‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 60 sur 350 · ΣΤΥ MUR · texte numérisé non relu

ΣΤΥ MUR

CRITIQUE LITTÉRAIRE. cxxxI Ἵ

sans doute moins sensibles que les modernes à cette considération. Jésus lui-même demandait qu'on jugeât de la doctrine par les fruits. L'enseignement original par avis, préceptes, ne pouvait être proposé,

surtout dans le milieu des Juifs, qu'après là démonstration de son

autorité par les miracles.

Il était cependant des paroles qu'il féllait mécessairément alléguer

dés le début, pour prouver que Jésus lui-même, au lieu dese réclamer

de la tradition des Pères, se présentait avec ‘une ‘autorité ‘supérieure. Ses paroles essentielles n'étaient pas celles qui ‘appuyaient la morale traditionnélle de la religion révélée, maïs celles‘qui ajoutaient quelque chose à ses anciennes règles au nom d’une mission spéciale.

De sorte que, tout à l’encontre de ce qu'enseigne l’exégèse libérale, les premières paroles de Jésus à rappeler étaient ‘eélles qui étaient

relatives à sa personne. Ce sont celles que les chefs des Juifs ne

voulaient pas entendre, et que les apôtres me consentaient pas à taire.

Les faits et les paroles formaient un tout : «'Nous ne pouvons pasne

pas dire ce que nous avons vu et entendu (1). »

L'union des faits et des paroles était d’ailleurs excéllemment réalisée

dans les apophtegmes ou χρείαι, le genre le mieux adapté à l’auditoire ordinairement peu cultivé qui avait succédé aux foules attentives à la parole du Maitre.

Si l'enregistrement par l'écriture ἃ suivi le méme ordre que la prédication, il a dû commencer par là.

Il yavait cependant de ce point de vue cette différence entre les faits et les paroles, que les faits pouvaient être racontés de plusieurs manières sans que la démonstration en souffrit, tandis que les :paroles du Maître devaient, autant qu'il était possible, être reproduites ‘télles qu'il les avait prononcées. Si donc on commença à écrire pour soulager les mémoires et aussi pour les fixer, il semble que l'écriture fut d’abord employée pour sauvegarder les termes mêmes dont le Christ s'était servi.

Mais’ quand il s’agissait d’un apophtegme, les paroles tiraient leur accent d’un récit; la stabilité des paroles devait nécessairement amener la stabilité des récits. Il n’en était pas de même pour les simples récits de miracles, tandis que les grandes scènes de la vie de Jésus avaient une portée telle et leur sens était si profond, qu'on dut de très bonne heure en arrêter les traits.

Lorsqu'un disciple nouveau était admis à l’Eucharistie, il «s’imposait de lui redire comment le Christ avait fait la Cène, instituée pour toujours.

Et c’est en effet le seul récit que nous trouvions dans saint Paul (1 Cor. x, 23 ss.). Et lorsqu'il décrivait, exposait aux Galates Jésus crucifié

(1) Act. 1v, 20.

ver

INTRODUCTION

(Gal. 111, 1), l'Apôtre le faisait sans doute en racontant la Passion. À plus forte raison dut-on à Jérusalem écrire un récit des faits qui étaient si profondément gravés dans la mémoire des disciples. Quel fut le nombre de ces esquisses, nous ne le savons pas, encore Moins dans quel ordre elles furent écrites : il faut recourir aux conjectures.

Voici par exemple le système de Dibelius. Il y a pour ainsi dire deux foyers de cristallisation : les paroles et les faits. Les paroles de Jésus ont été citées moins dans la prédication du salut que dans les exhortations qui devaient suivre cette catéchèse, comme dans les Épitres de Paul on distingue l'enseignement théorique et l'exhortation pratique. À l'origine ces paroles constituèrent un recueil d'un genre littéraire très pur, un recueil de sentences. C’est déjà nne altération de ce type primitif que l'état où nous trouvons la source Q par la comparaison de Mt. et de Le. D'autre part, on rédigeait les récits des faits, à commencer par l’histoire de la passion. À parler selon la méthode juive, l'Agada, c'est-à-dire l'histoire édifiante, succède à la halaka, ou ensemble des préceptes, avis, solutions. L'agada est le domaine de Marc. Les premiers récits étaient simples, courts, allant droit au but. Dans Mc. on trouve un nouveau genre, la nouvelle, récit plus long, avec le goût du détail, de

J'affabulation, selon les types reçus dans la littérature. profane du dehors.

Le récit chrétien prend une couleur mondaine. La fusion des deux manières permet à Marc d'esquisser une biographie de Jésus. Dibelius

° se demande :

Puisque le recueil des paroles existait, pourquoi Mc. ne l'a-t-il pas exploité davantage? — Parce qu'il représentait un genre distinct. Il faut plutôt s'étonner que la biographie de Mc. contienne tant de paroles. Il les ἃ admises en tant qu'elles rentraient dans son plan de théophanie réservée à des témoins choisis, comme les discussions sur Béelzéboul, sur le mariage, le discours sur les fins dernières et les paraboles. Le tout constituait un premier essai d'évangile. Mt. est allé plus loin. Dans l'intervalle, et peut-être sous l'influence de Me., les paroles s'étaient développées dans le sens des épisodes. Mt. les prend dans cet état, οἱ. les unit aux récits de Mc. Mais les nouvelles lui apparaissent comme un genre inquiétant. Il les dépouille de leurs traits profanes, il les ramène au ton des autres récits que M. Dibelius nomme les paradigmes. Les histoires deviennent ainsi le véhicule de la tradition doctrinale dans le sens du document des maximes. Mt. écrit vraiment un évangile, l’évangile. j

Pour dire ici notre pensée, cette construction est vraiment trop artificielle. Elle prête aux premiers écrivains chrétiens un tact délicat de Ja distinction des genres qui étonne. On s'étonne encore davantage de

voir dans ce milieu les genres littéraires naître à l'état pur, sauf à se

contaminer ensuite, les paroles par des récits, les récits par des traits de

ce qui nous convient comme point de départ. Nous donnons les indi- cations dans l’ordre où elles se trouvent dans Sprüche und Reden Jesu, Le p. 88 55. .

romans, pour retrouver ensuite sous la plume de Mt. une sorte d'équilibre, à la suite d’une élimination savante. Reprenons donc autrement

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