‹ Évangiles apocryphes (volume 2)Chapitre 306 sur 330 · CH. XXVIII, 5-6. DIFFÉREND DES DEUX SOLDATS · texte numérisé non relu

CH. XXVIII, 5-6. DIFFÉREND DES DEUX SOLDATS

l'autre. » Le soldat dit : « Jeune homme, je vous dirai toute l'affaire, et vous prononcerez aujourd'hui entre nous une juste sentence. » Jésus dit : « Oui. Racontezmoi cela. » Le soldat dit : « Nous sommes du pays des mages et d'une maison royale. Nous avons suivi les rois qui sont venus à Bethléem avec de nombreuses troupes et des présents en l'honneur du roi nouveau-né des Israélites. Quand ceux-là s'en retournèrent dans leur pays, nous vînmes à la ville de Jérusalem et, par amour de Dieu, nous devînmes compagnons et frères l'un de l'autre. Nous fîmes un pacte d'alliance, nous engageant par serment à ne pas nous séparer jusqu'à la mort et à nous partager équitablement, à l'amiable, tous les profits que Dieu nous enverrait.

6. « Or comme nous nous trouvions enrôlés dans la garde du palais d'un grand chef du royaume, mon puissant prince m'envoya avec un message dans un pays lointain. Je demeurai là de longs jours. On m'y reçut avec bienveillance et honneur, comme l'étiquette des cours royales prescrit de le faire et de témoigner aux porteurs de messages les égards qui leur sont dus. Par la grâce de Dieu, je suis revenu satisfait. De tout ce que j'ai gagné, je n^ai rien caché à r(autre) et je suis prêt à (le) partager. Mon camarade, lui, partit à la suite d'une troupe de cavaliers et revint à sa maison après avoir fait un riche butin. Je lui demande de partager avec moi l'avoir qu'il a rapporté de son expédition. Il ne veut point partager et me réclame âprement son dû. Et maintenant que m'ordonnez-vous de faire? »

7. Jésus dit : « Si vous voulez m'écouter et agir avec droiture, vous ne vous mentirez pas mutuellement et vous ne mettrez pas en oubli vos engagements, mais ce que vous avez promis d'accomplir, vous le ferez. Partagez votre avoir équitablement, selon la règle et selon ce que vous avez juré sur la loi de Dieu. Ne dites pas de mensonge à la face de Dieu, et ne vous frustrez pas l'un l'autre injustement, si vous voulez vivre dans une amitié mutuelle. »

8. L'autre compagnon, qui était le plus âgé, dit : « Enfant, le (vrai) jugement et le droit ne sont pas ce que vous les faites. Moi, j'ai été au champ de mort; j'ai passé par beaucoup de dangers et d'alarmes, et c'est àgrand'peineque j'ai pu rentrer dans mes foyers. Lui, entouré d'un appareil princier, s'est rendu dans les palais des rois et s'en est revenu chez lui avec de nombreux présents. 11 est juste qu'il me donne une part et que moi je ne lui donne rien. »

9. Jésus dit : « Vous ne savez ce que vous dites. Si, à l'aller ou au retour, il avait subi du fait des ennemis toute sorte de vexations, quelle part lui auriezvous faite? » Il ajouta : « Si vous voulez partager à l'amiable, découvrez clairement votre pensée. » Ayant ainsi parlé, Jésus se tut.

10. Alors le soldat qui était le plus jeune, s'étant levé, se prosterna aux pieds de son camarade et lui dit : « Pardonnez-moi, frère, puisque je vous ai gravement contrarié. Maintenant donc faites comme vous l'entendrez. Je partagerai; mais je ne puis plus vivre

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