son terrain ; en grec la sentence a dû être frappée par Mc. reproduisant de très

᾿ς ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XVI, 27-98. 333

% Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. #Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et

celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. *Qu'aura-t-il Ν

servi à un homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme? ou que donnera un homme en échange de son âme ? 7 Car le Fils de

l'homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et.

alors il donnera à chacun selon ses œuvres. En vérité, je vous dis qu'il en est parmi ceux qui sont ici qui ne goüteront pas la mort avant d’avoir vu 16 Fils de l’homme venant dans son royaume. »

près les paroles de Jésus en araméen. — Le sens du v. 26 pris isolément

pourrait être mal compris; ce serait l'énoncé de cette vérité banale que l’homme

qui aurait gagné le monde ne peut en jouir s’il vient à perdre ja vie. Mais le y. 25 donne clairement à entendre qu'il y a une vie (spirituelle) qu'on gagne en perdant la vie (temporelle), et qu'on perd en la gagnant, de la même façon. L'hypothèse de gagner le monde au risque de sa vie doit donc s'entendre de la vie

spirituelle. Elle perdue, tout est perdu. Que pourrait-on donner en échange? Si on au

l'a perdue, c’est donc en gagnant le monde d’une manière illicite. Tout le passage compare implicitement la vie actuelle à la vie future, ou plutôt pose la condition essentielle pour sauvegarder la vie future ou la vie de l'âme : c’est le renonce-

ment à tout pour suivre le Christ. Le moment qui en décidera est le jugement.

- 27) La pensée du jugement est donc ici très naturelle. Mc. s'en tient au reniement, avec le seul aspect du châtiment. Dans Mt. le jugement évoque la pensée de toutes les œuvres, bonnes ou mauvaises. La gloire du Fils de l'homme est celle du Père (Mc.; Le. ajoute αὐτοῦ, la sienne propre), mais les anges sont ses anges (anges saints, Mc. et Le.). L'idée du jugement une fois

évoquée, il est présenté tel qu’il est conçu d'ordinaire; cf. Eceli. xxxn, 24 ἕως. τ

ἀνταποδῷ ἀνθρώπῳ κατὰ τὰς πράξεις αὐτοῦ, Mt. νη, 22 5.; χπι, 41; Χχν, 31-46.

28) La vENUE DU FILS DE L'HOMME DANS SON ROYAUME (Mc. 1x, 1; Le. 1x, 27).

Dans Mc. il y a une pause, tandis que dans Mt. on dirait que tout se suit, maisil semble bien qu'il suppose lui aussi un autre horizon. Le Fils de l’homme venant dans son royaume, où il y ἃ du bien et du mal (χπι, 24), ce n'est pas nécessairement le Fils de l’homme venant pour juger à la fin des temps. On dirait que la perspective du jugement étant épuisée, Mt. revient au point de départ. Quelquesuns hésitaient à tout quitter, à se renoncer pour porter leur croix à la suite de | Jésus. Rien de plus encourageant que de savoir qu'il entrerait en possession de son royaume avant énération présente n'ait disparu. C'est donc bien de l'avènement du royaume qu’il est question, comme dans Mc. et dans Le., mais sous la forme plus ancienne de la venue du Fils de l'homme déjà présenté au y. 27. Par là Mt. en vient, comme Me., à clore l’enseignement sur le renonce ment par une allusion au Messie. Wellh. (Einl. p. 32) suivi par MeNeile veut que

ἐν signifie venir avec son royaume (a sémitique); mais c’est simplement pour εἰς, car dans Mt. le règne du Fils est sur la terre (x, #1).

Page 1