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| 59. Mt. xix, 28; Le. xxi1, 28. 30.
La première question à poser est celle-ci : Le recueil qui est censé avoir servi de source à Mt. et à Le. est-il vraiment un recueil de sentences du Seigneur tel que la littérature des Israélites et des Juifs en ἃ connu? Évidemment non. Dans ces recueils l'auteur pouvait à l’occasion employer la seconde personne du.singulier ou du pluriel, au présent, à l’impératif ou au futur. C'était une figure de rhétorique. Il n’en est pas moins vrai qu'il parle à la cantonade. Les réflexions portent sur la nature humaine et veulent conduire au bien; des circonstances historiques peuvent être supposées à l'arrière-plan, elles ne font. pas partie des instructions. Tout autre est l'aspect de la source Ὁ. même réduite, même déchiquetée par Harnack pour en extraire-des. sentences qui se tiennent par elles-mêmes. Dibelius l’a très bien,vu, et c’est pour
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cela qu'il ἃ postulé un document plus ancien, d'un genre littéraire plus pur! Ν
Essayons en effet de répartir ces éléments en plusieurs catégories.
A) Comme sentences ou maximes qui paraissent indépendantes des
circonstances et qui cependant indiquent encore un progrès dans l'ensei-
gnement de la morale reçue, on peut citer les n° 4. ὃ. 7. 8: 9. 20. E4.28, 24. 98.31. 32. 33. 36. 39. AL. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 53. 57, soit vingtquatre numéros qui sont en général les plus courts. |
B) Parolés qui visent un ordre nouveau et qui le plus souvent font
partie d’un entretien où les disciples sont interpellés en vue d’une situa-
tion spéciale : 4. 3. 6. 42. 16. 18. 49. 20. 22. 23. 26. 27. 33. 34°, 347, 37. 38. 40. 42. 43. 50. 51. 56. 59.
C) Paroles qui sont de vrais apophtegmes donnant la solution d’une situation : 43. 14. 15. 17.99. 30. 54. 55. 58. É :
D) Paroles appartenant à la mission ou à la personne de Jésus : 2.25.
Υ at-il le moindre vestige d'un recueil composé des morceaux À) ou
de morceaux semblables? Dibelius a essayé de le prouver par des allusions de Paul. Dans 1 Cor. 1x, 44 : « De même aussi le Seigneur à
ordonné à ceux qui anoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile. » Dans 1 Cor. vir, 40 : « Quant aux personnes mariées, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare pas de son mari; » efc. Peu après Paul écrit (I Cor. vu, 25}: « Pour ce qui est des vierges, je n'ai pas de commandement du Seigneur. » M. Dibelius aurait pu ajouter I Cor. x, 2, où il n’y a pas de renvoi aux ordres du Seigneur, mais où l'on entend un écho de sa parole : « Quand j'aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes. »
Admettons pour un instant que ces endroits renvoient à un recueil de paroles du Seigneur. Était-ce un recueil d’apophtegmes ou de maximes ? Évidemment, d’apophtegmes.
Le premier cas est une allusion à Mt. x, 10-(r%6 τροφῆς) plutôt qu'à Lc. x, 7, dans les instructions données aux disciples avant une mission; c’est bien ce que suppose Paul. Le second cas est une allusion à Mc. x, 19. qui prévoit le départ de la femme, plutôt qu'à Mt. v, 32. Et ce point est caractéristique. On comprend bien que Mt. dressant la charte des progrès moraux de la doctrine chrétienne y ait fait figurer l’indissolubilité du mariage. Mais on ne conçoit guère que ce changement, d’une immense portée sociale, ait été ainsi promulgué pour la première fois en si peu de mots. Sinon, comment expliquer la stupéfaction et le malaise des disciples, si naturels, quand Mt. explique les circonstances de cette promulgation (χιχ, 3 ss.)? On touche ici du doigt l’antériorité des apophtegmes ou des chries, ou des paradigmes comme les nomme Dibelius, sur la maxime courte, lapidaire, qui ne peut en être qu'un extrait pour l’enseignement moral de toutes les générations.
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